‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 31 sur 260 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

A Monsieur Belix, docteur en médecine, ocmeu- R.OT A Troyes, en Champagne.

Monsieur, J"ay, Dieu merci, veu, en celte ville, M. vostre frère, qui a pris la peine de me venir voir par plusieurs fois ; je me fusse réputé bien honoré de l'aller voir chez luy, comme feasse fait, mais il a si peu séjourné icy, que je n'ay peu m'acquitter de ce devoir, duquel je vous prie tous deux de m'excuser. Il m'a suffisamment monstre par sa conférence qu'il estoit très habile homme, et qu'il estoit bien plus encor que ne m'aviez mandé. C'est de luy que je puis dire à bon droit ce que Cicéron disoit à Atticus * du livre de Varron * : Is est miindus doctrinse et thésaurus erudUionis locupletissirnus ; ou bien, ut cum Eunapio Sardiano loquar ^ , vivens Musœum et spirans bibliotheca, omni scientiarum génère refertlssima. Je regrette bien de ce qu'il est party si tost de cette ville, sur l'espérancequej'avoisde bien amender mon ignorance par sa conversation. Quand il prit la peine de me dire adieu, je luy donnay, pour vous rendre, un arrest de la Cour de parlement pour leprocez qui avoit esté grand entre les apo-

1. Allicus (Ti<u5 Pomponiu-ç), cliovalier romain, né l'an 116 avant J.-C, mort en 33 avant J.-C.

2. Varro {Marcus Tcrcnlius), polygrapho romain, né à Réate en Sabine, vers 116, mort en 28 avant Jésus-Christ.

3. Eunapius, né à Sardes en Lydie, en 3t7, mort vers 420 — philosophe et médecin. Excrra la médecine en Lydie. Ecrivit une vie des philosoplics éditée phisicurs fois et réimprimée par Didot,*" dans sa nibliolhèque grecque. Voir les recherches de Cousin sur Eunape, dans ses Nouveaux Fra(imenl$ de philosophie ancienne.

thicaires et espiciers de cette ville*. Maintenant je vous envoyé deux autres pièces ; sçavoir le catalo^e des docteurs de nostre eschole, nouvellement imprimé avec un autre petit livret qu'on n'a mis au jour que depuis huit jours, etquel'autheur m'a donné céans dans le premier jour de l'an passé, auquel j'en demanday un second pour un de mes amys, vous entendant. Vous verrez au catalogue le nom de M. Mallet * effacé, qui mourut icy le 28 décembre iG32. Pour le petit livret de M. Mantel \ il est plus curieux pour sa rareté, que nécessaire ny utile pour ce qu'il contîeoï .: estant un pur acte de flatterie envers quelques particuliers, lesquels je confesse bien estre dignes de louanges, comme d'habiles et sçavans hommes, que j'honore beaucoup, mais aussi qui méritent d'estre autrement loué et en meilleur endroit et de meilleure sorte. Mais qiiisque saos patiniar mânes ; et sçavez bien aussi que stulto unicuiqae sao more Ucet insanire. Pour vostre libraire de Troyes, il me dil, devant Cottart que j "a vois estrangement loué ledit Cottart en ma lettre que je vous avois envoyée, et ledit Cottart le sçavoit déjà bien, disant ledit libraire que [vous] luy aviez montré ma lettre. Je leur respondis à tous deux que je vous avois mandé comme à un amy, que Cottart estoit bien fin, et que quand il ne trompoit point, cen'estoit que faute d'occasion, et non de bonne volonté ; mais le tout

1. Ce procès commença on 1629. Il avait pour but d'interdire aux épiciers la prêparallon de toute espèce de drogues. — De 1629 à 1632, il y eut arrêts sur arrêts — décisions sur décisions ; enfin, par l'arrêt définitif du 27 no\ ombre 1632, le Parlement autorisa les épiciers à conserver les objets qui formaient les deux premiers chefs de la contestation, c'est-à-dire las drogues simples cl]ei drogues composées, foraines. Comme exemple de drogues simples, l'arrêt indiqua la rhubarbe, la casse, le séné, la manne, l'agaric, le lurbilh, — de drogues composées, la thériaque, le milhridale, l'alkermès et l'hyacinthe. L'arrêt déterminait les préparations que les épiciers peuvent confectionner, les autres restant réser\ées aux apothicaires (Boutineau).

2. Mallct (Francisci). Bacc. 1623. Vesper. 4 juin 1625. Docl. 12 juin 1625. Pastill. 20 novembre 1G25.

3. Mentcl {Jacques}, né en 1597, à Châlcau-Thicrry, mort à Paris en 1671. Reçu docteur en 1632, il professa la chirurgie et depuis 1647, l'anatomie : Mentel a publié entre autres ouvrages; « Epislo'.a ad Pecquc tum de nova itlius chyli secedenlis a laclis recepUn'uUs notaiione ». Paris lC51,in-4". C'était un bibliophile érudit,

