LETTRE CLX
A Monsieur Belin le père, docteur en médecine, A Troyes.
Monsieur,
Il y a long temps que j'ay dessein de vous escrire, et vostre lettre que je viens de recevoir m'a fait rentrer en diligence dans mon devoir. Excusez, s'il vous plait, si par cy-devant je ne vous ay escript ; j'ay eu soin d'instruire mon fils pour son examen de caresme, après lequel il a esté reçeu bachelier ; mais il ne respondra que l'hyver qui vient ; j'ay voulu aussi qu'il fit le paranymphe de nos escholes ', à quoy, Dieu mercy, il a réussy, tant en la composition qu'à la récitation de la grande harangue, qui a duré plus d'une heure et demie, et de six autres petites. Elles pourront estre imprimées, et en ce cas là je ne manqueray pas de vous en envoyer; j'ay encor eu un troisième empeschement qui a esté de mener la brigue de M. de Montigny % qui avait respondu soubs moy l'an passé.
1 . Paranymphus medicus habitas in Scholis medicinas, die 28 Junii 16^/8, a Roberto Patin, medicinas baccalaureo, suivi de : Orationes encomiasticœ singulorum qui tune licenliœ grada donandi erant. Dans ce discours de paranymphe, Robert Patin exaltait les mérites de son camarade Jean Baptiste Moreau, le fils de René Moreau. « Le voilà, ce jeune Moreau, la merveille de son siècle et de son école. Que dis-je la merveille ! Mais, y a-t-il rien qu'on puisse appeler merveilleux en un mortel chez qui tout est divin et dont on ne doit rien attendre d'ordinaire? ». Ce discours qui se poursuit ainsi jusqu'au bout, sur le même ton de lyrisme exagéré et de louange hyperbolique, peut être considéré comme un type du genre.
2. Montigny (Joan. de). Bacc. 1647. Fes/jer. 17 novembre 1648. /)oc/. 1" décembre, 1648. Pastill. 27 janvier 1649. C'est lui qui soutint le 14 mars 1647, sous la présidence de Patin, la fameuse thèse de la « Sobriété », oeuvre qui attira à notre auteur un procès avec les apothicaires. Cf. Lettre et note du 10 avril 16U7 .
Mainlenant, Dieu mercy, jesuis un peu dégagé, puisque tout cela est passé . On imprime icy un traité de Hojmannus, de Anima et ejus facuttatibus, qiiatenus Medicus illas considérât, et un troisième tome de Conseils de M. de Baillou. M. Guillemeau a icy présidé, le caresme passé, à une thèse qui a esté fort bien reçeue : je vous envoyé quatre exemplaires pour vous, MM. Sorel. Blampignon et Barat ; on l'imprime aussi en françois, avec quelques observations sur la fin, mais cela n'est pas achevé. Nous avons perdu cette année deux de nos anciens, sçavoir, le bonhomme Seguin et M. de la Vigne. Ce dernier en valoit dix autres : quiescant in pace. V'ostre M. Henry' est un lyonnois fort entendu a beaucoup de choses ; je ne scay ce qu'il alloit faire à Troyes. Vous sçavez bien la disgrâce de M. d'Esmery, surintendant des finances ^ Le parlement est icy bien animé, mais je ne sçay s'il aura assez de pouvoir, d'effectuer tout ce qu'il entreprend. Dieu luy en face la grâce.
Je vous baise les mains, à M. vostre fils, à MM. Camusat et Allen, Blampignon, Sorel et Barat ; et je suis de tout mon cœur, quand mesme vous ne le voudriez pas.
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
De Paris, ce M de juillet 1G48.
Patin,
Edit. de P.ottebdam 1695.
iD. 1725.
- Paris 1846.
1. Henri, médecin lyonnais, né à Lyon, le 31 août 1615. Edita les œuvres de Gassendi. Lyon, 16o8.
2. Le 9 juillet. La révocation du -virinlendant adoptée par Mazarin, dans l'espérance de désarmer ropposilioii parlementaire et de disposer les esprits à la conciliation, ne devait pas donner de grands résultats. D'Emery fut remplacé par le Maréchal de la Meilleraye, dépourvu de toute capacité en matière financière. Le Parlement demandait, du reste, d'autres mesures, telles que la suppression de toutes les intendances.