‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 90 sur 260 · LETTRE LXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVI

A Monsieur Belin, docteur e>' ^rÉDECOE, A Troyes.

, Monsieur.

La présente ne sera que pour vous faire sçavoir que je suis tousjours votre serviteur, et pour me rafraichir en vostre mémoire. Il m'ennuye que je ne sçay de vos nouvelles. Mr Sorel depuis son retour de Montpellier, m'a fait l'honneur de m'escrire : je luy fais responce que je vous prie de luy donner. Si vous n'estiez là pour le bien conseiller, je luy en aurois dit davantage ; je vous prie néantmoins de faire en sorte qu'il ne trouve pas mauvais ce que je luy escris : neque non malo anuno scripta sunt : honny soit qui mal y pense : si quelqu'un en doutoit de delà, je vous prierois destre mon garand envers eux. Mr Sorel m'a icy raconté le bon récit que vous et Mr Allen luy aviez fait de moy : je vous en remercie tous deux.

Mr. Naudé, nostre bon amy, fait icy imprimer la vie de Cardan' par petits chapitres, comme les Césars sont dans Suétone ; ce sera un œuvre fort divertissant. Son Eminence est enfin arrivée icy; on dit qu'il se porte mieux'. Sedan est

1. Naudé — « De Propria ]'ita liber » ; Pauis, I()i3, iii fùl. Cf. note. Lettre du 0 novembre lG'i2.

2. La mort du Cardinal était au contraire proche et il ne devait pas survivre longtemps à Cinq-Mars et à de Thou dont il venait de faire instruire le procès à Lyon. Arrivé toujours souffrant à Fontainebleau le 13 octobre, il se fit transporter à Paris (17 octobre). Après quelques, jours de repos dans son palais, il se rendit à Rueil où il resta jusqu'au 4 novembre. Rentré à Paris, il s'alita dans les derniers jours du mois et mourut le 4 décembre. Cf. sur la mort de Richelieu, note : Lettre du 12 décembre 16^i2.

rendu au Roy, et Mr. de Bouillon en liberté : mais le pauvre Mr. de ïliou a passé le pas'. Le Roy et la Reine sont à S. Germain. On dit que la Reine d'Angleterre, qui est de présent en Hollande, doibt icy faire un voyage bientost^ On parle aussi d'un grand traité de paix, pour lequelle le Cardinal Mazarin doibt estre envoyé en Allemagne ; de cujus éventa Deus ipsc viderit. Le Duc de Parme continue tousjours la guerre au Pape, et a mis depuis peu la terreur de ses armes jusques dans Rome'. La guerre, qui empesche le commerce, est cause qu'il ne nous vient aucuns livres des pais estrangers ; j'apprends néantnioins qu'à Londres, on a imprimé en deux tomes in-folio, les épistres d'Erasme. Quand Air. de Saumaise, qui est encor en France, sera retourné en Hollande, on acbèvera l'impression d'un sien œuvre fort désiré, qui esl De priinata Pétri : il a beaucoup d'autres choses à nous donner que nous pouvons espérer de luy avec le temps. Deus illi longos annos impertlat in conimodiun reipiiblicx literaria.

Je vous baise les mains, à Madame Belin, à messieurs vos frères et Mr. Allen : et seray toute ma vie,

Monsieur, Yostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 26 de novembre 1642 '.

EoiT. DE Uotti;rli\m 1695.

— iD. 1725.

1. II avait été exécuté avec Cinq-Mars à Lyon, sur la place des Terraux, le 12 septembre 1642. Cf. sa note : Lettre du 18 juillet IG^rl.

2. Henriette-Marie de France, fille de Henri IV et de Mai le de Médicis, née à Paris en 1009, morte à Colombes en 1669, avait épousé en 1625, le roi d'Angleterre Charles I". A la date où écrit Patin, elle était en Hollande où elle s'était rendue pour solliciter des secours destinés à venir on aide au roi, qui avait engagé la guerre contre le Parlement.

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