LETTRE CLIX
A. Monsieur Spon, docteur en médecine, a J^ion.
Monsieur,
Depuis ma grande lettre du 8 de may, je vous diray que le lundy ensuivant, XI de may, M. le duc d'Anjou frère du Roy a esté baptizé, dans le Palais cardinal, en présence de la Reine et de toute la Cour, et a esté nommé Philippes de France ; son parain a esté M. le duc d'Orléans, son oncle, et la maraine, la Reine d'Angleterre, sa tante. On ne parle icy que de moyens d'avoir de l'argent, et mesmes, les plus grands ne songent à autre chose. M. le premier médecin se plaint qu'il n'est pas assez riche' (ce n'est pas que je le hante ny le voye, c'est lui qui l'a dit à un de mes amis qui est le sien) combien qu'il aye plus de 25 mil escus de rente, tant de ce qu'il a de sa charge, de son abbaye et du revenu de l'argent qu'il a en banque, que de ce qu'il gagne encore tous les jours avec les courtisans, (j'entends ceux qui ont encore bonne opinion de luy, (plures non"' quitus pulchre innotuit ab eo abstinent, propter infaustum et infelicem successum guem in multis viderunt ex illias stibio :) il dit qu'il ne sera pas contant s'il ne luy vient encore un bon bénéfice de vingt mil livres de rente. Cet amy luy dit qu'il se devoit contenter de tant de biens qu'il avoit, qu'il n'estoit chargé ny de femmes ny d'enfans, et qu'ayant déjà une abbaye, il ne devoit pas souhaitter d'avoir davantage de bien d'Eglise. M. Vautier luy respondit sur le champ, qu'il ne se tenoit point la conscience chargée, ny son âme en