‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 63 sur 260 · Lettre datée du 4 Sovembke 1631 dans l'édit. de · texte numérisé non relu

Lettre datée du 4 Sovembke 1631 dans l'édit. de

148 LETTRES DE GLl PATIN

Mss. 9358, FOL. 50.

LETTRE XLIV A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.

Monsieur,

Je sçay si bien que je suis criminellement coupable d'avoir esté si longtemps sans vous escrire, que j'ay bien peur de n'en pouvoir obtenir pardon ; je l'espère, néantmoins, et le désire bien fort ; nec plara loqaendo, je croy déjà le tenir. Hac igitar prsefaia venia, je vous diray que je feray ce que je pourray à M. Sorel vostre beau-frère, des estudes et des mœurs duquel j'ay très bonne espérance. Je luyay rendu vostre Belliim d'Erasme', au commencement duquel j'ay marqué ce qui en est : Optimum opiisculum et lectu dignissimam. Ma femme baise les mains à vous et à madame Belin, et la remercie de son passement, qui est icy défendu depuis quinze jours' . Je vous prie dédire à M. Allen que je le remercie de son Eloge de Pithou', par Merce-

1. Réponse d'Erasme au pamphlet de Pierre Cursius qui l'accusait d'avoir outragé l'Italie dans un de ses adages : Ut si quis dicat Hcylham eruditum, Ilnhitn hellmem. La réponse d'Erasme a pour titre : Responsio ad Pétri Cursii defemionem nullo adversario hellacem.

2. Passement se disait do dentelles ou d'ouvrages se faisant aux fuseaux pour servir d'ornement aux vêtements. « On en fait d'or et d'argent ». (Furetière.)

3. Pilhou (Pierre), célèbre jurisconsulte et érudit, né à Troyes le ■ novembre 1539, mort à N'ogent-sur-Seine le l^"^ novembre lo96.

D'abord protestant, se rallia à l'Eglise romaine en même temps que Henri IV. Fut procureur général de la Chambre de Justice établie en Guyenne et après l'entrée de Henri IV à Paris, procureur général au Parlement. Pilhou laissa une grande réputation de sagesse et de vertu. Il fut un des auteur» de la « Satyre Menippée » et a laissé d'importants ouvrages de jurisprudence et de politique religieuse, entre autres, un mémoire sur la liberté de l'Eglise gallicane signalé plus loin par Patin.

rus* , et qu'il ne m'espargne pas de deçà si je le puis servir, que je l'en supplie bien humblement; s'il veut un Pomponace' , je tascheray de luy en recouvrer un. Deux ou trois loyolites ont icy fait quelques vers sur la naissance de M. le Dauphin, et peu d'autres. Il me semble que toute l'Académie devoit s'employer à louer Dieu de cette naissance ; je ne sçay pourquoy elle est si froidement chantée ; je pense que le mauvais temps en est cause, nsque adeo tiirbalur ubiqiie. Je vous envoyé VAntidotaire ' que nostre doyen a fait imprimer, etiam invitis Diis : vous y verrez, au commencement, le catalogue de nos docteurs vivans, combien que la pluspart ne l'approuvent pas. Taschez d'en faire vostre profit. La Reyne mère est en Angleterre et M. de la Valette aussi. On attend icy de bonnes nouvelles de Brisac* ; plût à Dieu que nous tinssions le roy de Hongrie, et quinze jours après une bonne paix. On imprime icy toutes les œuvres de Sennertus, en trois volumes in-folio. Je vous prie de me conserver en vos bonnes grâces et de madame Behn, comme aussi de MM. vos frères ; et de croire que je seray toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 27 novembre 1638.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. 1725.

— Paris 1816.

1. Mercerus, ou plutôt Mercier, né à Uzès,mort à Paiis le 5 décembre 162(5. Erudit humaniste. Est considéré comme le plus judicieux interprète de la Bible au xvi" siècle. Sa fille avait épousé Saumaise.

2. Pomponace (Pierre), on plutôt Pomponazzi, né à Mantoue le 16 septembre li-62, mort en 1524 ou 152(5. Fut nommé professeur de philosophie en li88. Professa à Ferrare, puis à Bologne, en 151*2, jusqu'à sa mort.

3. Recueil de formules pharmaceutiques. Depuis le xn" siècle jusqu'au xvie, il n'y eut pas d'autre pharmacopée que l'Antidotaire Nicolas ou de « Maître Nicolas », qui fut l'unique codex des apothicaires. Com. de M. Boutineau.

4. Brisach (Vieux). Ancienne capitale du Brisgau et ville Impériale sur la rive droite du Rhin, à 17 kil. O. de Fribourg. Cette place très importante était assiégée par le duc de Saxe-Weimar, au service de la France. Après une des plus célèbres campagnes du \\W siècle, au cours de laquelle il avait reçu l'aide des troupes françaises commandées par le duc de Longueville et par Turenne, le jeune et brillant général emporta la ville le 14 décembre suivant.

loO LETTRES DE GLI PATIN

M<s. 9358, FOL. 51.

LETTRE XLY A Monsieur Belin, doctei r en médecine a Thoyes.

