‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 236 sur 260 · Les quatre échevins » dans les édit ant · texte numérisé non relu

Les quatre échevins » dans les édit ant

3. Bergh (Eléonore-Catherine-Febronie de) mariée au duc de Bouillon, le 12 février 1634, morte le 14 juillet 1652.

sans. Messieurs du parlement font merveilles pour apporter de la diligence à tous ces désordres. Toute la ville est fort unie contre le Mazarin, et espère que, Dieu aidant, nous en viendrons à bout. Cette guerre vient des jésuites qui ont permis à tout le monde de prester de l'argent aux partisans au denier de dix ou douze, et puis, aux partisans qui ont preste au roy si haut, que le roy mesme en est aujourd'huy insolvable et qu'il faut qu'il fasse banqueroute. La tyrannie et les voleries du Mazarin ont fait le reste : et voilà le temps auquel Dieu nous a réservez.

Le dimanche, 7 de février, M. le duc d'Orléans et M. le prince de Condé ont ramassé des troupes pour le Mazarin, et sont venus coucher au bois de Vincennes ; le lendemain lundy, de grand matin, ils campèrent entre Paris et Charenton, pendant quoy, deux mil hommes des leurs furent attaquer Charenton. Ceux qui estoient dedans se défendirent merveilleusement, et enfin les ennemis y entrèrent du costé du Presche'. Nous y avons perdu cent quarante hommes, et les mazarinistes plus de quatre cents, entr'autres, dix capitaines ou lieutenans du régiment de Navarre, et un autre grand seigneur, duquel la mort a fort affligé tous les chefs; sçavoir, M. de Chastillon', fils du feu mareschal, lequel a voit espousé la fille de feu M. de Bouteville, qui eut icy la teste tranchée l'an ^627^ Le prince de Condé a pris un village que nous reprendrons, y a perdu six fois plus que nous et son meilleur amy, M. de Chastillon, pour lequel rachepter, il donneroit mil Charentons. Si la guerre continue, bien d'autres y périront. On parle icy que le traité de la paix d'Espagne s'avance ; je voudrois bien qu'elle fûtdesjà faite ; elle nous sera autant et plus advan-

1. C'est-à-dire, du côté du Temple. « Prcsclie » pouvait s'entendre (( du lieu où s'assemblaient les huguenots pour entendre le presche ». (Furetière).

2. Gaspard de Coligny, duc de Cliàtillon. C'était le frère de ce Coligny qui péril à la suite de son duel avec le duc de Guise. Cf. sa note : Lettre du 12 août 16^i3.

3. Fîoutcville (François de Montmorency de), né en 1600, mort sur l'échafaud le2{7 juin 1G27, à la suite de la condamnation encourue pour .'on duel a>cc le marquisdc licuvrou. lîoutexille s'était marié avec Elisahclli-Angclique de Vienne dont il eut, entre autres enfants Elisabeth-Angélique de Montmorency qui avait épousé, en 164o, le duc de Cliàtillon,

tageuse qu'au party du Mazarin. Les capucins qui ont esté députez et envoyez pour enterrer les corps morts de Charenton, y en ont trouvé cent et quatre, dont il y en a quelques uns du lieu mesme qui ont fait merveille de se bien défendre ; quelques-uns aussi du costé du Prince de Condé, qui y furent tuez après l'assaut, la grande tuerie n'ayant esté que depuis qu'ils furent entrez dans le village; et mesme M. de Chastillon n'y fut tué qu'une demi-heure après de deux coups de pistolet, qui tous deux furent mortels. M. de Clanleu, qui estoit dedans, y fut tué en desfendant une barricade, et eut encor plusieurs coups, après sa mort, d'autant qu'il avoit tué d'un coup de pistolet dans la teste celuyqui lui avoit offert quartier '.

La prise de cette place est provenue de la faiblesse de nos gens et du peu de résistance qu'ils firent au régiment de Navarre, qui voulut le premier entrer dans Charenton. Nos gens espouvantez de cette première attaque, laquelle fut forte, s'enfuirent sur le pont de Charenton, vers Creteil- et Villeneuve \ et ainsi, abandonnèrent ce misérable village au gouverneur, assisté d'environ trois cents soldats seulement et de quelques païsans. Dès que M. Chastillon se vit blessé, il fut reporté au bois de Vincennes, où estoit M. le Prince, qui pensa s'en désespérer, se tirant les cheveux et faisant d'horribles imprécations ; ce qui m'a esté rapporté par le chirurgien mesme qui le pensa le mesme jour. M. le Prince coucha la nuit suivante audit bois de Vincennes, et n'en partit que le lendemain à dix heures du matin, comme il vit M. de Chastillon tourner à la mort ; lequel Chastillon dit à M. le prince, en présence de plusieurs seigneurs, qu'il mouroit son serviteur, mais qu'il le prioit de luy permettre qu'il put lui recommander trois choses avant de mourir, dont la première estoit de quitter au plus ,tost l'infâme * party

1. Clanleu (Bernard de). Maréchal de camp en 164-6. Vaillant soldat qui s'était signalé dans les guerres de la Régence. Disgracié, il avait embrassé, par vengeance, le parti de la Fronde.

