‹ Lettres de Gui Patin (volume 2)Chapitre 1 sur 48 · Lettres de Gui Patin · texte numérisé non relu

Lettres de Gui Patin

Osl pour vous remercier (le voire belle letlre du cominenremeiit de ce mois. Je vous manderois volontiers quelque bonne nouvelle ; mais il n'y a ici rien d'assuré : j*ai pourtant écrit à M. Spon la plupart de ce qui se dit ici. Le Maznriii a passé toutes les rivières, il n'a plus que le Rubicon à franchir, et après il pourra dire : Jactaest aléa. Si quelque torrent de Cédron le pouvoit engloutir, ce nous seroit un grand bonheur, et à toute la France.

El sic Roma péril , regnabit sangvine muHo , Ad regnum quisquis venit ah exilio.

Trois régiments allemands de cavalerie ont pris le parti du duc d'Orléans; on les envoie à Montrond, avec les régiments du même prince.quiétoient devers Montargis, pour en chasser le comte de Paluau qui y tient le blocus pour le Hazarin. On vend toujours ici la bibliothèque de ce rouge tyran ; seize mille volumes en sont déjà sortis; il n'en reste plus que vingtquatre mille. Tout Paris y va comme à la procession ; j'ai si peu de loisir que je n'y puis aller; joint que le bibliothécaire qui Tavoit dressée, qui est M. Naudé, mon ami de trentecinq ans, m'est si cher que je ne puis voir celte dissolution et flestruclion ; joint encore que, sicplacia't super is, qiiœnre plwa uffnsi{\). M. le duc de Nemours est psirli hier d'ici , et est allé

(1; Par Tarrél de proscription du cardinal Mazariii du 16 {é\ rier 1 049, le parlement avait ordonné la vente de» meubles du cardinal à Pexcei'lioii de^t livres ; par un nouvel arré: en 1(î51 , il fut ordonne^ que la

ni. 1

2 LKTTRES DE Gll PATIN

vers Slenay, y faire signer Taccord des princes au duc de Lorraine. Si bien (jue si Dieu n'y moi la main, le mois d'avril prochain, belia. hurrida Min! Quoi ([u'il en arrive, je serai toute ma vie, monsieur, voire, etc.

De Paris , le 3 ) janvier 1652.

LETTRE CCCGV. - ,1// mniio.

Je suis obligé de vous détromper d'une fausseté qui est dans ma dernière.lettre. Montauron, roi des partisans, n'est point mort (l), mais bien un nommé Montorin , qui avoit autrefois été mailre des requêtes , autrement dit Roclier«>,Portail , homme fort riche de Bretagne.

On continue toujours de vendre la bibliothèque mazarine, où l'on dit qu'il y avoit quarante mille volumes. M. Naudé, (|ui est fort en colère contre le parlement de voir vendre et dissiper une si belle bibliothèque, a pris tous les livres de médecine pour 3,500 livres. Il y a un maître des requêtes , nommé M. Caumin, savant homme, mais ennemi du parlement, grand mazarin et fort incommodé en ses affaires, qui , pensant flatter le cardinal qu'il voit revenu à la cour, a fait des vers sur les débris de cette bibliothècjue» dont voici la copie que je vous envoie, afm que vous en puissiez juger :

Jiiliadeg tolo libros dum colîigit orhr ,

Fa rocat Aonias ad sua tccta Dean, Tecia, Deas , libroti tpfami Ctiria lege

Vi-ndidil in medio proHitnilqur foro.

hibliolhèquo sciail vendue, el que sur le prix il serat, par jnêférenre . pr/j \a tomme de cent cinquante mille franct , laquelle terait donnée a celui ou à ceux qui repréientera ent ledit cardinal àjuttice , mort ou vif. En vain (i. Xaudc* présenta requête, le parlement paaaa outre, el celle vente ne cessa que lorsque le roi intervint par une lettre au procureur {général Fouqnct , par laquelle il ordonnait ft ce magistrat de faire cesser Li vonle, de retirer les livres vendii-j rt dVn re^iiliier le prit.

1 Voy< 7. la note t. If , pa<^. «(kh.

A FALCONBT. 3

Hoe sceleris prelium , gœvi commercia pacti , Dirague protnissas auciio monstrat opes.

Nec mirere nefas, emptus probal empta senaiuf^ Vendidit hic libroi, tendere jura tolet.

On dit que le roi revient avec son armée contre les gens de H. de Nemours et de M. de Beaufort , et puis qu'il viendra autourde Paris jusqu'à ce que le Mazarin soit bien rétabli. Les princes soulevés contre ce bonnet rouge ont maintenant c^ aviser à leurs moyens d'opposition pour empêcher ce rétablissement. H. le Prince , qui est en Guyenne, ne demeurera pas les bras croisés. Je suis tout à vous , etc.

De Paris , le 5 mars 1652.

LETTRE CCCCVI. — AumpwK

Depuis ma dernière contenant quatre pages de galimatias , je vous dirai que Ton parle toujours de la paix sans Tavoir. I^ gens de bien Tespèrent et la souhaitent, mais les méchants ne s y accordent pas. Dieu nous l'enverra quand il plaira à sa sainte bonté ; mais elle est nécessaire à bien du monde. On nous apprend ici que rarchevêché de Toulouse a ^'té conféré à M. de Marca , évéque de Consérans , moyennant cinquante mille écus qu'il adonnés au cardinal Mazarin. Voilà une grande fortune pour cet homme ambitieux. Il étoit debas lieu : après avoir étudié, il devint ministre du parti des réformés dont il étoit. S'étant changé, il devint jésuite ; puis, ayantquitté la société, il se maria et devint conseiller au parlement de Pau , puis président; ensuite il vint à Paris, otpar la faveur de M. le chancelier Séguier il fut fait conseiller d'Etat <»rdinaire, après intendant de justice en Catalogne, puis évéque de Consérans, après avoir longtemps attendu ses bulles «lu'il ne pouvoit avoir de Rome à cause de la querelle qu'il avoit avec les jésuites depuis qu'il les avoît quittés, et qu'enfin il n'a eues qu'en se raccommodant avec eux. A la fin le vcnlâ archevi^que fie Toulouse. Quaiid il aura payé ses detles^

4 LETTRES DE GV\ l»ATIN

&i un bonnet rouge se présentoil à vendre, il est sûr qu'il rachèleroit aussi. Je ne saurois mieux comparer M. de iMarca qu*à défunt M. le Jai , qui, de très peu de chose, ëtoit devenu premier président au parlement de Paris, ou à celui qui est aujourd'hui premier médecin du roi , après avoir été autrefois valet de Béguin le chimiste, lui avoir fait bouillir son pot et soufflé ses charbons , qui n'a ni femme ni enfants , et qui est le plus avaricieux homme du monde.

Voici le temps de nos licences, auquel, de deux en deux ans , on fait des jetons pour donner à nos docteurs. La coutume étoit d'y mettre les armes du doyen d'un côté et de l'autre celles de la faculté. J'ai retenu les dernières ; mais au lieu d'y mettre celles de ma famille, qui sont de gueules au chevron d'or, accompagné de deux étoiles d'argent en chef et d'une main de même en pointe, j'y ai fait mettre mon portrait (1). Le sculpteur, tout habile qu'il est, n'y a pas fort bien rencontré pour la ressemblance , principalement à l'œil , mais il n*y a point de remède. Je vous en envoie un échantillon que je vous prie de garder à cause de moi. Nous avons trois armées à l'entour de nous, des princes, du Mazarin et du duc de Lorraine. Mais tout cela n'est rien au prix de la dévotion qu'on a par deçà pour sainte Geneviève : on porta sa chi^sse le 18 de ce mois en procession par les rues. Si la paix se fait ensuite , la bonne sainte ne manquera pas d'en avoir l'honneur ; mais la puissions-nous tenir à cela près, tant j'ai peur qu'elle ne vienne point! Je ne vis jamais tant d'affluence de peuple par les rues qu'à cette procession. Je ne sais s'il s'y est fait quelque miracle ; mais je tiens que c'en est un , s'il n'y a eu plusieurs personnes d'étouffées. Tous nos Parisiens,

(1) O yanité des vaaités !-qat se serait douté que Gui Patin , le fier bourgeois de Paris, le rude ennemi de Mazarin , ce comédien à roug« bonnei , ce filou teint en écarlate , avait des armes dans sa famille , qu^il en ferait la description , et que probablement il tenait beaucoup à celte distinction héraldique ? Cependant , par excès de modestie , il consent à faire mettre son portrait sur les Jetons de la Faculté !

A FALCUNET. 6

qui sont geus de beaucoup de foi , sont fort couleuts d'une si belle cérémonie, et moi qui ne suis point Parisien, j'en suis pareillement content; mais plût à Dieu et à sa sainte Mère , par l'intercession de sainte Geneviève, que nous eussions la paix ! Un Romain , voyant un jour tout le peuple de Rome assemblé pour voir un triomphe, appela Rome Tabrégé du monde. Si vous aviez vu tout cela , vous auriez appelé notre ville de Paris l'abrégé de la dévotion. Puisque tout le monde en est bien content, je le suis aussi, quand même la paix ne viendroit point , à laquelle il n'y a pas grande apparence , puisque la reine ne veut point chasser le Mazarin, Je suis da tout mon cœur votre , etc.

De Paria, le S8 Juin lOKS.

LETTRE CCCCVU. -~ Au même.

Nous avons bien eu des désordres dans cette ville le mois passé. Le mardi 25 juin, toutes les compagnies ont été en armes par l'ordre du prévôt des marchands, les chaînes ten* dues et le palais gardé de tous côtés , tandis que les pères conscrits délibéroient dans la grand'chambre , où ils ont résolu que les députés retourneroient vers le roi , lui dire de la part de la cour et des princes que , pourvu que le cardinal Mazarin soit envoyé hors du royaume , lesdits princes sont prêts de mettre les armes bas , et de signer tout ce qu'il plaira à sa majesté. Tandis que tout Paris étoit ici en armes , il y eut diverses querelles en plusieurs endroits, où quelques uns furent tués et d'autres blessés. Cela ne se peut guère faire autrement : tandis que les fous ont les armes à la main , il faut que les sages soient cachés. Les princes néanmoins , après avoir été trompés par le duc de Lorraine , se trouvent bien ôtonnés, et je ne sais point à quel saint ils se voueront. Hier, 4 juillet , est ici mort dans son lit d'une Gèwe conti*

6 LKTTUES DE (iUl l»AT!N

nue maligne, le sieur Vautier (1), qui étoit premier médecin (lu roi , et le dernier du royaume en capacité ; et afin que vous sachiez qu*il n'est pas mort isans raison , il a pris de Tantimoine par trois fois, pour mourir dans sa méthode, par le consentement et le conseil de Guénaut. S'il fût mort il v a sept ans, il auroit épargné la vie à plusieurs honnêtes gens qu'il a tués par son antimoine. Enfin, il est mort lui-même âgé d'environ soixante-trois ans. Comme il étoit réputé fort ignorant, et même à la cour, il vouloit avoir la réputation d avoir des secrets de chimie, et d'exceller dans la préparation de rantimoine. Quelques courtisans lui applaudissoient ou en ^ faisoient semblant. L'autorité de sa charge l'entretenoit en crédit. Il disoit entre autres que les médecins de Paris avoient raison de dire que l'antimoine étoit un poison ; mais qu'après sa préparation il ne l'étoit plus ; néanmoins cette bonne préparation lui a manqué. C'est une place vacante pour laquelle le cardinal Mazarin cherche trois mille pistoles. Voilà un de mes compagnons qui dit qu'on l'a offerte à Guénaut à ce prix-

donnera. Ainsi

est d'un très

pi '

De Paris, le 5 juillet 1652.

mes compagnons qui dit qu on 1 a olierte a Guens

)lîi, qui l'a refusée, el qu'il croit que Valot les de tout est à vendre , jusqu'à la santé du roi , ce qui mauvais exemple. Je suis, etc.

LICTTKK CCCCVIII. — Au même.

Je crois (|ue vous aurez reçu mes deux dernières lettres. Maintenant je vous dirai que Ton nous promet ici un jubilé pour le commencement du carême. C'est une consolation spirituelle que le pape nous veut donner en récompense des mal-

(1) François Vaulier, né à Arles en 158» , mort k Paris en 1052, reçu diocieiir en médecine de Montpellier en 1012 , devint premier médecin de Marie de Mcdicin. après avoir été enfermé à la Bastille ; puis en 1040 premier médecin de Louis XI V ; cn(in il fui promu en 1049 Jk Tabbayo de SainlTaurin d'Evreux. (B. P.)

heurs que le cardinal Mazarin nous fait souffrir. Si pourtant l'on ne l'envoie pas, on tâchera le mieux qu'on pourra de s'en passer ; mais les médecins y perdroient le plus , car il leur vient toujours en partage quelque malade qui s*est morfondu courant d'église en église.

A propos de maladies , M. Talon , avocat>général , est en si mauvais état, qu'après quelques mois de langueur il devient bydropique. Vous savez bien qu'il ne peut pas manquer de bon6.et fidèles médecins ; et néanmoins , dans l'inquiétude que sa maladie loi donne , il s'est souvenu de moi , et m'a fait l'honneur de m'inviter à l'aller voir : ce que j'ai fait incontinent très volontiers. Mais ayant reconnu son mauvais état , je vous avoue que les larmes m'en sont venues aux yeux, ce que je ne pus si bien cacher qu'il ne le reconnût lui-même, et ne m'en fit compliment. Néanmoins, je vous dirai que mes larmes n'ont pas été à cause de lui tout seul , quelque homme de mérite qu'il soit , mais pour le malheur commun de tout le monde qui perd beaucoup à sa mort. M. Talon est un fort homme de bien, de grand jugement et d'un esprit fort pénétrant; le plus beau sens commun qui ait jamais été dans le palais (1) , qui a le mieux pris une cause et qui y a le plus heureusement rencontré, aux conclusions qu'il y a données. Chacun a admiré dans Paris la force et la solidité de son esprit , et néanmoins il faut qu'il meure aussi bien que tant d'honnêtes gens qui nous ont été malheureusement ravis depuis un an, tandis que tant de brouillons et de tyrans vivent sur la terre.

L'évêque d'Amiens est mort depuis quelquesjours; il éloit lilsde M. de Caumartin, qui mourut garde des sceaux Tan 1622; autrefois fort débauché , mais réformé depuis quel- «|ues années. On lui donne pour compagnon de voyage on l'autre monde un autre prélat, qui est M. deFenouillet, évé-

(1) Kipressioii pleine de force, de s^eiis cl do {roùl ; on en Irouvc plus d*un exemple dans ces leUrcs. (R. p.)

8 I.KITIIKS UK «il! IWTIN

4{ue rie Montpellier. Il étoit le plus ancien évéï^ue de France. Tant d'évéques qui se laisseront mourir seront autant de bonnes chape -chutes pour le cardinal Mazarin, qui fera de nouvelles créatures de ceux qu'il y fera succéder. Eu voici un autre troisième qui fera le nombre impair, c'est l'évéque (le Carcassonne, et un quatrième, qui est celui de Fréjus en Provence .Quelque mine que l'on fasse et quelque déguisement ()ne les hommes apportent dans leur vie, ils ne sauroient parer ce dernier coup. La mort lève le masque et fait connoltre que la vanité de la vie n'est qu'une comédie assez chétive, qu une farce assez courte, qu'une ombre, ou le songe même d'une ombre. Juvénal n'a~t-il pas bien dit dans sa dixième satire , qui est un ouvrage admirable :

Mors sola faUlur Quanlula uint hominum corpuscula.

M. Moreau le père se porto un peu mieux, mais j'avoue qu'il ne faut pas grand'ehose pour l'abattre; et puis l'hiver, auquel nous toucho'^is du bout du doigt, est fort à craindre aux vieillards.

Le 12 de ce mois mourut ici le père Petau (1), le plus savant de la société. Il a voit dans la léte divers desseins de livres, qu'il avoit même commencés. On m'a dit qu'il avoit laissé tous ses papiers et ses desseins à un de ses disciples , nommé le père Cossard, qui aura soin de continuer le grand travail de son maitre , de la théologie des pères , dont il y a déjà cinq volumes imprimés ; c'est le plus savant jésuite d'aujourd'hui. Je suis de toute mon âme votre, etc.

De Parût, le 20 décembre 1652.

,1; Denis Pclau, en lalin Peia\iu8. .«avant jéaiiile, né h Orléani» en 1583, itrolesscur de (liéolo^ie h Paris, où il esl mort le 12 décembre 1(>5'2 ; il a lai-^é d*'s oinra;;i's cslinié;*. ;K. P.^

A F.\U.ONET. 9

LETTRE CCCCIX. — Au même.

Je lie suis pas encore déchargé tout-à-fait de mon décanat ; je travaille tous les jours à mes comptes et à mes registres , mais, Dieu aidant, j'en sortirai bientôt. Je vous remercie de votre belle lettre, et M. Giraut pareillement de ses bonnes grâces; il est fort bon opérateur, et réussit en la taille fort heureusement. Vous n*avez piis besoin que je vous avertisse que le rossolis n'est guère bon aux néphrétiques; mais trouvez bon seulement que je vous en Tasse souvenir, de peur que vous-même vous ne vous en souveniez que trop ci-après , in medii's doloribus. Cette liqueur, nommée lios solis , nihil habet goiai'e , sed iyiieum quid patent issimum , lumbof^m renuM" que doloribus advertimmnm , dont Dieu vous gardera et préservera s'il veut par sa bonté. Le pape a dit à notre ambassadeur qui est à Rome qu'il veut que l'on remette en liberté le cardinal de Retz , et qu'il ne s'en prendra qu'au cardinal Mazarin, ce qu'il a répété par huit Fois. Cette répétition a fort déplu à la i*eine. J'attends encore quelque chose pour mettre dans notre paquet , lequel ne peut partir que le mois prochain pour Lyon. Le manuscrit que M. Spon a entre ses mains n'est pas si petit; j'espère que ce sera un in-quarto de plus do soixante feuilles : c'est le papier qui a manqué à cause de la bassesse des eaux qui a empêché H. Rigaut de commencer jusqu'à présent.

Je vous envoie ma médaille , que j'ai toujours eu dessein de vous présenter ; elle est plus belle que celle que vous avez vue entre les mains de M. Gontier , à qui mon fils atné en a (Mivoyé une. Le coin de la Faculté , qui étoit usé, a été refait, oi au lieu de 1648 j'y ai fait mettre 1652. Si vous en désirez de cuivre, je vous en enverrai ce qu'il vous plaira.

Il se pourra quelque juur rencontrer quelque bonne occasion qui me fera aller devers Lyon, mais il faudroit que la paix fut rn France; en ce cas-là je serois ravi i\c vous aller embrtisser.

