A DE UN
Namur, six mille hommes ; mais la nouvelle n'en est pas encore bien certaine*. Je vous envoyé une petite pièce nouvelle, plus curieuse que bonne ; c'est une vesperie ' qu'a faite M. Pijart, où il y a autant de fautes que de pages pour le moins. 11 croit néantmoins avoir fait grand'chose. Je vous baise les mains, et à M. vostre frère, avec dessein de demeurer.
Monsieur, Vostre très humble et obéissant servîteur.
Patin.
Ce 28 Mai 1635.
Edit. de Rotterdam 1695,
— iD. 1725.
— Paris 1846,
1. Il s'agit de la victoire d'Avein remportée au début de la campagne par les Maréchaux, de Chàtillon et de Brézé sur les Espagnols commandés parle prince Thomas de Savoie.
ï. La «Vesperie» était la dernière thèse de l'étudiant. Elle se soutenait, le soir, avant la séance solennelle oîi il allait recevoir le bonnet doctoral. Le terme « Vesperie » s'entendait aussi d'une réprimande. Saint-Simon raconte que Madame de Mainlenon fit à la duchesse de Bourgogne une assez forte « Vesperie ». Op. cit. T. XV, p. 9,
Mss. 935?, FOI. 80
LETTRE XXIII A Mo:«siEUR Belin, docteur en médecine, a Troyes
Monsieur,
Après vous avoir prié de m'excuser, si j'ay esté si longtemps à vous escrire, je vous diray pour response à vostre dernière, que j'ay prié M. Guillemeau * de faire donner assignation au sieur Monsaint, et lui ay pour cet eiïet fait voir vostre lettre ; je n'en ay pas eu pour tout cela bonne response. Je luy ay dit que le père Gousinot vous l'avoit ainsi conseillé ; et mesmes, le père Gousinot, que j'ay veu là-dessus, m'a promis de le voir pour cet effet exprés ; si le père Gousinot en peut venir à bout, je vous enenvoyeray la copie, et solliciteray, bona fide et quantum in me er'it, ladite affaire vers nostre doyen, et ailleurs s'il est besoin : je prie Dieu qu'en ayez le contentement entier. Je vous diray pour nouvelles de ce pays, que samedy dernier arriva en cette ville le gentilhomme Normand, nommé Vieuxpont ^, que l'on amenoit prisonnier de Dijon, où il avoit esté arresté : on dit qu'il s'cstoit vanté en Flandres de tuer le Roy, et d'autres meschants actes, pour lesquelles on luy fait icy son procez. Dimanche au matin, qui fut le lendemain, mourut au bois de Vincenncs M. de Puylaarens ', ex JJujgu dysenterico et atrabilario : il y avait
1. Guillemeau {Charles). Il était alors doyen. Cf. sa note : Lettre da 1U mai 1630.
2. Agent du Duc d'Orléans, mêlé aux intrigues qui amenèrent l'arrestation de Puylaurens. Cf. dans les lettres de Rich<;lieu ua mémoire de Charpentier contre lui. {Op. cit. T. IV.)
3. Il mourut de la scarlatine, au chàlcau de Vincenncs, où il avait été enfermé par ordre du Cardinal. Le bruit courut à la Cour qu'il avait été empoisonné. Bricnnc qui rapporte ce bruit dit que celle vengeance eut été trop douce pour Richelieu et ajoute en conséquence qu'il n'est pas certain qu'il l'ait fait empoisonner (Brienne. Mémoires,
longtemps qu'il y estoit malade : il avait eu une fièvre continue, accompagnée de pourpre ; depuis estoit devenu tout enflé. Tandem cessitfatis; combien qu'il eut. il n'y a pas longtemps, espousé une des cousines de M. le Cardinar:
tolluntur in altum
Qao casa graviore ruant
Je pense que vous sçavcz bien que la grande flotte que
les Espagnols avoient équippée le printemps passé, contre
nous, pour nous attaquer par la Provence et le Languedoc,
a esté toute dissipée par les vens : à cause de quoy on a
fait les vers suivans, desquels je vous fay part :
De classis hispanicx in Galliam inslnictse nuufragio.
ann. 1633.
Imperio metas quisqats vel ponit Ihero,
Vel neçtat AvLSlriaco subdere colia jugo, Protinus hœrelicum grauis illain censor Iberas
Esse jubé l; Mauris adnumeralque suis :
Sic vetai infesLuin quod crescere Francus Iberum,
Hœreseos Francum clandlat esse rcwn :
Sic Patrem Ansonium, quod non famuMur Ihero,
Hœreseos cerlas jurât habere notas :
Ecce Deus pelago classera modo niersit Iberain,
Restât, uthœreticuni scntiat esse Deum.
