‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 235 sur 260 · Divertis, pour délourner · texte numérisé non relu

Divertis, pour délourner

monde est icy en une merveilleuse résolution contre le Mazarin, et combien que le pain y soit cher, néantmoins, personne n'y gronde, pas mesme le petit peuple, si ce n'est quelque petit houlereau de partisan (car les gros s'en sont envolez) ; encore faut-il que ce soit en cachette ; ou bien ce sont des gens qui ont peur de la justice, de la force, ou de la constance du parlement, dans lequel tous les membres sont merveilleusement bien unis et bien résolus. Les sages de delà, qui sont les plus modérez, espèrent que cette grande affaire se pourra enfin terminer par un accord, et c'est ce que je souhaitterois de tout mon cœur; mais je ne l'oserois espérer, tant par l'obstination et la meschanceté des uns que par la force el la bonne opinion des autres. Ceux de deçà ont grande espérance en M. de Longueville, qui est allé en Normandie s'asseurer de Rouen et nous y mesnager des autres, tandis qu'il nous a icy laissé de bons ostages ; sçavoir, M. son fils aine et madame sa femme, laquelle est icy accouchée le jeudi 286 jour de janvier, jour dédié dans l'almanach au bon roy Charlemagne, d'un second fils, qui a esté baptisé et nommé Charles-Paris de Longueville, comte de Saint-Pol*. Son parain a esté M. le prévost des marchands, le président le Féron et les eschevins "^ au nom de la ville de Paris ; la maraine a esté madame la duchesse de Bouillon', femme d'un de nos généraux, qui est encor au lit, malade de la goutte.

Nos bourgeois font merveilles de bien garder les portes, et d'empescher que bien des gens n'en sortent qui voudroient bien avoir la clef des champs. On a trouvé des caches d'argent en divers endroits de la ville, et chez des particuliers et des moines, tant d'argent que de vaisselle d'argent ou papiers d'importance, appartenant aux parti-

1. Orléans {Charles Paris d'), comte de Saint-Pol, puis duc de Longueville, etc. C'est ce fils bien aimé de Madame de Longueville, qui devait charmer la cour autant par ses brillantes qualités que par la légèreté de ses mœurs et aller se faire tuer inconsidérément au passage du Rhin le 12 juin 1G72.

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