‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 72 sur 260 · LETTRE LUI · texte numérisé non relu

LETTRE LUI

A Monsieur Belin, docteur en médeccne a Troyes, EN Champagne.

Monsieur,

Je vous remercie de toute mon alTection, et M. Allen aussi, de ce que vous m'avez envoyé des mémoires pour l'éloge de M. François Pitliou ; j'en feray mon profit en temps et lieu, et verray M. le conseiller Pithou, quand je pourray trouver quelqu'un de mes amis qui aura du crédit vers luy. Je connois bien vm Fueillant nommé don Jean de Saint-Paul' {ille est Joanncs Vassaniis, in epislolis Jos. Scallgeri), (\m est son cousin; je luy en parleray la première fois que je le verray, il est fort mon amy ; celuy-là est un bon et sçavant moine, qui secularibus negotiis sese non inimiscet. Il me semble que la chambre des enquestes 011 j'ay le plus de crédit est la seconde; si voslre procez va ailleurs, nous l'y suivrons, et adjiitores qiiœremiis. Le Roy et M. le Cardinal sont à Saint-Germain et à Ruel; la Reine est en couches de M. le duc d'Anjou". Turin est pris ' ; tout cela vous est fort connu; mais il me semble qu'il n'y a icy rien de particulier que je vous puisse mander. M. Riolan

1. Un des correspondants de Patin. Nous publions de lui une lettre inédite à ce religieux, datée du 8 novembre 1G43.

2. Piiilippe de France, duc d'Orléans, qui porta le titre de duc d'Anjou. Il était né le âl septembre précédent.

3. Turin avait été pris par le comte d'IIarcourt qui avait remplacé à l'armée d'Italie le cardinal de la Valette, mort le 28 septembre 1639. Le prince Thomas qui était renfermé dans la ville, pendant que les Français occupaient la citadelle, capitula le 22 septembre 1640.

176 LETTIŒS DE GUI FATIN

l'anatomiste a quitté la Reyne-mère à Londres', et est icy vèneu se faire tirer une grosse pierre de la vessie' : l'opération en fut faite hier au matin, cani dubia salute, propter quxdam symptomata quse supervencninl . On dit que la Reine-mère est si lasse et si malcontente en Angleterre, qu'elle délibère d'en sortir et de s'en aller à La Haye en Hollande. Les Galelans sont de nouveau révoltez contre le roy d'Espagne, et ont envoyé demander au Roy sa protection, qui leur a député, pour traiter avec eux, M. d'£spenan% gouverneur de Locate*. On tue, vole et massacre icy partout jour et nuit, si impunément, que c'est pitié. ?\ous atten-

1. Riolan [.Jean\ dont il est si souvent question dans la Correspondance de Palin, était le fils de Jean Riolan, d'Amiens, lui-même médecin célèbre de la Faculté de Paris (Cf. la note de celui-ci : Lettre du 28 mai 1635). Né à Paris en 1.3/7, mort dans cette ville, le 19 février l!}o7 ; docteur en 160t, professeur de botanique et d'anatomie, au Collège Royal, la même année, médecin de Marie de Médicis, qu'il soigna jusqu'à sa mort, nuis dont il trahit la confiance, en l'espionnant pour le compte de Richelieu, (Cf. Avenel. Lettres de Bichelieu. T. VII, p. 911). Jean Riolan fut un des grands anatomistes du siècle. La science lui doit des travaux importants — sinon des découvertes de premier ordre, — et les ouvrages qu'il a écrits sur l'anatomie composent toute une bibliothèque. 11 découvrit les appendices graisseux du colon, donna des noms aux canaux hépatiques et cystiques, et observa que le canal cholédoque n'a qu'une membrane qui fait fonction de valvule. Maisil nia, avec Patin et avec la Faculté entière, la circulation harveyenne et l'existence des vaisseaux lactés et du réservoir du chyle. 11 avait épousé Anne Piètre, dont il eut une fille, Jeanne Riolan, qui se maria avec Michel Francier, docteur de ia Faculté de Paris.

