‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 224 sur 260 · LETTRE CLXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXIII

A Falconet.

Monsieur,

Je n'ai point classez belles paroles pour vous remercier de l'affection que vous m'avez témoignée en votre très obligeante lettre ; mais en attendant mieux, je vous en remercie de tout mon cœur. Je vous prie de croire que je fais très grand état de votre amitié, et même que je ne refuse pas le présent que vous me promettez de Phllosophia EpicurL^ in-fol., en échange duquel je vous en promets un autre qui sera : Jo. Blotani A nthi'opog raphia, in-fol., laquelle sera augmentée de plus de la moitié, avec quelques traitez tout nouveaux, comme, De circulatione sanguinis ; Errata recentium anatomicoriun, Laurenti, Baahinl, Bartholini, Hofmani, Splgelii, etc., Encheiridiam, sive manuale anatomiciim . Mais je ne vous la puis faire rendre dans Lyon guère avant la Saint-Jean, vu que Teiicris illa lentum negotium, à cause que le bonhomme veut qu'on lui porte en sa maison toutes les épreuves, avant que d'en rien tirer, pour la grande quantité des bonnes choses qu'il y a ajoutées. Pour le livre que vous m'avez envoie de M. Gassendi, in-4, j'ai été bien aise de l'avoir deux fois, vu qu'il est bon, je vous en remercie encore une fois.

Pour le bézoar du gazetier, c'est une fort belle drogue ; il n"a débité que la tablature de V. ', qui est un moqueur. Les quatre saignées ont sauvé la vie au roy, encore, diton, qu'il n'a point pris de bézoar ; mais ce qu'on en dit

1. Les éditions antérieures ont misN. mais c'est V. (Vautier) qu'avait évidemment écrit Patin. Nous avons déjà rectifié cette erreur pour des lettres dont on possède les textes originaux.

là-dedans est pour faire du dépit aux médecins de Paris qui n'y croient point. Quoi qu'il en soit, il y a un examen de cette gazette tout fait quelque part, qui se mettra en lumière, quand la bonne occasion s'en présentera, autrement cela ne se peut à cause du roy. Cet homme n'estil pas bien ignorant de nous dire que le roy a guéri après avoir pris du bézoar, post hoc, ergo propter hoc; la conséquence n'en vaut rien du tout. Cet homme raisonne comme si nous étions des bêtes. J'ai eu autrefois un bon maître, à qui j'ai souvent ouï dire qu'il n'éloit rien de tel que d'être impudent, et que cétoient les impudens qui gouvernaient le monde : et néanmoins ce digne homme n'étoitrien moins qu'impudent : c'étoit ce grand poëte, feu M. Bourbon, Nie. Borhonius, qui mourut fort vieux entre mes bras l'an 1644, le 7 août. Il a été en son tems, très grand homme et très bon poète, et nous voyons aujourd'hui pis qu'il n'a dit; car, en ce tems, la fortune triomphe par impudence, par ignorance et par imposture. Mais c'est assez pour ce coup. Si vous voyez quelquefois mon bon ami M. Spon, il pourra vous dire de mes nouvelles ; je lui écris souvent, et quand il vous plaira de m'écrire, vous n'aurez qu'à lui donner vos lettres pour les enfermer dans son paquet ; je lui en prépare un petit, dans lequel il y aura quelque chose pour vous, qu'il vous rendra fidèlement. Quand j'apprens quelque nouvelle de livres, je la lui mande volontiers, et je serai bien aise qu'il vous en fasse part, comme aussi à M. Garnier votre collègue que j'honore fort, et je vous prie de disposer de moi, et de croire que je tiens à très grand bonheur d'être toute ma vie,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

PATl>i.

De Paris, ce 10 octobre 1648.

Lettre porta>t la scscriptios de g. d. m. (gras) DANS l'édit. de Rotterdam 1725.

!dit. de

Cologne

ID

Paris

Cologne

La Haïe

Rotterdam

Paris

Mss. 0358, FOL. 115.

LETTRE CLXIV A Monsieur Belin, docteur en médecine a Troyes.

