Passage précédent supprimé dans les édit. ant
estrc eschangé avec quelque illustre prisonnier'. On dit icy qu'il y a eu du bruit à Bordeaux, et qu'on y a pendu quelques gabelleurs : et qu'à Marseille ont esté tuez quelques gardes du Comte d'Alais, gouverneur de la province \ Toutes les Compagnies souveraines de Paris grondent icy pour la Paulette et pour le retranchement qu'on veut leur faire de leurs gages : bref, il y a bruit et désordre partout : les plus petits et les plus chétifs sont ruinez, les plus gros et les plus forts sont esbranlez : de sorte que je puis fort raisonnablement dire avec le pocte,
Ad summum ventum est senserunt imn ruinas, Funditus occidimus nec habet Fortuna regressum.
L'évesque du Mans est mort^ et son évesché a esté donné à M. l'Abbé Servient *, frère de celuy qui est nostre Plénipotentiaire à Munster'. Il y a icy du bruit touchant un capitaine des Gardes nommé de Saujon \ qui a esté arrcsté prisonnier sur ce qu'il se niesloit de traiter du mariage de Mademoiselle, fdle de M. le Duc d'Orléans, avec l'archiduc Léopold : on dit mesmes que la dite Mademoiselle est retenue en sa chambre, et qu'elle a des gardes par ordre de la Reine ; mais elle n'a pu estre convaincue d'aucune intelligence secrette, d'autant qu'elle n'en a jamais rien escript : et mesmes se disant et prolestant fort innocente de toute cette accusation, elle n'en a jamais voulu demander pardon à la Reine, ettani urgente parente domino Gas-
1. La captivité du duc de Guise se prolongea jusqu'au 3 juillet 16o2 L'Espagne ne le remit en liberté que sur les instances du prince de Condé.
2. Alais {Louis Emmanuel, comte d'). Fils de Charles de ^"alois (fils naturel de Charles IX), et de Charlotte de Montmorency. Mort, sans postérité, le 13 août 1633.
3. Ferté (Emeric Marc de la), nommé évoque du Mans en novembre 1637, mort le 30 avril 16i-8.
4. 11 n'y a pas eu de Servien, évoque du Mans. Ce fut Charles de Beaumanoir de Lavardin qui fut nommé à ce siège en remplacement d'Emcric de la Ferté, le 13 novembre 164-8. Patin dut confondre avec François Servien, oncle du plénipotentiaire de Munster qui fut évèque de Baveux. Ce passage est supprimé dans les édit. anlér.
5. Cf. la note d'.\bel de Servien, marquis de Sablé : Lettre du lu septembre 16ù3.
6. Saujon (Compet de), et non Sangton^ comme l'ont écrit les précédents éditeurs.
tone \ On a mandé à M. d'Avaux, qu'il eut partir de Munster, et à s'en revenir; on dit qu'il est en estât de disgrâce, que M. de Longueville s'est plaint de luy, que le Cardinal Mazarin dit qu'il a fort désobligé la France ; mais l'histoire secrette dit encor qu'on luy met sus un plaisant crime d'estat ; scavoir est, qu'il a voulu briguer à Rome un chapeau de Cardinal pour soy mesme, par l'entremise de quelques amis qu'il a près de soy à Munster qui ont crédit vers le Padre santissimo : et que cela a esté descouvert par le Cardinal Spadaqui en a escriptdedecà, et qui a fait connoistre ce dessein de M. d'Avaux au Cardinal Mazarin : fabulosa tamcn plerique piitant hœc otnnia, et qu'on veut faire acroire qu'il a mangé le lard ", afin de le retirer de Munster avec quelque couleur de disgrâce : n'estant permis à aucun particulier de briguer le cardinalat sans permission et soubs le bon plaisir du Roy '. J'attends, de jour en jour, des nouvelles de M. Hofman et m'ennuye de ne rien apprendre de sa santé : j'ay peur de tout; iitlnam sim vanus haraspcx! Un illustre conseiller d'Estat du nombre des ordinaires mourut hier icy, scavoir, M. Talon, frère aisné de celuy qui est advocat général du Parlement aujourdhuy* : il a fait cette charge luy mesme autrefois avec esclat et réputation, laquelle depuis il a ternie par les intendances qu'il a eues en Dauphiné et en Provence : il
1. De Saujon, capitaine des gardes, dont la sœur a\ait été placée auprès de la duchesse d'Orléans par Mademoiselle, avait, en effet, entrepris de marier cette princesse avec l'archiduc Léopold. Voir sur cette affaire dont le bruit fut considérable à la cour, les Mémoires de Mademoiselle de Montpensier, édit. Cheruel, Tome I", p. i4-8-173. Paris, 1891. On notera combien les informations de Patin sur l'attitude de Mademoiselle sont conformes à la version qu'elle donne elle-même dans cet ouvrage.
2. Manger le lard : Expression s'appliquant à " des personnes qu'on accuse de quelque faute dont ils sont innocents ». (Furetière.)
3. Tallemant se fait l'écho du même bruit. Op. cit. T. III, p. 478. Patin n'a pas l'air de le considérer comme fondé. Il est, en effet, certain que le vrai motif du rappel de d'Avaux fut l'impossibilité où il était de s'entendre avec Servien.
4. Il donna sa démission d'avocat général au Parlement, en 1632^ en faveur de son frère Orner Talon.
estoit homme adroit et ruzé, fort entendu, et qui en vouloit avoir : il scavait le bien et le mal, et en estoit tant plus à craindre : mesmes le défunt Cardinal se senoit de son Conseil dans ses violences. Mais enfin, il faut que je cesse de vous fournir une si importune lecture, avec protestation que je seray toute ma vie et de toute mon âme,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin .
De Paris, ce 8 de may 1648.
Sur le revers de la Edit. de la Hâte 1718.
lettre, de la mais de — de paris, l846.
Spon : Paris 8 mai 1648.
LtON, 15 DUDIT. BlSPOSTA ADI 19.
Mss. 0357, FOL. 36.