10 LETTRES DE iiV\ PATIN

Ou dit que le pape a député dix cardinaux pour examiiier le fait du cardinal de Retz , et pour trouver les moyens de le faire remettre en liberté. On dit que Bordeaux est en si mauvais état , qu'il seroit de besoin que le roi y fit un voyage pour empêcher que les Espagnols ne s'en emparent; mais, d'un autre côté , il est besoin qu'il soit aussi de deçà , à cause du prince de Coudé, qui estie plus fort sur la frontière de Picardie et de Champagne, et qui pourroit venir jusqu'ici , où il a encore quelques amis et où il y a plusieurs ennemis du Mazarin; il feroitbien du mai, étant secouru de l'Espagnol, comme apparemment il le sera. On parle ici de la mort du pape : c'est peut-être d'autant qu'il est fort vieux. On nous promet le grand jubilé pour la fin du carême ; je voudrois qu'il fût déjà passé et le carême pareillement. Les partisans du Mazarin disent qu'il viendra bientôt ; les pins fins disent que non, et qu'il ne peut ni ne doit venir. Le prince de Condé a pris Vervins; on y fait passer nos troupes, afin d'y remettre le siège et de le reprendre. On s'en va ici imprimer un traité de Balzac , intitulé VAristippe , ou de La Cour ; je me persuade que ce sera une paraphrase de ce vers du bon Horace :

Omnis Aristippum decuii color ei êlaiu» et re$»

Je lue recommande à vos bonnes grâces , et suis de toute mon àme , monsieur, votre , etc.

De P^ris, le dernier Janvier 161^.

LETTRE CCCCX. — Au même.

Permettez-moi de vous recommander un jeune homme lyonnois, aspirant à la maîtrise de chirurgie, nommé Cardon. 11 avoit un frère aine à Pans, l'an 1626, qui étoit honnête

A FALCONKT. Il

liuiunie et de mes amis , ses parents vieunetit de notre pays de Beauvais ; j'ai mérae connu celui-ci , que je vous recommande, à Paris, pour un gentil garçon. Foc igitur, nisi tibi molestum ftterit ^ ut sei^tiatmeam commendationeintibi gi^atani , sibi tUilem fuisse. Je vous ai déjà tant d'obligations que j'en suis tout honteux.

Je pense que vous aurez bientôt deux livrets nouveaux du père Théophile Raynaud , Mtda e bonis ecclesiœ, etc., Dissertatio de sobria alterius sexus frequentatione per sacras et rêiig, kamineSj que vos libraires impriment à Lyon. On ne fait rien ici à cause de la guerre , et faute de papier.

Le prince de Conti est le plus fort dans Bordeaux ; il en chasse qui bon lui semble. Les Hoilandois ont traité avec le Hazarin , qui leur a promis du support, dont les Anglois sont indignés , et menacent de ravager nos côtes. Le prince de Condé a mis le siège devant Jamets. Le Mazarin a été traité superbement à Soissons par M. le maréchal d'Estrées, qui en est le gouvenieur, et en revenant beaucoup de personnes sont allées an-devant de lui, entre «lutrcs M. le chancelier; le roi mémo y a été jusqu'à trois lieues d'ici, et l'a amené dans son carrosse. Ils sont entrés (larts Paris lundi , 3 fé\Tier, à deux heures après midi ; le roi lula donné ce même soir à souper en grand et superbe festin. Dieu sait si ce n'ont point été des viandes bien succulentes , |K)ur réparer et restaurer les forces de ce grand capitaine, qui revient de la guerre si harassé, et qui rentre au cabinet , où il y a de reste tant de conquêtes à faire.

Le roi a été au-devant du Mazarin , et le Mazarin , à ce que disent les courtisans, ira au-devant de la reine. Sic vivitur jt^ssimis isds temitoribus^ ad quœ nos reseivavit Uominus, Je me iTcommande h vos bonnes gi*âces, et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , ce i de février 1653.

1*2 KEl'iRKS DK OUI PATIN

LETTRE CCCCXl. — Au tnéme.

J'ai reçu la vôtre des mains de M. Paquet, pour laquelle je vous remercie ; ledit sieur se porte assez bien , Dieu merci : nous parlons très souvent de vous, et il vous aime cordia-* lement.

Je suis bien aise que vous ayez reçu le petit présent que je vous avois destiné il y a longtemps , et qui a demeuré céans beaucoup plus que je ne pensois ; mais la guerre est cause de ce retardement. Je vous enverrai quelque chose de meilleur ci-après, si Toccpsion se présente. Je me souviens fort bien de toutes les obligations que je vous ai ; mais avec ce regret que je ne m'en puis acquitter sitôt que je voudrois bien. On dit ici que quelqu'un a taillé' sa plume pour réfuter M. CI. Germain en son Orthodoxe , ou de l'Abus de l'antimoine , mais je pense que ce ne sera qu'un galimatias de gazette : conr »tai enim siibium esse venenxUum ; les fourbes qui se vantent de sa bonté ne sont point si traîtres que d'en prendre lorsqu'ils sont malades. Vautier en prit Tan passé , mais il en trépassa aussi. Sicque per stibium stygium iranmavit fretuni, gui per diabolicum istud ven&ium ( sic nominatttr a Mercurinli] tôt insontes necaverat,

Je vous ai mandé touchant le Quiquerau , de Laudibus piv vinciœ^ ce que j'en savois. Je m'enquerrai de celui qui l'a imprimé autrefois à Lyon et en quelle année ; mais , je vous prie , iuterea dormi secure.

H. de Liergues est un fort honnête homme, et à qui j'ai l)eaucoup d'obligation ; mais il vous a dit trop de bien de moi dans sa lettre; c'est une marque de son affection, et il n'ose vous dédire de tant de bien que vous lui avez écrit de moi ; il m'a rendu nies médailles. Le roi, la reine, leMazarinet toute la cour sont à Saint-Germain encore pour quelques jours. Le Maziîrin traite avec le chevalier deChaulnes, pour avoir le gouvernement d'Amiens; dès qu'il en sera le maitre , il a

A KALCONKT. 13

ilessetii d'y envoyer le r«')rHinnl de Relz dans la citadelle, sous la ganle de M. de Bar, qui a gardé les princes dans le Havrede-<îràce: et cela fait, on dit que le roi ira demeurer pour quelque temps dans le bois deVincennes. Le prince de Condé est encore à Bruxelles. Ceux de Bordeaux espèrent du secours cl des Anglots et des Espagnols : aussi en ont-ils grand besoin. Les Anglois ont eu derechef un grand avantage sur les llullandois, qui y ont fait perte de plus de quatre millions d'or. Notre grande armée est en Champagne; on dit qu'elle .H>n va à Rethel. Cœlern faim quœ chvîttnfej'unfur, ttec moror, tifir 9cribo , quin faim simf. Il est seulement vrai que je suis et serai toute ma vie, monsieur, votre, etc.

I)e TartH , le 27 juin 1<US3.

LETTRE CCCCXII. — Au mA/if.

Je suis bien aise que M. Huguetan l'avocat soit arrivé chez vous en bonne santé. C'est moi qui lui avois donné YErlypiium de M. P. Petit, pour vous le remettre. Cet auteur est un petit jeune homme parisien, de vingt-quatre ans, que je ne connois que depuis qu'il me fit présent de son livre. Il est fds du greflier de Saint-Victor. Il étudie en médecine; je lui donnai conseil sur ses études , dont on m'a rapporté qu'il étoit fort content , et qu'il vouloit faire des vers pour moi. J'aime mieux qu'il les fasse pendant ma vie qu'après ma mort , afin que je les puisse lire et en juger ; car dès que je serai mort , je ne verrai plus goutte. Le soleil se couche et se relève le lendemain; mais dès que notre lumière se couche, c'est une nuit éternelle; et sans l'espérance que nous avons par la foi , nous serions bien malheureux. Enfin, je suis tout résolu, quelque chose qui me puisse arriver.

M. Pellisson, tout habite homme qu'il est, s'est bien fait des ennemis par son Histoire de VAcndémie. M. Corneille ,

illustre faiseur de comédies, écrit contre lui , de môme que M. Charles Sorel (1). Je n'y ai encore guère lu de choses; mais il s*est trompé en de certains éloges , entre autres ceux de M. de Bourbon et de M. de Méziriac» que j*ai connus particulièrement.

M. Perrot d'Ablancourt est un habile homme. On le blâme pourtant de s'être trop donné de licence à son Tacite ; et de fait je ne l'entends pas si bien que le latin. Je ne suis point de votre avis touchant ces traductions : pas une ne me plaît. Il n'y en a point qui vaille le tiers de son original , si ce n'est peut-être les Métamorphoses d'Ovide , traduites par Renouard , et encore tout cela n'est bon qu'à ceux qui n'entendent pas le latin. Pour M. l'abbé de Marolles, c'est un fort lionnéte homme , qui est mon ami depuis l'an 1620. Ses traductions ne lui font pas honneur ; ses meilleurs amis s'en plaignent aussi bien que moi. Je voudrois qu'il n'y eût jamais pensé , car c'est d'ailleurs un excellent homme.

On a eu nouvelle de la mort du grand et incomparable M. Saumaise (-2). Il est mort aux eaux de Spa, qu'il étoit allé prendre. Quelle perte pour la république des lettres ! Il avoit soixante-cinq ans passés, étant né au mois de mai de l'an 1)88.

Il y a ici un avocat nommé M. Lescornai , homme d'étude et de travail, qui a fait une histoire entière de la maison de Longueville , depuis Jean , comte de Dunois, bâtard du duc d'Orléans, tué à Paris , rue Barbette , en 1407, et qui a été le

(1) 11 est élonnanl que Gui Patin ne parle pas plus souvent el avec adroiralion de cet illustre faiseur de comédies, Pourlant le Cid avait paru en 1036, Cinna en 1639, elc. Toutefois il faut remarquer qu'à celte époque les mœurs médicales avaient quelque chose de la scvérit^^ ecclésiastique et parlemenlaire. Pascal dit ' « Qui pourrait avoir confiance dans un médecin qui ne porte pas de rabat? » Mais si le langage et le costume avaient alors quelque chose d*austére et de pédant , il faut avouer que Molière a bien guéri les médecins de ce travers ; peut-^tre ont-ils outrepassé la limite. . (K. P.)

2) Voyez tome I , page 199.

A FALGONET. 15

premier chef et le fondateur de cette maison. II la présentée manuscrite à M. de Longueville, qui Ta trouvée si belle, qu'il est résolu de la faire imprimer à ses dépens , et d'y ajouter tous les portraits de ses ancêtres que Ton fait graver exprès.

Le cardinal de Retz est malade d'une fièvre lente pour laquelle il ne bouge guère du Ht. 11 a son médecin enfermé avec lui qui ne le sauroit si bien guérir, comme feroit le cardinal Mazarin s*il le mettoit en liberté.

On a exécuté ici plusieurs faux monnoyeurs, voleurs et assassins, et il y en a encore d'autres que Ton cherche avec beaucoup de diligence. Aussi est-il vrai que cette grande ville est une vraie retraite de larrons , d'imposteurs et de coupeurs débourse, sans faire mention de ceux qui donnent de l'antimoine aux malades et de tant de prêcheurs et faux prophètes qui s'assemblent ici. Je suis, etc.

iVe Paris , 1c 2t octobre 1653.

LETTRE CCCCXIll. — Au même.

Depuis celle que je vous écrivis le 21 octobre , nous avons reçu la nouvelle de la mort d'un de nos collègues , nommé M. Prévôt , qui est allé de vie à trépas, chez son père, à Vire en Normandie, d'un abcès ulcéré dans le pylore qui lui eausoit un vomissement perpétuel.

Je rencontrai dernièrement M. Ogier l'avocat, qui m'a dit qu'il ne voyoit autre chose par tous les carrefours que l'affiche du livre nouveau du fds du gazetier, en grande page et on {grosses lettres , avec ces mots : l'Antimoine triomphant et jmtifié , etc. Je lui répondis qu'il n'y avoit pas de quoi s'étonner du triomphe; que ce poison en avoit tant et tant tué depuis :sept ans par l'entremise de Vautier , Guénaut, Valot , Rainssant , et quelques autres qui se jouent impunément de la peau des hommes, qu'il avoit bien raison de triompher; qu'autrefoi*; à Rome l'on ne permeltoil le triomphe qu'à relui qui

r6 LETTRES DE GtJI PaTIN

}U'oit gRgné une grande bataille, où tout nu moins fussent demeurés sur la place cinq ou six mille hommes, à ce que dit Tite-Live. Aussitôt il me dit : Voilf» de quoi faire une belle épigramme , que peut-être ferai-je dès la nuit prochaine. Ce qu'il fil et me l'envoya le lendemain matin dès les cinq heures. En voici une copie que je vous envoie, parce qu'on dit qu'elle est bien faite. Vous qui êtes savant en tout, jugez-en :

iSMnc licet aurato anemdal Capitolia curru , Nunc albisslybiumjurc (riuvtphcl equis :

Plaudile^ fumosi balatrones-, plaudUe^ agyri(p; Inter qui cedat , crédite , nullu» eril :

yirloris lanti ineritix obslare Iriumphis , Toi cœ^if hominum miUibtuiy invidia esL

il ajouta à ces vers : Ride^ Gtado Patine , antiqvœ medicinœ vindex acennme^ stibium triumphans : sed eJieu! non Ubct toenm ridere : abstulit enim toxicum istud fprale comifem Avauxinm , meum pacisque patronwn^ exultnntp Alosfore , qnem omtips ^ nescio majore odio , an ignavia ^ oxecramur et patimur. Je suis , monsieur, votre, etc.

De PariA, le 10 novembre 1653.

LETTRE CCCCXIV. — Au même.

Je vous confirme la nouvelle delà mort de M. Saumaise dans le mois de septembre, aux eaux de Spa. On me dit que la veuve est en chemin pour revenir à Paris ; je la verrai alore et vous en manderai les particularités qu'elle m'apprendra. J'ai seulement su que ce grand héros des belles-lettres mourut en deux jours. Je sais bien le passage de Pline des eaux de Spa. Jq le montrai k feu M. Piètre l'an 1634 , lorsqu'il fit sa thèse I contre l'abus des eaux minérales (l). Les calcnlejix , dit Pline,

(1) Voyex, sur ces eaux, Dictionnaire tim'o. de matière médicale, par MM. Mérat et De!eii8 , Paris , 1834 , t. Vf , p. 487.

doivent s'abstenir des eaux métalliques. Pliue s'est trompé là aussi bien qu'ailleurs , quand il s'est mêlé du métier d'autrui. Les eaux de Spa sont légèrement diurétiques ; .mais elles ne sont guère ordonnées que contre les chaleurs d'entrailles, qui est fort souvent la vraie et première cause de la pierre Si bien que ces eaux métalliques peuvent être bonnes à la cause du mal , mais non pas au mal qu'elle a produit. Je suis pour* tant d'accord avec Plide, qui est un auteur que j'honore fort, lorsqu'il dit qu'elles chassent la fièvre tierce : vu que, sur la tin de telles maladies , ces eaux peuvent servir après que le malade est très bien purgé et vidé. On s'en peut néanmoins passer très aisément : aussi arrive-t-il souvent que ce remède n'est qu'une amusette pour occuper les convalescents qui se plaisent à la nouveauté et diversité des remèdes. Pline l'a fort bien dit , lorsqu'il parle des médecins qui charlatanent leurs malades : qui diverticulis aqttarum falluntœgrotos{i). Des paux mal prises , les conséquences en sont fort mauvaises. Ce sont de fortes lessives qui échaufTent et dessèchent les entrailles au lieu de les nettoyer simplement et doucement.

J'ai reçu nouvelles que notre ancien ami, H. Sorbière, directeur du collège d'Orange, a tourné sa jacquette, en se faisant catholique romain à la sollicitation de Tévéque de Vaison , des cardinaux de Bichi et Barberin , qui lui en a luimême écrit de Rome. C'est lui-même qui me l'a mandé, et qu'il s'en alloit à Rome tout exprès, d'où il m'écriroit. Voilà des miracles de nos jours, mais qui sont plutôt politiques et économiques que métaphysiques. Il est veufet bien adroit ; mais, tout fin qu'il est, je ne sais si , avec sa nouvelle chemise, il pourra réussir à faire fortune à Rome, qui est un lieu plein d'altérés et d'affamés : au moins suis-je bien assuré qu'il n'y deviendra jamais pîipe.

Je puis bien vous dire des nouvelles de M. Sorel , puisqu'il

^1) On voit que U coutune de eharlataner les malades au moyen des eaux mîiiéraleir n'est pas nouvelle : aussi pouvons-nous répéter, tie oUmnune hodie. (U. P.'

18 LETTRES DC OUI PATI!t

y a irente-ciuq ans qu'il est mon bon ami. C'est un petit homme grasset , avec un grand nez aigu, qui regarde de près , âgé de cinquante-quatre ans , qui parott fort méianco** lique et ne Test point. Il est fils d'un procureur en parlement. Sa mère est morte hydropique , et son père d'une fièrre quarte continue, qui est la plupart du temps fatale aux vieil* lards. Il n'est point marié , et demeure avec une sienne sœur, femme de M. Parmentier, avocat en parlement, substitut de M. le procureur* général. Ce H. Ch. Sorel a fait beaucoup de livres trançois , et entre autres Frana'on, le Berger extravagani , VOphire de Chrymntke , V Histoire de France et une Phiiosophie universelle. H a encore plus de vingt volumes à faire, et voudroit bien que tout cela fût fait avant que de mourir ; mais il ne peut venir à bout des imprimeurs. Il est fort déli* cat , et je l'ai souvent vu malade ; néanmoins il vit commodément, parce qu'il est fort sobre. Il est homme de fort bon sens et taciturne, point bigot ni mazarin. Si vous en voulez davantage, expliquez votre demande plus particulièrement Pour le livre de H. de la Chambre , Traité de la cannoiê" sance des animaux, c'est un ouvrage où je ne me connois guère; on n'en fait pas ici grand cas. L'auteur paiie fort bien françois; mais, outre la pureté du style, il n'y a guère que du babil. Vox, prœterea nikil; la voix et rien autre, c'est le caractère du rossignol ; mais notre siècle ne laisse pas d'admirer ces bagatelles. Je suis, etc.

De Pari», le 25 noTembre 1053.

LETTRE CCCCXV. — Au même.

La secte antimoniale est ici fort éloiinée du libelle intitulé la IJgende, que je vous ai envoyée. Ceux qui sont les plus méchants et les plus effrontés disent que celte pièce mérite dos coups de bâton , mais Tauteur n'en est pas découvert (l) ;

(Ij Voyez la note t. Il , pag;. 96.

A PALCONKT. I9

les uns s'altaqueiit à celui-ci, les autres à celui-là.. Guénaut dit que j'y ai travaillé , ce qui est très faux ; maie si les tours Notre-Dame tomboient , cet liomine diroit que ce seroit moi qui en aurois procuré la chute , afin de dae charger d'envie et me faire des eanemîs.

