‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 62 sur 260 · Biguer : Pour troquer, changer (Furcticre · texte numérisé non relu

Biguer : Pour troquer, changer (Furcticre

l'accouchemenl de la Reyne vers le commencement de septembre. Dieu vous veuille bien délivrer des loyolites et vous tenir en bonne santé, vous et madame vostre femme, à laquelle,

Je baise très humblement les mains pour estre toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 20 août iG38.

Edit. de Rottebdam 1695.

— Pauis 1846.

A BELIN 14o

Mss. 9358, FOL. 49.

LETTRE XLllI

A MoiNSiEua Belo, docteur e.\ médecine, a Tuo\es.

J'ay depuis vostre départ reçeu deux des vostres, pour lesquelles je vous remercie; je suis bien ayse d'apprendre que vous et madame Belin soyez en bonne santé. Enfin, Dieu nous a donné un dauphin le dimanche 5 de septembre', un quart d'heure avant midy, lequel se porte fort bien, aussi bien que la Reyne sa mère, Dieu mercy. M. Cousinot le fils est son médecin. Le bonhomme M. Seguyn est fort malade à Saint Germain, d'une fièvre double-tierce, qui luy livre tous les jours de rudes assauts, avec une petite continue laquelle ne le quitte point ; il en a eu tous les sacremens. Il a esté creu mort trois ou quatre fois, et maintenant, il se porte un peu mieux ; on a, néantmoins, asseuré qu'il aura bien de la peine à en relever. Son neveu, qui est de nostre licence, a obtenu la survivance de sa charge, qui luy a esté accordée, à la grande importunité de son oncle, afin, disoit-il, qu'il en put mourir plus contant ^ On n'a pas encore fait icy grande chose sur la naissance de M. le Dauphin ; je vous feray part de ce qui se fera. On a icy, depuis vostre départ, vendu deux bibliothèques, esquelles s'est rencontré le mesme tome que nous avons

1. La Reine accoucha, en effet, le o septembre 1638, à onze heures et demie du matin, an château de Saint-Germain, en présence du duc d'Orléans, delà princesse de Condé, delà comtesse de Soissons et de la duchesse de Vendôme. La nouvelle se propagea si rapidement qu'on la coimut à midi à Paris.

2. Pierre Seguin survécut à cette maladie. Il mourut à quatrevingt-deux ans, le 28 janvier llîiS.

tous deax de l'herbier de Lobel' et Péna ' : l'autre, qui est intitulé Observatloiies, se pourra rencontrer quelque jour. M. le mareschal de Chastillon est disgracié, avec commandement de se retirer en sa maison^ à quoy il a obéy. Les Ho'.landois avoient assiégé Gueldres' . mais ils y ont esté battus, puis en ont levé honteusement le siège. Nostre armée est devant le Catelet, dans lequel les Espagnols se défendent vigoureusement. M. le Prince avoit assiégé Fontarabie*; mais la nouvelle est venue d'hier au soir qu'il en a levé le siège, y ayant esté contraint par l'admirante d'Aragon, qui y a amené de grands secours"'. Nous n'avons guères gagné cette année ; nous pourrons gagner davantage l'année qui vient, puisque le Dieu de la guerre est apud Homerum o.yj^.-p'.-y^/ù '■.-,, et que. de tout temps, il a esté reconnu vray que, ui varia ludi aléa, sic el bellum. Nous aurons assez gagné si M. le Dauphin est cause que l'on face la paix, comme le Roy l'a promis de deçà à ceux qui le sont allez saluer et visitera cause de cette naissance. La Reyne mère est sortie de Flandres, a esté en Hollande, fort bien reçeue à la Haye, puis de là, a passé en Angleterre. Quelques-uns disent qu'il y a accord fait qu'elle reviendra bientost en France, soubs de certaines conditions, secl non

1. Lobel {Malhias de), médecin et botaniste célèbre, né à Lille, en 1538, docteur de Montpellier, médecin du Prince d'Orange et des Etals (iéncraux, mort en 1616 à Londres où sa science de botaniste l'avait fait appeler par Jacques I". A laissé de nombreux, travaux parmi lesquels l'œuvre capitale de botanique ci-dessus relatée, en collaboration avec Péna.

2. Péna (Pierre), botaniste né à Narbonne. Les détails de sa vie sont ignorés. On ne connaît que sa collaboration avec Lobel à l'ouvrage du Stirpimn. Il fournit dans ce travail les plantes de la France méridionale.

3. Ville du duché de Gueldre sur la Niers, à i'i kilomètres S.-O. de Wesel.

4. Fontarabie, ville d'Espagne (Guipuscoa) à 16 kil. E. de St-Sébastien, sur la Bidassoa, place alors très importante.

o. L'armée française commandée par le prince de Condc, ayant comme lieutenant général le duc de La Valette, avait été battue le 7 septembre sous les murs de cette ville qu'elle assiégeait, par l'armée espagnole. Le poids de la défaite tomba sur La Valette qui, appelé à la cour pour rendre compte de sa conduite, trouva plus prudent de se retirer en Angleterre. Il fut jugé par contumace.

AIBELIN 14?

ego credulas illis : il y a une forle pièce deboul qui rempesche. M. le Dauphin pourra bien faire cela dans quelque temps, mais il est encore trop petit pour faire un si grand miracle : utinain reguis ille infans conterai caput serpentis, et aureani pacem niundo redacat. Le Roy a eu quelque accez de tierce, mais ce n'est rien. Son Eminence est encore en Picardie. Je vous baise très humblement les mains, à Madame Belin, à MM. vos frères, et à MM. Sorel Allen, avec le dessein de demeurer à jamais,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin

Ce 14 septembre 1638'

Edit. uk Rotterdam 1695.

Page 1