LETTRE LVII
A Monsieur Beli.n, docteur en médecine, a. Troyes EN Champagne.
Monsieur,
Je vous remercie de l'iionneur que vous m'avez fait de me faire connoistre M. Camusat', lequel est un très digne personnage. Je vous prie de luy présenter mes très humbles baise mains et de me conserver en ses bonnes grâces. Vostre solliciteur est venu céans pour vostreproccz, avec des factoms et la liste des juges, en laquelle je n'ai trouvé personne à qui je pusse recommander vostre procez, qu'au rapporteur mesme, qui est grand amy d"un de mes amis; mais ledit solliciteur m'a dit qu'il en estoit asseuré par le général des Mathurins. Les autres conseillers, qui n'estoient pas réduits à petit nombre, estant à Rouen, ou à TEdit ou à la Tournelle, ou mesme exilez, comme M. le président le Bailleur, ou bien morts comme M. Perrot^ : ut lit sit,]e souhaitte que vous l'ayez gagné, croyant qu'il est jugé.
1. Camusat {Nicolas\ liistorien et chanoine, né à Troyes en lo7o, mort dans cette ^ille en IGo'). Il a publié de vieilles ciironiqiies oîi l'on trouve de curieux documents.
2. Mailleul (Michel de), sieur de Soisy, conseiller au Parlement en 1608, maître des Ref}uètcs en IGIG, président au mortier en 1627, surintendant en 1613, mort en 16."j3. Marié à Elisabeth Mallier. Tallemant lui a consacré une anecdote : Le Président Le Bailleul et SCS filles. Op. cit. T. IV, p. 332.
3. Perrot (Jean), sieur de Fercourt, président ans enquêtes. Etait cousin germain de Perrot d'Ablancourt et avait épousé Madeleine Gombaiit sur laquelle Tallemant raconte une historiette. Op. cit. T. IV.
On altcnd ici le Roy et la Reyiie qui doivcQt venir à la dédicace de la nouvelle csglise des Loyoles, rue Saint Antoine' On dit que son Eniinence y dira la messe. On tient que le Hoy partira dans quinze jours el ira à Calais, et que le dessein de cette année est sur Sainl-Omer '. On dit que Bannier a esté battu en Allemagne ' ; mais en récompence, que M. l'archevesque de Bordeaux a gagné force galères et galions sur les Espagnols, que l'on nienoit pleines de bled à Perpignan et au Roussillon' Le Portugal a entièrement secoué le joug d'Espagne et il n'y a pas dans tout ce royaume un Espagnol, s'il n'est aux; galères. Leur ambassadeur est icy, comme aussi les députe/ de Catalogne. Le duc de Lorraine a fait son accord avec le Roy soubs certaines conditions, et luy a fait hommage, où on luy a fait oster les espérons, qiix tainen invito detracta sunt'. M. le duc d'Anguien se porte mieux. Nihil hic habe-
1. Eglise Saint Paul Saint-Louis. Loviis XIll en paya la conslniclion. Son cœur et celui de Louis XIV y furent déposés.
2. Saiiit-Omcr, place importante h cette époque; située sur l'Aa à (50 itil. N.-N.-O. d'Arras. Ostensiblement les projets militaires visaient SainlOmcr; en réalité c'était surtout Aire, en Artois, ville très forte (jui couvrait toute la Flandre dont le Maréchal de la Meilleraye avait reçu l'ordre de s'emparer. Celui-ci, après une feinte sur Saint-Omer, se porta brusquement sur Aire avec toute son armée et assiégea la place qui capitula le 20 juillet.
:L Banier ou Baner, {général suédois, né le 23 juin loO.j, mort en décembre 1G4L De concert avec les troupes françaises commandées par Guébriant, il avait entrepris pendant l'hiver une expédition sur Ratisbonne, qui n'eut d'autre résultat que de faire trembler la Diète el l'Empereur. Les Fran(.-ais se refusèrent à l'accompagner jusqu'en Bohème; il accomplit seul sa retraite et fut poursuivi par les Impériaux avec des forces supérieures.^ Le danger qu'il courait rappela Guébriand qui vint à son secours. — Les édit. antér. ont lu « ISavlèrc ».