Pour le livre de M. Cbifflet, je vous e» enverrai un à la pre^ mièreoccftûon. Cette poudre de quinquina n'a par deçà aucun ciMit. Les fous y ont couru, parce qu'on la vendoit bieil cher; mais TefiTet ayant manqué, on s'en moque aujourd'hui (1). J*avoîs traité une iille de la fièvre quarte si heureur sèment, que l'accès étoit réduit à deux heures seulement. Sa mère, impatiente, ayant entendu le bruit que faisoit cette poudre des jésuites , en acheta une prise quarante francs , dont elle avoii grande espérance à cause du grand prix. Le premier accèa, après cette prise, fut de dix-sept heures, et beaucoup plus violent qu'aucun autre qu'elle eût eu aupara^ vaut. Aujourd'hui , cette mère a peur de la fièvre de sa fille , et a grand regret de son argent. Voilà comment va le monde, qui n'est qu'un sot et veut être trompé. Cette poudre est fort chaude et ne purge en aucune façon. Ils disent qu'elle est diaphorétique ; ce sont des fictions , aussi bien que tout ce qu'on dit de la chair des vipères , dont peu de nos gens se servent, si ce n*est les suppôts des apothicaires ; néanmoins je pense que pour la garder, à telles fins que de raison , Tesprit de sel y est fort bon , ou même l'infusion en eau-de-vie , et la sécher à l'ombre.

i'ai vu ces jours passés deux petits livrets d'Arnoldus Boêfita, qui sont des observations de médecine de maladies omises par les anciens. Il y est qualifié ci-devaut médecin

\i) La médecine de nos Jours ne saurait au contraire se passer de ceUe salutaire substance; c^esl véritablement un médicament héroïque. Mais que de Citls , de temps , de recherches il a fallu pour bien con- ■attie les effets du quinquina et son mode d'administration ! La décoUvctte des scb de quinine est également précieuse dans une infinilé ^catfalholopquet. (R.P.) .

20 LBTTRfiS DE GUI PATIN

du vice-roi des États d'Irlande, et présentement médecin très fameux de Paris, Pan'siorwn mêdieo clarimmo. Sur quoi je vous donne avis que ce clarimme ne vit jamais guère clair. C'étoit un grand HoUandois, qui avoit les yeux fort enfoncés et le nez aigu, qui, faute de pratiques, après avoir tué ici sa femme, ses deux enfants et avec l'antimoine, s'en est retouméen Angleterre, n*ayant rien pu trouver, ni dans Paris, ni au faubourg St-Germain, qui le pût arrêter. J'ai vu plusieurs malades qu'il avoit servis, mais il ne prenoit point le chemin de les guérir. Il est médecin comme je suis capitaine : voilà comment il a été ici clarimme; mais le papier souflre tout, aussi bien que la Gazette antimoniale de M* Eusèbe Renaudot. Me voici par* venu à la fin de ma lettre , aussi bien que de cette année. Je vous demande très instamment la continuation de votre amitié et de vos bonnes grâces , et vous supplie de me croire votre , etc.

LETTRE CCCCXVI. — Au même.

Voici des vers extraits d'une lettre qui vient de Flandre, sur la mort de.M. Saumaise :

Ingens exigua jacet hac aub mole sepuUuê A98ertorregum, numinis afquepugiL

Finitit Spadœ viiam Salma$ius hospes^ Trajectum cineres oisaque ttiête tmel:

Quod morlale fuit periit : pars alttra cœlis Reddiia; fil major, dortior esse nequit,

La Légende antimoniale a véritablement bien touché nos docteurs antimoniaux, qui menacent de grosses peines celui qui en sera découvert Tauteur. Pour ceux dont il est parlé, et que vous souhaitez de connoltre plus particulièrement, je

k fALCONST. 2t

TOUS dirai que le sieur de Gorris ft toute sa vie été du inau- Tais parti des chimistes, des charlatans, du gazetier, des étrangers, gens de secrets contre la goutte, Tépilepsie et la fièvre quarte; très malheureux praticien, qui en a bien tué avec les expériences qu*il a voulu faire; qui sait vérilablevaeai bien du grec et du latin , mais qui rapplique fort raal ; qui n'a jamais eu le courage de résister à la tentation de Tor, pour quelque coîonnerie ou corruption du métier. L'an 1647, un marchand d'orviétan , pour mieux débiter sa drogue , s'adressa à un homme d'honneur, alors doyen de notre Faculté, nommé M. Perreau , pour obtenir de lui , moyennant une bonne somme d'argent qu'il offroit , approbation de la Faculté pour son opiat. Il en fut refusé de belle hauteur. Ce charlatan s'adressa ensuite à de Gorris , qui reçut de lui un présent considérable , et lui promit de faire signer à plusieurs docteurs l'approbation de ce médicament qu'il vend sur le Pont-Neuf; ce qu'il fit faire par une douzaine d'autres affamés d'argent, qui furent les deux Chartier , Guénaut, le Soubs, Rainssant, Beaurains, Pijart, du Clédat, des Fougerais, Renaudot et Hautillain (1). Cet imposteur italien, non content de telles signatures , tâcha d'avoir l'approbation entière de la Faculté , et pressa le nouveau doyen, qui étoit M* Piètre, mon prédécesseur, de laluifaire donner, moyennant 400 écus qu'il offroit, sur l'espérance qu'il avoitde mieux débiter sa drogue, s'il pou- Toit obtenir ce qu'il désiroit. Ce nouveau doyen ayant appris de la propre bouche du charlatan tout ce que de Gorris lui avoit fait, lui demanda cette approbation ; et dès qu'il l'eut, il fit assembler toute la Faculté , où il se rendit délateur contre ces douze messieurs, qui, ayant avoué leur foiblesse et leur mauvaise action , furent chassés de la compagnie par un décret solennel. On les a pourtant rétablis avec de certaines conditions, et notamment celle de demander pardon à la com-

;i) Ce MauTillaÎD était ami de Molière; c'est lui qui , dit-on , a fourni Ions les termes de Fart dont Pimmortel comique s^est servi pour bafouer les nédecina. (R. P.)

n LETTRES DE GUI PATIN

pagnie en pleine asnemblée. Quelque chose qu'ils aient pir tfiire depuis , la tache leur en est demeurée. Voilà, la pnouetae de J. de Gorris avec ce vendeur d'orviétan; mais ce ir<Mt.p«s sa faute, ce n'est que sa ooutume. C'est un homme lAtoé d'argent et de secrets; c'est un pauvre hammequi o'aiaolôC plus d'esprit qu'une bête, quoiqu'il ait republié un § v4il liv«e Definitionum medicarum. Pour H. J. Bourgeois, c'eât ma boiteux qui met son nés partout et un esprit foible, qui» pour couvrir sa foiblesse, a tâché de se faire passer pour janaàntsto, dont il se trémousse fort, pour s'attirer de la pratique avacaeà nouveaux frères. L'homme est un misérable animal et le véritable jouet de la fortune, auquel un peu d'intérêt fait ohaagar de parti quand il veut.

H. de Valois , Henricus Valesim , vint encore hier me visiter. Il est fils d'un secrétaire du roi. Il est rousseau , âgé d'environ quarante^sept ans , écolier de feu père Petau. Il travaille aujourd'hui à la traduction de quelques pères grecs, par ordre du clergé de France, auquel il a pension. Il a im autre frère appelé Hadrianus Valesius , qui est encore fort ea* vant, et qui travaille à l'histoire de France en latin. Je vdos baise très humblement les mains, et suis , etc.

De Psris, le ejatiTier leM.

LETTRE CCCCXVIl. — Au mhne.

Je vous remercie de votre belle lettre du 3 de février. Je suis ravi de ce que vous êtes en bonne santé , et bien conlenl de ce que l'affaire de H. J. Lombard a réussi. Je n'y ai pas fait grand'chose, mais pourtant ce que j*y ai pu ; peut-être qu'il se présentera quelque jour quelque affaire où j'aurai plus de crédit, et où je m'emploierai plus que très volontiers pour votre service. Les deux petits livres que je vous ai fait tenir, de la poudre 'contre la fièvre quarte, et celui de M. Riolan , ne valent pas rinlérét de ce que je vous dois : aussi n'est-ce

A FALCONBT. ^

que pour tous faire connoitre que vous avez en moi un débitear reeonnoissant et de bonne Tolonté ; je ferai ce que je pourrai pour m' acquitter quelque jour de tant de bienfaits pour lesquels je vous suis redevable. J*ai reçu ci- devant le livre du père Théophile Raynaud , Tractatus de prima missa , et vous en remercie derechef, aussi bien que de tous ceux que vous m'offrez du même auteur, lesquels j*ai céans. La licence courante est fort petite , et par conséquent peu de thèses : la prochaine sera meilleure ; j'aurai soin de vous garder toutes les bonnes qui en proviendront. Le bonhomme , M. Riolan , a'a fait que traîner depuis tantôt trois mois , à cause du grand firoid , qui est son ennemi juré et le mien aussi ; il se tient le plus qu'il peut clos et couvert dans son étude, avec un poêle qui le réchauffe à la mode d'Allemagne, où il travaille eontre l'antimoine, lequel a dé deçà si malencontreusement tué tant de monde , que ceux qui se sont voulu mêler d'en donner ci-devant en sont aujourd'hui tout honteux et dans une extrême confusion; et je vous puis jurer que jamais on n'en a donné si peu que l'on fait aujourd'hui. On n'en veut plus entendre parler dans les familles , tant ce funeste poison est si heureusement décrié ; la résistance forte et généreuse des gens de bien n'y a pas de peu servi. Vautier en mourut lui-même , Tan 1652. Guénaut l'a voulu maintenir, mais il y a perdu son eacrime , et s'est chargé de la haine de plus de soixante-dix de aescompagnons, qui ne le veulent voir ni recevoir nulle part en consultation. On dit ici eu raillant que les médecins ne s'en fervent plus que pour leurs femmes lorsqu'ils s'en veulent défaire. Les uns appellent ce vin stibial, vin émétique, ai eneeando , ou hérétique , pour le schisme qu'il a causé dans la médecine. Il y a encore trois autres de nos docteurs qui travaillent sur le même sujet , aussi bien que M. Riolan ; Je vous en ferai part en temps et lieu, ûuxi^iji est-ce que votre Espagnol, G. Bravo, JiesoliUiones medicœ^ in-folio, sera aoiievé? On ne fait ici rien de nouveau que des romans et des livres ca-^ fards, de dévotion à la mode, et quelques traductions assez

•21 LtTTUES DK GUI PATIN

rliétives : c est le mauvais temps qui en est cause : Dit meiiora! En attendant, croyez que je serai toute ma vie , mon* sieur, votre, etc.

De Paris , le 16 février 1654.

lirfî rsO icoÂcTcû^roç, niliU habeo certi ^ itaque nihil 9cribo. L'Eminentissime est vraiment tel, et aussi puissant que Dieu le père au commencement du monde : mnnia quœcumqxte voluit fecit. Le prince du sang sera bien heureux si on lui donne une nièce; bref il est de lui comme d'Auguste, miseria noMra maynus est. Le prince de Gonti est arrivé, et a vu le même jour la nièce mazarine, dite Martinozi, savoir, le 26 de février. On dit aussi que M. de Caudale en épousera une' autre avant la fin du carême. Le prince de Couti sera demain fiancé, et marié dimanche prochain. M. de Balzac est mort à Angoulème le 8 de ce mois. Plum non sctibam , quia vêtant et Holor et pttdor sectdi .

LETTRE CGCCXVIIl. — Au même.

Vous saurez que le 23 du mois passé, comme j'étois dans mon étude, je vis entrer un gros homme tout réformé, qui me salua de très grande affection. J'eus d'abord de la peine à le connoître, mais je lui dis après : Monsieur, n'êtes-vous pas monsieur de Sorbier e (l)? et c'étoit lui-même. Aussitôt il me

(1) Samuel Sorbiére, né à Sainl-Ambroise, arroDdissement d'Alais (Gard), le 17 février 1610, éludia la médecine à Paris, à Leydc; puis revint en France; fut professeur de TUniversilé d'Orange en 1650, passa en Angleterre en 1669, devint membre de la Société royale de Londres. Ayant déplu au roi d'Anf^lelerre par sa Relation d'un voyage en Angle" terre y Paris, 1660 , in-12, on le força de quitter la Grande-Bretagne; il revint en France et mourut è Nantes le 9 avril 1670. il a publié plusieurs ouvrages complètement oubliés. (R* P.)

A l'ALCOKET. Î5

fit un nouveau couipliiueut tout plein de charité, de foi, et irespéraiice chrétienne. Il médit qu'il s'étoit fait catholique; qu'il avoit des lettres du cardinal Barberin , lesquelles il me vouloit montrer ; qu'il avoit pensé aller à Rome , mais qu'une affaire l'avoit amené à Paris; qu'il y venoit chercher de l'emploi; qu'il y éioit assuré d'une pension de la libéralité de MM. du clergé ; qu'il eût bien voulu avoir quelque emploi à la cour pour obtenir quelque bénéfice. Enfin, après plusieurs discours, étant pressé de sortir, nous nous séparâmes. Je vois bien qu'il y a du changement à son affaire , mais néanmoins je doute s'il a bien fondé sa cuisine; car, quoique le feu du purgatoire soit bien chaud et bien grand , tout saint et sacré qu'il est, néanmoins tous ceux qui s'y chauffent n'en mangent pas les chapons. Quinze jours après je le rencontrai par la ville, gros et gras, avec un petit collet. Il me dit qu'il avoit eu le bonheur de saluer son Ëminence, qui lui avoit promis un bénéfice « et en attendant qu'il s'étoit obligé à une pension de lOOécus de rente. Je lui dis quec'étoit bien peu. lime répliqua qu'il avoit d'une autre part 400 livres de HH. du clergé , laquelle somme il espéroit de faire augmenter l'année proehaine, que ces messieurs feront leur grande assemblée, en attendant quelque bon et gras morceau qui puisse sortir de la marmite du purgatoire. Il y a environ quinze ans qu'un de nos médecins, nommé L. Renouard , se lit prêtre et quitta la médecine, pensant attraper un bon bénéfice qui ne lui vint pas. Sur ce changement inopiné , je fis les vers suivants :

Langutntes animœ , quas purgatorius ignis Excoquit , àlque 9uo carcere len(us habet ,

Vnlpis tam cauiœ tristem rideie figurant; Mitsi ficus nunc est^ qui medicasler erai-

Le mot de VtUpis est une allusion à sou nom de Renouard, qui approche fort de Renainl.

On parle fort des noces des nièces de l'Ëminence avec MM. deCandale et de la Meilleraye fils, et de celles des deux

96 LBTTRB8 DB GUI 1»ATII«

iœure de rÉminence avec d'autres grands seigneurs , qui veulent entrer dans le temple de la fortune et avoir leur part du pain bénît de cette confrérie ; maïs pour vous dire la vérité de toutes ces nouvelles, il faut que je vous dise comme un ancien historien , je vous en écris plus que je n'en crois.

Des Fougerais donna depuis peu , dans le faubourg Saint* Germain, de Tantimoine à un prélat italien, qu'on nomme archevêque de Smyrne. Le pauvre homme en mourut le lendemain. Cette mort a encore fait crier haro à bien du monde contre ce maudit poison. Voilà de quoi augmenter mon martyrologe de l'antimoine. Un homme de bien après tant de malheurs s'en abstiendroit à bon escient. Hais c'est un article fondamental du chef de leur secte, qu'il faut plumer l'oison tandis qu'on le tient; et quand on tient son argent, que le diable l'emporte s'il veut : ces gens-là ont-Hs de la con* science? .

On dit qu'il y a une des nièces du cardinal d'une beauté singulière, que l'on espère faire monter sur le trône delà Fortune, bien qu'elle ne soit que nièce d'un Jupiter cramoisi, ou, pour parier avec Scaliger, d*un champignon du Vatican. Je me recommande à vos bonnes grâces, et je suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , ce 20 man 1654.

LETTRE CCCCXIX. — Au même.

Ce n'est point d'aujourd'hui que je vous suis obligé ; mais le livre que je reçus dès la semaine passée par votre libéralité m'oblige de nouveau de vous écrire ce mot, pour vous remercier d'un si beau présent et de la diligence avec laquelle vous me l'avez envoyé. J'ai grand regi*et de n'avoir rien de deçà pour vous envoyer et opposer à tant de présents que vous me faites de temps en temps. On commence ici quelques

A FALOONIT. Sf

miTrages contre V Antimoine triomphant du jgaaetier; noU9 avons quatre ée nos eollègues qui le veulent relancer d'une belle aorte ^ en quoi ils ont beau jeu , savoir, MM. Perreau et Merlet « des livras desquels on commence T impression , et MM. Riolao et Gemoain» qui travaillent sérieusement pour ré^ iîi&er ce poison qui est ici fort décrié, et pour démontrer l'im^ padenoe , Teffronterie et les impostures de ce maraud de gaaelier. H. Riolao , tout vieux qu'il est, par la vivacité de son esprit , ^i paru le premier des quatre ; mais le grand froid , qui est fort contraire à son poumon , l'a empêché tout cet biver de travailler; il ne laissera pas de venir en son temps. Nous aurons aussi bientôt un docte commentaire pratique : Al epiëetnicas historioê Hippocratiê , d'où habile homme , et qui a été un des plus employés de Paris depuis l'an 1614 , et d'un autre un commentaire , in Jusjurandum Ifippocrati$ ^ que je tàcheml de vous faire voir des premiers, afin que vous sachiez que « haies in medebitorem non imtnemorem tîtt acceptanon bene/Morum» IIcp'i rw iroXircvfMzroç , nihil habeo quod dieam; regnut et triumphat, w xhy' iZ. le me recommande très fort à vos bonnes grâces , et suis de toute mon âme , monsieur, votre, eic

De Paris, ee 10 ami 1^.

LETTRE CCCCXX. — Au même.

