Cf. la note de la lettre du 12 octobre IG'il
4. Cette lettre extraite du manuscrit des lettres à Belin n'a pas été publiée dans l'édition de Reveillé-Parise.
Mss. 9357, FOL. 12.
LETTRE LXXVII A Monsieur Spon, docteur en médecine, rue de la
POULAILLERIE, A LyO?J.
Monsieur,
J'ay reçeu voslre Lelle et bonne lettre dattée du 25 de novembre, par laquelle vous m'avez extrêmement obligé, sur le fait principalement de M. Dalechamps, duquel j'honore fort la mémoire. Je confesse luy avoir grande obligation; il m'a aidé autrefois en la lecture de Pline ', etay apris aussi quelque chose en son herbier'. Vous me mandez qu'il est mort l'an 1588 et ainsi l'ay-je trouvé marqué en mes mémoires ; je ne sçay de qui je l'avois, car M. de Cahaignes, médecin de Caen, qui a fait Elogia illuslriiim Cadomensium % n'a pas remarqué la dite année, combien qu'il luy ait donné un éloge, mais assez stérile ; j'espère de luy en donner quelque jour un plus ample, et de bon cœur, où je feray mention de l'obligation que je vous ay pour la peine que vous avez prise de m'envoyer son épitaphe, afin que la postérité vous en sache gré. Pour la relation de M. de Thou, on m'a dit qu'il y en a deux différentes, toutes deux imprimées à Lyon : si cela est, je
1. Patin veut parler de l'Histoire naturelle de Pline, qui fut éditée et annotée par Daleschamps, Lyon. 1587. — Francfort, 1o90.
2. « L'Herbier » dans lequel Patin « apprit, dit-il, quelque chose » est une histoire des plantes qui fut publiée par Daleschamps sous le titre suivant : Historia generalis plantaruni libri XVJIl per certas classes artijiciose digesta... Lugduni, 1587, 2 vol in-fol.
3. Eloguim civium Cadomensium centiiria prima. Caen, 1G09, in-4° ; de Jacques Cahaignes ou Cahagnes. Cahaignes (Jacriues) né à Caen en lo48, docteur de l'Université, fut professeur à la Faculté de médc cine de cette ville, et y mourut en 1G12.
recommande le tout à vostre diligence." J'auray soin, en récompense, de ce qui se fera de deçà. J'amasse toutes les thèses, et rien ne m'eschappera. Pour le sieur Meissonier, vous m'obligerez fort de ses oj^uscules, et encore plus de me mander, en amy et en secret, ce que vous pensez du personnage qiiem piito non adniodam sapere. J'ay veu icy un plaçait de luy contenant quelques règles prétendues de santé, qao nlhil vldl miserabilius, ciijus auctorem hic serio egisse non pulo, si sapio. Je ne le tiens pas plus sage que ce fanfaron dans Plante, qui crus fracUim obligavevat yEsculapio, etc.
Depuis ma dernière, par laquelle je vous avois mandé que j'ai veu le sieur [de] Columbanus, rien n'est icy arrivé que la mort de M. le cardinal de Richelieu, le jeudy, à midy, 4 de décembre. In disseclo cadavere, deprehensus est abscessus insignis in parte injima thoracis, a quo mirum in modum premebatar diaphragma. Il n'a esté que six jours malade, durant lesquels il a eu beaucoup de foiblesses : argunientiun piiris intiis latenlis certissiinum prœsertini in corpore cxteniiatissinw et eniaciatissimo. Tout le sang qu'on luy a tiré estoit très pourry, sans aucunes fibres, avec une sérosité laiteuse. Ejusmodi scram -iryj.y.y.Twt:, sanguini supernatans, indicium est in febribus certissiinœ malignitatis. Le ¥- jour de sa maladie, desperantibus niedicis, on luy amena une femme qui luy fit avaler de la fiente de cheval dans du vin blanc, et trois heures après, un charlatan, qui lui donna une pilule de laudanum : ' et hœc omnia frustra :
Contra viiii inorlis non est medicamen in horlis ". Il estoit revenu de Ruel à Paris en intention de n'en sortir
1. Icfèvre.rempiriqucdc Troyes Cf. sa note : Lettre du 12 octobre 16^1 i .
2. Richelieu succomba à une pneumonie. CeUe affection aiguë n'était que le dénouement d'un état morbide préexistant depuis longtemps, surtout depuis son séjour en Roussillon. Voici, la seule relation médicale qu'on possède sur sa fin. « Le 28 novembre, le Cardinal fut pris d'un violent frisson et d'un point de côté. Bouvard, appelé, le saigna deux fois dans la nuit du dimanche au lundi. Mais
236 LETTRES DE GUi PATIX
de tout riiyver ; car il avoit cela de commun avec les grands princes, il ne faisoit qu'aller et venir; stare loco nesciebat ; mais la mort qu'il portoit en son sein l'a enfin empesché daller plus loin, et a vérifié ce distique de Martial en mourant icy :
Nullo fala loco possis excludere, cùm mors Venerit, in média Tybure Sardinia est.