4. Pendant qu'un corps d'armée confié au comte de la Mothe-IIondancourt marchait sur Barcelone, l'Archevêque de Bordeaux, d'Escoubleau de Sourdis, avait été euA'Oyésur m er dans le but de seconder les opérations militaires. 11 avait attaqué et enlevé, dans la haie de Roses, cinq vaisseaux espagnols et pris deux galères ennemies à l'entrée de Port-Vendres. Ce sont ces brillants faits d'armes qu'annonce l^atin.
5. Les principales conditions du traité étaient la cession du comté de Clermonl réuni à la Couronne, de Stenay, de Jamets et de Dun qui étaient donnés à Louis XIII en propriété, et de la ville de Nancy que le Roi garderait en dépôt jusqu'à la paix. Le Prince restait en possession des domaines de Lorraine et de Bar dont il rendait foi et hommage à la Couronne.
mas iiovi in re litleraria. Il y a icy grosse querelle entre les évcsqiies, les curez et la Sorbonne contre les moines et jésuites en l'administration des sacremens : on dit que Son Eminence est pour les évesques. Je n'apprens rien de nouveau contre le P. Celot, sinon qu'on lui appreste des responces. Nous avons icy pour prévost des marchandts M. le président Boulanger, à la place de M. Perrot de la Male-maison, qui ne l'a esté que quinze jours.
Je vous baise très humblement les mains, à Madame Belin et à MM. vos frères, et suis,
Monsieur, Vostre très humble et toujours afTectionné serviteur,
Pati:v.
De Paris, ce 13 Avril 1641.
M. d'Hocquincourt le fils', gouverneur de Péroné % fut hier envoyé prisonnier au bois de Vincennes pour trois raisons, dont la première est qu'il a eu querelle avec M. de Noyers ; la deuxième, qu'il a refusé au Roy d'aller en Portugal ; la troisième est qu'il a grosse querelle contre son père qui s'est remarié.
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1723.
— Paris 1846.
1. Hocquincourt (Charles de Mouchy marquis d'), et gouverneur de Péronne, de Montdidier et de Uoy, né en lo99, mort en lGo8. Lieutenant général en lGi."î, maréchal de France le 11- janvier 1651. Pendant la Fronde, il se joignit aux Espagnols et fut Iné devant Dunkerque. Il avait épousé, en 16-?8, Eléonore d'Elampes. Son père, qui avait épousé, en premières noces, Claude de Mouchy, dame d'ingues serre, s'était njmarié avec Gabrielle du Chàtelet, fille du marquis du Châtelet, maréchal du Barrois.
-2. Place forte sur la Somme, à 51 kil. d'Amiens.
192 LETTRES DE GLl PATIN
LETTKE LMll A Monsieur Blampignon. docteur en médecine et
SYNDIC DU COLLÈGE DES MÉDECINS, A TrOYES'.
Monsieur,
Je me trouve bi^ empeschc de vous dire mon advis en la controverse que m'avez fait l'iionneur de m'envoyer pour en estre l'arbitre, veu que mes meilleurs et plus intimes amis sont engagés dans la querelle, et que je ne sçay pas s'ils voudront bien croire que je sois encore leur amy après que j'auray prononcé en cette affaire que me proposez, comme je doibs, et sans aucun respect de l'amitié, et du service que je leur ay voué, et de tant d'obligations que je leur ay. C'est pourquoy je vous dirois volontiers ce qu'un certain sage, fort retenu et modéré choisy par ses amis, pour arbitre, leur respoudit:
Messieurs, prenez-moy pour vostre amy, et vostre serviteur, mais non pas pour vostre juge.
Ce qui semble estre pris du bon comique, in quâdam amicoruni conlroversià.
Paululum hoc menti mihi obstal : Simus et Crito.
Mcini nostri hic ambigunt de Jînibus:
Me cepere arbitnim: ibo ut dicam, iil dixeram
Operam daturiim me hodiè, consilium verd non datnnim.
