‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 92 sur 260 · LETTRE LXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVIII

A Monsieur Spon, docteur en médecine demeurant RUE de la. Poulaillerie, joignant l'hostel de ville, a Lyon.

Monsieur,

Il y a longtemps que je vous doibs rcsponce à vostre dernière, laquelle est dattée du 30 décembre de Fan passé, et qui m'a esté apportée céans en mon absence. Parce que dans icelle vous y faites mention d'un pacquet que vous m'envoyez, j'attendois toujours à vous mander le tout, mais puisqu'il ne vient pas, et de peur qu'en attendant, vous ne soyez en peine de mes nouvelles, je vous escris celle cy, pour vous dire que M. le Roy, parisien, présent porteur, et aujourd'huy marchand domicilié à Lyon, est fort mon amy qui s'est volontier chargé de la présente et qui a le bonheur de vous bien connoistre vous et vostre famille, de laquelle il m'a parlé avec toutes sortes d'honneur. Pour mon pacquet que vous avez adressé à M. Jost, il viendra quand il pourra, et en feray part à M. Moreau, selon que me mandez.

Pour l'exécution de M. de Thou, je l'ay céans de Lyon, et a esté aussi imprimée à Paris '. J'ay aussi un traité de vostre M. Meysonnier, qui est in-quarto, de l'an 1641 : Nova et arcana doctriiia febrliim, etc. ; s'il est en vostre paquet, il n'importe ; j'aime mieux l'avoir deux fois

1. Particularité de tout ce qui s'est passé en la mort de MM. Henri Coiffier, marquis de Cinq-Mars, et de Thou, décapités le 12 septembre I6UQ1. Lyon, 1642.

que point du tout'. Je vous remercie de la description que vous m'avez faite du personnage; comme vous estes bon, vous n'en dites pas encore tout le mal que vous en sçavez, et que je devine aisément de ce que j"ay veu de luy. Pour l'advenir, je souhaitte qu'il ne face rien imprimer autre chose, s'il n'est mieux que par cy-devant : il s'est déjà assez acquis d'honneur, je luy conseillerois volontiers d'en demeurer là. Je vous prie de vous souvenir de tout ce qu'a fait le Père l'Abbé °', et particulièrement de celle qui est à l'honneur du feu Cardinal, intitulée Mysterium, comme aussi du Tabiihe hisiorice triumphales, etc. ; le cordelier de Buchandn ' est une rare pièce, je vous prie de ne la pas négliger, si jamais vous la rencontrez, elle est bonne pour vous et pour moy. Buchanan, qui a esté un homme incomparable, a bien accommodé en son latin le prétendu patriarche des capucins, et Florent Chrestien ' luy a bien rendu son change en françois °. Le franciscanus est commun en latin : je l'ay bien céans en françois, mais il n'est pas à moy : c'est une rare pièce ; et opusciihun aiiro contra chariim. J'ay veu en cette ville deux fueilles du Sennertus, que Iluguetan imprime à Lyon, in-8. On m'a dit qu'il aura environ trente fueilles :

1. Meysonnier (Lazare), ne en 1G02, à Màcon, mort en 1672. Docteur de la Faculté de Montpellier, établi à Lyon, il s'occupait de magie et eut des démêlés avec ses confrères au sujet de la iDublication d'un ouvrage consacré à des prédictions d'astrologie judiciaire. C'est sans doute à ces démêlés, que Patin fait allusion. Fut nommé médecin du roi en 16i2, charge qu'il conserva sous Louis XIV. \ laissé environ soixante ouvrages latins et français qui n'ont guère qu'un intérêt de curiosité, parmi lesquels figurent une histoire du Collège de médecine de Lyon (1644) et un cours de médecine théorique et pratique (1661).

2. Un des précédents éditeurs, Rc\eillé-Parise(Op. cit. Table chronol.) a confondu le P. Labbé avec un autre Jésuite érudit le P. Labbe, l'auteur d'une vie de Galien, mais c'est bien du poète et archéologue de Lyon qu'il s'agit ici. Cf. sa note : Lettre précédente.

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