2. 1! devait, un an après, subir une seconde fois l'opération de la taille. Cf. note: Lettre du 25 octobre I6'il .

3. Espenan {Roger Bossolt, comte d"), maréchal de camp le âS mai 1037, mort en mai 16i6. Un des gentilshommes les plus dévoués à Richelieu.

4. Leucate et non Locale, entre l'étang de Leucate et la Méditerranée, à 33 kilomètres sud de Narbonne. A cette époque ce bourg, aujourd'hui insignifiant, était une place forte assez importante.

dons icy beaucoup de livres de Hollande de M. de Saumaise et autres.

Je vous baise très humblement les mains, à Mademoiselle vostre femme, et à MM. vos frères, pour demeurer toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

De Paris, ce 6 Octobre 1640.

Edit. de Rottkbdam 1695.

— iD. 1735,

— Paris 1846.

1^8 LETTRES DE GUI PAThN

Mss. 'J35S, lOL. 5S.

LETTRE LIV A MoxsiEiiv Belin, docteur en médecine a Troyes.

Monsieur,

Les lettres que je vous escris quel([uefois ne méritent pas les remerciemens que vous prenez la peine de me faire; car, pour si peu que vaut ce que je vous escris, j'en suis assez amplement et libéralement récompensé par tant de marques d'affection que me tesmoignez à toute heure ; je voudrois bien avoir moyen de vous tesmoigner de mon costé Ha] pareille, et de rendre quelque bon service à vostre compagnie, en laquelle je vous honore particulièment, et ensuite, MM. Mégart et Barat, et ausquels je vous prie de faire mes recommandations, et de les asseurer de mon très humble service. Pour M. Sorel, je suis bien aise qu'il soit allé à Montpellier, et qu'il achève là de se perfectionner afin d'atteindre une bonne fin : c'est un jeune homme bien fait et qui a de bons commencemens. C'est dommage ([u"il n'a plus de santé' ; jepourroys, à cause décela, dire de luy ce que Macrobe'a dit quelque part d'un illustre Romain : Ingenium Galbœ, maie habitat. M. de Saumaise, venant de Hollande pour passer à Dijon, a séjourné icy quelque temps ; j'ay achepté tout ce qui est veneu de nouveau de luy ; CA'i homo scientissunas et infinitœ

1. Malgré le pronostic plutôt pessimiste de Patin, nous retrouvons Sorel — d'après les fiches manuscrites de M. Le Clert — médecin de l'hôpital de Troyes, en 1671.

'2. Macrobc (Aurelius Theodosius), célèbre grammairien et encyclopédiste latin, vivait au iv^ siècle de notre ère. Les œuvres complètes de Macrobe ont été traduites en français par Ch. de Rosoy. Paris, 182G, 1827, 2 vol. in-8°.

A BELIN i79

lectionis. .1 aimerois mieux sçavoir ce que possède ce grand homme en son esprit, et qiiod hahei quasi innwnerato, que tout ce que prétend sçavoir la noire troupe des disciples du Père Ignace', qui ne sçavent que leur métaphysique, encore ne la sçavent ils pas bien : ce qui me fait croire qu'il ne faut plus s'attendre que ces gens-là nous donnent rien de bon, puisqu'ils ne s'employcnt plus qu'à prescher et à confesser les bigots et bigottcs, à cause qu'ils gagnent davantage à cela : hoc iiniun agiint boni, illi viri, ut sacerrirnfe pietatis obtentu rudioribus imponant, et captivas detineant mulierculas, Sed apage illain gentem. M, de Sanmaise a bien fait autre chose depuis le Solinio ": quand vous viendrez à Paris, je vous le feray voir, si vous le desirez. Je croy bien que vous ne manquez non plus de soldats et de malheurs que tout le reste de la France, qui me font souvent escrier : Ad quœ tempora nos reservasti. Domine ! car je ne veux pas dire comme cet impie Catulle % Cinsede Romule,ista videbis, etferes?\\ [faut] prendre patience, et espérer que Dieu nous en donnera le moyen : dabit Deus his [quoque] Jinem ; et fortasse tôt tumultmim auctoribus funem commeritum. M. de BuUion, surintendant des finances, mourut icy samedy dernier, 22 di'cembre, d'une apoplexie, âgé de soixante douze ans ; il est enterré aux Cordeliers, ausquels il a donné cent [mil] francs. 11 n'y a