Néantmoins, quand je considère que tous six qui estes dans l'intérest de la cause, desirez cela de moy ; et que mon
1. Blampignon {Antoine}, médecin à Troycs et alors syndic du Collège des médecins de celte \illc. Appartenait à une famille de petite noblessL-. très honorable, de Troyes et qui compte encore des représentants. La bibliolhèque de sa ville natale possède sa thèse: Quœsliones quatuor cardinales... publiée sustinebit ac propugnabit. Luc.dlni, ex typographia Claudii Cayne, 163o.
A BliLIN 19â
advis, comme le demandez, pourra vous mettre en paix, et hors de contestation, je vous diray librement ce qui se doibt faire en cette matière, selon l'ordre que nous observons de deçà : vostrearrest du grand conseil, ordonne deux anciens médecins, selon l'ordre du tableau et vous n'estes en tous que six ; desquels six il va toujours un syndic ; sur cela, je voudrois, tant en l'explication de Tarrest, que selon l'usage que nous avons icy en nostre faculté, que des deux anciens requis par l'arrest, celuy qui e&t syndic, soit le premier, isque perpétua primus, qiiamdià durabit lllius magistralus : tune enini habet ratlonem decani, qui caput est et lingua facultatis ; caput quidem, sed aristocratie um, ut potè qui non solus, et prœses, sed ex majorum et seniorum imd poliùs ex ipsarum leguni consilio et arbitrio rem vestrani administret : non vero nionarchicum, opus enini est periculosa plénum aléa, uni soii ex propria privataque libidine omnia miscenti rem publicam committere. Nos libertez de l'église gallicane nous permettent de dire : Concilium est supra Papam : combien que les canonistes d'Italie pleno ore intonent : Papam esse supra concilium : mais ce n'est pas la raison qui les fait parler, c'est seulement leur profit, et celui de leur maistre. El hsec de capiie : est autem lingua facultatis , en tant que c'est à luy à parler, à respondre, à dire l'advis de sa compagnie. Bref, il est in vestro ordine quodest cancellarias in regno, qui, partout où il se trouve, a seul le droit de parler ; mais ce qu'il parle a auparavant esié arresté au conseil : à propos de quoy, un grand personnage, Nicolaus Borbonius, Baralbulanus , et prope popularis vester, a fait autrefois un beau distique sur le portrait du chancelier de Sillery :
Ora coronabit lauriis victricia régis, Sed regni faciès ista loquentis eril.
Doncques, le syndic sera le premier des deux anciens; le second sera pris à l'ordre du tableau : mais je ne sçay pas comment vous entendez cette antiquité : dans vostre ville, où vous n'estes que six, et quand vous seriez davantage,
VOUS la devez régler usque ad sex annos: c'est-à-dire, que, nul doresnavant in vestro ordine, ne sera réputé ancien qui n'ait exercé six ans durant la médecine dans vostre ville de Troyes : en sorte que je ne compte pas les six années du jour qu'il passe docteur à Montpellier ou ailleurs; mais seulement du jour qu'il a été resçu en vostre ville, en vostre compagnie, et qu'il est immatriculé en vostre registre, et qu'il a esté vobis niinuentibus et consentientihus, admis collègue, à faire part en vostre collège; de sorte que les deux ans du syndic estant expirez, lorsqu'il en faut créer un autre ^ vous devez le prendre du premier nombre, c'est-à-dire de ceux qui font la médecine dans ïroyes, ex vestro consensa, ante sex annos : car, s'il n'y a six ans passez tout entiers, nenio débet censeri idoneus ad munus gercndum : et ainsi faisant, les jeunes, attendans le terme des six ans passez, apprendront les droits et les coustumes de vostre compagnie, pour se mieux acquitter de leurs charges, quando œlatls benejicio ad ea pervenerint : c'est aussy chez le syndic que se doivent faire vos assemblées, s'il est commodément logé, si vous n'avez en ville ex omni consensa, un lieu destiné à cela. Il me semble. Monsieur, que voilà ce qu'avez désiré de moi; j'ay grand regret que je n'ay moyen de m 'expliquer mieux: je croy pourtant que je n'y offense personne, veu que si les jeunes ne sont bientost admis aux charges de la compagnie, ils sont en estât d'y parvenir bientost, veu que six ans sont bientost escoulez, avant que ils puissent le plus souvent estre instruits de tout ce qui peut arriver de controverses en vostre compagnie, tant pour la tenir en ses règles, que pour s'opposer à un tas de nouveautez et de chicanes que la malignité des hommes va inventant tous les jours. Je doute néantmoins fort, si vous trouverez bon tout ce que dessus, combien qu'il soit autant qu'il m'a esté possible à la règle et au niveau de nostre faculté, laquelle conserve ses règles mieux qu'aucune de cette grande ville, et que jamais nous n'avons eu procès ni arrest pour l'observation de nos statuts. Je vous prie donc en particulier, et tous Messieurs vos confrères en général, de prendre en bonne part mon advis, que je n'ay escript
A bELlN 19o
que parceque vous l'avez ainsi désiré de moy : ncqiie aider ausus faissem.