2. Village faisant aujourd'hui partie du départ, delà Seine, sur la Marne, à 10 kil S.-E. de Paris.

.3. Villcneuve-le-Roi, en Seine-et-Oise, à 17 kil. N.-\.-0. de Corboil. 4. Le mol « infâme » supprimé dans les édil. ant.

du Mazarin, qui n'estoit qu'un fripon et qui ne méritoit point l'assistance d'un si grand prince ; la seconde que sa femme estoit grosse, et que si c'estoit un fils, qu'il le luy recommandoit', la troisième, qu'il quittât la vie infâme et scandaleuse qu'il avoit menée jusqu'alors. La Reine, advertie de la prisede Charenton, en tesmoigna grande joye, et principalement lorsqu'on luy dit qu'il y avoit eu six mil Parisiens de tuez, combien qu'il n'y en eût pas un, ceux qui y ont esté tuez estant de l'infanterie du prince de Conty et de M. d'Elbeuf, qui furent abandonnez de leurs compagnons, lesquels, s'ils n'eussent pris la fuite, eussent pu ruiner l'armée du prince de Condé, lequel a fait rompre deux arches du pont de Charenton et l'a abandonné, n'ayant point assez de gens à le garder : on a pensé à faire refaire ce pont ; mais de peur qu'il ne servit une autre fois à nos ennemis, combien qu'il pourroit estre refait en trois heures, ils ont délibéré de le laisser ainsi, et au lieu d'iceluy, de faire un pontdebatteaux, qui servira à amener à Paris tout ce qui viendra de Brie par la rivière de Marne, ou de Brie-comte-Robert % où il y a bonne garnison et beaucoup de provisions que l'on nous envoyé à chaque moment.

La nouvelle de la morl de M. de Chastillon a fort troublé toute la Cour, ([uiest à Saint Germain; tous les seigneurs le regrettent, et toutes les dames crient si haut que c'est pitié ; depuis ce temps-là, le Mazarin ne s'est plus montré ; latel abdltas ; il demeure caché dans le cabinet de la Reine, de peur d'être tué ou massacré par quelqu'un de ceux qui détestent la guerre, dont le nombre n'est pas petit dans ce pa'is-là. Madame de Chastillon ^. et sa mère. Madame de Bouteville, disent qu'elles le tueront et escorcheront, puis-

1. Elle accoucha, au mois de juillet suivant, d'un fils, Coligny (Henri Gaspard de) duc de Chàtillon qui mourut, à l'âge de dix-sept ans. Avec lui finit la postérité de lamiral de Coligny.

i. Ancienne capitale de la Brie française en Seine-et-Marne, à 18 kil. \.-0. de Melun.

3. « Belle, spirituelle et fort galante, peut-être encore plu* intrigante, a toute sa vie fait beaucoup de bruit dans le monde, dans ses trois états de flUe, de duchesse de Chàtillon, cnlin de duchesse de Meckelbourg ». Ainsi est esquissé par Saint-Simon (Op. cit. T. II : p. 36) en quelques traits admirablement 'précis, le portrait d'Angélique-Elisa-

que les hommes ne s'en défont point. Par cy-devant, il se montroit et faisoit bonne mine; maintenant il ne paroit plus, il est devenu invisible. On a pris un autre conseil pour le fait du pont de Charenton ; il a esté raccommodé, et de plus, on y fait un pont-levis bien fort, que l'on abattra, quand on voudra On y a aussi remis une autre garnison et un autre capitaine à la place du sieur de Clanleu, qui estoit un vaillant homme, mais malheureux, qui néantmoins, eut fait merveilles en la défence de cette place^ s'il n'eut esté abandonné par de lasches coquins qui faisoient partie de la garnison. M. le duc de Beaufort continue de faire icy des merveilles pour aller contre les ennemis et nous faire venir des convois. Toutes les femmes de Paris ne jurent que de par luy ; et à dire vray, nous hiy avons de grandes obligations, aussi bien qu'à M. mareschal de la Motte et au marquis de la Boulaye, qui sont des gens hardis et valeureux.

Ce samedi 13 février '.Ce dernier a fait entrer ce matin, par la porte de Saint Jacques, deux cents quatre vingt six charrettes chargées de bled et de farine, qui avoient esté ramassées à E lampes "" et à Chcàtres % et qui venoient encore de plus haut, c'est-à-dire de la Beausse et du Gàtinois, et mesme, de par delà Chartres '. Il se présenta hier, à la porte de Saint Honoré, un héraut d'armes de la part de la Heine ; le Parlement ne vouhit pas qu'il fut admis dans la ville, la coutume n'estant d'envoyer des hérauts qu'aux souve-

beth de Montmorency-Boutevillo, duchesse de Chàtillon. L"affliction qu'elle éprouva, à la suite de la perte du mari jeune et beau par lequel elle s était laissé enlever en 16io, fut infiniment plus modérée que ne le donnerait à penser le récit de Patin. Voir sur son attitude dans cette circonstance les Mémoires de Madame de Motteville (T. II, p. 330) et ceux de Mademoiselle de Montpensier qui fut la visiter après la mort de Chàtillon. (Op. cit. T. I, p. ;207). Elle épousa en secondes noces, en lô6i, le duc de Meckelbourg et mourut le 2i janvier 1695, peu de jours après son frère, le maréchal de Luxembourg.

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