LETTRE XXVII
A Monsieur Belo, dogteuk en médecine, a Tuoyes.
Monsieur,
Ce mot servira de response à vostre dernière, laquelle j'ay receue longtemps après la datte. Je ne me mesleray point de vous consoler de la mort de vostre enfant, tant à cause que je sçay bien que vous avez en vous mesme la source des vrayes consolations, que pour ce que je crains que ne me reprochiez ce que Tibère fît à ces Ambassadeurs Grecs qui le venoient consoler de la mort de son fils, trois ans après qu'elle fut arrivée. Je souhaitte seulement que Dieu vous envoyé la consolation nécessaire à tant de malheurs arrivez coup à coup en vostre famille. J'ay eu le bonheur de voir céans M. vostre frère, le Chanoine; mais, il survint un tiers qui nous empescha, et n'ay pu recouvrer le temps de l'aller voir chez luy, comme je desirois fort, à cause du peu de jours qu'il a icy séjourné. Je croy qu'il vous aura fait tenir le petit pacquet que j'avois délivré à M. vostre jeune frère avant sa maladie ; mais je ne l'ay point veu depuis qu'il amena céans M. le Chanoine ; je ne sçay s'il s'en est retourné avec luy, mais au moins, sçay-je bien qu'il nest pas logé en son mesme logis. Les Espagnols font mine de vouloir entrer en Picardie ; on y a envoyé d'icy plusieurs compagnies. Larchevesque de Reims a receu commandement du Roy de se retirer en son archevesché, pour les diverses et infâmes desbauches qu'il faisoit dedeçà ' ; on a mis aussi dans la Bastille
1. L'Archevêque de Reims, en 163G, était Henri de Lorraine duc de Guise, ijelit-fils du « Balafre ». Ce prince si connu par ses
A BËLlN OÔ
deux des officiers de Monsieur, dont l'un estoitson premier aumosnier nommé de la Rivière *. Le Duc de Parme est icy, qui s'en retourne dans peu de jours ' ; le Cardinal de la Vallette y est arrivé, qui vient s'y rafraichir, et qui est suivi du Duc Bernard de Veytnar ' qui est demeuré
aventures galanles et chevaleresques, destiné des son enfance à l'Eglise, fut archevêque de Reims à l'âge de quinze ans. Il abandonna ses fonctions en 1640. CF noies : Lettres du U septembre I6ht et du i2 juillet 16^3.
1.. Barbier (Louis), abbé de La Rivicro, ancien professeur au Collège du Plessis, de basse condition, de mœurs mcdjocres, était parvenu à s'introduire auprès de Gaston d'Orléans, qu'aux yeux de la cour, il passait pour espionner. Il aiubitionnait la place de premier aumônier du prince, quand un ordre du roi le fit mettre à la Bastille. Après la mort de Richelieu, Gaston lui donna l'abbaye de Saint- Benoît-sur-Loire. Cf. sur La Rivière, le Journal des Savants de 185i (article de Cousinp3gc613) ; l'Administration monarchique en France, par Chéruel, p. 12 et la mazarinade attribuée par P. Paris à Guy Patin dont le titre est : La Conférence du cardinal avec le gazetier : « Vous devez savoir que ce nom de la Rivière n'est joas celui de son jière ni de sa famille. Son père était un gagne-deniers déchargeur de bois en Grève qui s'appelait Barbier, lequel, par mépris ou raillerie, fut nommé La Rivière par ses camarades, comme on nomme un laquais la Vertu ou la Rose. Sa naissance vile n'a pas été suivie d'une meilleure éducation. Il n'y a point de collège dans l'Université qui ne retentisse de ses friponneries et toute la cour sait par quels services il a mérité les bonnes grâces de son maître. »
2. Farnèse (OcZoard),duc de Parme, de Plaisance et de Castro, né le 28 avril 1612, mort le 12 septembre 16'tG. Il avait épousé Marguerite de Médicis, fille de Côme, grand duc de Toscane. Il s'était allié à la France en 1633.
3. Saxe-Weimar (Le duc Bernard de), un des plus célèbres capitaines de la guerre de Trente ans ; né en IGlji-, mort en 1639. Il était à la solde de la France et commandait pour Louis XIII une armée sur le Rhin. Par le traité de Saint-Germain-en-Laye, conclu avec lui le 27 octobre 1635, la France s'engageait à lui payer un subside de quatre millions par an, pendant la durée de la guerre. Saxe-Weimar devait, de son côté, entretenir une armée de six mille cavaliers et de douze mille fantassins. — Cf. sur ce jeune et brillant capitaine du dix-septième siècle, les travaux de De Parieux dans la Revue de' France et l'introduction de Ghérucl à son Histoire de France pendant la minorité de Louis .¥/ F (Hachette, 1879).