Pierre Seguicr
2. Le Tellier (Michel) né le 19 avril 1603, mort en octobre 168.Ï. Conseiller au grand Conseil en 1624, procureur du roi au Chatelel en 1G31, intendant de justice à l'armée de Piémont, en 16'tO, il exerçait, depuis le 13 avril 16i3,les fonctions de secrétaire d'Etat de la guerre. Il fut ministre d'Etat en 1661 et chancelier en 1677.
3. Jean Louis, dit le chevalier de la Valette, fils naturel de Jean Louis de Nogaret, duc d'Epernon ; lieutenant général de l'armée vénitienne en 164o, lieutenant général des armées du roi; mort en IGoO.
4. Le cardinal de Retz dit que le chevalier de la Valette avait formé le projet de le tuer, lui et Beaufort, sur les marches du Palais. Op. cit. T. 1, p. 282.
dem (lies mail snnL nous avons du pain, de la farine et du bled ; mais en récompense nous avons aussi bien des traistres. On a surpris un homme près d'icy, sur le chemin de Saint-Germain, chargé d'environ quarante lettres, où, entre autres, il y en avoit quatre qui descrivoient tout ce qui se fait et se passe à Paris, fort exactement, entre autres une, laquelle est dun conseiller à la cour qui ne se peut deviner, mais qui néantmoins est fort soubçonné, et en grand danger d'estre descouvert qui donnoit divers advis fort importans à M. le prince de Condé. On fait ce qu'on peut pour en découvrir Tautheur. M. le prince de Condé a escript une lettre à M. de Bouillon (laquelle il a envoyé, sans l'ouvrir, au parlement) par laquelle il luy mande quilfera à tous les prisonniers qu'il prendra pareil traitement que Paris fera au chevalier de la V'alette, lequel, ce dit-il, n'a rien fait que par ordre et commandement du roy, à qui tous ses subjets doivent obéir. 11 n'est pourtant pas prisonnier de guerre ; il est criminel dans le party qu'il a choisi, et auquel il s'est obligé par serment de fidélité, et néantmoins, on a sursis son exéqution, de peur d'irriter ce prince, qui est déjà assez fougueux, et qui fait avec trop de cruauté sentir sa rage et sa furie à ceux d'icy alentour, et surtout aux païsans et aux églises, desquelles on emporte tout, hormis les calices d'estain. On a néantmoins jugé de bonne prise tout ce qui avait esté saisy chez ledit chevalier de la Valette, sçavoir, quelque argent, bagues, joyaux et diamants, avec deux coffres pleins de vaisselle d'argent, qu'on a mis en garde à l'hostel-de-ville.
Il vient icy une grande quantité de bled et de farine de tous costez, hormis par les portes de Saint-Denis et de Saint Martin, à cause de l'empeschement que la garnison de Saint Denis y apporte, mais Dieu mercy, il en vient bien d'ailleurs en récompense, ce qui confirme merveilleusement nos bourgeois dans le dessein de résister aux menaces de la reine et du prince de Condé, et de se bien tenir estroitement et courageusement unis à la défense de Messieurs du parlement, lesquels messieurs sont icy fort louez d'avoir empesché que le héraut envoyé par la reine n'entrât dans la ville, duquel le dessein estoit d'esmouvoir
sédition, s'il eut peu, du peuple contre le parlement, et en cas que le peuple se fût remué pour le héraut (ce qui estoit impossible, tant est icy grande et forte l'union et la concorde de tout le monde), le chevalier de la Valette se fut rendu le chef de ces séditieux. Mais ces bonnes gens là prenoient bien mal leurs mesures, veu que si la sédition eût tant soit peu commencé, le héraut, et le chevalier, et leurs complices n'eussent guères manqué d'estre aussitost assommés, la ville estant tout armée de tous costez, et les chaînes tendues partout.
Le mardy gras, IG de février. Messieurs les gens du roy. Talon, Bignon et Meliaud, ont reçeu le passeport, l'asseurance et le sauf-conduit qu'ils avoient demandé pour aller à Saint Germain y voir la reine, comme je vous ay dit cy-dessus, et sont partis, à cet efTet et à cette intention, le lendemain mercredy des cendres, de grand matin ; et en sont revenus le lendemain, jeudy, à quatre heures du soir. Tandis qu'ils ont esté là, les Messieurs du Parlement et les princes ont fait arrêter deux évesques prisonniers, sçavoir : Boutant, évesque d'Aire, et Cohon, évesque de Dole, en Basse-Bretagne, qui par cy devant estoit évesque de Nismes. Ils ont aussi décrété prise de corps contre un dangereux pendard de partisan, nommé de Lône, conseiller au Chastelet. Les deux frères Tambonneau ; l'un président des comptes ' et l'autre conseiller à la cour ', se sont sauvez de peur d'estre arrestez, sachant bien qu'ils sont découverts et que leur mine est éventée; leurs lettres qu'ils envoyaient à Saint Germain ont esté arrêtées, apportées et leues en plein Parlement ; ils mandoient par ces lettres au Mazarin qu'il se gardât bien de rien accorder de deçà ; que nous estions à la veille d'une grande sédition ; que tout y estoit si cher que Paris ne pouvoit pas résister encore huit jours, et plusieurs autres faussetez. Ne voilà pas de malheureux pendars, gens de
1. Tambonneau (Jean), président à la Chambre des Comptes en 1634 ; mort en mai 1683. Tallemant lui a consacré une historiette (Op. cil. T. V, p. 408) ainsi qu'à sa femme, Marie Boyer (id. p. 410).