1- Recalde (Initjo Lope: de) connu sous le nom de Saint Ignace de Loyola, né au château de Loyola (Guipuscoa) en liOl, mort en looB, Fonda, le lo août 1534-, la Société de Jésus, approuvée par le pape Paul III, en loiO. — Canonisé en 1622 par Grégoire XV.

2. Solin, compilateur latin, vivant au troisième siècle après J.-C, Son Polyhistor est un abrégé de la géographie des anciens et de l'histoire naturelle du monde connu. D'abord, publié sous le titre: Cotlectanea reriiin meinornbilium, cet ouvrage reçu t^ à la seconde édition, le nom de Polyhistor que lui donna Solin. Ce livre, très lu au moyen âge, est un des premiers ouvrages qui aient été imprimés, et a été édité un assez grand nombre de fois. Saumaise publia l'édition signalée par Patin en 1629 et la plaça en tète de ses Exercitationes Plinianœ.

3. Catulle (C. Valeriiis) poète latin, né à Vérone l'an 87 av, J.-Ch., mort vers l'an o3 ou .'H.

point icy de Grégoire de Tours ' de M. Balesdem"" : novi hominem, qui n'est capable de rien de pareil. Il y a quelques années qu'il fit imprimer le ramas des éloges de Pap. Masson ; mais il n'y a rien mis du sien, horsmmis des épistres jus[ques] au nombre de quatre, pleines de puantes louanges et de flatteries à M. le chancelier, cujus bascaudas lingit, ut soient edaces parasiti; à cela, il y est bien [propre], ad csetera, tellurls inutile pondus. On attend icy dans peu de jours, le prince [Thomas] et le comte d'Harcourt. Le pape est bien serré paralytique, itaque in via proxima ad apoplexiam. Voyez où en est réduit ce bon Père: il fait cheminer les autres du centre de la terre jusques par delà le firmament, et néanlmoins, le pauvre prince [n'y] peut aller luy-mesme : c'est que, causœ œquinoxse danl quod non habent. Mais j'abuse de vostre loisir : ignosce aniico tecuni garrienti et amicè confabulan[tiY.

Je vous baise très humblement les mains, et à Madame Belin et à MM. vos frères, pour estre toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 26 Décembre 1640.

1. Grégoire de Tours. Historien et évêque, né en Auvergne à la date proljable du 30 novembre 54-i-, mort à Tours le 17 novembre 595. Elu évêque par la ville de Tours, en 575 On doit à Grégoire un assez grand nombre d'ouvrages biographiques, mais ce qui fait sa gloire, comme historien, c'est son Histaria Francoriini en dix livres qui est une source jîrécieuse et originale pour l'iiistoire de l'ancienne Gaule. Cf. Jltstoire des Francs, T.l — , texte dl mani scrit de Corbie — pulilic par M. II. Dumont, cotiservaleur à la Bibl. \at., et T. H, — texte du manuscrit/dl Bruxelles — publié par Gaston Collon.

2. Balesdens (Jean) né à Paris, mort en 1675. Secrétaire du chancelier Seguier, il lui dut d'être reçu à l'Académie française, en 1673, à la place de Malleville. H a édité, notamment, les Eloges de Papyrc Masson et les Œuvres spiriluelles de Grégoire de Tours, — quoique Patin eut pensé « qu'il n'était capable de rien de pareil » — et un Miroir du pêcheur pénitent.