Je vous ai tant d'obligations de toutes sortes que je ne sanrots les particulariser : vous m'envoyez des livres , vous me donnez des connoissances et des pratiques d'honnêtes gens, de si bonne grâce, que je ne sais que faire,;7ro reialiatione.ytLYoue la dette , mais je ne sais quand je la paierai ; peut-être que j^" n'aurai jamais moyen de m'en acquitter ; mais au moins je ne mourrai pas ingrat, puisque j'ai bonne envie d'y satisfaire d'une fafon ou d'autre. M. Choulier a été un peu malade de • quelque aecès de fièvre tierce, qui avoitétépréoédéed'un dégoût

et entresuivie d'une colique ; mais, Dieu merci * il est en bon état. Peu de remèdes Tout soulagé : je pense que tout cela ne lui étoit venu que pour avoir changé d*air, et que son estomac n'est pas encore bien accoutumé à nos eaux, quasjam pridem veteres noittn observarunt provinciaiibus pêne nngidis lofvitatem intesiinoruni inferre. Mais , Dieu merci , tout cela est passé : il fut hier heureusement purgé par mon conseil . et le sera encore demain, Dieu aidant, pour la seconde et dernière fois ; ce que j'ai fait exprès, afin de le garantir d'une récidive , et je tiens qu'il sera entièrement guéri avant que la présente vous soit refidue, d'autant que je fais état de lui dire demain adieu Vous en pouvez assurer MM. ses parents. Lo changement d'air est bien souvent cause de maladie , principalement à tous ceux qui sont délicats , et rarœ texturca; c'est ce qui a fait écrire à notre Hippocrate son beau livre de Aère, Aquis et Locis ( I ), que vous trouverez encore plus beau si vous y joignez le commentaire de feu M. J. Martin, que je m'ofire de vous envoyer si vous ne l'avez. On dit que le roi s'en va à Fontainebleau dans quelques jours, et de là à Reims, et le prince de Conti en Catalogne avec le marquis de Hocquincourt, qui sera son lieutenant-général. Notre bonhomme, M. Riolan, «cherche avidement le beau temps, pour achever son beau recueil contra stibhim. De l'heure que je vsus parle, la plupart du monde rit ici, bourgeois de boutique, chicaneurs, partisans et banqueroutiers,rien que dejoie d'aller au ballet qui se danse au Louvre à ce soir : poi^s major lacrimas ridet^ et Intits kahet : rideûnt igititr, quandoquidem malasua non intelligunt.iiessieuTS du parlement y sont invités, et ceux des autres cours souve* raines : tU tandem verum sic illud Pefronii , mundus omnis agit kistrioniatn. On dit que de Reims le roi ira à Ghàlons-sur- Marne ; «pie le prince de Gondé a eu un échec dans le Luxem« bourg. Mais il n'y a rien de si certain, sinon que totus $um

(1) Voyez OEuvrei eùmplètes d' H ippocratê , trad. par E. Littré, Paris. 1840, t. Il, pag. 112 et soiv (R. P.)

A KALGONEt. 29

tuki œre et libra. Je me recommande à vos bonnes grftces , et sois, de toute mon àme, monsieur, votre, etc.

De Paris, le 28 «Trîl 1654.

LETTRE CCCCXXI. — Au mèfue.

Le 2B du passé , Charles , mon second fils , ci-devant avocat, fui fait bachelier en médecine. Si bien que. Dieu merci, voilà noire famille délivrée de la chicane du palais et de Tinii|uiiè du siècle. Au lieu de plaider devant des juges tels qu*il plaii à Dieu , il jugera lui-même des procès touchant les ma* ladies ei la mort des hommes, et j'espère qu'il y réussira avec les bons fondements qu'il a à son âge de vingt un ans et un mois.

Ou parle fort ici de la reine de Suède, qui se démet de la royauté, en se réservant une pension notable. Elle met en sa place un prince de Suède son cousin , de la maison palatine. Ou ne sait point la véritable cause de cette abdication. Les bistoriens n'en ont jamais dit une bonne pour Diocléticn , qui en fit de même. On dit qu'un des Andronics en fit autant, épouvanté d'un spectre qu'il vit dans son cabinet et qui lui commanda de le faire. Cbarles-Quint étoit vieux et cassé, et avoit beaucoup de péchés sur le dos. Les moines disent qu'il \ouloit faire pénitence. Tout cela est bon à dire; mais beaucoup de gens croient qu'il fit une folie de se dépouiller avant que de se coucher : aussi ne tarda-t-il guère à s'en repentir. La curiosité de notre siècle aura bien de la peine à découvrir la vraie cause de celle-ci, et quand on la sauroit, peu de gens la diroient. Xe résident de France à Stockholm, nommé Picqoes, a près de soi un jésuite, nommé le père Langlois , qui est un homme d'esprit, qui en écrit ici à un de ses compagnons assez particulièrement. Il est de là travesti et habillé

:^k} LETTRES D£ GUI PATIN

«n cavalier, et se Mi nommer M. de Saiut^Hubert. Od dit que la reine s'est mise eqtreles mains d'un ambassadeur du roid'E^ pagne, nommé Pimentel, qui Temmène en Italie pour lui faire voir le pays; qu'elle se veut faire catholique; qu'elle veut aller voir la Grèce , la Thrace, TEuphrate et le Pont-Euxin , ce que je ne crois point. Néanmoins nous sommes dans un siècle plein de prodiges.

Voici des nouvelles de Paris. Le curé de Saint-Paul a reçu ordre du roi de se retirer en sa maison des champs pour avoir troublé le sermon du P. Lingendes , qui préchoit dans Saint- Paul. Les curés de Paris commencent à s'assembler pour procurer la liberté de leur confrère , ce qui pourroit enfin arriver après quelques jours de pénitence. Voilà le commencement d'une guerre de gens désarmés , et qui n'ont pour tout canon que celui de la messe , et pour épée que le bâton et la croix. Celte controverse ne tuera personne , mais engendrera seulement quelques livres à l'avenir, dont nous nous divertirons. Si j'étois arbitre de ee différend , je sais bien ce que j'ordoiifierois là-dessus. J'ai un secret infaillible pour les accorder , Hi^is je ne le révélerai point » si on ne m'appelle à l'assemblée où il se doit juger.

M. Moreau m'a dit qu'il travailloit à la vie de M. Naudé. Je suis ravi qu'il s'en veuille doimer la peine. Il se porte mieux qu'il n'a pas fait; mais vous savez bien que tout est à craindre à un vieillard, et vous n'ignorez pas non plus le vieux proverbe hébreu : Les jeunes peuvent mourir, et les vieux nêpeu-vent pas vivre longtemps» Je viens d'apprendre que la bibliothèque dudit M. Naudé a été vendue pour dix mille francs au cardinal Mazarin. Elle valoit deux fois plus, et il y avoit quantité de livres qui ne se sauroient plus trouver. A propos de livres , voulez-vous bien me faire la grftee de m'acheter à Lyon les livres dont je vous envoie la note? Ma bibliomanie( l )

vt) Voyei U note t. li.^ttge 144.

\ FALCONBT. 3)

VOUS fail souvent de la peine; peut-élre que je serai plus âge et plue supportable l'anD^ qui vient. Je âuis de loute moD ànie TOtre , etc.

DePttrâ,lel«'iiiail6M.

LETTRE CCCCXXIl. — Au même.

Je dois réponse à deux des vôtres , pour lesquelles je vous rends très humbles grâces. Le livre de H. Merlet est sous la presse, aussi bien que celui de ML Perreau : mais cela ne va gnère vite, faute d'ouvriers, et même de papier qui manque ici. Dès qu'il y aura quelque chose de fait, je vous en etfverrat. J*ai plusieurs fois ici vu sortir des vers des veined par la saignée du bras ; mais quand ils ont été grands et morts , je n'ai vu personne qui en soit échappé. Votre malade est iMen heureux de l'être. M. le cardinal' de Retz est à Nantes, oà aes amis le vont voir et l'entretiennent. On ne sait pas encore qui sera son successeur en rarchevéché de Paris. Le Mazarin n'a point la pierre , mais il a martel en tête du prince de Coudé et de plusieurs autres choses qui regardent sa fortune. Ou parle du voyage de Reims pour le sacre avec beaucoup d'incertitude. Les Anglois nous menacent toujours. C'est une chose certaine que la reine de Suède quitte la royauté; die y est un peu poussée par les États du pays, qui n'approuvent pas ses profusions, mais elle ne parle pas de se faire catholique, ni de venir en France. Les princes ne changent ja^ mais de religion que lorsqu'il y a du gain. J'ai vu sa lettre à IL Chanut , lequel je connois fort bien , et qui est de pré^ sent en Hollande. Le mois prochain nous en apprendra davantage. Je suis ici médecin de M. Bidal, riche marchand de soie, qui est caissier de la reine de Suède, et qui en reçoit toutes les semaines des nouvelles.

M. Choulier est , Dieu merci , guéri ; il n'a plus qu'à 8t

32 LETTRES DR GDI PATIII

conserver; il est délicat et fluet. Dans le premier paquet que j'enverrai à Lyon j'y mettrai pour vous Prœlecttones in librum Hippocratis de Aere^ Aquis et Locis^ auct. J. Martinus. J'ai fait vos recommandations à M. Choulier, qui vous en remercie; mais je ne saurois trouver t'adresse de la lettre à M. votre frère, que j'ai aujourd'hui fort cherchée. Je ne sais comment je ferai pour la trouver.

Depuis peu a ici paru un livre fort impertiuent et très satirique , intitulé : Seconde A/}oiogie pour la faculté de médecine de Montpellier, etc.; il est tout plein d'injures contre M. Riolan , contre moi , contre M. Guiilemeau , MM. Moreau et de la Vigne défunt. Le livret a été imprimé in-quarto, et môme peut-être fait à Paris. Un de nos charlatans antimo- Aiaux en est fort soupçonné. On parloit de faire saisir le livre et d'en empêcher la vente par autorité de justice. Je me suis opposé à cet avis ; il le faut laisser débiter en toute liberté : c'est procurer l'infamie à ces écrivains , de faire que tout le monde voie leurs sottisas et leur ignorance. Un homme de bien , integer vitœ scelerisquc purus^ ne doit point s'émouvoir pour des injures, comntia, si irasrare, aginta videntur. spreta exolescunt^ joint que tout ce qu'ils nous reprochent est faux et inepte. Il reproche Vànerie à H. Riolan , qui est un des savants hommes du monde ; il appelle M. Guiilemeau scélérat rousseau, qui ne le fut jamais, etc., et ne répond rien aux raisons et aux objections de M. Riolan. H me veut faire passer là-dedans pour l'auteur de la légende, à laquelle j'ai contribué comme vous. Il y a là-dedans sept ou huit marauds de charlatans que j'eusse bien autrement traités qu'ils n'y sont : je les connois trop bien , et suis trop bien informé de leurs friponneries. Bref, tout ce livre n'est composé que de faussetés , injures et sottises : l'ignorance de l'auteur y est toute visible, et il n'y a aucun fruit pour le lecteur qui s'y amusera ; mais on n'en connolt pas le véritable auteur, aueior ignoratur. Ce n'est point M. Courtaud de Montpellier qui la faite, au moins ne l'a-t-il pas faite tout seul, nlii nehu-

A FALGONBT. 33

l(me$ imUuQS opéras conttUerunt ad confeclitmem tam horridi li^ M//. Le seigneur Pîetro , père du Mazarin , est mort à Rome. Le comte de Harcouri est enfin rentré en son devoir et a fait sj paix avec le roi , Donobstant les offres des Espagnols ; et tant mieux pour vous, d'autant que la Bourgogne étoit menacée de cette guerre. Le roi s en va à Reims pour le sacre (laiis huit jours. Je me recommande à vos bonnes grâces , et suis de toute mon affection , monsieur, votre, etc.

De Paris , le 19 mai 1654.

LETTRE CCCCXXIIL - Au mme.

Ne vous mettez pas en peine de H. Ghoulier; il est, Dieu merci , en bonne santé ; vous en pouvez assurer MM. ses parents. Il est vrai qu'il a eu une rechute, de laquelle l'ayant traité, aprèsqu'il a été bien purgé, je lui ai conseillé une chose qu'il a bien envie de faire, qui étoit de changer d'air ; et comme il étoit en peine du lieu , je lui ai donné ma maison , qui est à trois lieues d'ici » savoir, à Cormeille en Parisis ( i ) , une petite lieue par-delà Argenteuil , où il peut respirer un air très pur, et où il a une vue de plus de cinquante lieues à la ronde; le jardin et les allées y sont belles, qui vont jusque sur la montagne. Nous y avons aussi force cerisiers, desquels il peut cueillir les cerises à mesure qu'elles mûriront, et les fraises pareillement. Il y a beaucoup d'autres fruits , mais la saison n*en est pas encore venue. Sa rechute ne lui est arrivée que par sa foiblesse naturelle (car il n'est pas si fort que la plupart de vos autres Lyonnois qui viennent ici tous les ans) , et de plus, iatis cauie sibi non prospexit . Vous savez comment les jeunes gens se laissent emporter faute de prudence, et nob-

(1) Commune d'Argenteuil, arroiidisMment de Versailles. Cette propriété de (boî Paiin a été , depuis .«on époque , ditisée en plusieurs portions; il ne resie rien aujourd'hui de la mai.«on du célèbre auteur de ces IrtUw. (R. P.)

servent pas exactement l'aphorisme d'Hippocrate , du 6* des Epid. : LuboTy cibus^poltiSySomnuSjeiCy nwra tcrpioc Sois quid velim : iupprimit oi^ator quœ rmticus edit inepte. Mais je vous assure qu*il est de présent fort bien ; je l'y ai été voir moi-même une fois , afin de le confirmer, bien que je n'aie point le loisir de m'échapper d'ici , et je ne fus que demi-heure avec lui ; je lui ai envoyé des livres tels qu'il a désiré pour se divertir , et, depuis quatre jours, ma femme y est allée avec deux de mes fils, qui lui feront en quelque façon compagnie, avec un mien beau-frère. Bref, n'en soyez pas en peine, il est fort bien ; mais il faut qu'il soit sage à l'avenir, de peur de retomber malade. Le roi va à Châlons- sur-Marne. On fait un parlement nouveau à Limoges. L'Espagnol et le prince de Condé ne font rien. On dit aussi que le roi va assiéger Clermont. Je me recommande à vos bonnes grâces, et suis, monsieur, votre, etc.

De Paris , le 16 )uin leiM.

LETTRE CCCCXXIV. — Au même.

11 y a ici grosse guerre entre les jésuites et le curé de Saint- Paul, contre lequel ils ont fait un libelle diffamatoire qui court ici en cachette , et que je n'ai encore pu voir , où ce pauvre cuvé est rudement accommodé. J'apprends que sa vie y est bien épluchée et lui fort maltraité. Il fait le petit prélat, il a carrosse y maison aux champs, où il traite les dames à quatre services; il a une alcôve, tapisserie de haute lice; il reçoit des dames dans sa chambre à onze heures du soir, lorsqu'il est couché. Vos ministres n'en sauroient tant faire, car le plus riche d entre eux n'a pas 15,000 livres de rente comme ce curé. Aussi n'avez- vous point de purgatoire qui brûle toujours , et voilà le malheur de vos ministres , qui ont abandonné le nombre d'or pour la lettre dominicale^

Le livre de M. Merlet contre le gazetier s'achève ; on com* mcnce celui de M. Perreau. L'antimoine est de deçà tellement

A FALGONET. 35

morfondu et décrié^ que l'on n'en parle plus qu'avec exécration, et nos antimoniaux sont fort étourdis du bateau, et Toudroient bien que ce fût à recommencer.

IL Riolan n'a fait que traîner depuis trois mois. Il est maintenant au lit , d'une méchante ophthalmie qui l'empéclie de lire et d'écrire. Il a néanmoins grande espérance de guérir, et dit qu'il auroit grand regret de mourir qu'il n'ait auparavant répondu à l'apologie de Montpellier, où il traitera le doyen en chien courtaud. Cet homme a réveillé une querelle qu'il devoit laisser assoupir, et par sa médisance il a irrité des gens qui ne lui pardonneront pas. Il falloit se taire ou mieux faire. Au lieu de raisons , il n'a dit que des injures fort impertinentes. Je pense pourtant qu'il n'y a pas travaillé tout seul , et qu'il a été aidé par quelques uns de deçà de la secte meurtrière, j'entends de l'antimoniale, enragés de ce que leur brigue est décousue , et qu'ils n'osent plus étaler ce diable de poison pour les meurtres qu'ils ont commis.

Mais de grâce, quand vous écrirez à ce M. Courtaud, demandez-lui» je vous prie , pourquoi il m'en veut tant ; pourquoi il en a tant dit contre moi; pourquoi môme quelquefois il s'est retenu et n'en a pas dit davantage, puisqu'il étoit si en train, et que les injures coûtent si peu à tels gens que lui, j'entends à des ignorants qui, faute de raisons, ne peuvent rien dire de bon. Pour moi , je ne me sens nullement touché de ses injures, parce que je n'y reconnois rien qui m'appartienne. Vous savez bien ce beau passage de Tacite, que Courtaud n'a jamais lu : Convitia^ « iraêcare, agnita videnfw\ spt^eia exolesnn/. Poar les au très professeurs de Montpellier, je ne les soupçonne point d'y avoir contribué. M. R. de Belleral n'a garde fie Teotreprendre; Rivière aime mieux aller piper quelque pistole en Daupliiné ou en Provence, et même ce n'est point son fait d'écrire de cette manière , non plus que Soliniac.

J'ai ce matin entretenu un homme de cour qui sait bien des choses. Il m'a dit qu'à la vérité Mazarin a eu des douleors néphrétiques, avec vomissements et nausées, et qu'à la lin il a vidé une pierre, mais que depuis il ne s'en est point

36 LETTRES DE f.n PATIN

senti; de sorte qu*il est aujourd'hui en parfaite santé et qn*il n*a point de pierre, si ce n*est la pierre philosophale, par le moyen de laquelle il amasse merveilleusement de grands trésors. On dit qu*ilne se soucie plus guère de marier ses deux nièces à MM. de Caudale et le grand-maître de rartillerie, vu que pour de l'argent, dont il a grande provision, ilespèred'en donner une au duc de Savoie , et Tautre à quelque prince d'Italie. Voilà comment la fortune triomphe quand elle est accompagnée de plusieurs sacs de pistoles. Bon temps pour lui , pouvu qu*il dure. Vote,

l)ePari9jel6jmnl654.

LKTTRE CCCCXXV. - Au même.

Je vous envoyai dernièrement une grande lettre avec le discours de M. Gassendi , touchant l'éclipsé qui alarmoit beaucoup de gens ( 1 ). Elle est néanmoins passée sans tuer personne, hormis que le même jour, 12 août , sur les six heures du soir, un gentilhomme normand , voleur de coches et de grands chemins, fut rompu en Grève; mais ce n'est point l'éclipsé qui l'a fait mourir , ce sont ses crimes et ses cruautés exercées sur de pauvres passants qui ne pensoient point à lui. I^ jour précédent étoit mort ici un savant avocat , nommé M. Ogier, frère du prieur, qui fit Vannée passée une épigramme sur Tantimoine, que je vous ai envoyée. Il étoit extrêmement savant en grec et en latin, en droit , en huq^anités, en histoire, en géographie, es pères de TËglise, et surtout bon poète latin. Il a voit quelque chose de trop qui me serviroit bien; mais il s'en faut passer. Dieu n'a pas fait aux hommes 8e.s présents par une distribution arithmétique.

(1) Personne, aujourd'hui , n'est alarmé d'une éclipse, parce qu'on sait que ce pliénoDiéne n^a rien de iumaturel; mais il a fallu bien du temps pour infuser ceUe vérité dans les masses, vérité connue dans tous les temps par ce petit nombre d'hommes toujours en avant du siècle où ils vivent. HP.'

