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Mss. 9358, »oi. 28.
LETTRE XXII A Monsieur Belix, docteur en médecine, a Tuoies.
Monsieur,
Je vous diray que sur le dessein que j'avois de vous escrire, j'ai receu vostre seconde, à cause de quoy la présente servira de response à toutes deux. Le livre de M. Moreau*, de illlstribus medicis paris., nec est edilus nec edelur unquani. Depuis le dix-huitième tome du Mercure, il n'y a rien, ny aura devant un an. Tant s'en faut que j'entende vous conseiller d'achepter le Galien grec et latin, qu'au contraire, je veux vous avertir que ce n'est rien qui vaille, et qu'il faut [le] laisser là, et deferatiir in vicum vendentem thiis et odores et piper, et qaidqiiid chartis amicitiir ineptis *,
1. Morcau se proposait, en cli'et, de publier une biographie des médecins de la Faculté de Paris ; il en a parlé dans sa vie de Pierre Brissot (Parishs, 1622) comme d'un livre prêt à paraître. Patin était mal informé, et cet ouvrage fut publié. (Bibl. Nat., — 4G01. — )
2, S'agissait-il de l'édition grecque et latine des œuvres de Galien, par René Chartier? « Magni Hippocralis Coï et Claudii Galeni Pergameni universa qaœ extant opéra, Renatus Charterius Vindocinensis, doctor medicus Paris., Régis Christianissimi cons., medicus, ac professa r ord., plurima interpretatus, universa emendavit, instauravit, notavit, auxit, seciindam dislinctas medicitix partes in tredecim tomos digessit, et conjanctim grœce et latine primas edidit, astraxit et medicam synopsim, rerum his in operibus conlentarum indicem. Li;teti« Pauisiorum, 1639^ in-foi. Cet ouvrage considérable, qui ne contient pas moins de treize tomes en neuf volumes in-folio, parut en plusieurs fois. Dix volumes furent publics du vivant de Chartier, huit en 1639 et deux en 1649, imprimés par l'imprimerie royale. Les trois autres parurent après sa mort, en 1679, chez André Pralard. On remarquera que la lettre de Patin est de 1633 et qu'il donnerait son appréciation sur un ouvrage qui ne devait paraître qu'en 1639, mais dont on avait commencé l'impression et qui était annoncé. Mais il est certain qu'il le connaissait, soit que Chartier le lui ait communiqué, ce cjui est probable, soit que quelques parties aient déjà été
g6 LETTRES DE GUI PATIN
Quant au sieur Monsainl, je l'ay veu en cette ville ; c'est un petit homme qui fait le finet et le gentil. Il est vray qu'il est de Sens et qu'il a pris ses degrez à Reims : pour médecin du Roy, c'est nomine tenus, si ce n'est qu'il ait, moyennant quelques pistoles, obtenu quelque lettre de médecin du Roy de quelque secrétaire du cabinet; mais on se mocque de ces titres en ce monde icy et en l'autre ; néantmoins, à la campagne, ces messieurs s'en font accroire avec ces bulles im<iginaires. Il hantoit en cette ville chez M. de Flecelles ', président des comptes. Je connois bien aussi le dit Valet, ce n'est pas grand'chose. Monsaint ne peut estre parent de M. Bouvard ', qui est de Vendosme, ny de sa femme qui est fdle de feu M. Riolan' le bonhomme. Vos griefs, en vertu desquels vous ne le voulez recevoir, me semblent assez bons ; mais les jugements que vous avez contre des particuliers semblent vous promettre gain de cause, et serois bien ayse de vous voir desfendre et gagner cette cause. On ne fait point icy de garde; mais on dit que MM. les mareschaux de Chàtillon * et de Brezé ^ ont desfait dans le Luxembourg, prés de
mises en circulation. L'édition est peu correcte, il est vrai, mais non sans mérites, et la sévérité ilc l'appréciation de Guy Patin, si elle s'appliquait à elle, serait injuste. Chartier consacra à cette publication, à laquelle il fut entraîné par sa passion pour Ilippocratc et Galien, quarante années de sa \ ie et toute sa fortune (00,000 livres) Il existe une autre édition gréco-latine des œuA res d'Hippocrate et de Galien, plus moderne, mais qui diffère peu sensiblement de celle de Chartier. C'est la célèbre édition de Leipsig. Opéra omnia gr. et lat., editionem curavit D"" Car.-Gottl. Kûhn. Lipsi^;, Cnoblock, 1825-27, 3 vol. in-S°. Elle offre sur celle de Chartier l'avantage d'être plus maniable.
1. Jean de Flecelles, comte de Drégny, président à la Chambre des comptes de Paris.
2. Les précédents éditeurs ont écrit Bonnard et confondu ainsi Bouvard avec un chirurgien de Paris, mort en 1638.
3. Riolan (Jean), père de Jean Riolan, l'anatomiste contemporain de Patin. Il était né à .\miens, prit le bonnet de docteur à Paris, vers 1571-, fut doyen de la Faculté en loSf>-1587, et mourut en 1606. Fut un des zélés défenseurs de la doctrine d'Hippocrate contre les chimistes. Ses œuvres ont été éditées sous ce titre : Opéra omnia, tam hactenus édita quani posthuma. Paris, 1610.
4. Chàtillon (Gaspard 111 de Coligny), colonel général de l'Infanterie française, gouverneur d'Aigues-Mortes et do Montpellier, fait maréchal de France eu 1622 et mort le 4 janvier 1646.
5. Brézé (Urbain de Maillé, marquis de). Cf. sa note : Lettre du 27 octobre I63lf.