Ville sur la Seine, et le Rouillon, à 8 kil. N. de Paris
4. Aujourd'hui, ch.-l. de c. de Seine ct-Marne; à 21 kil. do Meaux, sur la rive gauche de la Marne,
6iU LETTRES DE GUI PATIN
délicat et qui y sont accoutumez. Peut estre que Dieu mettra la main à tant de désordres, par la mort de quelqu'un de ceux qui fomentent et entretiennent ces guerres.
La reine veut paroistre à un chacun implacablement irritée ; elle ne veut point souffrir que personne luy parle de s'adoucir, et pour cet effet, elle a chassé de la cour une de ses femmes de chambre nommée mademoiselle Danse, femme de son apothiquaire, et a fait mettre en prison un aumosnier du roy, nommé M. Bernage, chanoine de Nostre-Dame, pour la mesme cause. On imprime icy force libelles, qui se crient parles rues sur les affaires du tems, tant en vers qu'en prose, en latin et en françois. Il y en a plusieurs contre la personne du Mazarin : mais il y en a fort peu de bien faites. Je ne vous en garde point de copie, mais je m'attends au recueil général qui s'en fera, à quoy déjà s'apprestént quelques unes de deçà, tant in-8 qu'in-4. On dit que M. le duc d'Orléans, Madame la duchesse sa femme, Mademoiselle sa fille, M. le Chancelier, M. d'Avaux, frère de M. le président de Mesmes et qui estoit l'an passé à Munster, ne sont contre Paris que par bienséance, et non pas cruellementet furieusement acharnez, comme sont la Reine, M. le Prince et le Mazarin, et croy que cette affaire viendra enfin à quelque accommodement ; mais ce ne sera pas sitost. Interea patitar justus. On lève icy bien de l'argent de tous costés, et personne ne sçait combien ce mauvais temps durera ; néantmoins, j'espère que M. le Prince n'en sera point le maistre, s'il ne luy vient bien d'autres troupes que celles qu'il a ; et si les princes qui sont de nostre côté ne nous trompent, (quod omen Deus avertatj,\\ y a grande apparence que l'honneur en demeurera au parlement : ainsi soit-il !
Tous les ouvriers de l'imprimerie ont icy mis bas ' ; il n'y a que ceux qui font des libelles qui travaillent. On avoit commencé d'imprimer la table de l'Anthropographie de M. Riolan, mais elle est demeurée là, aussi bien que le 2" tome de la géographie du père Briet, dont vous avez le
1. Cette expression sigtiifiait l'arrêt du travail dans une imprimerie. (Furetière).
l""" tome : comme aussi le 4*" tome, Dogmalum Ihcologicorum du P. Pelau, qui sera De Incarnatione, et autres '. M. le procureur général s'est plaint à la cour de limpudence des imprimeurs qui publioient tant de meschants fatras et tant de libelles diffamatoires, d'où s'en est ensuivi l'arrest, qui a esté publié à son de trompe par la ville, qui leur défend de plus rien imprimer sans permission de Messieurs du parlement. Mais je pense que toutes ces défenses ne les empescherontpas d'en imprimer, à mesure qu'ils en auront; et entr'autres, ils ont imprimé, un journal de tout ce qui s'est fait etpassé depuis le mois dejuin au parlement, jusques à présent, comme aussi la lettre d'un religieux à M. le prince deCondé, pour l'exhorter à quitter le party du Mazarin. L'autlieurparle là dedans comme un jésuite, mais il ne le fut jamais : c'est un gaillard qui se mocque d'eux, mais qui parle bien et avec vérité : le Mazarin est sanglé là-dedans, tout du long, et très vilainement, comme il le mérite ; il me semble que c'est la meilleure pièce de tout ce qui s'est fait; mais je ne scay pas ce qui se fera à ^'advenir.
Ce 27 DE JANVIER '-. On mit hier prisonnier à la Bastille un gros et infâme partisan nommé la Rallière% lequel est rudement chargé de la haine de bien du monde : aussi estoit il trop superbe et insupportable : on a pris aussi chez luy cent mil escus, que l'on a portez à l'Hostel de Ville pour aider à faire la guerre au Mazarin. M. le duc de Beaufort lève icy de l'infanterie, et M, le mareschal de la Motte-Houdancourt de la cavallerie, pour sortir en campagne, dès qu'il sera fortifié, comme il se porte mieux. Il entre icy par divers endroits de la farine et du bled qui donne du courage à tout le monde, et qui réconforte merveilleusement ceux mesmes qui naturellement n'en ont guères.
Depuis trois sepmaines que nous sommes en guerre et menacez de famine, rien ne m'a tant fasché que le regret que j'avois que ma lettre à vous adressée du 8 de janvier