Non nostruin inler vos lanlas componerc liles.
Je vous honore tous entièrement, et les uns et les autres, et suis à tous en général, et à vous en particulier,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur,
Patin.
De Paris, ce 26 d'Avril 1641
Eode/n ipso die quo ante annos très et octoginta obiit scholœ nostraf. lumen, et medicoruni lolius Eiiropœ doctissimus Joannes Fernelius, ni/nirum 26 april 15ôS\
Edit. de Paris 1S16.
1. Cette lettre fut donnée à M. Carleron, pat" son confrère et son ami le Dr Auguste Thiesset, qui l'avait trouvée dans les papiers de son père, aussi médecin à Troyes. lequel probablement la tenait de son père, médecin également, et contemporain de quelques-uns des membres du Collège à qui celte lettre a été adressée. Elle fut communiquée par M. Carteron à Rcveillé-Parise qui la publia. Elle avait été reproduite déjà en 103i, dans les mémoires de la Société d'Agriculture, sciences et arts du département de l'Aube. C'est cette première copie qui avait été transcrite, avec beaucoup de soin, sur l'original qui n'existe plus, et en respectant l'orthographe du temps, que nous donnons ici.
i96 LETTRES DE GUI PATIN
Mss. 9358, FOL. 01.
LETTRE LI\ A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.
Monsieur,
Comme je ne reçeus pas de vos lettres avec celles de M. de Blampignon, je crus bien que vous vouliez estre purement dsintéressé en cete affaire, sur laquelle on me demandoit mon avis : ce qui me fit croire encore jjIus aisément ce qui en estoit fut votre sein, à cause de quoy je ne voulus rien vous escrirc pour lors ; je me contentay, sans tesmoigner aucune passion particulière, de leur en dire mon avis, lequel j'ay escript sans aucune prétension que du droit et de beaucoup de conformité avec les règlemens de nostre escbole, probetur an Improbeliir ah llUs mihi perinde est Ce que j'en ay fait n"a esté que pour ce que vous m'avez tous tesmoigné le désirer ainsi ; c'est puurquoy je vous supplie en particulier de ne me scavoir mauvais gré en aucune façon pour cet affaire, ne l'ayant fait qu'à bonne intention, veu que, ut sit lex omnibus œqua, vous pouvez tous estre et revenir syndics par l'élection que vous en faites tous les deux ans. Pour l'antimoine, je ne sçay pas ce que nostre Faculté en ordonnera ; il eut toujours bien mieux valu que S' Jacques ne l'eut fourrée dans l'antidotaire, comme il a fait, nobis insclis et invitis ; imo et inconsulta JacuUale. et ne pas toucher à celle cliorde, quœ habel aliquid odiosum.
