Date en marge de la main de Patin
7. Onvoitcombien les frondeurs, dont Patinpeutètre envisagé comme un des types les plus intéressants, étaient abusés par les chefs de la révolte parisienne. (Cf. la noie 5, page 662). Mais, les députés du Parlement à Rueil savaient bien à quoi s'en tenir sur la situation de Tiircnne.
664 l?:ttres de gui patin
païs la, (soubs l'authorité de M. de Vendosme) qui l'a pris et retenu prisonnier, et mené à Verneuil', au Perche ' : on croit que delà, on le mènera, soubs bonne garde, à Rouen, où il est en danger d'avoir la teste tranchée, tant pour diverses meschancetez qu'il a commises, que pour divers maux qu'il a fait souffrir à cette province de laquelle il est issu, de la maison de Medavy\ Ce comte estoit un des premiers hommes de guerre du Prince de Condé, chargé de beaucoup de forfaits et de beaucoup de haine, magnus bellator, magnus peccalor ; cette prise est de grande importance : il est gouverneur de Graveline, eoqae nomine, on dit qu'il mérite d'avoir la teste coupée pour quelque menée qu'il a faite en Flandres, s'il estoit à Saint Germain prisonnier entre les mains de la Reine et de M. le ChanceUer '.
Le Lundy, 8. de mars, a esté leue en plain Parlement, la lettre que M. le Mareschal de Turenne a envoyée à M. le Prince de Conty : en suite de laquelle, ledit Prince ayant preste serment de fidélité pour ledit sieur mareschal, arrest a esté donné de jonction avec luy : et en mesme temps, un autre arrest qui a cassé celuy qui a esté donné, depuis peu, à Saint Germain, contre ledit mareschal de Turenne, par lequel il avoit esté déclaré criminel de lèze-majesté, pour n'avoir pas voulu venir de deçà avec son armée, pour la Reine et le Mazarin, contre Paris : on dit aujourdhuy qu'il vient avec dix mil hommes, et qu'il est audeça de Mets*.
1. Verneuil, ville située sur l'Avre, à 40 kil. S.-O. d'Evreux. Aujourd'hui c. 1. de c. du départ, de l'Eure.
2. Ce passage est rayé et Patiu rectifie en marge la nouvelle concernant Grancey, Y. plus bas, note 4.
3. Grancey (Jacques III Rouxel de Médavy et de), né en 1602, mort le 20 novembre 1680. Maréchal de camp en 1636, gouverneur de Graveliiics en I6ir4, il fut fait maréchal de France en 1651. Il avait battu le 9 fé^rie^ un petit corps de frondeurs commandé par La Rochefoucauld.
4. A cet endroit de la lettre, en marge, de la main de Patin : « La nouvelle de laprisedu comte de Grancey est fausse, combien qu'elle ait été mandée au Prince de Conty. »
o. Le bruit de la marche de Turenne avec son armée était répandue par lecoadjuteur et les chefs de la Fronde dans le dessein d'encourager la population de Paris à la résistance et d'entraver les négociations de la paix. Patin se fait ici l'écho de la fausse nouvelle que
Luy, M. de Longuevillc, et l'armée que nous avons dedeçà, estans unis ensemble feront belle peur et bien du mal au Cardinal Mazarin, et mesmes à la Reine, si elle continue dans son obstination de vouloir ruiner Paris : il vaudroit bien mieux qu'elle fut icy avec le Roy, afin qu'elle eut du secours de Paris et du Parlement contre tant d'ennemis qui veulent luy demander et la barceler de part et d'autre\ Madame la Princesse la Mère' est à S. Germain; laquelle tient, avec tout le reste de ce qui est à la cour, si fort nostre party contre le Mazarin que la Reine luy en a fait querelle ; et de là, ces deux femmes, eschaulTées sur le Mazarin, se sont fait de beaux reproches l'une à l'autre.
On continue tousjours icy d'imprimer de nouveaux libelles contre le Mazarin, et tous ceux qui suivent son malheureux party, tant en vers qu'en prose, tant en françois qu'en latin; bons et mauvais, picquans et satyriques, il n'importe ; tout le monde y court comme au feu, et jamais matière ne plut tant que tout ce qui se dit ou s'escript contre ce malheureux et malencontreux tyran, fourbe, fripier, comédien, bateleur et larron Italien qui est icy en commune malédiction à tout le monde et qui n'est regretté d'aucun, si ce n'est peut-estre de quelques partisans,(encore n'oseroient ils s'en vanter), lesquels voudroient bien estre restablis avec luy, veu qu'il a par cy devant esté leur grand protecteur: mais le temps en est passé. Ces voleurs publics se peuvent bien souvenir des excez du temps passé, lorsqu'ils appelloient les conseillers de la Cour, des mangebœufs, et des gueux de longue robbe; et ne leur reste plus pour se consoler qu'a dire tantost, Nobis olini falsere candidi Soles. Je prie Dieu qu'il en
.Retz a reproduite, de son côté, dans ses mémoires (Op. cit., T. II p. 13). Or à celte époque, (Patin écrivait cette partie de sa lettre le 6 mars), Turenne, abandonné par son corps de mercenaires allemands, avait été obligé de se retirer à Heilbron avec ses gardes. {Lettre de Lionne à Servien. Allemagne, t. CXXV, p. 73). Cf. Cheruel. Op. cit. T. III, p. 69.
1. Condé (Charlotte-Marguerite de Montmorency princesse de) née en 1594, morte à Chàtillon-sur-Loing, le 2 décembre 1650.
2. Les deux passages précédents, une demi-page de texte, supprimés dans les édil. antér.
extermine tellement la race qu'il ne reste de cette vermine aucun surgeon dans toute la France, et que ceux qui nous suivront et survivront, ne voyent rien de pareil à ce que nous avons veu, touchant la volerie de ces sangsues publiques.
Ce il DE mars'. Ce aujourdhuy, jeudy XI de Mars, deux choses me sont arrivées fort à souhait, desquelles je veux vous faire part : la 1'' est que mon fils aisné a respondu aujourdhuy dans nos escholes de son 2'' acte qui est sa Cardinale, où j'ay reconnu un contentement général de tous ceux qui le sont venus entendre: iilinam tandem sil vir bonus. Il n'a plus que son 3' acte lequel ne sera qu'en décembre prochain : vous trouverez cette 2*^ thèse dans le premier pacquet que vous recevrez'. L'autre nouvelle est celle de la paix, qu'un de nos docteurs nous est venu annoncer à nos escholes : et est vray, que toute la journée, le mesme bruit a esté espandu par toute la ville, sur quelques lettres qui sont arrivées de Ruel, où sont depuis neuf jours Messieurs nos députez, en beau nombre et tous habiles gens, qui y traitent de la paix de Paris avec MM. les députez de la Reine^ qui sont M. le duc d'Orléans, le Prince de Condé, M. le Chancelier, le Mareschal de la Meilleraye, M. d'Avaux et M. leïellier, secrétaire d'Estat, créature tout à fait Mazarine : tout le monde en est icy fort réjouy, et la réjouissance en a de tant plus esclatté et augmenté, que ce même jour, malgré nos ennemis, il est arrivé dans Paris, beaucoup plus de bled que l'on n'en altendoit, et ce, de divers endroits.
Si cette nouvelle continue demain, et les autres jours suivans, tout cela ira fort bien, veu qu'aussitost que la paix sera faite, les postes seront restablies par tout, et qu'aussitost nous aurons des nouvelles de nos bons amis de tous les quartiers de la France. Ainsi soit-il, et parliculière-