en riant, etc. Mais, je ne veux plus parler de ces gens là qui troublent la feste et la joye de nos entretiens : habeant sibi res suas lucriones isti sordidissimi : c'est assez que nous sachions nous garder deux qu'ils ne nous trompent. Qaod spécial ad consillum de dysenleria Zachariœ Tonnelier, si vous le jugez digne d'estre imprimé, je tascheray de trouver quelque occasion pour ce faire, et vous le maaderay alors, attendant laquelle vous le garderez, s'il vous plait. Nous avons eu un Tonnelier, mais il ne s'appeloit pas Zacharias. Je voudrois avoir veu ce que dites de abdllis morbovam caiisis ', et de la mort de M. Rondelet'. d'Adrian le Tartier "^ : estant chose que je n'ay jamais veue. Je vous prie de présenter mes très humbles baise-mains à M. vostre frère, et à M. Dacier le bonhomme. On travaille icy au traité de Sennertus, De consensa : après lequel on imprimera sa physique On imprime aussi son quatriesme livre de pratique, qui est dédié à la Reyne de Suède, et de morbis muUeriim et Infanllum : on rimprime aussi, sur une copie nouvellement augmentée et reveue par l'autheur, son traité de Jebribiis : lesquels tous je vous conseille d'avoir, dès qu'ils seront achevez, non pour la bonne pratique qui y soit, mais seulement à cause de la grande quantité de questions qui y sont agitées. Pour du Pleix, il travaille présentement à l'histoire du Roy Louys XIII, nous ayant donné, en un petit in-folio à part, depuis six mois, celle du feu Roy Henry IV, tout le surplus de l'histoire se trouvant en trois autres volumes in-folio, d'assez juste

1. Riolan (Jean) le père. — Ad libros FerneUi de abditis rerum causis Commenlarii. Parisiis, 1o98, in-12; 1002, in-S^.

2. Rondelet, né à Montpellier en 1507, mort en 1566. Docteur de la Faculté en 1537, Professeur en ISio, il fut élu Chancelier en 1556. Il est difflcile de savoir à quelles circonstances de sa mort se rapporte le propos de Guy Patin. Il mourut chez un magistrat d'Albi dont il était allé voir la femme malade, quoiqu'il fût souffrant lui-même. On lui doit, entre autres travaux, un ouvraye sur les poissons, c'est son œuvre la plus importante. « De piscibus mariais libri XVllI^ in quibus verœ pisciuni effigies expresi^œ sunt ». Lugduni, 1554, in-fol. On sait que c'est Rondelet qui figure dans l'œuvre de Rabelais — dont il avait été le maître à l'école de Montpellier — le personnage de « Rondibilis » .

3. Le Tartier (Adrien], médecin champenois, marie à Antoinette de Gye (Le Clert), Résidait en 1586 en Bassigny. On ignore les dates exactes de sa naissance et de sa mort. Il a laissé un petit ouvrage

grosseur, qui plaist aux uns, et dépîaisl aux autres, comme sont lapluspartdes historiens. On traduit icy l'hisloîre latine de M. président de Thou, de laquelle il y aura six volumes en françois. Le Koy est allé à Dourdan ' où doit arriver demain M le cardinal de Richelîeiî que Ion ameyne du Poitou en litière. Quant aux livres d'ilalîc, je desirerois fort d'en recouvrer un petit, fait parEpîphanius Ferdinandus ', lequel je crois eslre in-S" i^édié au Pape Paul V, si je ne me trompe \ Il traite mpi ^iB-j /j.«xp'.Tvroi, de vitœ longitudine ; je voudrois l'avoir bien payé et le tenir. Il y a aussi un autre petit nommé Lud. Seplaliï Animadversiomun et cautionam Medicarum lihri éiw. — PaLavii, apiid Paulam Frambottum, in-8o, 1630, J'aymeroîs mieux ces deux petits là que d'autres plus gros, cam magnns liber sit magnum malum. Si pouvez avoir ces denx-là pour moy, je m'en tiendray tant plus obligé à vous, en espérance de vous servir, en récompense de tout mon pouvoir, en toute sorte d'occasion, comme estant à jamais.

Monsieur,

Vostre très humble et affectionné serviteur.

G. Patin.

De Paris, ce 4 janvier 1G33 *.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. 1725.

— Paris 1846.

ctirieui et reclierché, publié seulement avec les initiales de son nom cC déjà rare da lenips de Guy Patin. Cet ouvrage a pour titre : « Pron^madis pi-mlannières de A. L. T. M. G. (ces deux dernières lettres signifient médecin champenoisj. Pabis, Guill. Chaudière, 1586, in-16. \i renferme 70 d'sctissions sur des sujets de médecine, traités, ditGros- Icy, a\ec un ton d'entrain et de gaieté étranger aux médecins du temps.

1. Dourdan. Petile ville sur l'Orge, aujourd'hui chcf-1. d. c. du dc-parl. de Seine-et-Oise, à 25 k. N.-E. de Rambouillet.

2. Epiphanius {Ftidincndas}, né à Messagna, près d'Otrante, le 2 octobre l-iôD, mort en ceiie même ^ille en 1638, fut reçu docteur en philosophie et en médecine le 24 août 1594, à Naplcs. Il a laissé un grand nombre de travaux. L'ouvrage dont parle Patin a pour litre : * Dd Vila proroganJa, ssii javentate conservanda et seneclule velardanda ». Neapoli, 1612, in-4».

3. Paul V {Camille Borghèsc), né le 17 septembre 1352, a Rome, mort da.'is la même ville le 28 janvier 1621. Elu pape le 16 mai 1603 [j-anr sacrJdler h Léon XI.

4. L'ÎTliiE PCBUÉE JL LA DATE DU 4 JANVIER 1632, DANS LES ÉDIT. ANT.

llss. 9353, «)i. 81.

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