Monsieur,

J'ay esté lies aise d'apprendre par la vostre que \ous et madame Bclin soyez en bonne disposition. Je vous asseure que le petit Sorel estudie bien, et nomploye pas mal son temps. Xovissi/ne. je Tay examiné ; s'il continue, j'espère que frugem faciet. Faites moy la faveur de présenter mes très humbles recommandations à M. Allen, et de le faire participant de ces deux nouvelles, dont la première est que nous attendons la nouvelle édition du recueil des lettres de feu M. Casaubon ' qui est tout nouvellement achevée en Hollande : il y en a, sur le chemin, un pacquet de trente, et un autre de cinquante. L'autre est que l'on a icy imprimé, en 2 volumes in-folio, un recueil intitulé : Traitez des droits et libériez de l'Eglise gallicane^, dont le premier de tous est celuy de M. Pierre Pithou. et plusieurs autres ensuite qui font le premier tome complet, et le deuxième qui est bien plus gros, contient les preuves des dites libertez. Le 18 du mois passé nous a ravy le vaillant P. Joseph, capucin, par une apo-

1. Recueil des lettres de Cnsaubon. La Hâte, 1Ij38. in-8" pii]jlic par Orooon. La mi illeiire édition a été publiée on 1709, in foL par Jansson (J'Alnii'lovcen. Cf. la noie de Casaubon : Lettre du 8 décembre l()37.

i. Le Traité des droits et libertés de l'Eglise gallicane. La premii-re cdilion était de lo94, )n-12. Ce traité fut reproduit dans les Opéra miscellanea et dans le Recueil des Libertés de iEylise Gallicane; il servit de bâte à la fameuse déclaration du clergé de 1682. Il existe dcuv éditions modernes avec des notes. Paiiis, 182ir-182>'î. Didot. Cf, la note de P. Pithou : Lettre du 27 novembre 1638,

plexie : on a fait sur cette mort divers épitaphes ' un peu trop satyriques, et qui en ont fasché mcsme son Êminence. On lui a fait une harangue funèbre dans les Capucins du fauxbourg Saint-ITonoré, par le père Léon, carme mitigé, qui a semblé estre bien ayse de trouver ce beau subjet pour estaller^ son éloquence. Depuis la prise de Brisac, nous n'avons icy rien de nouveau de l'yVUemagne. On dit que le cardinal de Savoye^ et le prince Thomas son frère ' s'en vont faire la guerre à la duchesse leur belle-sœur, et que le roy d'Angleterre s'en va avoir grosse guerre aussi contre les Escossois, qui sont malcontans de luy, et qui ne veulent pas le reconnoistre pour chef de l'EgHse anglicane. La Reyne mère est à Londres. On imprime icy toutes les œuvres de Sennertus en 3 volumes in-folio. M. Moreau a esté un des desputez de nostre Faculté pour aller à Saint-Germain y consulter pour M. le Dauphin, qui doresnavent se porte bien. Le présent qu'il vous a fait de la thèse De dœmonihus n'est pas grand, c'est une sotte thèse et mal baslie ; luy-mesme n'en fait gueres

1 Fpilaphc : rloge en prose ou en vers parfois satirique u sans aucun dessein de le metlre sur le tombeau ». (Furetièrc). Au dissepticme siècle, épilaphe était indifféremment des deux genres. (Littre).

2. Eslaller : pour étaler, pour faire étalage. (Furctiere). « Pour établir » dans les édit. antér.

3 Savoie {Maurice de), né en 1593, mort le 3 octobre lGo7. Fait, par Paul V cardinal à l'âge de quatorze ans, il prit part, avec son frère à la guerre contre sa belle-sœur en Piémont. Après la paix de 16iâ 'il rendit le chapeau pour épouser sa nièce, Louise-Marie de Saj*o''^-

4 'savoie (Thomas François de), prince de Carignan, ne en loJb, mort en 16oG. Cinquième tWs de Charles Emmanuel 1er duc de Savoie et chef de la maison de Carignan, branche de Savoie arrivée au trône de Sardaigne, avec Charles Albert, en 1831. Prit du service dans 1 armée espao-nole qu'il commandait contre les Français et fut battu a Aveni en 1635; mais il fit lever le siège de Breda en 163(3, entra en Picardie, prit la CapcUe, le 8 juillet, emporta le Catelet et assiégea Corbeil dont il se rendit maître le lo août. Au moment où se déroulaient les événements historiques dont il est question dans la lettre de Patin, il venait de déclarer la guerre à sa belle-sœur Christine de France, duchesse de Savoie • il réussit à s'emparer d'une partie de ses Etats; mais, battu par d'Harcourt en 16i0, il se rapprocha de la cour de France, en lbi-2, et fut pommé lieutenant général des armées du roi. Il avait épouse, le 10 octobre 1624-, Marie de Bourbon, fille de Charles, comte de Sojssons, père du prince Eugène.

dcslat. Faites moy la favevir de me conserver en vos bonnes grâces, et de présenter mes très humbles [baisej mains à Madame Belin, à MM. vos frères, et de croire que je seray toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 1.3 janvier 16.39.

On dit que le Grand-Turc' est fort en colère contre les Véniciens, et qu'il vient assiéger leur ville, ou au moins leur isle de Gandie% avec cent mil hommes; et qu'après cela, il fera ce qu'il voudra de la Sicile et de toute l'Italie, à cause de quoy, le pape et les princes d'Italie consultent comment ils pourront repousser de leurs frontières un si puissant ennemy. On parle aussi d'un tiers party en Allemagne, pour obliger le roy de Hongrie à la paix.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. 1725.

— Paris 184b.

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