2. Tambonneau ( Franco is-Jéro me), sieur de Roquemont, conseiller en 1636, mort le 20 décembre 1673,
cette qualité et dignité, se faire espions d'un maraud estranger, bateleur, commédien et insigne larron, et principalement en ce temps icy auquel ses affaires sont réduites à un déplorable estât, vendre et trahir sa patrie et son party pour un faquin italien, qui n'est bon qu'à estre chastré ' et à estre pendu, ut is partihus quitus peccavit puniatur'.
On dit que sil est obligé de sortir de France, (comme j'espère qu'il sera en bref), qu'il n'ira pas à Rome, où il auroit aussitost le Pape pour ennemi et pour juge, d'autant qu'il a fait autrefois mourir, c'est-à-dire tuer et massacrer un des neveux du cardinal Pamphilio qui est aujourd'huy messer papa Innocentio X ; mais que, pour éviter cet orage, il ira plutost à Venise, où il a de l'argent et de bonnes nipes qu'il y a envoyées par cy-devant, avec lesquelles il se défendra, comme frère Jean fit ' dans le Rabelais avec le baston de la croix, contre les ennemis qui vendangeoient le clos de Seville* : on dit néantmoins, que quand il sera à Venise, le Pape le maltraitera aussi et le décardinalisera, et mesme peut-estre qu'ensuite, il le fera assommer; et ceux qui connoissentce coyon slciliot disent que cela, bien considéré, luy fera prendre la résolution de s'en aller plutost en Turquie, et que là, il se fera circoncir pour y estre aussi mauvais turc qu'il a esté de deçà mauvais chrestien et malheureux politique, et qu'il fera mieux pour sa seureté particulière de se fier au grand turc ou à son muphty, qu'au Pape de Rome, ou au cardinal Pancirol, qui est aujourd'huy le grand gouvernant du papat et le grand invétéré ennemy du Mazarin. S'il ne va icy ou là, au moins fût il à tous les diables : rudis malum pedein attulit, sœculi sui incommodum^et nebulopessimus.
1. « Chassé » dans les édit. antér. La correction a été faite également sur le manuscrit où une main inconnue a remplacé les lettres finales « tré » par les lettres « se ».
2. Les mots « et à être pendu » et la phrase latine qui suit ont été retranchés dans les édit. antér.
3. Frère Jean des Entommeurs, un des personnages de l'épopée rabelaisienne.
4. .Seuillé, en français moderne, — village des environs de Chinon. Œuvres de Rabelais; — Gargantua. — Livre 1, chap. XXVII, p. 90. Edit. Bibl. i\at., Paris, 188G.
Ce jeudi, 18 de février'. On fait icy tous les jours quelque pièce nouvelle contre luy, sérieuse, ridicule, bouffonne, bonne, mauvaise ; tenel insanabile cunctos scribendi cacoelhes. Je a'Ous envoieray, par cy-après, quand Dieu nous aura fait le bien d'oster tant d'obstruction qui sont sur les chemins, et resLUiita meatuum liberlale, les bonnes pièces. Je prie Dieu que ce soit bientost. Je vous prie, en attendant d'asseurer MM. Gras, Falconet et Garnier, Ravaud et Huguetan, que je suis leur très humble serviteur, fourny, Dieu mercy, de farine, de pain ou de bled pour plus d'un mois pour moy et pour ma famille, avec du vin, de l'argent et autres provisions pour bien plus longtemps, et que combien que je sois dans une ville bloquée et à demy assiégée, que je n'ay pourtant, Dieu mercy, besoin ni disette quelconque, prœterquam ainoris vestri et bonœ mentis, afin que je puisse toujours reconnoistre l'obligation que je vous ay à tous, et principalement et particulièrement, à vous, Monsieur, quifamiliam dulcis amicoram meoruni.
Je ne double pointque le Sennertus ne roule tous jours sous vos auspices, je souhaitte qu'il soit bientost fait et que nous ayons encore bien plustost la paix'.
MM. les gens du roy ont rapporté à la cour, qu'en vertu du passe-port qui leur avoit esté envoyé, ils s'estoient acheminez à Saint Germain avec l'escorte de la part de la reine ; que, partout, ils avoient esté très bien reçeus, et sur les chemins et là, et mesme par la reine, laquelle leur tesmoigna qu'elle ne vouloit aucun mal au Parlement de Paris, ny en général ny en particulier, qu'elle estoit preste de leur donner telles asseurances qu'il seroit possible, et eut agréables les raisons qu'ils luy alléguèrent de ce qu'on avoit pas reçeu le héraut. M. le chancelier ayant parlé pour la reine, le duc d'Orléans et le prince de Condé firent ce qu'ils purent pour renchérir par dessus, et tesmoignèrent grande disposition à un accord.