M. Benoit, deSauiiiur(l), m'a visité ce matin; après les coinpliments d'une première entrevue, je lui ai demandé comment se nommott cet ancien conseiller du parlement qui avoit prédit qu'en 1664 toute l'Europe seroit réformée et l'Italie détruite par le fer et par le feu. Il m'a répondu qu'il s'appeloit Juliers de Ghalandeau ; que sa famille étoit de Paris , et sa seigneurie en Poitou ; qu'il avoit été averti en songe de changer de religion et d'embrasser la nouvelle , ce qu'il fit. H ajouta qu'il savoit bien qu'il n'y auroit plus de pape, que la messe seroit abolie , qu'il n'y auroit plus de prêtres ni de moines en France. C'étoient des songes de vieillard à qui l'esprit n'étoit pas bien rassis. Je n'ai jamais pu trouver ce nom de Ghalandeau dans les listes des conseillers , ce qui me fait soupçonner que ce soit un nom de terre. Je suis , etc .

De Paris, le 15 d'août 1654.

LETTRE CCCCXXVI. — A^i mènie.

Je viens d'apprendre que depuis huit jours M. Kigault(*2), doyen des conseillers du parlement de Metz, est mort à Toul, fort vieux et fort cassé. 11 a par ci-devant été bibliothécaire du roi. C'est lui qui nous a donné le Tertullien, le Saint Cyprien, la vie de M. Dupuy et plusieurs auti^ss bons livres. C'étoit un des savants de la grande bande dont l'incomparable H. Saumaise tient le premier rang et H. Heinsius le père le second ; après lesquels il n'y en a guère de leur force. Les gens de bien s'en vont, et bien des fripons restent pour le malheur du genre humain. Les lettres de Turin portent que l'on y a vu en l'air, par plusieurs fois, des chariots, des hommes à cheval , et des armées. 11 y en a ici qui en ont peur ; pour moi , je me tiens à celui qui a dit que nous n'eussions point peur des signes du ciel. On dit qu'en Hollande le nombre des malades est

;i) Voyez tome 11 , pages 488 et 489.

'Jt) Nicolas Rigault, en latin Rigaltius, philologue, ne à Paris en 1577, nwrteo 1694. (R. P.)

effroyable. Ils meurent tous nonobstant le fréquent usage des sudorifiques. Où est-ce que ces gens-là ont appris la médecine? Saigner très peu, ou point du tout ; purger peu et avec des poudres , des pilules ou de Tantimoine , et puis faire suer des malades qui ont les vaisseaux, le ventre et l'habitude du corps

I pleins d'ordures et de beaucoup d'impuretés ! N'est-ce pas là être des bourreaux plutôt que des médecins? Je suis , etc.

De Paris , le 26 août 1654.

LETTRE CCCCXXVII. — Au même.

L« roi arriva à Paris le jour que je vous envoyai ma dernière lettre , et le lendemain matin mourut M. Broussel , pour qui en partie on fit les barricades l'an 1648. Il étoit âgé de quatre-vingt-trois ans. Son fils, qui est l'un des plus savants de Paris , est conseiller de la cour. Il étoit reçu en survivance.

On dit que le maréchal de Turenne est d'avis de ne point faire de siège, si on ne lui donne de l'argent, qui est un métier que notre cardinal Mazarin n'entend point. II court ici un bruit que l'empereur est'mort, et le vieux duc de Saxe aussi, et que le jeune duc de Saxe se veut faire catholique romain , afin de parvenir à l'empire. Il est à craindre que cet aigle , qui a mangé d'autres oiseaux , ne vienne enfin en proie à plusieurs autres. Le roi doit aller vers la frontière , où sa présence est requise , avec le Mazarin , et môme on croit qu'ils iront jusqu'à Metz. Il y a apparence, comme celui-ci en a l'évéché , qu'il en veut aussi avoir le gouvernement II aura enfin tout ; car on le fait ici le dieu de la terre , et tout lui réussit.

Nous nous assemblerons demain pour notre pauvre collègue M. Vacherot , qui est prisonnier à Rennes , pour avoir aidé à sauver son maître le cardinal de Retz. M. le maréchal de la Heillcraie le poursuit criminellement. On a déjà pendu deux de SCS gardes ; mais il n'y a point d'apparence qu'on en

A FALCONKT. . 39

veuille faire autant à son médecin (l). On doit pourtant tout craindre de la colère des grands. Pour moi , je ne voudrois point être à leur serTîce, s'il faut mourir peureux dans les retranchements d'une Tille assiégée, comme a fait depuis peu notre autre collègue M. Dupré à Arras, à qui H. le Prince ne voulut point donner congé ; ou être en danger d'être pendu , pour aider à sauver son maître, comme H. Yacherot. Je suis, etc.

De Paris , le 8 septembre 1054.

LETTRE CCCCXXVIII. — Au mèine.

On vient de me dire que le feu a pris à cinq lieues d'ici, à Mamou près de Lagny, par la faute de la prieure, laquelle cherchoitdes sourisdanslapaillasse, quirempéchoientdedor' mir.Tout y a presque été brûlé hormis leur église. On dit (|ue la perte est de près de cent mille livres. Trois religieuses y ont été brûlées toutes vives , dont il y en avoît une folle, pour qui les parents payoient pension : ainsi c'est du profit pour quelqu'un , tandis que les autres y perdent.

J'ai l'histoire de M. B. Gramond, président de Toulouse, dont vous me parlez (2). Je l'ai souvent entretenu pendant qu'il étoît en cette ville. C'étoit un bon vieillard, mais d'une âme foible et bigote. Il se faisoit de fête pour obtenir des mémoires , et pousser son histoire jusqu'à la mort du feu roi ; mais le cardinal Mazarin ne lui a pas voulu donner cet emploi. Il est mort depuis peu à Toulouse. Son livre est peu de

(1) Il y pltuiienra eteoiples dans Diistoîre d^an pareil dévouement de la pari dea nédecina. Anjonrd'hut mène , aa moment où j'écris oeUc Boie (1& juin 1S46) , le docteur Conneau est détenu à Péronne, ponrsoÎTi par le procureur du roi pour avoir favorisé ré\asioD du prlnpe Louis Bonaparte, prisonnier an cliâteau de Ham depuis plusieurj années. (H. P.)

(2) B. Gramondi historiarum GalUœ ab excetsu Henrici IVj,libri XrtU , ToloMB , 1643 , in-fof. (R. V.)

chose , et iiiliniment au-dessous de lYnstoire du président de Tbou. H est rempli de faussetés et de flatteries indignes d'un homme d'honneur. Quand il fut achevé d'imprimer, et prêt d'être mis en vente , M. de Gramond fit refaire quinze demifeuilles pour y flatter plus fortement le cardinal de Richelieu , qui étoit alors au plus haut point de sa faveur. Ce bonhomme crut qu'il n'y avoit point de termes assez forts pour le louer ; mais il n'y gagna rien, car le cardinal vint à mourir.

Ou dit que Cromwell a été bien étonné de la levée du siège d'Àrras , et que cela l'obligera de changer de dessein. La reine de Suède , qu'on dit être toute espaguolisée , en ayant reçu la première nouvelle, fit cesser la comédie qu'on représentoit devant elle , et la fit recommencer aussitôt qu'elle eut appris que l'archiduc et le prince de Condé s'en étoient sauvés , et que toute la perte étoit réduite à quelques prisonniers, environ mille hommes tués , cinquante-quatre canons et quelques bagages pris. Je suis votre , etc.

De Paris, le 15 septembre 1654.

LETTRE CCCCXXIX. — An même.

Il faut que je vous fasse part d'une bonne nouvelle dont vous ne serez pas marri, si ce n'est que vous n'ayez pitié de moi, comme l'on a quelquefois de ceux que Ton aime, voyant que ce que je m'en vais vous dire me fera bien de la peine. C'est que M. Riolan le bonhomme, se sentant fort vieux, et presque accablé d'un fardeau aussi pesant que le mont Etna, m'a considéré par-dessus tous les autres pour me faire avoir sa charge de professeur royal, ce qui est heureusement accompli. M. Amory , cvéque de Coutances et grand- vicaire de H. le cardinal Autoiire , grand-aumônier de France, a reçu et u^réé la nomination que M. Riolan lui a faite de moi. De là nous avons été à M. de la Vrillière, secrétaire d'État , qui a signé nos lettres ; ensuite nous les avons portées chez le garde

A FALCUNET. 4l

xtiWïX M. Hiulan lut a alloguéscs raisons, àquoi il a ré- A\\ (\a'il connoissoit fort bien M. Riolan et son mérite , et que pour moi, il me connoissoit aussi, que lundi prochain il y luroit sceau , et que nous y fussions , qu'il nous expédieroit de bon cœur. Ainsi , il ne reste plus que quelques cérémonies et de faire le serment de fidélité entre les mains de M. Vévéque <)e Coutaoces. Mon emploi sera pour la botanique, la pharmaceutique et ranatoroie. J'en choisirai divers traités, tantôt de l'une, tantôt de l'autre, et apporterai tous mes soins à faire de bous écoliers , qui soient éloignés de la forfanterie des Arabes et des impostures des chimistes , qui sout les venins ordinaires dout les jeunes médecins sont aujourd'hui empoisonnés J'ai dessein de donner un traité des médicaments purgatifs Vunples el composés , où je ferai une belle rafle de tant de sortes et inutiles compositions qui se trouvent dans les grandes pliarmacopées ; puis après, j'ai envie de donner un traité des altéralifs simples , de8(|uels je choisirai les principaux pour en dire quelque chose de gentil et de particulier. Après cela je pourrai venir à un traité fort curieux des poisons, où je n'oublierai pas Tantimoine, et le traiterai comme il mérite , ei même ceux qui en donnent , comme autant d'imposteurs el d'em|M>isonneurs (l). Je suis , etc.

Ue Paris, le 0 octobre 1654.

LETTRE CCCCXXX. —Au mètne.

M. Courtaud, de Montpellier, cherche quelqu'un pour le faire écrire contre M. Guillemeau; mais il a affaire à forte pallie. Je ne sais pourquoi ce Courtaud m'a tant fourré daiiT» son livre, moi qui ne l'ai jamais vu ni offensé, et qui ne savais pas même s'il ctoit né. Si le Uvre de M. Merlet contre

[i) Gai Patio n*a tenu aucune de ses promesses , el , à dire vrai , peutêtre faol-il sVn féliciter. Ses lettres seules ont fait vivre sOh nom ; c'e^t là Mm monument œr% perennius. Voyez U Notice biographique, {K.V,]

Eusèbe Reoaudot ne vous a pas satisfait, il en viendra bien* tôt un autre meilleur, «avoir, de M. Perreau , qui n'a pu ôtre achevé plus tôt, par la disette des ouvriers, qui est ici fort grande. Eusëtie Renaudot est ici fort malade d'un abcès à la tête , qui a été suivi d'une grande douleur ; il avoit eu des convulsions et des vomissements jusqu'au sang, par une certaine rencontre bien étrange , de cause externe , que M. SfK)n vous contera. Depuis trente ans je n'ai point vu si peu de malades que depuis trois mois; hormis quelques dysenteries dont les malades sont réchappes, avec de petits lavements déter^ sifs, la saignée réitérée, et quelques légères purgations avec casse et séné, ou catholicon double , etc. Je vous prie d'assurer H. Uub^ que je suis son très humble semteur. Je ne vois point ici de Lyonnols que je ne leur parle de vous.

Enfin M. Riolan m'a donné sa charge de professeur du roi , en survivance. M. Tévèque deCoutances, grand-vicairedeM. le cardinal Antoine, grand-aumônier, nous en a donné son consentement , et ensuite j'ai obtenu du roi et de M. le garde des sceaux toutes les autres provisions nécessaires , et j'en ai prêté le serment, en vertu de quoi j'espère de commencer mes leçons après Pâques ou environ, s'il plaît à Dieu; car le bonhomme souhaite de m'en voir tout-à-fait en possession avant que de mourir; je souhaiterois pourtant très volontiers qu'il ne mourût jamais : àîkXà toOtô .<jTtv o^ôvarov ; nec datnr in hac misera mortalitate ; il est même si vieux qu'il me fait regret et pitié. Le pape n'est plus mort; on dit qu'il est revenu de maladie en santé, mais que ce n'est point pour longtemps , à cause de sa décrépite vieillesse. Hier, à deux heures après midi , le bonhomme R. Chartier, âgé de quatre-vingt-deux ans(l), tomba de son cheval, et mourut apoplectique. On s'en va rompre deux grands voleurs à la Grève, dont l'un a été valet de pied du cardinal Mazarin. Vole.

De Paris, ce 30 octobre 1654.

(1) Voyez la noie t. 1, p. 214.

LETTRE CCCCXXXI. - Au métne.

Il est ici arrivé des nouvelles que le signor Pietro Mazarin, père du ciirdiual , est mort à Rorae fort âgé. En même lemps, on nous apprend que le père de Gondy, prêtre de TOratoire et père de M. le cardinal de Rett, est mort à Clermont en Auvergne, où il avoit été envoyé en exil. Je ne sais de quel compliment s'y serviront Tun et l'autre de ces pères en raùtrc monde, s'ils se rencontrent, à cause des inimitiés entre leurs deux enfants , et tous deux cardinaux de sainte mère Église. Le 10 de ce mois , mon second fils , Charles , a répondu à sa première question quodlibetaire , dans nos écoles , fort bien, et au grand contentement de tous ses auditeurs, dont je suis fort réjoui.

Je vous renvoie la lettre du sieur Courtaud ; c'est un bon

garçon. Il fait le prud'homme dans ses lettres, et le fou dans

ses livres. Il ressemble aux pharisiens du temps du Messie ,

qui rhonoroient des lèvres, mais leur cœinr étoit éloigné de

lui , ou à ceux qui cachent leur bras après avoir jeté la

pierre. Il dit qu'il veut être mon ami, après avoir tant dit

de ma! de moi. Il m'accuse d'avoir fait la Légende^ à quoi

j'ai aussi peu contribué que vous. C'est M. Meriet qui en est

auteur. Il me biftme du livre du Médecin chmHtable , je n'y ai

rien mis du mieli. C'est un libraire hollandois, nommé Vlac,

qui l'a fait faire , et qui en a payé la façon à H. Sauvageon.

11 faut bien que Courtaud ait la tète mal faite; il veut dire du.

mal de notre bonhomme, H. Riolan, qui est estimé* par

toute l'Europe et au-dessus de toutes ses atteintes. Je trouve

encore qu'il est bien plaisant de citer M. Riolan comme un

homme qui auroit dit du mal de moi dans ses Recherches (1),

lui qui est mon meilleur ami. Ne lui en déplaise, cela est

{!) CuriêWMêi recherches sur les eseholes de médecine de Paris et de Monipeîliêr, Paris, IS51 , in-8«. (R. P)

44 LErTRKS DE GUI PATIN

très faux. Pour ce (|u'il dit de ma raillerie, il a tort. Hélas! qui pourroit $ empêcher de rire parmi tant de folies du siècle et de si méchants livres que ceux de Courtaud? 11 feroit fort bien de se taire et de ne plus rien écrire, mais ce n'est pas à moi à lui donner conseil. J'ai môme peur qu'il ne soit pas capable d'en recevoir. Je vous prie d'assurer tous nos bons amis de Lyon que je suis leur très humble serviteur. Vaie.

LEITRE CCCCXXXIl. - Au même.

Je vous rends grâces de votre dernière. Quand j'aurai fait ma harangue , j'en croirai mes amis , et peut-être que je la ferai imprimer, et, en ce cas-là, je vous en enverrai des copies en tel nombre qu'il vous plaira. C'est bien mori intention d'avoir quelque jour pour auditeur M. votre fils, pour lequel je ferai tout mon possible, c'est-à-dire tout ce qui se doit au fils de son meilleur ami. Je vous remercie de la bonne opinion que vous avez de mes .deux grands garçons ; je souhaite fort qu'ils soient quelque jour dignes de votre amitié. Je ferai tout ce qu'il me sera possible afin qu'ils la méritent.

Pour M. Courtaud , il parott par ses œuvres qu'il n*est pas bien sage: aussi n'en a-t-il que du déshonneur; lui et H. Guillemeau ne sont pas près de se taire , et je.croiis que cette controverse ne s'apaisera que par la mort. Il me chante des in- •jures de fripier, indignes d'un homme de lettres, et qui auroit le moindre grain de sagesse. M. Guillemeau ne l'a point vu depuis quarante ans, ne l'a jamais desservi, et reçoit de lui des injures atroces et criminelles : et hœc sunt deliriaseciUi morientis.

J'ai délivré un petit paquet pour M. Spon, dans lequel il n'y a pour ce coup que la thèse de mon fils Charles , et le /{abat- Joie de l' Antimoine triomphcuit , de M. J. Perreau. Si par ci-après il nous vient quelque autre chose, je vous en ferai part.

A FALGONKT. 45

M.GQillenieau est un excellent homme, personnage de crédit H d'autorité , et autant homme d'honneur que j'en connoisse ; Tort habile homnrie , grand sens, grand esprit, grand jugement; beaucoup de biens, beaucoup d'amis. Regardez si M. Courtaud n'est pas fort mal conseillé de s'y prendre comme il fait.

H. Gassendi est. Dieu merci , en bon état ; il n'a plus qu'à se conserver; vous savez comme il est délicat. M. Riolan est aussi tout autrement mieux , et n'étoit que le froid qui le fait asthmatique» il n'y paroltroit point ; il a près de quatre-vingts ans. Je les ai tous deux traités en môme temps fort malades ; ils ne le seront jamais davantage sans mourir , mais l'hiver leur est bien contraire à tous deux. Je serai toute ma vie, monsieur, votre, etc.

De Paris, le 13 Janvier 16S5.

LETTRE CCCCXXXin. — Au même.

Je viens de recevoir votre lettre , de laquelle je vous remercie et de tout ce que j'y ai trouvé , qui sont les cahiers de M. Cousinot. Je vous en ai bien de l'obligation, et même de ce que vous aimez la mémoire d'un si honnête homme. J'attendrai patiemment le reste. Pour Talfaire de mademoiselle votre belle-sœur, je ferai pour elle tout ce qui me sera possible et y emploierai tous mes amis. Je m]étonne de la perfidie de sa partie. Je pense que le compagnon perdra son procès tout du long. Je suis surpris de voir tant de hardis chicaneurs au monde. C'est l'iniquité et l'impudence du siècle qui cauf^nt tous ces désordres. J*ai achevé ma harangue de professeur du roi , et suis prêt de la réciter dès demain dans le collège de Cambrai, pourvu que H. l'évêque de Coutances , qui est le grand-vicaire de M. le cardinal Antoine , y puisse assister.

46 LETTRBS DE GUt PATIN

On nous apprend ici que le cardinal de Retz est fort malade à Rome, où , s'il mouroit , la collation de rarchevéché appartiendroit au pape, en tant qu'il mourroit sur ses terres.

