‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 230 sur 260 · Le fils de Broussel portait le nom de La Louvière · texte numérisé non relu

Le fils de Broussel portait le nom de La Louvière

5. Patin avait écrit : (( qui en a donné le gouvernement à M. Deslandes-Payen, Conseiller de la Grande Chambre et prieur de la Charité sur Loire, qui est un homme de grand esprit, de ruse et de service, de plume et d'espée. Son lieutenant dans la mesme place est le second

Paris, qui doibt estre suivy de quatre cents bons cavaliers.

Le jeudy 14, mourut icy, du matin, M. Marescot, maistre des requestes, fils d'un autre maistre des requestes, et petit fils de Michel Marescot, grand médecin, lequel mourut icy, l'an IGOo. Ce mesmejour, tous les Messieurs furent assemblez pour la police, afin de donner ordre aux provisions d'une si grande ville '.

Voyez comment vont les choses du monde : il y a quatre mois et demy que Paris s'arma pour empescher qu'on ne mit ce bonhomme prisonnier dans la Bastille, et aujourd'huy, mulata rerum sorte, voilà qu'il en est gouverneur, et qu'il y retient les autres. 11 y a icy force soldats à pied et à cheval, qui font des courses sur les ennemis qui paroissent, et on appreste un grand armement pour les aller attaquer en gros où ils seront, où M. de Beaufort et le mareschal de la Motte-Houdancourt ont bien envie de bien faire et de se faire paroistre. La reine, voyant que M. de Longueville estoit contre elle, a donné son gouvernement de Normandie à M. le comte de Harcourt qui y est allé pour y estre receu ; mais Rouen luy a fermé la porte et ne l'a pas voulu recevoir. M. de Longueville, ayant aussi eu advis que son gouvernement estoit donné, est parti d'icy, le mercredi 19 dejanvier, assez tard, et bien accompagné, est allé droit à Lizieu % puis à Rouen', où il a esté bien reçcu. M du Tremblay, frère du défunt père Joseph, capucin, accusé d'avoir trop tost rendu la Bastille à Messieurs du Parlement, a esté condamné à Saint Germain d'avoir la teste tranchée. La reine est tellement irri tée contre Paris, qu'elle a chassé, d'auprès d'elle, Mademoiselle Danse,

fils du bonhomme M. de Bruxelles. » 11 a rayé ce passage qui contenait une erreur et Ta remplacé en marge par : <( au bonhomme Bruxelles, père, conseiller de la Grande [Chambre] et lui a donné pour lieulenant son fils ».

1. Patin avait écrit à la suite : « Je vous advertis qu'il y a une faute ci-dessus et que le gouvernement de la Bastille a été donné au bonhomme Bruxelles, père, conseiller à la Grande Chambre et la lieutenance à son fils. » Ayant rectifié plus haut, en marge, cette erreur, il a barré ce passage.

2. Lisieux^ aujourd'hui du déparlement du Calvados, ville située à 48 kil. E. de Caen.

3. Rouen, alors capitale de la Normandie, sur la rive droite de la Seine, à 130 kil. N.-E. de Paris.

qui estoit une de ses femmes de chambre, pour avoir voulu luY parler pour Paris, et néantmoins, il y a eu de deçà, quantité de gens pieux et dévots qui ont eu la hardiesse d'en escrire à la reine, et de luy en remontrer la conséquence. Le parlement luy a fait aussi des remonstrances par escript, lesquelles sont imprimées. On dit qu'elles sont bien faites ; et que M. le président de Coigneux en est l'autheur.

On a fait icy courir depuis huit jours quantité de papiers Yolans contre le Mazarin, mais il n'y a encore rien qui vaille; mesme, j'apprends que M. le procureur général en a fait des plaintes au parlement, qui a ordonné que l'on empeschàt l'impression et la distribution de ces escripts satyriques et médisans '. Quelques cavaliers des troupes de M. le prince de Gondé sont allez de Saint Germain à Meudon ', où ayant trouvé quelque résistance dans le château, par les païsans qui s'y estoient retirez, ils ont joué de main mise, et en ont tué plusieurs, puis ont pillé le château ; quelques-uns du coslé de M. le Prince y sont aussi demeurez, et entre autres, deux capitaines qui sont fort regrettez. Nos cavaliers y furent dès le lendemain, qui se rendirent maistres du château, qui mirent en fuite des Allemands qui y estoient, en ayant tué et pris prisonniers q\ielques-uns. J'apprends que l'ordinaire ' de Lyon ne va ny ne vient ; cela me donne de l'appréhension que les lettres du vendredy, 8 de janvier, ne vous aient pas esté rendues, et en vérité, si cela est, je suis bien malheureux, veu que, dans vostre pacquet, il y a une grande lettre pour vous de quatre pages à l'ordinaire, et deux autres pour deux de vos collègues, MM. Garnier et Falconet : je voudrois avoir donné une pistole et les retenir toutes trois, si vous ne les avez reçeues. Mon Dieu ! faut il que la guerre trouble un commerce si innocent. Je vous mandois, entre

1. Les Mazarinades . Cf. pour ces contes satiriques et souvent burlesques, les trois volumes de la Bibliographie des Ma:arinades publiée pour la Société d'histoire de France par M. Moreau.

2. Aujourd'hui, b. de Seine-et-Oise près de la rive gauche de la Seine, à 10 kil. E.-N. de Versailles.

3. Le courrier de la poste. Je ne vous en parlerai ([ue par le premier ordinaire. Pascal, Provinciales, IL (Litlré).

autres, que noire bon amy M. Ilofman, estoit mort le 3 novembre de l'an passé, selon que M. Volcamer m'en a voit escript.

Du 25 DE JANVIER *. On garde icy soigneusement les portes, et personne n'en sort sans passeport. M. de Longueville est encor en Normandie, d'où on espère qu'il emmènera [de] bonnes troupes; son retour est icy fort souhaitté. Toute la cour est à Saint-Germain avec le Mazarin. M. le Prince voltige, de çà et de là, avec des cavaliers, pour empescher l'abord de Paris à toute sorte de marchandises; mais pourtant, cela n'empesche pas qu'il n'en vienne de plusieurs endroits, horsmis de Gonesse", que le pain n'en vient point, à cause des coureurs qui sortent de Saint- Denis ^; et jusques icy cela a duré ; mais je pense qu'il ne durera pas encore longtemps, veu que nous avons de belles troupes qui s'apprestent à bien faire; mais M. le duc de Bouillon-Sédan est au lict de la goutte, et M. le mareschal de la Motte-Houdancourt est au lict d'un rhumatisme. 11 y a en cette ville bien du pain et du bled, et beaucoup de farine aussi, et, Dieu mcrcy, personne n'a encore crié à la faim.

M le Prince a mis bonne garnison dans Corbeil, lequel jusques à présent, nous auroit esté inutile^ à cause du desbordement de la rivière de Seine, laquelle a fait icy bien du ravage, et qui a empesché le commerce et la navigation depuis trois semaines ; elle commence fort à diminuer et à se resserrer dans son lit, de sorte que doresnavant, cette place nous sera nécessaire; aussi croy-je, avec grande apparence, que ce sera la première que nous irons prendre, et après cela Lagny *, afin que la liberté soit tout entière pour Paris sur les deux rivières qui la nourrissent, Seine, et Marne. Après cela, il faudra prendre Saint Denis, afin d'avoir aussi le pain de Gonesse, pour ceux qui ont Pestomach

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