LETTRE XXXI
A Monsieur Beli>, docteur en médecine, a Tboïes.
Monsieur.
Je vous escrivis la sepmaine passée fort à la hasle, à cause que je reconnus qu'estiez en peine de ma responce, pour laquelle vous faire tenir, je délivray vistement la mienne à celuy qui m'apporta la vostre. Je ne scay si la mienne vous aura contenté, mais je vous ay dit de ces matières-là ce que j'en scavois. Pour le présent, on ne fait plusicyla garde comme par cy-devant. Estant survenu quelque désordre en une des portes, contre des gens qui se disoient estre à M. le Cardinal, et qui vouloient entrer, et que plusieurs plaintes ont esté faites contre plusieurs qui tiroient leurs mousquets et blessoient du monde, on a ordonné que l'on ne gardera plus les portes que de jour; et ce, douze hommes seulement de chaque compagnie, l'un après l'autre, sans piques et mousquets, mais seulement avec une halebarde en la main, ce qui a esté exécuté ; mais le bourgeois criant qu'on le vouloit désarmer, ils recommencent à y reporter leurs piques et mousquets, mais en petit nombre, comme j'ay veu moy-mesme aujourd'huy en deux diverses portes de Bucy ' et S^ Honoré*.
1. La porte de Buci était située sur remplacement actuel de la rue de Buci, du nom de Philippe de Buci qui, en 13o0, avait pris à bail une porte de l'enceinte de Philippe-Auguste, surmontée d'un logis et flanquée de deux tours. Elle fut démolie en 1672.
2. La porte S'Honore, autrefois située dans l'enceinte de Philippe- Auguste, à l'endroit où est le temple de l'Oratoire, puis du temps de Charles V, à la rue du Rempart, se trouvait, sous Louis XIII, en face de la rue Royale. Ses déplacements successifs indiquent bien l'agrandissement progressif de Paris. Elle fut démolie en 1732.
Le Roy et Son Eminence partirent d'icy lundy premier de ce mois, avec le plus de monde qni se put rencontrer. Il y a quelques jours qu'une partie de nostre infanterie passa la rivière de Somme, faisant mine d'aller vers nos ennemis; mais un gros de cavalerie ennemie venant fondre sur eux, les obligea de repasser et revenir en-deçà. Ils n'entreprendront plus de la repasser que toute l'armée ensemble, laquelle on range pour cela. S'il s'en passe quelque chose de remarquable, je vous en donneray incontinent advis. On imprime icy un commentaire très docte in Hippocraiem, de morbis, de feu M. Martin ', qui mourut en [1609] *, premier médecin de laReyne : erat origine Parisiensis, et alias à vestro Trecensi, qui obiilanno 1625. Le texte y sera [grec] et [latin] % cl le commentaire après de plus petite? lettres [en sera] * in-4° de la grosseur el grandeur du Baillou. Je pense qu'ave/ [ouy] dire des vers latins qui furent faits contre M. le prince, plus de quinze jours avant qu'il eût levé le siège de Dôle * ; je vous les mettray néantmoins icy, de peur que vous ne les ayez.
Stat Dola, slant nuiri, frustra, Condœe, laboras, Non est illa luis Urbs ruiturn dolis;
Te Garde gênait Mater, tu tardihs Urlem Viceris, excelsn qaœ stat in auxilio :
Si per tôt menses quoi quondam matris in alvo Antè Dolarn steteris, bis pudor inde tibi.
1. Ce livre fut publié en 1')37, sous le titre suivant : Prselectiones in lihrutn Hippocratis Coï, Medicoruin Principis, de inorbis internis : Auctore M. Joanne Martino, Doctore Medico Parisiensi, Professore Regio; et Maris: Meiiceœ Chrislianissiinx Régime Archiatro. : Editore Renalo Morello Doclore Medico Parisiensi et Professore Regio. Paris., apud Joann. Libert, 1037, in'i'^. L'éditeur, René Moreau, le dédia à Pierre Seguin, qui écrivit, en tète de l'ouvrage, l'éloge historique de Jean Martin. Celui-ci, docteur en 1371, professeur au Collège royal en 1588, médecin de Henri IV et de Marie de Médicis, avait été un médecin estimé, souvent cité dans les Mémoires du temps.
2. Le manuscrit est déchiré en cet endroit. Les anciennes éditions, soit qu'elles aient rétabli les dates, soit plutôt qu'à l'époque oi!i elles parurent le manuscrit ne fut pas encore endommagé, n'indiquent pas cette solution de continuité dans le texte.