3. Tous les passages placés entre crochets sont ell'acés ou déchirés dans lo manuscrit original et ont dû être rétablis.

M. de Bullion tomba malade vendredy après midy' ; il fut saigné, confessé et communié : deux fois des bras, une fois du pied. M. le cardinal sachant la grandeur de son mal, le vint voir, et le trouva sans voix et sans connoissance, Ayant veu quoy, solatiis in lacrymas princeps piirpuratus recessit. Le malade mourut ex siiffbcatione cerebri, le samedy fort tard, tout près de minuit.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. \'i2b.

— Paris 1816.

1. Bullion mourut d'un accident cérébral — , ex siijjocalionc cerebri, comme dit Patin —, lié à la diathèse goutteuse. « .1/. de Bullion est mort cette nuit d'une goutte remontée d. dit le journal épistolaire d'Arnaud. « Son Eminence parut en être touchée », ajoute le même auteur. <( Quant au roi, il paraissait extrêmement gai... et le peuple témoigna une joie extrême de sa mort. » Avec Tallemant, nous avons une note spéciale, mais très simple : « Le bonhomme mourut de crapule en moins de rien. » Op. cit. T. II, p. 25.

Mss. 9358. FOL. 50.

LETTRE L

A Monsieur Belin, docteur e>" médecine, v Trotes, EN Champagne.

Monsieur

Je doibs responce à vos deux dernières. Je vous supplie à vostre loisir de me faire quelques mémoires de M. Adrien le Tarlier. Je n"ay pas le livret de Papyre Masson, des cérémonies du baptesme du roy d'à présent '. Vous me l'en- Yoyerez quand il vous plaira, et me ferez plaisir, le tout néantmoins, à vostre commodité. Je remercie très humblement M. Allen de son souvenir ; je vous prie de luy tesmoigner que je suis son très humble serviteur, et que je voudrois bien avoir le moyen de le servir de deçà, où nous n'avons rien de nouveau de Hollande que, Hugonis Grotii annoîationes in Evangelia, qui est in folio ■ et Vossius, de Idololalriâ, en deux volumes in-4o'. On dit que M. de Sau-

1. Rclalio ceremoniarum haplismi Ludooici delphiinici, primogcniti Ilenriri Magni. Papyre Masson. Parisiis, 1606.

2. Grotiiis (Hugo), né à Delft le 10 avril 1383, mort à Roslock, le 28 août 16io. Philologue érudit^ et homme d'Etat célèbre. Proscrit de son pays par Maurice de Nassau, après avoir pris part aux luttes politiques et religieuses qui divisèrent la Hollande au xvii° siècle, il se réfugia en France où le roi le pensionna. Plus tard, retiré en Suède, il devint ambassadeur de la Reine Christine auprès de Louis Xïll (IGI^o-io). On lui doit de nombreux ouvrages d'érudition. Le titre de ses commentaires sur les évangiles que signale Patin est le sui\ant : Annotationes in lihros Evangeliorunt et varia loca S. Srriptiirœ. Amsteh- DAM, 16il, in-fol.

3. Vossius (Gérard) — en allemand. Voss — Né h Heidelberg on 1377, mort à Amsterdam, en 16i-9. Erudit célèbre, successivement professeur de grec à Leyde et de philosophie à Steinfurt et directeur du collège tli(''ologique de Leyde. Ses tra\aux sont considérables. Le vaste répertoire qu'il dédia au clergé anglican dont il est question ri dessus a pour litre : De Tkcologin grntili cl physiologia cliristiana, sive de origine ac progressa Idololatrix lihri IV. Amsteuh.im. Kill, 2 vol. in-^o cl 1688, 2 vol in-fol.