Le Roy a laissé toutes les affaires en Testât qu'elles estoient, et les mesmes officiers ; mais je croy que cela ne durera pas; ubi nova adfuerint, plura tibi scribam, comme aussi de ce qui se fera sur sa mort. Il sera enterré en Sorbonne. On m'a dit aujourd'huy que M. Citois, son médecin, se meurt aussy d'une fièvre continue. Vous avez à Lyon un certain père L'Abbé * qui a fait plusieurs épitaphes et inscriptions, et mesme quelquefois avec beaucoup de flatteries : nec miriim ; hœc non est vera indoles gentis Loyoliticœ : colaces, mendaces, rapaces'. Si tout ce qu'il a fait se pouvoit trouver, je le desirerois volontiers, mais principalement celle qu'il a faite à feu iNI. le Cardinal, où il l'appelle un grand Mystère; Mysieriiim es, etc. Je vous prie de vous en souvenir, et de vous charger encore de
le malade cracha du sang et la fièvre redoubla. Du lundi au mardi, la douleur ayant augmenté, on pratiqua deux nouvelles saignées. Le mardi, 2 décembre, eut lieu une consultation dans laquelle il fut décidé de pratiquer une nouvelle émission sanguine et d'avoir recours aux purgatifs. La fièvre ayant redoublé le soir^ on fit deux nouvelles saignées. Le mercredi, 3 décembre, un empirique de Troyes, nommé Lefèvre, fut appelé et administra une pilule qui sembla donner un peu de soulagement. Enfin, le jeudi 4 décembre, septième jour de la maladie, le Cardinal fut pris de sueurs froides et expira à midi. » On ouvrit le crâne et on examina le cerveau. « Il ne faut pas s'étonner, puisqu'on luy a trouvé tous les organes de l'entendement doublés et triplés, s'il avait un esprit qui s'arrêtait où il luy plaisait et s'en dégageait quand il voulait, avec autant de facilité qu'il scm blait qu'il y eust autant de différents esprits en luy come estaient différentes les affaires qu'il maniait (F. S. D. I. C., Paris, 6 décembre 16'i2. Bibl. mit. L.W. 3315 ) CL Corlicu : lievue scientifique. T. 10 p. 410
1. Labbé (P/erre) poète latin et archéologue, néà Clermont en lo9l-, mort vers 1680, appartenait à la compagnie de Jésus.
2. Ce passage concernant les jésuites a été supprimé dans les éditions antérieures.
celle commission pour laquelle je vous auray très grande obligation. Je voudrois bien pouvoir recouvrer un livre que je n"ay jamais peu voir, que cité par M. du Cliesne en sa bibliothèque des autheurs de VHisloire de France', page 112, soubs ce titre ; Tabulas hisloricx, triumphales etJuneraleslIenricilV, cognomento inagni, Galliarum et Navarœ régis. Auclorc Pelro Cornu : in suprema caria Delphinatus regio senalore '\ — Lugduni sumptibus Horatii Cardon^ i615, in-Jolio. Vous m'obligerez fort si j'en puis avoir quelques nouvelles'. L'an 1567, il a esté imprimé à Genève, in-quarto, le Cordelier, ou Franciscanus, de Buchanan, en vers françois, dont l'autheur est Florent Chrestien. Si jamais vous en descouvrez une copie, je vous prie de ne la laisser pas aller ; je voudrois l'avoir et qu'il m'eust couslé grande chose. Quand vous vous souviendrez de la mort du cardinal de Richelieu, lisez attentivement le chapitre 14 d'isaïe, et repassez en vostrc mémoire les belles choses qu'il a faites en sa vie. Je vous prie de me mander le nom de vostre rue et l'adresse que vous voulez que je mette sur mes kttres pour vous. Pour les miennes, adressez les à votre serviteur,
1. « Hisloriœ Francorum scriptores. » Paris, 1636-16i9, '6 vol. in-fol. Les volumes IV et V ont été publiés par François Duchesnc, fils de l'auteur, celui-ci étant mort pendant l'impression du 3° volume. Duchesnc (André\ savant et laborieux historien français, né à l'Ile- Bouchard (Touraine) en 158i, mort en 1640.
2. De Cornu (Pierre), poète et magistrat, né à Grenoble dans la deuxième moitié du XVP siècle, mort vers I6I0.
3. Cf. la note de Florent Chrestien : Lettre du 5 février 16^3.
2o8 LETTRES DE GUI PATIN
rue des Lavandières ' près, de la chapelle aux Orfèvres % tout devant l'Estoile '. A Dieu, Monsieur.
A Paris, décembre 1642 *.
Au RETEBS DE LA LETTRE, EdIT. d'AMSTERDAM 1718.
DE LA MAIN DE SPON : 1642. — DE La HaYE 1718.
Paris, sans date. Lyon, — de Paris 1846.
26 décembre. uisposta, adi 30 décembre.
1. Un sait où est la rue des Lavandières qui existe toujours (Voir note: Lettre du 20 avril 1630.)
2. La Chapelle aux Orfèvres, qui portait aussi le nom de St-EIoi, patron des orfèvres, était la chapelle d'un .hôpital destiné à recevoir les orfèvres pauvres et infirnaes et dont la fondation remontait à 1399. Elle avait été reconstruite en looO, sur les dessins de Philibert Delorme. Elle est représentée aujoiirdhui par la maison portant les numéros 8 et 10.
3. Le Château de l'Etoile, maison située rue de l'Etoile qui donna son nom à celte rue.
4. La lettre n'est pas signée, mais elle est de l'écriture de Patin. Elle est datée d'une main inconnue du 12 décembre i6i2 et a été classée, on ne sait pourquoi, par tous les éditeurs antérieurs, au 12 déc. 1613. Richelieu étant mort le i déc. 1642, il a été facile, grâce à la note de Spon apposée au revers, d'inscrire sur le manuscrit une date approximative. Mais cette date du 12 ne peut cependant être considérée comme dune exactitude absolue, puisque nous savons par les différentes notes de Spon inscrites sur les lettres de Patin que l'espace de temps nécessaire à la transmission des lettres de Paris à Lyon > ariait parfois de plusieurs jours. Nous avons, en conséquence, maintenu la date de décembre, sans préciser colle du jour qui ne pou\ait être strictement déterminée.
Mss. 9357, l'OL. 3.