LETTRE XXVI
A 1M02ÏSIEUK Br:LTN, docteur en médecine a TllOYES.
Monsieur.
Je ne sçay par où commencer pour vous remercier de tant d'afTection que me tesmoignez, et prinripalemeot de vostre pâté, duquel je vous remercie bien humblement. Ma femme pareillement vous baise les mains, et vous en remercie : nous espérions que vostre pâté seroit veneu pour le baptesme d'un quatriesme garçon que nous attendons ' ; mais il eut peu estre gasté auparavant, puisque le petit galland ne vient pas encor : je croy que c'est qu'il veut meurir et passer le terme afin d'estre plus habile homme que les autres et que le terme ordinaire est trop peu de chose, trop court pour luy, aussi bien que pour les enfants des princes. Je souhaitte qu'il vienne en bonne santé de luy et de sa mère, et qu'il soit quelque jour honneste homme, combien que ma femme désire fort, à cette fois, d'avoir une fille*. Je vous envoyé par ce présent porteur le 2' tome des Conseils de Baillou, desquels je vous prie d'avoir agréable le présent. Dans huit jours, s'il vient quelqu'un de vos amis en celte ville, je vous en envoyeray un autre, qui est Scholse medicœ Franibesatii\ multo auctiores et locupletiorcs quam antea, avec quelques thèses de médecine dans lesquelles nous allons rentrer à
1. Patin ne compte pas son deuxième fils, Charles Patin, qui mourut du choléra à l'âge de soixante jours. L'enfant qu'il attendait était donc le cinquième et non le quatrième.
2. Ce fut un garçon. Baptisé le 21 novembre 1635, il reçut le nom de François et mourut en bas âge. Cf. Vuilhorgne : Op. cit.
3. Cf. la note de La Framboisière : Lellre du U novembre 163i.
celle Saint-Martin. Il y a quelque temps que je vis icy vostre Monsain fort palle et défait ; je pense qu'il a plu sur sa mercerie de quelque fièvre continue. On dit icy que nos gens ont levé le siège de Valence au Milanez, et que nostre armée estoit trop foible pour la prendre. On dit aussi que le mareschal de Brezé revient de Hollande, son armée estant dissipée. Il se parle icy de paix, et dit-on que le Roy envoyé à Constance *, pour en traiter, M. de BuUion et le père Joseph, et le mareschal d'Estrée ' à Rome. On dit aussi que M. de Belièvre % le maistre des requestes, gendre de M. de Bullion, et ambassadeur pour le Roy vers les princes dltalie, a accordé avec M. de Mantoue * le mariage de la princesse Marie sa fille et de Monsieur frère du Roy, luy donnant tout le bien qu'il a en France ^ On s'en va icy, après la Saint-Martin, faire quantité de nouveaux officiers, pour avoir de l'argent comme conseillers, présidents, maistres des comptes, etc. On dit plusieurs autres choses, lesquelles pour estre trop incertaines, je ne vous escris point.
Je vous baise bien humblement les mains, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et obéyssant serviteur.
Patin.
Ce 8 Novembre 1635.
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1846.
1. Constance, ville Impériale sur le Rhin et le lac de Constance, à lo6 kilom. de Carlsrhue.
2. Cf. La note du maréchal d'Estrée : Lettre du 2U avril 163S. De 1636 à 16i2, il remplit les fonctions d'ambassadeur extraordinaire à Rome où il décida de l'élection du Pape Grégoire XV.
3. Bellièvrc [iXicolas de Pomponne de), troisième fils du chancelier, 60US Henri IV, né en 1583, mort en 1650.
4. <! Accordé » pour « est convenu » avec M. de Mantoue du mariage de la Princesse Marie.... (Cf. Furetière)....
5. On sait que ce projet n'eut pas de suite, et que le duc d'Orléans resta marié — malgré la volonté de Louis XIII et de Richelieu — avec Marguerite de Lorraine qu'il avait épousée secrètement le 3 janvier 1632. Pour ce qui concerne la Princesse Marie, voir ses notes : Lettres du iO janvier 163^ et du 16 novembre 16U5,
Mss. 9358, FOL. 33.