maise, qui est encor on Bourgogne, a fait imprimer en Hollande un livret : De lingiia Uellenislica^ adversus Dan. Heinsium, mais je n'en ay pas encor veu icy. Sur ce que le Roy est un peu mal fait et mélancholique, le bruit a couru que M, Bouvard ' estoit disgracié, mais cela n'est pas vray ; il est en crédit autant que jamais. Enfin le S'. Père a fait treize cardinaux, au lieu de vingt six dont les places estoient vaquantes; desdits treize, le Mazarin. qui est icy, est pour la France, et l'aljbé Perretti qui est à Rome, est pour l'Espagne '. Il y a un autre Italien pour l'Allemagne, les dix autres sont purement dans l'interest de la famille Barberini ' ; et voilà ce qui s'est fait de plus remarquable à Rome, in illa negotiosa ollosoriim matrc, depuis peu. Joseph Scaliger diroit de ces treize testes rougies : Galerati tredeciin, nna noctiirna Vaticana pluvia, tanqiiam fiingi nali. Pour responce à vostre seconde, j'ay regardé la liste des conseillers, et ay nommé cincq conseillers des cincq chambres des enquestes, en comptant M. Renaut pour la première comme vous avez désiré. Nous aurons crédit aux quatre autres, principalement à celle de la 2^ et de la 5^ ; j'en ay fait un mémoire, que j'ay laissé céans, et qui depuis, a esté rendu à M. vostre fils, qui l'est vcneu quérir. J'ay nommé M. Verdan pour la deuxième; il est mon voisin et mon amy, il s'appelle autrement M. de Gramont ; j'ay nommé M. du Fos pour la 3e. Je ne me souviens pas de celuy de la 4% etpourlacinquièsme, M. duLaurans, où j'ay

1. R. Parlse et les anciens éditeurs ont encore lu et écrit Ponnard. Mais c'est manifestement Bouvard qu'il faut lire. Bouvard était, on le sait, le premier médecin de Louis Xlll. Cf sa note. Lettre du 6 février 103^1.

2. Peretli (François Pierre), de Montalte, Romain, prêtre Cardinal du titre de Saint-Jérôme d'illyrie, et Arct:evèque de Montréal.

3. Famille originaire de Toscane établie à Florence au xi^ siècle à laquelle on doit le pape Urbain VllI (Maffeo Barljerini), le Cardinal Antoine son frère et deux autres cardinaux, ses neveux.

184 LETTRES DE GLl PATIN

tout crédit. Je sonhaitte qu'en puissiez avoir bonne issue, cito, tiiio, etjucundè, aussi bien que d'une maladie.

Je vous baise très humblement les mains, à Madame Belin, à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et vous prie de croire que je seray toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

' Patin.

De Paris, ce 2 Janvier 1641.

Edit. de Rotterdam 1693.

— iD. 1725.

— Paris 1846.

Mss. 935S, FOI,. 3.

LETTRE LVI A Monsieur Belin, docteur en médecine, a. Tuoyes'.

Monsieur,

Je vous remercie de la vostre et de celle de M. Camusat, auquel j 'envoyé une responce qui le mettra plus en peine qu'en repos. Je suis bien informé de son mérite et vous ay grande obligation de me commettre à un tel homme, avec lequel il y a bien à profiter. Je baise les mains à M, Allen. J'ay céans lelivre du P. Celot ^ De hierarchia et hierarchiis ; on l'examine en Sorbonne, il sera censuré en bref. Il est vray que M. de Saumaise'escript aussi divers traitez de

1. Celle lellrc par laquelle commence le maniiscril inscril sous le n° 9358, est sans date, mais les circonstances rapportées par Patin, la mention faite par lui de la présence à Paris des Ambassadeurs portugais et des députés de Catalogne, la nouvelle qu'il annonce de la publication d'ouvrages du P. Cellot, de Saumaise et du P. Petau, pcrmellent de la rapporter avec toute certitude au mois de mars ou d'avril 164-1. Elle ne se trouve pas dans les vieilles éditions; mais elle a été publiée par Réveillé-Parise qui la rapporte, on ne sait pourquoi, en 1637 ou en 1658. (0/>. rit. T. I, p. 258). Il faut qti'il ne l'ait pas lue.

