LETTRE XXXVII
A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.
MOIMSIEUR,
Je vous remercie bien humblement de la vostre, comme aussi du pâté que nous avez envo\é. Je suis honteux que [vous] nous faciez tant de présens, veu que je n'ay aucune occasion de deçà pour m'en revancher' ; mais je vois bien aussi que par cy-devant, il y a eu quel-qu'une de mes lettres qui vous a eschappé, et ne vous a pas esté rendue, par laquelle je vouspriois de ne m'envoyer jamais de pâté, ny autre chose quelconque, veu que, outre que je suis tout à lait indigne de vos présens, les présens raesmes, et particulièrement entre amis, sont importuns et suspects ; j'en ay dit davantage dans ma lettre autrefois, laquelle je croy avoir esté perdue. Ces présens là vous incommodent, et moy qui n'en mange jamais, suis obligé de les donner à des gens qui ne le méritent pas tousjours ; et outre la prière de jadis, je vous la réitère, et vous en prie bien humblement. Je suis tout honteux et confus en moy mesme quand je pense et repasse par mon esprit toutes les obligations queje vous ay et tous les biensfaits que j'ay receus de vous en diverses occasions, combien queje n'en ay jamais mcrilé la moindre partie. Vous me ferez 'donc la faveur de vous en souvenir, et pour les petits services que je vous pourray rendre de deçà, si tant est que je sois assez heureux de vous en pouvoir rendre quelques uns, vous m'obligerez de me conserver vos bonnes grâces. Quant à M. le
1. Revencher se disait, pour rendre la pareille, s'acquitter (Furetière).