Monsieur,

Je vous diroy pour responce à la vostre, de laquelle je vous remercie bien fort, que les paranymphes de mon fils ne sont pas imprimez : mais ils ne le seront jamais que vous n'en ayez des premiers ; j'ay icy tant d'affaires que jen'ay pas eu loisir d'y penser, et vostre lettre m'en a fait souvenir. On imprime la table du troisième des Conseils de M. de Baillou ; ce livre me déplait pour le fatras qu'il y a, tiré des Arabes et de la pharmacie de ce tems-là ; mais néantmoins, il y a de fort bonnes choses. Quand vous l'aurez, si vous en voulez profiter, n'en lisez que l'index qui sera à la fin ; il est fait de telle sorte qu'il vous représentera tout ce qu'il y a de bon en tout l'œuvre, et que vous n'aurez pas le regret du tems qu'y aurez employé. On imprime icy un traité, De Anima, et ejiis faculfatibiis. qiiateniis medicus illas considérai, de M. Hofman:je vous en feray part dès quil sera fait. Je suis bien aise qu'ayez veu, leu et approuvé la thèse de M. Guillemeau : mais ce n'est pas celle là que je vous ay envoyée ? Je suis tout a fait de vostre sentiment sur la méthode et sur les remesdes simples ; sint pauca, sed bona ac selecla, et de quitus majores nostri fecere periculum. On imprime en Hollande un traité nouveau de M. Vossius, de Disciptinis, et un autre de mesme, que l'on rimprime, de Historiis Grœcis et Latinis. Cet autheur est un des habiles hommes qui soient aujour-

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d'huy sur terre. On a imprimé depuis peu au mesme pais un livre nouveau in-octavo, soubs ce titre : Les Jésuites sur réchaffaud' . L'autheur en est un jésuite révolté et retourné, nommé le Père Jarrige, lequel despouilla la casaque du Père Ignace, l'an passé, à la Rochelle". Il accuse et convainc, par exemples et circonstances requises la dedans, les sociétaires de faire de la fausse monnoie, et desbaucher des femmes à la confession, d'avoir des garses en leurs maisons habillées en valets, de pédérastie, et autres crimes pendables. Si quelqu'un de vos marchands a intelligence en Hollande, faites en venir hardiment, car la feinte' cabale fera ce qu'elle pourra pour le supprimer : combien que je croye bien fort que cela nempeschera pas qu'il ne devienne commun. Il y a en Flandres grosse querelle des médecins contre les apothiquaires, avec des requestes imprimées, de part et d'autre, au roy d'Espagne. Si les médecins veulent, ils auront bientost ruiné ces fricasseurs d'Arabie. Je ne doubte point que n'ayez veu la déclaration du Roy que le

1. Les jésuites mis sur V éschafaad pour plusieurs crimes capitaux par eux commis dans la Province de Guienne. Avec la response aux calomnies de Jacques Beaufès par le sieur Pierre Jarrige, ci-devant jésuiste, Profès du qaatriesme vœu et prédicateur. Imprimé à Leide chez les héritiers de Jean IS'icolas à Darp, l'an l6-'i8, in-8. — Et en 1649, Response aux calomnies par le sieur Pierre Jarrige ci-devant jésuiste... Paris, Vesdome, 1640. Cf. Sommervogel. T. III. col. 752-757.

2. Jarrige (Pierre) né à Tulle, ou dans le diocèse de Limoges en 1604, mort le 26 septembre 1670. Entré dans la compagnie de Jésus, le 19 octobre 1623, il abjura le catholicisme en 1647 et passa en Hollande. Condamné à mort par le présidial de la Rochelle, il publia le pamphlet ci-dessus, — violente satire contre les jésuites. — Jarrige rentra en 1630, dans l'Église calliolique et écrivit une rétractation de son ouvrage. Rétractation de P. Jarrige retiré de la double apostasie par la miséricorde de Dieu. Anvers, 1630, in-12. Cf. Sommerv. T. III. coll. 752-757.

3. 11 y a bien o feinte » dans le manuscrit et dans toutes les vieille éditions. Dans ce cas, l'expression ne peut que signifier, cabale occulte^ i( déguisée» (Furetière). Interprétant difficilement cet adjectif. R. Parise, dans l'édition 1846, l'a modifié, et a écrit « l'habile cabale ».

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parlement a fait et publié depuis trois jours'. Ils ont envie de faire encore bien mieux l'hyver prochain après la Saint- Martin. Le Roy estencor à S. Germain, undè dlcitar rediturus inira octiduu/n. Je vous baise les mains, à madame Belin, à MM. vos frères, à M. Sorel, à MM. Camusat et Allen, et à Monsieur vostre fils, et je suis de toute mon ame,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 28 d'octobre 1648.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. 1725.

— Paris 1846.

1. C'est la déclaration imposée an roi par la Fronde parlemciifaire et qui réglait l'administration judiciaire, limmcière et même commerciale du royaume — Signée par la Reine le 22 octobre, elle fut vérifiée par le Parlement le 2i.

Mss. 9357, FOL. 5.

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