2. Cellot (Lotus), jésuite érudit, né à Paris en 1588, mort dans cette ville, le 20 octobre 1638. L'ouvrage signalé par Patin, De Hierarchia et de Hierarchiis lihri IX, était dirigé contre I^etrus Aurelius {Jean du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran) qui avait attaqué la Compagnie de Jésus au sujet de la hiérarchie ecclésiastique. Il fut mis à l'Index, donec corrigatiir, le 22 janvier 1642. La Sorbonne ne le censura pas, comme l'annonçait notre auteur, mais elle fut cependant sur le point de le condamner et le P. Cellot n'évita la censure qu'en donnant une rétractation, le 22 mai 1642. Cf. Sommervog. Il Coll. 9fi8-9b2.

3. Saumaise (Claude), érudit et critique célèbre que Patin considérait comme le plus grand savant de son temps, et que Balzac appela un jour u l'infaillible Saumaise. » Né à Semiir le 15 avril lo88, mort à Spa le 6 septembre 1658. Formé de bonne heure à l'étude par son père, conseiller au Parlement de Dijon qui était lui-même un littéra-

186 LKTTRES DE Gl'I PATIN

regionihas suhnrbicarns quej'ay aussi bien que tout ce que je vous av mandé, à vostre service. On imjîrime encore de présent plusieurs traitez de luy : tels que son de primatu Pétri: Arnohkis eiun notis; de Manna et saccharo ; de Eacharistia reteruin ; de nsaris Justiniamvis, etc. Nous avons icy un petit livre nouveau du P. Petau ' contre luy intitulé Dissertationum Ecclesiasticanun libri duo. Cela l'obligera à une responce. Pour le telragonum d'Hippocrate ', ce ne fut jamais l'antimoine, mais quelque drogue qui nous est aujourdhuy autant inconnue que plusieurs autres de ce temps là : et mesme son elleborisroe, son cudorum, etc., etc. Je vous promets le traité de Savot là dessus \ Notre Faculté n'a rien fait en quoy elle se soit oubliée, mais bien négligée, comme la bonne Dame fait souvent. Nos anciens avojent travaillé à l'antidotaire : les papiers en estoient tousjours en despost entre les mains du doyen. Le jeune 8'. Jacques estant parveimà cette charge, les ramassa et les fit imprimer, ut auruparetur gratiam pharnmropolarum, soubs un simple consentement [de la Faculté , laquelle fut toute estonnée de voir en ce livret: pro thesauro carbones ; pro luce tenebras; pro remedio venenuin. Plusieurs en grondèrent

leur dislingiir, élève de Casauboii, et de Denis Godcfroy, doué d'une puiiisancp de travail que peu d'Jioqimes ont égalée, Sauniaise fixa de bonne heure par ses travaux l'attention du monde savant, et à la mort de Scaliger, les curateurs de l'Université de Leyde lui offrirent sa chaire. De ce moment data sa réputation européenne. Richelieu voulut se l'attacher — mais en vain ^. Christine de .Suède, plus heureuse, parvint à le fixer quelque temps auprès d'elle. Saumaise avait embrassé le protestantisme. Sa bibliographie est immense. Quoiqu'il n'ait pas été médecin, il a traité certains sujets médicaux dont quelques-uns sont signalés par Patin.

1. Petau (Denis), né h Orléansen b'S83, mortà Paris lell décembrel652. Entré dans la Compagnie de Jésus en 160.5. Son érudition était prodigieuse, son jugement remarquable, sa réputation immense, et de son l<'mp.>» il fut admiré au point qu'on frappa en son honneur une médaille avec cette inscription : » ,\u Prince des chronologisles ». Son u-uvre est considérable; on trouve l'énuméralion de ses tra\aux dans toutes les biographies; mais le plus important de tous est son grand ouvrage : Les Dorâmes théologiqurs dont la dernière édition est de 1808, 8 vol. in-8. Somme ri'og. VI coll. 088-6IO.

2. « Pajiugonum » dans l'édit. an 1er. Telragonum terme hippocralique fort obscur, Nous ne sommes pas plus avancés sur son interprétation qu'au temps de Patin.