Un jeune gentilhomme , capitaine aux gardes , nommé M. de Tilladet, qui a encore son père vivant, et qui a été autrefois gouverneur de Bapaume , et depuis de Brissac , neveu de M. le Tellier, secrétaire d'État, a été ici tué misérablement par les pages et laquais de M. d'Ëspernon. Les deux carrosses de ces deux maîtres s'étoient rencontrés et entre-heurtés. Ces laquais vouioient tuer le cocher de H. de Tilladet Le maître voulut sortir du carrosse pour rempécher , et fut aussitôt accablé de ces coquins, qui le tuèrent brutalement. Le roi veut que justice en soit faite , et a donné une déclaration contre les la(|uais pour empêcher à l'avenir de tels abus ; savoir, qu'ils ne porteront plus d'épées ni aucune arme à feu , sur peine de la vie ; qu'ils seront dorénavant habillés de couleur diverse et non de gris, alin qu'ils soient reconnus. Cette déclaration a été envoyée au parlement pour être vérifiée et publiée. Cela a été fait. Elle est affichée par tous les carrefours et publiée par la ville ; mais je ne sais pas combien de temps elle sera observée. Les jésuites ont quelquefois dit que les décrets de Sorbonne ne passent pas la semaine. Ces ordonnances en seront peut-être de même ; car les François font de très beaux règlements, mais les observent très mal.

Hier mourut ici un homme ti*ès vieux et considérable en sa qualité : c'est M. le Bret, doyen des conseillers d*Etat, âgé de quatre-vingt-quatorze ans. Il a autrefois été avocat-général au parlement de Paris , et étoit un des juges du maréchal de Marillac. Ce fut lui qui donna le coup de mort ; car, quoi qu'il eût promis aux parents de ce pauvre et infortuné maréchal , il se laissa ensuite gagner de l'autre côté par le cardinal de Richelieu , qui lui donna le bi-evet de premier président du parlement de Metz; à quoi il ne gagua rien, car tôt après on le lui ôta, et il fut vendu à un autre , qui depuis est mort enragé.

A PALGONIT. 47

Il y a ici une plaisante querelle enti;e le prévôt des marchands et échevîDs contre les cordeliers , pour une porte que ceux- ci ont faite au derrière de leur maison , laquelle répond dans le fossé du faubourg Saint-Germain. Cela fera un procès qui ira en la grand'chambre. Quand je vais au palais , j'y vois autant de moines que de sortes de gens. Leur avarice et leur ambition y en conduiront peut-être à l'avenir encora davantage.

U est tomlié une tour dans le bois de Vincennes qui a accablé un des concierges avec sa femme et trois enfants. La lervanle, qui entendit du bruit, se sauva à la bonne heure. Le roi a voulu voir ce désastre de ses propres yeux. Adieu , je suis votre, etc.

De Parb , le M Janvier 1655.

LETTRE CCCCXXXIV. - Au mène.

Je vous envoyai ma dernière le 23 du passé , avec des vers contre un des nôtres, que Von nomme le beau médecin, qui est le plus laid homme de Paris et le plus camus. Scaliger a autrefois dit que le nez étoit l'ornement du visage ; en ce cas-là, il faut que celui-ci soit bien l.iid, car il en a moins qu*uiie noisette.

Avez-vous ouï dire que le Paracelse s'imprime à Genève en quatre volumes in-folio? Quelle honte qu'un si méchant livre trouve des presses et des ouvriers , qui ne se peuvent trouver pour quelque chose de fort bon ! J'aimerois mieux qu*ou eût imprimé TAlcorun , qui n'est pas si dangereux , et qui au moius ne tromperoit pas tant de monde. La chimie est la fmase moHHoie de notre mciier (l). Je voudrois que pour le bien

(1} Le luo' est dar ; niais si Ton réfléchit à Pétat de la chimie au «iéde de tiai Patin , setesc» qui ne eonsistait qu'à chercher la pierre philoaopbale , à trouver des secrei^ , de» eiNiipositioiis pour guérir

1 public elle fûl aussi bien détendue que les faux quarts d'écus, pour lesquels on a autrefois pendu tant de faux monnoyeurs, Enfin , j ai fait une harangue le premier de ce mois. RUe a

/ duré une heure entière ; mais elle n'a pas été ennuyeuse , à cause quec'étoit un fil perpétuel de l'histoire du collège royal depuis Tan 1529, par son premier instituteur François l***,

, laquelle institution a été entretenue par ses successeurs et gouvernée parles grands aumôniers de France. Après cela, j'ai parlé des anciens professeurs qui ont illustré ce collège, tels qu'ont été Danesius, Turnebus, Carpentarius, les deux Duret» le gi*and Simon Piètre, et ceux qui vivent encore, comme M. Riolan , à qui je témoignai ma gratitude de m'avoir choisi pour son successeur. J'y vis quelques moines blancs et même quatre enfants du bienheureux père Ignace; je ne sais comment ils y sont venus sans y être invités. Un de nos médecins me vient de dire qu'hier il revint du collège de Cambrai avec un de nos compagnons anttmoniaux , auquel ayant de-

\ mandé son avis de ma harangue, le docteur répoT^dit que le latin en étoit bon, mais qu'il y avoit trop de fatras; que je l'avois trompé , qu'il s'attendoitque je parlerois contre l'antimoine > mais que je n'en avois rien dit.

Un conseiller de la graud'chambre , fort vieux et presque au bord de la fosse, se va remarier à une jeune et belle fille d'un autre conseiller. Je crois que le bonhomme veut mourir d'une belle épée. Mais voyez si ces bonnes gens sont capables de bien juger nos procès, eux qui font telles folies.

M. Guillemeau a fait distribuer son second livre contre M. Courtaud, neveu de feu M. Héroard, médecin du roi, dont il veut décrire la vie. Il fera voir que c'étoit un homme très indigne de la place qu'il tenoit, à laquelle il étoit parvenu par des artifices semblables à ceux de Vautier et de

toute espèce de maladies, el favoriser aiiiiii le plus vil charlatanisme, on comprendra la fiére indignation de l'auteur. (R. P.)

A FALCONRT. ^9

Valot , qui , quoique des derniers du royaume, ont été élevés sur Tautel comme des chandeliers bien luisants. M. Courtaud a lait tort à son parti , à sa cause et à la mémoire de son oncle, en disant tant d'injures à des gens qui ne pensoient point à lui et qui ne Tavoient jamais offensé. £n traitant si indignement M. Riolan , qui est vraiment homme d'honne\ir et grand personnage , et en proférant tant de mensonges contre les autres et contre moi, partout où il m'a nommé, et entre autres où il nie fait l'auteur de la Légende , ce que tout le monde de deçà sait être très fauîj , et même ceux qui y ont le plus d'intérêt. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

l)eParis,le2raar4l655.

LETTRE CCCCXXXV. — Au même.

k viens d'apprendre par M. Moreau qu'il y a un livre nouvellement imprimé contre MM. Riolan, Bartholin , Pecquet et autres , où l'auteur maintient que la sanguitication ne se fait ni au foie, ni à la rate, ni au cœur. Nous sommes dans le règne des nouveautés et des choses incroyables ; je ne sais même si nos descendants pourront croire toutes nos folies et les soufifrances des gens de bien (i).

Aujourd'hui 29 mai, a été rompu en Grève un insigne voleur de grands chemins, nommé Beaufort. Bon Dieu, que nous serions heureux si c'étoit le dernier larron !

1} ÉlemeUcs récriminations faites dans tous les temps, et heureuse- ■foi très inutiles. Lorsque Jenner lut son mémoire sur la vaccine à la Société royale de Londres , on sourit de pitié , et Ton refusa , dit-on , d'insérer son travail dans les mémoires de cette illustre Société.. .. GMime si nous n''aTions plus xien à apprendre , comme si les sciences avaienl dit leur dernier mot ! Quand Thomme vivrait autant que le soleil, il irait toujours apprenant quelque vérité nouvelle , encore mourrait-il aflinié de savoir. ( I^- J^ !

50 LETThBS DB GUI PATIN

On dit que si le papecliicane le cardlDal Mazariu, il lui renverra son bonnet rouge, et qu'il se fera connétable de France ou quelque peu davantage; j'entends qu'il prendra la qualité de généralissime des conseils et des armées du roi, et qu'ainsi il demeurera assuré contre les foudres de Rome, dans lebon poste qu'il tient.

Le mois passé, est mort à Metz un grand médecin nommé M. Foes, qui étoit fils de François Foés, fils d'Année Foës , qui a travaillé si utilement sur Hippocrate.

Un prévôt que nous avons en ce quartier, nommé la Forêt, grand preneur de larrons , en surprit hier un , lequel, pour se dépêtrer des archers, fit merveille de se défendre. Il fut enfin accablé par la multitude et paries coups, dont il eut l'épaule cassée. Dans peu de jours on lui cassera le reste des os. Je suis, etc.

DeParis,1e8JuiiH6i»S.

LETTRE CCCCXXXVI. — Au même.

Je vous remercie de votre dernière, et de la continuallon de votre amitié. Le livre de M. Rlolan contre Pecquet sera bientôt achevé. On dit que Pecquet menace de dire bien des injures à M. Rlolan , c'est signe qu'il n'aura guère de raison de reste. Je montrerai votre lettre à M. Guillemeau. M. Riolan s'en va faire une nouvelle édition de son Enchiridittm anatomictim et pojtliologicum , in-octavo, augmentée d'une quatrième partie, et même de plus si sa santé le lui permet, et cela sera fort bon. La peste continue d'être bien forte à Leyde.

Comment se porte M. Choulier le jeune? que vousa-t-il dit de moi? Puiasne perventurwn ad bonam frugem, tant mol* tem , (ideo despandentem adolescentem ?

Je vous remercie du quatrain de Nostradamus, que plusieurs mavoienl ici monti'é : ce n'est pas d'aujourd'hui que les fous prophétisent, sans ce qu'ils feront ci-après. Tout ce qu'a fait ce Nostradamus ne sont que des rêveries et des rébu$ d^ Provence. Je trouve fort bon ce distique que vous m'avez

A FALCONBT. 61

cité contre lai ; mais il est un peu autrement dam le recueil des vers du propre auteur , et meilleur ce me semble.

Motlra damuxy cuni verba damux ^ nnni fallere vontrnm eff ; Et quum rerba damun^ nit nixi vagira damus.

Qui pensez- V0U3 être Tautcur de ce quatrain ? Les huguenots, et entre autres Fréd. Spanheim, iu dMis £vangelicisy qui est un très bon et curieux livre, l'attribuent à Théodore de Bèze; mais cela n'est pas : le'vrai auteur est un Caroim Utenovius^ des poèmes duquel on trouve un petit recueil que j'ai céans ; c'est le même nom de celui à qui le grand Buchanan a dédié son Francitcanus , et fraires fraterrimi.

Nous attendons ici des nouvelles de Pavie; maison dit qu'elles ne seront pas à notre avantage. Des Ànglois et de la flotte d'Espagne dans l'Amérique septentrionale , il n'y a encore rien de certain. On dit que le roi doit aujourd'hui aller à la Ferté, y revoir la reine, pour se réjouir de ses nou- Telles conquêtes avec elle, et entre autres des prises de Condéet de Saint-Guilain; que de là il ira à Compiègne, où le duc de Mantoue se rendra, et où l'on fera de belles comédies. Le désordre est grand en Pologne, où trois provinces se fool révoltées , et le roi de Suède y est entré avec 50,000 hom* mes : ioio sf^vit Mars impius orbe. Je vous baise mille fois les maîns y et suis de toute mon àme , monsieur, votre , etc.

De Paris, le 30 août i65».

LETTRE CCCCXXXVII. ~ Au mène.

Je vous ai écrit du 30 d'août , avec trois lettres pour

MM. F , G et D Nous avons ici un de nos collègues

malade, savoir, M. Ailain. C'est l'esprit le plus doux qui soit a Paris dans le corps le plus atrabilaire. Il ressemble à Socrate; car il s'est si utilemeul appliqué à la philosophie moraie, que de tout mauvais qu'il étoit naturellement, elle Ta fait tout bon.

Je viens de voir une dame qui étoit en travail d'enfant , que

j'ai fait saigner du bras droit, et laquelle, un quart dMimire après , en ma présence , est heureusement accouchée.

La sage femme, que je connois il y a longtemps, m*a raconté que, dans la rue Montorgucil, elle avoit accouché depuis trois jours la femme d'un boulanger de petits pains, d*un «'nfantqui n'avoit nulle marque de sexe et qui étoit tout uni; ce que je ne comprends pas , puisque, selon H. Riolan , le fœtus fait son eau par le canal de la vessie. Les yeux étoient fer* mes et couverts d'une peau ; il n'avoît point de nez , mais seulement un petit trou au milieu du visage, et une corne au front, grosse et longue comme le pouce. Il ne vécut que deux heures (]}. Si cela se communique dans Paris, voilà de quoi faire parler ceux qui se mêlent de pronostiquer sur ces prodiges.

Le bonhomme Gassendi traîne son mal et sa vie tout ensemble; mais, à vous dire vrai, c'est une vie misérable. Il râle quelquefois, il ne crache guère bien, il a toujours la fièvre et un méchant flux de ventre, fort ennemi des maladies du poumon. Il est visité de quantité d'honnêtes gens, et entre autres de plusieurs médecins. Comme j'en sortois, j'ai trouvé M. l'abbé Bourdelot (2), qui marche en très révérendissime prélat, grands et longs habits à longue queue, dans un bon carrosse, suivi de trois estaffiers qui ontibonne mine. La satire des mille vers de l'an 1636 , en parlant du père Joseph , capucin , disoit entre autres choses de ce moine :

Il a (les laquais insolents

Qui jurent comme ceux des grands.

Représentez- vous la même chose des laquais el autres officiers de la basse-cour de M. l'abbé Bourdelot.

(1) Un grand nombre de monstruosités analogues el des écarts le^ plus bizarres de la nature onl été rassemblés dans un ouvrage important de M. Isîd. Geofiroy Sain'.-Hilaire , ayant pour litre : Hitloire générale et particulière d$§ anomalie» de Vorganisaiion thés Vhommt el le$ anmaux, Paris, 183-2 1836, 3 vol. in-8» et allas. (R. P.,

^2 Voyez la note ^ur ce médecin abbé, 1. 1, page 513.

A KALCONBT.

J'«i nppris la querelle que Heyssonier fait à votre collège; Je m'étonne fort de quoi il s'est avisé, de faire parler de moi parsonavocat; je irai nulle intelligence avec lui, et même, ne souhaitant pas son commerce, je n'ai point répondu à ses deux dernières lettres , vu qu'il me demandoit une chose qui n'étoit ni raisonnable ni possible , qui est tout le contraire de ce qu'on doit demander à un ami , au dii*e d'Aristote. Je me .suis toute ma vie tenu au parti où j'ai vu la justice, la vérité et la raison. Il me semble que le vôtre est de cette nature.

M. Chifflet, médecin de l'archiduc , qui écrivit il y a deux aus contre la poudre fébrifuge ou quinquina des jésuites , ayant appris qu'à Rome on avoit fait un petit livret pour cette poudre contre son livre, il y a fait une réponse que l'on imprime de deçà (1).

M. le nonce me demanda, ces jours passés, si je voudrois aller à Bologne pour y être professeur in primo loco , avec deux mille écus de gages, et apparence d'en gagner autant en pratique. Je l'ai humblement remercié de l'honneur qu'il me faisoit; n^aîs ni l'ambition ni l'envie de devenir riche ne jne feront pas quitter Paris. Il y a cinq ans que je refusai d'aller en Suède à de beaucoup meilleures conditions. Je suis guéri de la péréyrinamanie et de la philargiffie , ou plutôt je n'en ai jamais été malade. Je suis , etc.

De Parw. le 21 septembre 1655.

LKTTRE CCCCXXXVIIL — Au mêiup.

Je vous remercie de vos deux dernières , et confésâe vous avoir de très étroites obligations. Vous êtes un ami admirable et très obligeant. Mes enfants même sont très obligés de vous honorer par le soin que vous avez d'eux. J'espère que Carolus. mon second , ira lui-même vous remercier pour lui et son frère aîné.

1) L'oavrage de Jean ChitUet a pour titre : Pulvlt febrifugm orbig ^merieani, ouTrage de peu de valeur; in- 4", Lovan., 1653. Voyex la note 1.11, p. If 8. (H. P.)

Dans le couvent de la Visitation , à Lyon , il y a une demoi* selle , fille de M. de Riaut , conseiller d'État. Sa mère esl. nièce de M. de Narbonne > et s'appelle Marie des Prez. Cette belle religieuse, qui n'est pas encore professe, est considérable pour sa naissance, entre autres belles qualités qu'elle possède, étant descendue de notre grand Fernel, qui a été vraiment un incomparable médecin. Il laissa deux filles, dont l'aînée fut mariée à M. Barjot, président au groodcoii* seil et maître des requêtes, duquel est descendu aujourd'hui M. d'Auneuil , maître d'hôtel de chez le roi. Auneuil est une terœ de 12,000 livres de rente en notre paya de Picardie » près de Beau vais , à deux lieues de mon pays natal. L'autre fille de Fernel fut mariée à M. Gilles de Riant , président au mortier, qui mourut l'an Jô97. Elle s'appeloit Madeleine Fernel, et mourut l'an 16i2, au mois de mars, kgée de quatre-vingtquatoi*ze ans, et yenef*atio rectorwn benedicetur. J'ai grand regret que je n'ai été autrefois tout exprès à Villerai , au Perche , où elle est morte, pour avoir l'honneur de la voir et de lui baiser les mains. On nous fait bien baiser des reliques qui ne valeirtpas c«lle-là. Si bien que votre belle religieuse se peut vanter d'être descendue du plus grand homme qui eût été dans notre profession depuis Galien , puisque le (îrand Fernel est son trisaïeul. Je suis, etc.

Dp Paris, le 2îi M^plembrc 16"5.

LKTTRK CCCCXXXIX. '^ Au mèm^'.

La mHla<lie <|ue vous avez pris la peine de me décrire tient quelque chose de In ^oult»î. Je ( onnois ce malade, qui est (l'une (!omplexi<»n délicate. Son père, <|ui avoit les cheveux, noirs, mourut d'un catarrhe sur le poumon, et sa mère<rune inflannnatioii de poutnon. C'éloit la femme lu plus ehagrinc el hi plus colère (ht inonde, et de plus elle éloil fort roussi*. Or, il est conblanLque riMllanimation de poumon esl*toujo\ns mortelle aux rousseaux. Feti M. de la Vi^Mie, un de nos médecins de la Faculté, étoit fort rousseau ; je le ii$ nu jour ap-

peler en consulte chez un secrétaire du roi , nommé Collier, qui avoit soixante-quinze ans, et qui étoit aussi rousseau, et malade d'une inflammation de poumon; ce qui fit que je prédis qu'elle lui seroît mortelle. M. de la Vigne me demanda où i avois apfHTÎs de pronostiquer des rous.seaux. Je lui répondis que je TaTois remarqué toujours très vrai , outre que je Ta vois oui dire à M. Nicolas Piètre, qui l'avoit appris de son frère , le grand Simon Piètre, et que la raison de cela étoit que les rousseaux abondent en sérosité acre et maligne. Il me dit qu'il Tavoit toujours remarqué de même. Je Tai depuis lu dans les Ephémérides de Baillou (I).