M. le Prince est icy de retour de Lorraine ': on disoit que le Roy l'envoyoit en Guyenne, pour mettre ordre au tumulte de Bordeaux ; mais j'ay appris depuis que c'est M. le duc de la Vallette ' qui y est allé : et que M. le Prince s'en retourne en Lorraine. Il court icy un bruit que
P 7U. T. III). Talletnant conteste également rempoisonnement. Ildit que •' « Puylaurcns mourut comme le Grand prieur de Vendôme et le maréchal d'Ornano à cause de rhumidilé d'une chambre voutee et qui a si peu d'air que le salpêtre s'y forme. M"" de Rambouillet disait plaisamment que cette chambre valait son pesant d'arsenic comme on dit son pesant d'or ». Op. cil. T. I. page 389. Richelieu, qui était ironiste à ses heures, appelait la prison d'Etat « le bois de vie saine.) Avenel. Op. ci7. T. VI. L.CVXXXUl. Les quelques mots de Patin font penser qu'il succomba aux complications rénales de la scarlatine. Le Cardinal fil annoncer dans la Gazette qu'il était « mort d'une fièvre qui avait duré trois semaines », sans s'expliquer sur la nature de cette fièvre. — Cf. Lettres de Richelieu et notes. Op cit. T. V, p. 8*.
1 Gf La note de Puylaurens : Lettre du '27 octobre 163h.
i k^ moment où écrit Patin, le Prince de Condé était lieutenant général pour le Roi en Lorraine, province nouvellement conquise.
3. La Valette {Bernard de Nogaret, duc de). Cf. sa note : Lettre du 27 octobre J63'-i.
LETTRES DE Gl'l PATIN
nos armées de Flandres ont pris Bruxelles, mais qui n'est pas encore bien asseuré: combien qu'il soit bien vray que nous y avons estes jusques icy les plus forts, et les mais- Ires de la campagne. Si la paix du duc do Saxe ' se fait avec l'Empereur ", il y envoycra une armée contre nous : mais si ledit Electeur ne s'accorde, il faudra que l'Empereur tienne ses gens en Allemagne \ et alors nous l'aurons belle dans la Flandre ; joint que le Cardinal de la Valletle * y va mener une armée de quarante mil hommes; ce qui fera belle peur au Cardinal Infant \ qui n'aura point de lieu ny de retraite plus assei.ée que la ville d'Anvers " laquelle n'est pas imprenable. Je prie Dieu qu'il veuille par sa sainte grâce bien faire prospérer les desseins du Roy, et les bons conseils de M. le Cardinal, qui prîstinam valeludinein cuin Deo asseqiiilur. Je vous baise les mains et suis,
Monsieur,
Vostre très humble et affectionné serviteur.
Patin.
De Paris, ce 4 Juillet 1635.
EniT. DE Rotterdam 1695.
1. Jean Georijes, né eo 1585, mort en 1656, électeur de Saxe, depuis le 23 jaiiNicrlGii.
2. Ferdinand II, pclit-fils de Ferdinand I", arrière-petit-fils de Philippe le Beau, archiduc d'Autriche et de Jeanne la Folle, reine d'Artgon et de Caslillc ; roi de Bohème en ltil7, roi de Hongrie en 1G18, et empereur d'Allemagne en 1619. Mort à Vienne, le 15 février
3. On sait que c'est la première de ces prévisions qui se vérifia. Les alliés ne firent qu'une démonstration du côté de Bruxelles et vinrent bloquer Louvain dont il fallut bicnlùt lever le siège pour se retirer vers la Meuse. C'est que le duc de Saxe avait traité avec l'Empereur et que le résultat de cette expédition avait été l'envoi contre les alliés d'une armée commandée par Picolomini.
4. La Valette {Louis de Nogarct do), troisième et dernier lils du duc d'Epernon; né à Angoulôme en 1593. Archevêque Je Toulouse, commandeur du Saint-Esprit, il fut élevé à la dignité de cardinal en 1Û21. Uichelicu le fit lieutenant général. Il prit part en cette qualité à la plupart des guerres de l'époque et au moment où écrivait Patin, il commandait avec le duc Bernard de Saxe-VVeymar, l'armée d'Alsace et de Lorraine destinée à agir contre l'armée Impériale. Il mourut en 1639, à l'armée d'Italie.
5. Ferdinand d'Autriche, dit le Cardinal Infant, fils do Pliilippe III, roi d'Espagne, cardinal du litre de Sainte-Marie in Porticis, puis archevèiiue de Tolède et gouverneur des Pays-Bas.
6. Anvers, ville forte et port très important sur la rive droite dç rEscaull.à 4i kilomètres de Bruxelles,
A BELIN 9i
Mss. a35is, KOI. 3a