?i. « Jamot » dans lédil. antér.

8t parlèrent de faire réformer cela, mais on n'en fit rien : si bien (jne tout en est demeuré là ; et en ce cas, tolérai qiiœ non prohat. Il en sera néantmoins parlé (piolque jour; mais je ne puis pas encore vous dire si tost quand ce sera. Quand je donnay le bonnet, il y a deux ans, j'en parlay amplement, en un discours exprès et publiquement ; ce qui fut fort approuvé. Les S'. Jacques sont des charlatans, fauteurs et valets de charlatans : ne dicam pejas *. Je vous envoyé une lettre de M. Sorel, qu'il m'a adressée.

Je vous baise très humblement les mains, à Madame

Belin, à Messieurs vos frères, pour estre toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

Nous avons icy des Ambassadeurs de Portugal '", et des députez de Catalogne \ M. de Vendosme ' s'est sauvé en

1. Le vt'ritablc grief de Palin — qu'il ne confesse pas ici — était que Saint Jacques, avait à l'iiisu de la Faculté, inscrit l'antimoine au nombre des médicaments qui figuraient dans l'anlidotaire. Cf. Lettre du 15 mai 1641 .

2. Les ambassadeurs portugais étaient envoyés par le roi de Portugal, Jean IV de lîragance, proclamé récemment, (14 décembre lOiO), à la suite de la Révolution qui souleva le Portugal contre l'Espagne. Le nouveau souverain offrait son alliance à la France. Louis XIII avait reçu en audience les ambassadeurs à Saint-Germain, le 37 janvier, et Richelieu le lendemain au Palais Cardinal. Cf. Avenel : Lettre CCCLXXXVII de RicJidieu. (op. cit.)

3. Les députés de Catalogne s'étaient rendus à Paris pour prêter serment de fidélité au roi, au nom de cette province et pour le reconnaître comme leur souverain.

4. Vendôme {César, duc de), fils aîné de Henri IV et de Gabrielle d'Estrée, né en lo94, légitimé en lo9o, mort en lôGo. Il avait déjà trempé dans le complot de Chalais contre Ricljelieu (1G26) et avait été puni par quatre années de détention. Au moment où écrit Patin. en 1641, il se trouvait accusé d'a\oir voulu empoisonner le Cardinal. Très proljablement innocent (Bazin), mgjs se défiant de la juspce de Richelieu et se rappelant ses quatre années de captivité fi Vincennes, il g'enfuit en Angleterre. Le roi le fit Juger par une commission spé^ çiale, Celle-ci allait le condaipner par contun^ace, quand Richelieu sollicita sa grâce. Lo roi ne consentit qii'à suspendre le jugemept,

Angleterre ; on agit icy contre liiy. On tient icy que les Suédois s'accordent en Allemagne avec l'Empereur, en la diète de Ratisbonne ' :

Et hœc in noslros fabricatur machina maros.

On parle aussi de faire l'esté prochain une forte guerre en la Franche-Comté que nous attaquerons puissamment. Le duc Charles ^ est icy, sed nondarn composiUs rébus : et mesmes à ce qu'on dit, malcontant.

Edit, de Paris 1695.

1. Ralisbonne, ville du Haul-Palatinat sur le Danube, à lOo kilomètres N.-N.-E. de Munich. La dièle de Ralisbonne de 1G41 faillit être interrompue par Guébriant et Hanier. Cf. noie : Lcllre du 13 avril IGUt.

2. Après avoir intrigué coulrc la France, pris plusieurs fois les armes contre elle, cl perdu ses Etats, le duc Charles de Lorraine s'était rendu à Paris pour négocier avec Richelieu sa restauration dans son duché. Elle lui fut accordée par le traité de Saint-Germain (29 mars 16il), mais il dut céder un certain nombre de places fortes <» la France. Cf. notes ; Lettres des ^ novembre lO'^l et 13 avril Kl^l ,

Mss. 93dS, lOL. 60.

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