Nous avons ici un de nos compagnons bien malade, qui est M. Allain, savant et habile homme, et un autre nommé M. Chasles. Celui-ci a toujours aimé le bon vin et en boit en quantité, ce qui retardera sa convalescence ; l'autre est fort sobre, mais bien plus vieux, et vous savez que la vieillesse est une maladie incurable. Ils sont tous deux fort savants. La .^ison où nous sommes me fait peur pour eux. L'automne ost appelé par Tertullien le tentateur de la santé.

Il est mort un docteur en théologie, nommé Coqueray, en grande réputation. Il étoit principal du collège des Grassins, «lirecteur de carmélites par toute la Franco , gï'and confesseur des religieuses , et de tous les débauchés do Paris et (\o la cour. On dit qu'il est mort h Marseille, où il étoit allé, dans une belle litière aux dépens des carmélites et du purgatoire, confesser quelque moinesse et réformer quelque couvent. Cet homme devott avoir l'haleine très puante; car bien des péchés secrets lui étoient étouflés et pourris dans son estomac : qnelqnes uns l'appeloient un jt^uite mitigé. Je suis , (île.

Dr Pari*», l« 26 oclobro HW:^.

1 La remarque prali<|iie de (iui Palin ne manque |iaM de jiisite.sAe ; il n>ii es( pa.H de même de la cause. La vériiable , c'est que les perswmes ruii»».««eî* oui les membranes muqueu.srs très rouges , douée.s «Tnne Jurande vitalité , et par conséquent siijrtle!» à des inflammalions irén inlrii«<>. ( R. I*. )

OÎ LI:TTK>> DK (ill PATIN

LETTRE CCCCXL. — Au même.

Ce mot n'est que pour vous remercier de votre dernière, et de la belle connoissance que vous m'avez donnée de M. le comte de Rebé, qui a pris la peine de m'apporter lui-même votre lettre, et de là m'emmena chez lui , où je dînai avec M. l'archevêque deNarbonne, M. Godeau, évêque de Valence, M. de Lingendy, évoque de Màcon , H. l'évéque d'Aire , et quelques abbés ; n<tus y avons bu à votre santé, et y boirons encore, Dieu aidant. Voyez combien je vous ai d'obligation. Il faut que je vous fasse le compliment de Virgile :

Tu IhurajoiSi-mque ' Conciliasi, tu das epu'ù aceumbere dirum.

Je connoissois bien ces deux premiers évèques , et le bon Tin de Condrieu, de M. de Narbonne, ne servit qu'à nous romeUre en train.

J'espère que vous trouverez beau le livre de M. Riolan , en attendant qu'il en vienne d'autres que je vous puisse envoyer. Si M. Burbier n'entreprend l'édition de la philosophie de M. Gassendi, je tàciieraide faire en sorte que, si c'est (luelque libraire de Lyon , il en imprime pour sa part quelques tomes. Puisque Ton commence l'édition du livre de M. Rivière, faites en sorte qu'elle soit bien correcte. Vous avez maintenant à Lyon M. Sauvageon, qui est bien propre à cela. On ne parle ici que du duc de Modène et de la grosse guerre que nous ferons l'été prochain en Italie; mais le roi de Suède se fait bien craindre en Pologne, et met toute l'Allemagne en une éhange appréhension pour le printemps prochain.

Apprenez-moi qui est le médecin du couvent des filles de la Visitation . à Lyon , et après je vous manderai pourquoi c'est. Faites-moi la grâce d'assurer M. Colin que je suis son très humble «serviteur; si j'eusse su son départ d'ici , je vous eusse

A KALCO.NET. 57

prrit alors. Vive , vole , ieque ex animo amatitem redama , et wHiùribus utei'e faits. Je suis , etc.

De Parô , le 24 décembre 16tt5.

LETTRE CCCOXLI —Aunm,ie.

Je viens de consulter avec M. Horeau pour une dame lorraiue qui a eu trois fois la peste, et qui ressent des douleurs a tous les changements de temps aux endroits où elle a eu des charbons et des abcès pestilents. Nous l'avons renvoyée à la saignée , à la fréquente purgatiou, au petit-lait, au bain d'eau tiède , au lait d'ànesse, et à un exact régime de vivre qui la rafraîchisse et Thumecte , car elle est toute de soufre, fort sèche et presque hectique. Â propos de remèdes , j'ai vu uu capitaine qui a été en Allemagne , qui m'a fort loué les pilules de Francfort. Je lui ai dit que je les connoissois comme un reniètle fort usité eu Allemagne , mais que nous ne nous en servions guère à Paris , parce qu'étant faites d'aloès, elles donnent les hémorrhoïdes , auxquelles nos bourgeois ne sont (|ue trop sujets par leur intempérie bilieuse et leurs dôiKiuches Obligez-moi de m'indiquer quelque auteur qui les ait bien décrites(l}; jene les trouve point dans mes livres, pas même dans le Schroderus, qui en a fait le fin, et ne les ose décrire de peur de les rendre communes. C'est une chose pitoyable de voir comment le peuple abuse des remèdes. Les propriétés spécifiques , comme celle du hareng contre la goutte, ^ontdes brides à veaux et des illusions d'empiriques.

M. Riolan est fort vieux. M.R.Moreause porte mieux, tout ravM' qu'il est. Leur mort et notre vie sont entre les mains du grand Maître, qui en disposera comme il voudra.

;i' Voyex fowrdën ,' Pharmacopée universelle, ou Cofispeetui de l*ul€$ Inpharmaeapéee , Paris , 1840 , 1. I , p. 157. (R. P.)

5 A LETTRES DE Glfl PATIN

Il n'y a pas longtemps qu'on me fit voir ici un Auvergnat malade, lequel étoit soupçonné de ladrerie; peut-être que sa famille en avoit quelque renom , car pour sa personne il n*y en avoit aucune marque. Cela me fit souvenir de quelques familles de Paris qui en sont soupçonnées; mais actuellement nous ne voyons ici aucun ladre, si ce n'est à Tégard de Tesprit ou de la bourse. Autrefois il y avoil un hôpital dédié pour les recevoir au faubourg Saint-Denis. On n'en voit auôun ni en Normandie, ni en Picardie, ni en Champagne, quoique dans toutes ces provinces il y ait des maisons qui leur étoient destinées , et qui sont converties en hôpitaux âe pestes. Autrefois on prenoit pour ladres des véroles , que l'ignorance des médecins et la barbarie du siècle faisoient prernlre pour tels. Néanmoins il y a encore des ladres en Provence, en Languedoc et en Poitou.

'- M. le Gagneur, notre médecin , est bien tâché d'avoir suivi le prince deConti, auprès duquel R. Belleval lui l'end de mauvais offices. La cour est une belle putain qui donne bien souvent à ses amoureux des cassades et de belles espérances. Pour moi , j'aime mieux mes livres , qui font ma tranquillité plus sûre f et qui feront peut-être celle de mes enfants. Il est vrai que je n'en serai pas plus riche ; -mais aussi j'en aurai moins d'inquiétude. Pibrac finit ses quatrains avec ce vers qui finira aussi ma lettre :

<f soiil les fruîls (h» ma philosophie.

Je suis , etc.-

De Paris, le 22 février 1636.

LKTTRK CCCCXLII. — An tnèmr.

. Pour répondre à votre dernière, que M. Lanchcnu ma rendue, je vous (lirai que ledit nioiist€ur m'est très recommandé, et

A FVLCONBT. 5(1'

par sou propre luérrte et par les obligatious que je vous iaii en

très grand nombre , dont je me ressouTÎens très bien. Il ne

fera ici guère de remèdes , faute de lotsir; j*espère que si peu

que nous lui en ferons, le disposera fort à recevoir, par vos

bons couseils, la perfection de sa guérison. Il se purgé quel-

qnefois ^ use du demi- bain , mats rarament, faute de loisir ;

il a ici d'autre» affaires qui le pressent. Je suis tout ravi que

vous aimiez tant notre Fernel ; cet homme est un de mes

saints avec Galien et feu H. Piètre. J'ai dit à madame âé

Riant , la mère de votre belle religieuse, que je tiendrois à

plus grande gloire d*étre descendu de Fernel que (i*étre roi

d'Ecosse, ou parent de rempereur de-Conslantinople. Fernel

a été bon , sage et savant ,. nr^emqi^ nostram pêne septdiam in

iucem^ ne dicam ad viiorri retocavit. Jamais prince ne ftt tant

de bien au monde que Fernel en a fait. ObIigez>moi de dire

à votre belle religieuse que je me recommande à ses bonnes

prières. Si jamais mon fils va à Lyon , il ne manquera pas dé

TOUS aller saluer tout le premier, et elle aussi.

N'y a-t-il pas moyen de recouvrer un livre du père Théophile Raynaud , ou au m'oins savoir où il a été imprimé, in-^ tttulé : JndiB posteri , she apostoÊà», a religiom ûrdmtbvs? Ce Kvre est un de mes souhaits , et je n'en saurois venir à bout. I^a fabrique des lis d'or et d'argent est accouchée , on n'en lait plus ; ce qui me fait croire que.l'édit en sera révoqué. Je vous rends grâces du quatrain de Nostradamus , je l'avoir \u. Il faut prendre ce qui vient, et s^ tenir à ce que l'on tient,^ H pour n'être point trompé , il ne faut faire aucun état de«s luisions, des prophéties, des miracles et des mystères nonveaux. Nous en avons assez du temps passé : Félix qui prj^

Otii, etc. Je vous baise nnlle.fols les mains, et suis, mon--

• sieur, eltc, ■ "

fV Pariîi, 1« 2» mar» 165/5.

60 LETTRES DE \iVl PATIN

LETTRE CCCCXLIII. — Au mènie.

Il me semble (]ue c'est uu souge, quand je me souviens du ▼oyage que vous avez fait à Paris; mais puisqu'il n*y a point de remède , il faut l'oublier. J'es])ère que cette bonne fortune me reviendra quelque jour.

La reine de Suède n'a pas été à Paris autant qu'elle eût dt^siré. Elle n'y a presque rien vu. Néanmoins elle a eu de deçà l'approbation de ceux qui ont eu l'honneur d'approcher d'elle. Elle a l'esprit fort perçunt et fort présent. Elle n'est ni béte ni bigote. Elle n'aime ni femmes ni filles. Elle entend bien le latin , et en sait plus que beaucoup de gens qui en font profession. Je sais de bonne part qu'à vingt-trois ans elle savoit tout le Martial par cœur. On dit qu'elle fuit grand état de Catulle , de Sénèque le tragique , mais encore plus de Lu • cain. Jeserors fonde son avis. Feu M. Grotius étoit extrêmement passionné pour cet auteur. Il en avoit toujours un dans sa poche, qu'il baisoit plusieurs fois le jour. Pour Sénèque le tragique, c'est un admirable écrivain. Il est beau partout pour bien du monde. Il y a in Dvade un chœur qui commence : Verum est , an timidos fabula deceitii , L'môras cof^/M» nous vivere conditis. Si vous le lisez, vous trouverez que c'est la religion de plusieurs personnes d'aujourd'hui, entre autres des princes, des grands, des magistrats, des supérieurs de religion, même de quelques médecins et philosophes. Il est probiible , dit Cicéron , que ceux qui s'appliquent à la philosophie ne croient pas qu'il y ail des dieux. Il y en a encore plusieurs autres , mais il n'est pas nécessaire d'en faire la liste Les esprits éveillés , tels que celui de la reine de Suède , aiment de telles pointes et de ces subtilités qui passent le comm*.?n. Pour sa conversion procurée par les jésuites , je ne sais qu'en dire. Feu mon père m'a appris que le gros M. du Maine, chef de la Ligue, disoit que les princes n'avoient point de re-

A FaLCOXIST. ttl

tigion , qu'après HVoir pR<»s(> Vh^e <le (|uaraiite ans, quand ils ileviennent vî<»ux :

mm nitmitta ttobii

Mort iitMiatiM majora foeti ;

lors<{u'ils deviennent sages, ou du moins lor5(|u*ils le devroieut être. Quand je considère le chemin que cette reine a fait depuis deux ans, sans celui qu elle fera , je me souviens du conte il'un certain Italien qui étoit malade de la ^réifi'îwimaniey ou nmhidie de voyager, familière au r Allemande. Il vint à Genève , et ayant vu comment vivoient les ministres, interrogé d'eux ce qu'il pensoit de leur religion , il leur répondit : Elle nest pas mauvaise^ mais in nôtre est plus corn- Êrtodp jHiur aller par les pays. Ainsi , dans le dessein qu'elle a eu de voyager en différents pays, elle a pu prendre l'avis de cet Italien, et sans doute elle ne pouvoit pas aisément voir Rome, le pape et tant de papillons qu'il y a» sans se travestir comme elle a fait, soit qu'elle l'ait fait sérieusement, uu non (i).

Pour M. Bourdelot, son médecin . il s'appelle Michon en son surnom, et l'a changé par ordre testamentaire d'un sien oncle qui lui laissa une belle bibliotlièt]ue qui valoit bien huit mille francs. Il veut qu'on le croie savant , du moins t^st-il adroit et propre à la cour. Il est fils d'un chirurgien de Sens et a été garçon apothicaire. Il a autrefois voyagé en Italie, puis s'est fait médecin. Tôt après il s'accosta de Guénaut , qui le mit auprès du prince de Condé. Enfin , après que j'eus refusé, il y a plus de six ans, d'aller en Suède , ïv\x M.Saumatse voyant que j*avois trop de peur du froid de ce pays là , y nomma Bourdelot . qui a garni ses mains.

On tient ici que le cardinal de Retz est en la PrancheComté

(I; Ce jui;emeiit sur Clirtsirnie par un Gonlemporaiii auMÎ spirhuet «lue Gut Patin prouve que ceUc reine , fidèle i sa defwe, /a/a wam in^ vénient , n*avait rien de fiie ni dann iVjiprii , ni daiM lea afleclion^ , ni

6â LBTTIIB& Dfe .CMJl. PATtW

,^t qM'il veut maître sou àrcheyôclié <ie Paris à Tinterdil et excommunier bien du monde. 11 nous a dt^à fait manger de la viande tout un carême vsans offenser Dieu ; peut-être que par ci-après il nous exemptera d'aller à la messe. Pour Texcommunication , c-esl une commodité poifr quelques uns; car on dit qu'un homme excommunié ne peut pas être noyé, parce qu'il ne va jamais à fond. Laissons les railleries et 'îu'aimez toujours sérieusement comme je vous aime. Adieu,

De Paris , \e (i octobre 16S6.

LETTRE CCCCXLiV. — Au mène.

. Je vous écris ce mot, bien affligé : la mort, cette cruelle déesse du monde, nous a ravi cette semaine deux de nos docdans la conduite. Il y avait du virago dans cette femme orgueilleuse, violente (voye» t. Il , p. 355, , et beaucoup trop vantée.

A sa jupe courte et légère.

A bOD pourpoint, a s«m rnllet.

Au chapeau <^arni cl'iin plumet;

A» rubau poorrau qui pendait

El par devant et par derrière j

A M mine galante et fi ère,

D'aroaxone et d'aTeutiirière ;

A ce nez de consul romain ,

A ce front altier d*liéroïne ,

A ce grand œil tendre et Iiantain ,

Moins beau que le vAtre etmoius fin ,

Soudain je reconnus Christine. Etc. f Vuitairc.)

Madame de MotteviUe nous peint ainsi VamMùne êuédoiêe arrivant à Compîégne «avec sa perruque défrisée, sa chemise d'homme, sa taille un peu bosaue , ses mains aaseï bien faites, mais si crasseuses qu'il était impossible d'y apercevoir quelque beauté. » 11 faut avouer que le portrait n'eti pas flatté. (R. P. ^ •

A f ALCONKT. (MIk

teurs, qui ont été d'e&cellents homiues, dont Tun est le bQii, M. R. Moreau le père, homme d'honneur et de grand méri^^ qui est mort de vieillesse et de trop de travail, âgé desoixajjtedouze ans , le 17 de ce mois; son immodération à Tétude Ta fait paroUre vieux avant le temps : immodicis brevis est œtas et raro sei^ectut. L'autre ast M. Guillemeau, qui est mort âgé de soixante huit ans, le 21 d'octobre, marcore j^ei^e confectus (i). 11 y a deux mois qu'il se mit au lit; il y a cinquante jours qu'il ne dormoit presque point , et vingt jours qu'il ne buvoit point, par une étrange aversion qu'il a eue contre toute matière poiulente , et môme il avoil de l'horreur pour toute sorte d'aliment , n'ayant pris que des bouillons , et encore rarement , ce qui étoit trop peu pour le faire subsister , si bien que je pourrois vous dire du côté des aliments qu'il n'a pas pris, que parabolavit anbnam svam. Il avoit, depuis Tan 1632 que j'avois l'honneur de le connoihv et que nous avions été compagnons de licence, jeté souvent du pus du mésentère, et je ne doute pas qu'il n'y eût là quelque chose contre nature; de plus, il avoit de grandes douleurs hémorrhoidales et des douleurs à la vessie , ce qui nous avoit fait souvent soupçonner qu'il n'eût la pierre. Avec tout cela, il a fait lui-même de sa tète et sans notre participation un quipro ^, il y a environ dix-huit jours, qui l'a fait mourir. Ces deux hommes sont morts à quatre jours près l'un de l'autre, el ils sont enterrés tous deux dans Saint-Jean , assez près l'un de l'autre , auprès du grand Simon Piètre , qui mourut ici l'an 1618. Voilà mon affliction, vous voyez bien qu'elle n'est pas sans cause; j'y perds deux bons amis, notre faculté y perd deux bons et excellents suppôts. Me voilà donc attristé pour deux différentes raisons ; je sais bien qu'il faudra se consoler , et que le temps guérit tout ; mais je ne désire point df meilleure consolation que vos bonnes grâces, et de savoir

^ij \ ojf* U noie lOMie II . pages 266 el271.

64 LBTTRBS DE GOl PATIN

4iue VOUS me faites riioiiiieiir rie m*aiiner ; soyez aussi assuré que je suis de tout mon cœur, votre, etc.

De Paris , le 24 octobre 1056.

LRrrRK CCCCXI.V. — An whfie.

J'ai reçu avec grande joie votre leltni , qui m'appreiiil que le jeune Lemaitre est guéri ; il vous a bien de Tobligation. Il lui faut du temps pour son rétablissement, car il est naturellement foible et délicat , ne rarœ (rx-furm, et principalement en celte saison. Vous m'avez cité fort à propos un beau distique : Qniviret infoliis, etc. ; mais, de grâce, savez-vous qui en est le vrai auteur? Louis Duret les a cités sur la pratique de Hollier. Je suis de votre avis à l'égard des roussoaux ; je n'en ai jamais coimu dont je n'aie eu envie de me défier. On dit que Judas Tétoit; pour moi, je crois qu'il étoit pis que rousseau ; puisqu'il vendit son maître qui étoit si bon, il falloit qu'il eût le diable au corps. M. Spon vous pourra dire (|uelque chose des scribes et des pharisiens, que j'ai mis dans sa lettre; il y a de quoi en rire, el si bene te novi, vous en rirez 1). H vous dira aussi ce qui en est de M. Gassendi. Pour votre consultation , je pense avec vous que c'est un anévrysme ; mais pourquoi me souhaiter là pour y être président? Je me tiendrois heureux d'y être à vos crtté.s; peut-être que quelque jour nous nous rencontrerons.