M. Moreau a respondu au faclom du gazettier avec
beaucoup de doctrine et toute sorte de modestie*. Ce
1. C'est la première fois qu'il est fait mention du « gazctier » — Théophraste Rcnaudot — dans la correspondance de Patin ; nous Aerrons que ce ne sera pas la dernière. Ce n'est, en effet, qu'à partir de 1G40 que les diflicultés qui existaient entre la Faculté et Renaudot s'envenimèrent et prirent une tournure aussi dangereuse pour celui-ci, qu'elle était grave pour la première. Nous suivrons cette t[uestion — qui est restée célèbre — à travers les lettres de Patin, et nous y reviendrons dans la « post préface » que nous consacrerons à celui-ci à la fin de notre publication. Mais il est indispensable pour l'intelligence des textes d'esquisser dès maintenant les traits principaux de la biograpliie de Renaudot, jusqu'à cette année IGll. Tbéopbraste Renaudot, né à Loudun (Vienne) en 1584-, d'après Chereau, en 1586, d'après Gilles de la Tonrette, son historien, mort à Paris le 25 octobre 1653. Reçu docteur à Montpellier en 1606, revient à Loudun, sa ville natale oii il fait la connaissance du Père Joseph. (Leclerc de la Treml)lay), et se rend à Paris en 1612 oîi sur les recommandations de « l'Eminence Grise » le cardinal de Richelieu le fait nommer médecin ordinaire du roi. Doué d'un esprit délié, ingénieux, inventif, plein d'initiative et de volonté, mais dénué de tout scrupule, Renaudot demanda au roi l'autorisation de fonder des bureaux d'adresses. En 1612, il obtenait un brevet d'autorisation de I^ouis XIII, cpje confirmaient un arrêt du Parlement (1624) et une déclaration royale(1628), etenl630, il installait rue de la Calandre, (cette rue aujourd'hui disparue occupait le périmètre de la caserne de la cité,) son bureau d'adresses auquel il adjoignit des « Consultations charitables » et un Mont-de-Piété, et publiait en guise de programme une brochure excessivement curieuse : « Inventaire du Bureau de rencontre où chacun peut donner ou recevoir avis de toutes les nécessités et commodités de la vie et société humaine. — Paris, 1620, in-4o de 32 pages. — Enfin en 1631, il créait un journal, « La Gazette » auquel devait collaborer Louis XIII. C'était déjà beaucoup d'entreprises pour un médecin du xviie siècle et il est probable que, même de nos jours, les associations et les sociétés médicales ne se montreraient pas très tendres pour un de leurs membres qui tiendrait un bureau de placement, une maison de prêts sur gages et dirigerait un journal étranger à la médecine. La mentalité professionnelle est cependant telle que les mêmes médecins qui mettraient aujourd'hui, sans aucune hésitation, au ban de la carrière, le confrère convaincu de pareils agissements, se montrent très sévères pour la Faculté du xviie siècle dont ils flétrissent les procédés tyranniques et affectent, au contraire, une excessive compassion pour sa victime Renaudot. Nous reviendrons sur ce trait qui déconcerte vraiment toute psychologie. La Faculté, qui n'était pas directement atteinte par les inventions de Renaudot, ne serait cependant pas intervenue, si malheureusement pour lui, il n'eut eu l'idée de fonder une sorte d'Ecole rivale avec le concours des docteurs de Montpellier et des apothicaires — ennemis jurés de la Facullé — auxquels il s'allia. C'était vouloir la ruine de celle-ci, et comme elle entendait se défendre et qu'elle en avait le moyen, cet ambitieux coup d'audace perdit Renaudot. La guerre commença à coup de pamphlets selon l'usage du temps. Aux débuts, elle ne pouvait avoir de résultats positifs. Richelieu couvrait, en effet, Renaudot de sa protection, et, tant qu'il vécut, ces polémiques furent condamnées à l'impuissance. Renaudot publia sept brochures et la Faculté quatre à cinq. Les docteurs régents les plus célèbres, René Moreau, de la Vigne, Riolan et Guy Patin, — celui-ci sous le pseudonyme de Maschurat, compagnon d'imprimerie, — - entrèrent successivement dans la lice. Cette guerre de plume aurait
bourreau ' d'adresse, meriis agyrta convitiator et sycophanla deterrimiis, y a fait une response pleine d'injures de harangères, où il élude et se nmocque des raisons de M. IMoreau, sans respondre à quarante chefs qui luy estoient objectez. De celuy de M. Morean, je vous en promets un " ; de celuy du gazettier, je tasclieray d'en recouvrer un. et vous les envoieray tous deux. Si ce gazettier n'estoit soubtenu de lEminence, en tant que nebiilo hebdomadarius, nous luy ferions un procez criminel, au bout duquel il y auroit un tombereau, un bourreau et tout au moins une amande honnorable ; mais il faut obéir au temps. Par provision, M. Moreau fait une response à ce second libelle, qui est une pure satyre ; je pense que le gazettier y sera horriblement traité, et comme il le mérite, en attendant que le bourreau vienne à son rang tomber sur ce maraud. Ce n'est pas que son livre ^ mérite response ; mais comme il est meschant et impudent, il se vanteroit qu'on auroit peu luy respondre ; c'est pourquoy stallo jiixla stulliUam siiam rcspondebitiir. M. Riolan, qui est icy maintenant, luy fait aussi une responce, laquelle sera
pu s'éterniser sans la mort de Richelieu. La disparition du puissant ministre modifia singulièrement, comme nous le verrons dans les notes suivantes, la position jusqu'alors presque invincible de Renaudot.
