LETTRE XXXVI
A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Il faut premièrement que je vous demande pardon d'avoir esté si long temps à vous escrire, avant que de vous dire que depuis tantost trois mois,j'attends,de jour en jour, d'avoir les deux livres que je vous envoyé, lesquels je vous prie d'avoir agréables. Les libraires sont si longtemps à achever leurs livres que c'est une misère. Le libraire qui a imprimé la Pathologie de Fernel, me l'a dédiée, pour cause que je vous feray voir quelque jour '. Pour le Riolan % cest un Médecin aggrégé de Lyon, nommé M. Sauvageon, qui a pris le soin de le faire rimprimer ; mais n'en ayant pas la meilleure copie, je luy donnay la mienne où j'avois fait d'estranges remarques, et corrigé bien des faultes, dont il en est néantmoins resté encore quelquesunes. Qmdquid est miineris libenier, precor, accipe. Je vous renvoyé aussi vos papiers et folia sparsa Passerait ; desquels je vous remercie bien humblement : j'en ai rete-
1 Celte réédition — une première fois, la pathologie de Fernel, Jos. Fernelii Medicina, avait paru en 15oi — fut publiée seulement en ' 1638 : Fernelii pnthologix libri septem, nova editio emcndalissima, cumduplici indice, in gratiain tyrointm. Parisiis, apud Claudium Le Groult, 1638 in-12. La dédicace adressée à Patin ne contient pas moins de trois' pages de texte. Il fut publié plus de trente éditions en différents formats de cet ouvrage célèbre.
2 II est difficile de dire quel est l'ouvrage dont parle Patm dans la lettre ci-dessus. Peut-être le suivant: Analomica seii Anlhropog raphia. Pauisiis 1618 in-80, 1026 in-8" et 1649 in-fol. A la fin de la dernière édilion.'on trouve une table dressée par Guy Patin. Du reste, on sait que celui-ci contribua, de l'aveu même de Riolan, à la plupart de ses travaux, à VE^xhindium anatoinicum et pathologicam, public en 16iS et
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nu quelques uns, par le moyen desquels je pourray enrichir la première édition qui se fera de ses œuvres : Si néantmoins. ceux à qui ces pièces appartiennent les requeroient, je ne désire en aucune façon vous estre importun, ny à eux aussi: diclo citias je vous renvoyeroys le tout: vous n'aurez qu'à m'en faire sçavoir vostre volonté : il y a, entre autres, des vers d'un Franc. Insulanus adjos. Scaligeri epistolam, dont le dit Scaliger a parlé dans ses épislres ; que je suis bien ayse aussi d'avoir. On m'a icy asseuré que l'on imprime en Hollande les Epistres de Gasaubon, dont il doibt y en avoir plusieurs à Scaliger, lesquelles seront excellentes, veu que dans celles de Scaliger, il y eti a plusieurs fort bonnes à Gasaubon ' : pleut à Dieu que nous eussions ce livre; j'en ay extrêmement bonne opinion. On a réimprimé en 4 volumes infolicà Anvers, les œuvresde Lipse% de fort belle impression, mais la guerre nous empesche
aux Opéra analc^>:ica, édités en 1653. Il est même très probable qu'il revit et retoucha les fameuses Curieuses recherches sur les Escholes en médecine de Paris et de Montpellier. Paris, IGol, in-8°. Il est facile d'y reconnaître la verve et le style du célèbre critique.
1. Théologien calviniste et critique crudit, né à Genève le 8 février loo9, mort à Londres le 1" juillet 1614. Professeur de langue grecque à l'Université de Genè-.e en 1582, puis à l'Université de Montpellier, il fut appelé par Henri IV à une chaire du collège de France, que les protestations du Pape l'empêchèrent d'occuper. Le roi le nomma en dédommagement garde de sa librairie. Gasaubon termina sa vie en Angleterre où il fut attiré par Jacques I" et fut enterré à Westminster. Il a laissé des œuvres d'érudition considérables. La meilleure édition de ses lettres a été publiée à Rotterdam en 1709.
2. Erudit belge, né \ Isquc, en Brabant, en lo'tT, mort à Louvain en 1606. Professeur d'histoire et d'éloquence à l'Université protestante d'Iéna de lo72 à 1374, professeur d'histoire à l'Université do Leydc, de 1379 à 1590, à celle de Lovivain en 1591, Lipsc fut un des plus grands savants du wi' siècle, et son influence sur le progrès des lettres a été considérable. Ses œuvres complètes furent réunies, comme le dit Patin, à An\ers, en 4 vol. in-fol. Lipsius (Jast.). Opéra omnia. Astvehpiu, ex ofJJcina Ptanlin., 1637.
d'en avoir librement : j'en ay veu icy un exemplaire qui est venu par Angleterre, qui revient à 25 escus, à cause des frais du port.
Je vous baise très humblement les mains, et suis.
Monsieur, Vostre très humble et très obéyssant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 8 décembre 1G37.
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.