A SALINS
Mss. 9359, FOL. 38.
LETTRE CLXI AMoNSiEUR DE Salins, docteur en médecine a Beaune.
J'ay selon le désir que m'avez tesmoigné en vostre lettre, de laquelle je vous remercie très humblement, examiné Monsieur vostre fils, lequel je trouve capable de prendre sesdegrez : et sur cette mienne déposition, aussi bien que selon l'ordre que luy avez donné, il s'en va à Angers avec mon attestation : j'espère que dans un mois, il sera docteur, et que quelque jour, il sera grand docteur, s'il continue de bien faire comme il me promet; au moins, est-il en beau et bon chemin : et je souhaitte fort qu'il persévère dans la bonne méthode qu'il a embrassée, en suite de quelques conférences que nous avons eues ensemble. Je ne vous en diray point davantage pour le présent, il pourra luy mesme vous en faire connaistre davantage. Je luy ay mis en mains quelques cahiers tout fraîchement imprimez, lesquels contiennent la traduction de la thèse de M. Guillemeau, avec quelques observations contre quelques uns des plus insignes abus qui soient encor aujourd'huy dans la pharmacie trop arabesque de quelques uns de nos médecins. Si vostre loisir vous permet de les lire, vous m'obligerez de m'en faire connoistre vostre advis ; et en attendant, de croire que je seray toute ma vie.
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
Lettre n'ayant pas été publiée dans les
ÉDITIONS ANTÉBIEUBES.
De Paris, ce 16 de juillet 1648.
Edit. de Rotterdam, 1725, T. 1 PAGES 34-36.
LETTRE CLXil
A Monsieur Falco?jet, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Je vous dirai pour réponse à la votre, après vous avoir très humblement remercié del'honneur que vous me faites de vous souvenir de moi, que la thèse françoise de M. Guillemeau, avec ses observations, a fort irrité les apoticaires de deçà, qui néanmoins en sont demeurez là, sachans qu'il est trop bien fondé en raison, et qu'il a trop de crédit pour succomber à leurs attentats. Quelques médecins, à qui j'en ai envoyé hors de Paris, m'ont mandé qu'ils s'attendoient de ne voir plus d'apoticaires ici, quand ils y reviendront. Quand vous l'aurez lue, vous me ferez la faveur de nous en donner votre avis, s'il vous plaît. Nos apoticaires de deçà me font pitié, quoique je ne les aime point et qu'ils me haïssent. Ils sont si morfondus, que janvier à deux bonnets ' ne l'est pas davantage.
M. Naudé, bibliothéquaire de M. le cardinal Mazarin, intime ami de M. (îassendy, comme il est le mien, nous a engagez pour dimanche prochain, à aller souper et coucher, nous trois en sa maison de Gentilly *, à la charge que nous ne serons que nous trois, et que nous y ferons la débauche ; mais Dieu sçait quelle débauche ! M. Naudé ne boit naturel-
1. Terme destiné à exprimer les rigueurs de la température et c la nécessité de se couvrir la tête » (Littré).