1. Patin a écrit bourreau et non bureau. Parise et les anciens éditeurs ont substitué à ce mot celui de " bureau ».
2. <i La défense de la Faculté de Paris, contre son calomniateur ». La pièce in-4", de o9 pages, datée de Paris 16il, est adressée au Cardinal de Richelieu qui protégeait Renaudot et avait favorisé ses innovations. Elle est anonyme, mais tous les bibliographes reconnaissent la main de Moreau et nous en avons l'aveu de Patin. Du reste, il existe un passage des commentaires oîi le doyen a écrit, au chapitre des dépenses de son décanat, le passage suivant, qui ne laisserait subsister aucun doute, s'il y en avait : .)/. Ftenato Moreau, doctori medico et prof essor i Régis pro libello apologetico eleganter et erudite a se edito, et typis mandato gallice, pro Facultate medicinm Parisiensis, adversus calumniatorem Tlieophrastum Renaudotum, Gazettœ magistrum ; cujus libelli gallice scriptl tilulus est : La défense de la Faculté de médecine de Paris, contre son calomniateur, dédiée à Monseigneur l'Eminentissime Cardinal, duc de Richelieu, à Paris MDCXLL... Pro libello inquain apologetico, distribui priedicto Renato Moreau, authori. 7o 1, — Regist. Com- ME>-T. (T.XIIl, vol. 152, \°).
3. Responce de Th. Renaudot, docteur en la célèbre Faculté de .Montpellier, médecin du Roy, Commi.'isaire général des pauvres, Mnistre et Intendant général du Bureau d'adresses de France, au libelle fait contre les consultations charitables pour les pauvres malades. P.iris, 1G41.
achevée d'imprimer dans peu de jours' ; je tascheray de vous envoyer le tout ensemble. M. Ranchin, chancelier de Montpelier est mort'. M. de BellevaP et un autre professeur sont icy qui en demandent au Roy la nomination : je ne scay qui des deux l'aura. Nostre armée est devers Bapaume*; mais on ne dit pas encore oii elle s'attachera. Les Catelans ont eu du bon sur les Espagnols. Il nous vient un jubilé de Rome, pro Pace ; ce jubilé, si fréquent, n'est autre chose doresnavant que tnodus habendi monachorum : ce sont des franfreluches Romaines. Le Roy, la Reine, son Eminence et toute la cour furent jeudy dernier aux jésuites, où il y eut grande frairie ^ pour la consécration de leur belle église, rue S'-Antoine \ Je ne sçavois pas que M. Cousinot fust à Troyes ; s'il y est encor, quœso saintes eiim meo nomine, comme aussi M. Camusat, M^^ vos frères, Madame Belin, et je continueray toute ma vie d'estre,
Pato.
Celo de Mai 1641
Edit. de Rotterdam 1695.
— iD. 1725.
— Paris 1846.
1. Advertisscinent à Théophrastc Bcnaudol contenant les mémoires pour ustifwr les anciens décrets et privilèges de la Faculté de Médecine de Paris. — 1641, in-i" de 58 pages.