Notre pauvre docteur, M. Chasles , s'en va , il n'en peut plus: il a trop été au cabaret; il n'a que cinquante-sept ans. H. Allain est un paralytique confisqué, qui ne sauroit passer l'hiver, in dtes marcescit; il mourra tout tabide el hectique; îl a environ soixante-ciuq ans, et parott en avoir plus de soixante-dix. Le roi a été malade; mais, grâce à Uieu, il se porte mieux. Valol avoit encouru la disgrâce générale de

(1) Voyez tome II, p. 213.

A KAÏ.nONRT. 65

toute la cour, et même riu roi et de la reine; mais le Maznriit

l'a maintenu par raison d'État et la sienne particulière. Là

reine avoît mandé notre Guénaut (qui ^t une méchante

peste antîmonîale ) ; mais dès le lendemain que le Mazarin

fut arrivé de la fête à Fontainebleau , on le renvoya de deçà.

Il n'est pas bien à la cour, tant à raison du prince deCondé^

duquel et de Teu son père il est créature , qu*à raison de Tan-

timoine; joint que c'est un dangereux homme, auquel on au-

roit peine de se fier. H n'y a que trop de médecins à la cour,

Valut et la Chambre, Seguin et Esprit, Yvelin et Bodineau.

L'usage des eaux minérales étoit fondé sur ia politique de la

Ciiur et du temps. Personne ne sait ici fort bien la qualité du

mal du roi; Guénaut même n'en fut pas d'accord avec Valot,

ifuit* irœ et lacrt/nue.

\^ pauvre roi de Pologne est ruiné , et presque dépouillé ; le roi de Suède en est le maître, il tient Varsovie et Crncovie. Le pape a envoyé au roi de Pologne 400,000 écus ; mais on dit que la France est d'intelligence avec le roi de Suède , et qu*il n'est point sorti de Stockholm qu'après en avoir touché 100,000 écus: voilà des cartes bien brouillées pour Tété prochain. Le pape demande la paix des deux couronnes, et dit que le roi d'Espagne lui en laisse plein pouvoir. F^e nonce presse qu'on lui fasse réponse; mais quelque chose qu'on lui réponde , je pense que ceux de deçà ne veulent point la paix, pt qu'ils disent comme ce vieux ligueur, parla gnprrc nous riettt le crédit H le bien.

Notre bonhomme, M. Gassendi , est mort le dimanche 24 octobre , à trois heures après midi , âgé de soixante-cinq ans ( l ) . Voilà une grande perte pour la république des bonnes lettres; j'aimerois mieux que dix cardinaux de Rome fussent morts, il n'y auroit point tant de perte pour le public ; au contrair«% le pape y gagneroit , car il revendroit leurs bonnets vacants à d'autres, qui ont bien envie de faire fortune à ce jeu-la.

S Vovex b noie loitie II, paj^r» àlO fl 405.

86 LETTBES DK OUI PAÎIN

Je verrai M. le comte de Rebé , puisque vous le souhaitai. Je suis, etc.

De Varin, !e A" novembre 16116.

LETTRE CCCCXLVI. — An même.

Notre coromun ami, M. R. Moreau, mourut ici le i7 octobre (1). Nous apprîmes cette mauvaise nouvelle le lendemain à la messe solennelle que nous faisons célébrer en nos t3Coles le jour de Saint-Luc , où nous étions quatre-vingt-six médecins. Il fut enterré dans Saint-Jean-en-Grève en belle com- \ pagnie. Nous étions plus de trente robes rouges pour lionorer I sa pompe funèbre. Il fut mis proche du lieu où a été enterré, Tan 16 1 8, un de nos grands hommes qui aient jamais été, depuis (lalien., en notre profession, savoir, H. Simon Piètre, qui avoit été le Mécénas de M. Horeau le défunt II est fort regretté de tous les honnêtes gens de sa connoiasance, et particulièrement de notre Faculté. Je crois bien qu'il y a quelques grimaudsde la nation antiraoïHalequi n'ont ni humanité ni charité pour personne, qui ne sont point marris de sa mort, espérant par ce moyen de faille leur moisson un peu plus don>e ; mais tels gens ne sont point capables de faire honneur à quelqu'un , ni même du déshonneur.

M. Guillemeau, un autre de nos illusti*es, après avoir longtemps combattu avec la mort, lui a enfin cédé. Il esX mort trois jours après M. Moreau. Notre Faculté perd beaucoup, tant à Tun qu'à l'autre. Hélasl les méchants, les fourbes ft les imposteurs publics ne meurent point, et ces honnêtes gens-là meurent! Néanmoins je n'y sais point de remède , le temps des autres viendra. Eu atteudant, tâchons de vivre, et de ne laisser pas mourir notre commerce de lettres, non plus <|uo notre amitié. La morte.st bien affamée et semble ne pou*

J) Voyei la note loine II, pag;e!) 266 et 271.

A FALCONKT. 67

voir se rassasier de médecins (t). N'étant pas coulante de deux excellents hommes, elle en a pris un troisième, qui étoit bon iDédecÎD et bel esprit, mais grand ivrogne : c'est M. Charles le Clerc, âgé de soixante-treize ans. C'est beaucoup vivre pour un homme déréglé. Si bien que voilà trois de nos mé^ decins morts en moins de six jours. Yoici encore une mort que j'ai à vous annoncer : c'est celle du sieur Morin , professeur du roi en mathématiques. Si bien que le voilà iDort au bout d*un an, aussi bien que M. Gassendi; mais ils u'oiit garde de se mordre l'un l'autre, car l'un est à Saint- Nicolas-des-Champs , et l'autre à Saint-Ëtienne-du-Mont. L'un étoit bien sage, et l'autre étoit fou et demi-enragé; mais, quoi qu'il en soit, c'est chose certaine qu'en l'autre moude ils auront le nez fait l'un comme l'autre, malgré toutes les mathématiques et toute la prétendue judiciaire des astrologues, dont Morin étoit coiffé. Pour M. Gassendi , il étoit homme sage, savant et bon, tempéré et habile lioinme, en un mol un vrai épicurien mitigé. Comme je lui dis en sa dernière maladie qu'il n'en échapperoit point et qu'il donnât ordre k s^ affaires , il leva gaiement la tête , et me dit à l'oreille ce beau vers d'un poète qui valoit mieux que MorÎD, et qui savoit mieux que lui de meilleures mathématiques :

Omnia prœt'fpi j afqueanimo mecum anteptregi. Je suis toujours entièrement à vous.

De Paris, le 7 noveml>re 1655.

LErrKE CCCCXLVII. - Ah mèin^.

J'ai parlé à M. le comte de Rebé de la réponse ([ue j'avois faite pour votre religieuse menacée d'iiydropisie ; il dit qu'il

T C^étaît Miifl doute pour ^e venger. Le célèbre Bordeu fut frappé fl'apoplesie dann la nuit du 23 novembre 1776. Madame Oudefraiil ,

6S LETTRE.^ DE t;i>l PATIN

la envoyée n Lyon parTonliniùre. Pour ma «lefvcriplion di^ la reine de Suède, je suis bien aise qu elle vous ait plu. On dit qu'elle a passé Turin et Casai , et qu'elle s*en va à Venise , si rlle n'y est déjà. Je ne connois rien au dessein de cette princcsï=e, ni quelle fin auront toutes ses aventures; mais je pense qu'elle voyage d'esprit aussi bien que de corps. J'apprends que Bourdelot est à Paris , et qu'il fait l'homme d'Ë- ' lat; mais ce n'est qu'un fourbe qui n'en trompera pas tant qu'il voudroit;,il y a ici beaucoup de gens qui le connoissent bien , et plusieurs autres qui ne le connoissent pas pour ce (|u'il est. (Votre bon ami Lucain a dit quelque part : BefUîs ttfcede deisque , ZiV cote felices , miseros ftige , c'est où Ton délibère de la mort de Pompée au liv. 8. ) M. Bourdelot en l'ait état; c'est peut-être à cause qu'il a fait fortune, et qu'il est aujourd'hui abbé en récompense. U y a aussi bien des gens qui ne voudroient passe fier à lui ; il a traité M. Dupuy, garde de la bibliothèque du roi , qui fut hier enterré.

J'ai reçu les deux exemplaires du livre nouveau du jésuite: c'est le père Théophile Haynaud (non pas Raimoud), qui a merveilleusement écrit. Mais je n'ai pas (/)ut ce qu'il a fait ; il est l'ami intime de M. Guillemin, votre collègue. Je trouve bien chérie TliecUimm vitœ humofiœ, par L. Beyerlinck, que M. Huguetan vient de publier; je ne sais si avec le temps il ne rabaissera point. Obligez-moi seulement de lui dire qu'il m'en fasse choisir un beau et bien conditionné , et qu'il me l'adresse; je le paierai de deçà à qui il voudra, ou bien je lui enverrai l'argent à Lyon. Je vous remercie des Institutions de M. L. Rivière, que vous voulez envoyer à mon fils aîné; vous nous faites trop de bien , et plus que je ne mérite.

M. Moreau est mort le mardi 1 7 d'octobre , à quatre heures du soir, et i\gé de soixante-douze ans (li. M. Guillemeau, lesa-

thiiil il étoil le médeciu , dit aiinsitôt : « La. mort le redoutait tellement qtiVlle Ta saisi pendant (|iril dormait. » ' K. V.]

;;} Voyex la note l. Il, p.iges '26fi H 27t.

A KAU.tïNET. 60

mA\î\ d*oclobre , h quatre heures trois quarts du matin , àgc (leMÛxante-huit ans (1). Et le lendemain dimanche 22 d'octobre, à quatre heures du soir, mourut d'une apoplexie H. le Clerc, qui étoit aussi des nôtres, et âgé de soixante-quatorze ans: c*étoii bien vivre et bien longtemps pour un ivrogne, mais qui avoii bien de Tesprit. Tout Paris regrette les deux premiers , qui étoienl excellents en leur genre : Tun ne son^ geoit qu*à faire du bien au public , Taulre aimoit ses plaisirs et lie voyoîi point de malades. Grande chère et beau jeu ; il se plaisoii en bonnes compagnies, et il avoit des plus belles de Paris. Il vouloît que je Taliasse voir deux fois par semaine, et que j*y menasse un de mes grands fils ; mais il souhaitoit bien plus Caj'olus , avec qui il prenoit plaisir de s'entretenir. C'étoit toujours le soir, et il nous envoyoit quérir en carrosse; il ue soupoit point , un bouillon de restaurant lui suffisoit ; mais il nous faisoit toujours festin , et nous renvoyoit chargés de confitures et de fruits rares ; il étoit magnifique en prince. Beaucoup de gens croient que le cardinal de Retz est ici autour de Paris; mais cela est fort incertain , joint qu'il y seroit en grand danger.

Le quinquina des jésuites de Rome n'a guéri personne ici , el il n'en est plus mention nulle part. Bm^bants eccejncet , 9tec erit cwn nomine ptilvis. Je vous baise les mains , el suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , le 19 novembre 1656.

LETTRE eCCCXLVlll. — Au //«W.

1^ mort , cette impitoyable déesse, quœ tam superbe pcram &9dot arbern terrm*tun , et lequo pede puisât paujjet^um tabernns i-egmnque iurres^ a passé l'eau et ne songe plus aux méde-

{%) Charic» Guillemeaa , né à Paris en 1688, était (ils du célèbre chir mr^ien Jacques Guillemeau (oé k Orléans en 1360, el mort à Paris le 13 mars 161'J . disciple cl contemporain d'Ambroise Paré. (K. P.;

70 LETTRKS ÙM, GL'l FATIN

ciiis de notice Faculté ; elle va en égorger d'autres qu elle pouiTa rencontrer, mais elle n en surprendra guère de plus savants que M. Moreau, dont la belle bibliothèque a été vendue à quatre de nos libraires, à ce que je viens d'apprendre , 20 ou 24,000 livres, on n^en sait pas encore le prix certain. M. Ph. Colot, ce grand et excellent liûiotome (1), est mort à Luçon en Poitou depuis quinze jours; il étoit allé tailler un huguenot près de la Rochelle ; il y est mort d'une dysenterie ; nous avons aussi perdu ici le sieur Morin, professeur du roi en mathématiques, qui étoit natif de Villefranche en Beaujolois. Hier mourut ici un maître des comptes, nommé Guérin de Marcusson , non pas , comme dit Horace , itaioperfusus aceto , mais auiico pei'cussus et intoxicaitis stibio. Alii plures pereunt ex gravitate tefnpestcUis , et acerbitate , ne dicam atrocttaie novi frigoris^ quod Virgilius scélérat um appeilavit. M. Guillemeau incidit in quandain vitœ desperationem ex doloribus ab abscessu inter pfmcreas et vent7*iculu7n latente, ut et a dysuria, ex suspicione caLculi in vesicapositi. Se sentant pressé de fortes dou-

\ leurs en pleine nuit , il erivoya quérir chez un apothicaire qui lui étoit affîdé 12 grains d'opium, dont il prit plus de la moitié. Nous le trouvâmes le lendemain fort mal, et il a toujours empiré depuis ce jour-là jusqu'à la mort. Il perdit dès 101*$ l'envie de ^oire (et presque même démanger), hormis de quelque peu de bouillon; euWntabuit, et il est mort faute de boire, tandis que l^nt d'autres meurent de trop boire de vin

\ nouveau, qui leur semble si bon.

J'ai reçu les deux livres de M. Barbier, et vous ai écrit touchant le Thentrum vitœ humanœ , que je serai bien aise d'avoir bien conditionné. J'ai vu M. le comte deRebé, auquel j'ai présenté vos recommandations; il dit qu'il n'a point reçu de vos lettres , et se rit pvô more. On dit que le roi de Suède s'en va être plus fort que jamais, à cause que le Moscovite et le petit Tartare se mettent avec lui contre le roi de Pologne:

(1) Pour litkoîamittB , cooime on dit aajoord^htii.

A FilLGOIfKT. 71

kmttoiù Mon împius orbe. Je vous entrasse de tottte mon •ffiBctioii , et je serai toate ma vie votre , etc.

P. S. Nous avons aujourd'hui fait Tacte de la vesperie de moB second fils Carolus: il passera docteur dans ceméine mois. Nous avons ici festiné avec environ trente de mes meilleurs amis, et nous n'y avons bu que du vin de Beau ne et d'A! , que le bon dom Baudios disoit à feu H. le président de Thou , qu'il falloit nommer vtnutn Dei. J'ai bu à votre santé et à celle de M. Spon , qui vous rendra la présente. Je sottb&ite que mes deui fils aient l'bonneur de vos bonnes grâces, et l'amour des gens de bien comme vous : ea lege enque formula qua Octavhtê Cœsar seftatui romano nepates ntm eommendare solebot , si metnierint,

H. le président de Thou d'aujourd'hui est désigné ambassadeur en Hollande. Il y a grand bruit en Saxe pour le nouveau dno-électéur, qui cumante hac fueril lutheranus^ hedie, é> tzceisu pareniiêt vttlt fieri coihdicus romanus. Tant pis pour les protestants, qui n'auront plus que l'électeur de Brandebourg et le palatin de leur côté. Vole et me ama.

Be Paris, le décembre IS56.

LETTRE CCCCXLIX. — Au même.

Nous avons ici perdu le bonhomme H. Kiolan , âgé de soixante^ix-sept ans moins cinq heures (1 ). Il ne fut que trois jours malade de la suppression d'urine qui l'emporta. Il étoit trop déréglé en son boire ; il ne pouvoit tremper son vin comme il falloit. Tout est scellé en sa maison ; ses enfants plaident les uns contre les autres , à cause de son second fils, qu*il a déshérité pour ses débauches. Il y avoit sept ans qu'il plaidolt contre son pauvre père, qui a gagne partout; mais il ne l'a jamais pu ramener à son devoir.

La coqucluclie, avec fluxion sur la gorge, a été ici fort com-

(i; VoyeiLla noie t. II, page 28i.

72 LEIIHES DE lit! l'ATIN

1^ muue ; mais peu de gens en sont morts » à cause qu'ils ont été [ saignés de bonne heure. 11 n'y en a plus tantôt ici , ni pi*es- 4|ue d*autres malades.

M. de Bellièvre , premier président , est mort par sa faute toute pure et par l'ignorance de ses médecins. C'étoit un homme voluptueux, sanguin, pléthorique, qui haîssoit la saignée et qui ne croyoit guère aux règles de notre profession. Trois moi3 avant que de mourir, il fut attaqué de la goutte à laquelle il étoit sujet , et ne fut point saigné à cause qu'il faisoit froid. Voyez la belle raison de Valot qui le flattoit ! La saignée lui étoit nécessaire, et encore plus en hiver, que la transpiration des humeurs est arrêtée. Étant échappé de sa goutte sans saignée , il lui vint des érysipèles par le corps , qui étoit une marque que le sang lui bouilloit dans les veines. Cela s'effaça avec quelques topiques. Six jours après, un grand rhume le saisit dans cet état pléthorique où il étoit, et.il ne fut point saigné. Il dit seulement qu'à la fin de son rhume il se feroit purger : ce qu'il fit à très mauvaises enseignes, car ce purgatif troubla et bouleversa tout. Dans ce désordre de sa santé, la fièvre continue le saisit avec une fluxion sur la poitrine qui le mirent au lit. Il avoit on sa maison un nommé Thévenin , neveu de l'oculiste , qui se dit médecin ; je pense que c'est in piwtibus itifidelium. Il adbéroit à son hérésie de ne pas saigner, parce qu'il faisoit trop froid. Valot y vint incontinent avec deux autres. Ils l'ont fait enfin saigner plusieurs fois, mais il n'étoit plus temps. Les pauvres gens des hôpitaux sont mieux traités. Le huitième jour, ils lui donnèrent quelque purgatif, dont il fut plus mal. Il fallut le resaigner ; et parce qu'il se plaignoit de grandes douleurs dans le corps, ils lui donnèrent du laudanum , qui n'est que de l'opium ou plutôt un poison déguisé ; et après enfin qu'il eut tous ses sacrements, ils lui firent prendre du vin ou venin émétique. Il se fioit en son bon esprit et en sa bonne fortune , et méprisoit tout ; mais cela ne Ta pas empêche de mourir, et n'en em|>écha jamais personne.

A KAUlONtr. 73

il ôtoit excellent homme pour sa charge , et toiil le public a raisdii de le regretter; mais le cardinal Mazarin y gagne, car il remplira cette place d'un autre dont il prétendra sans iloute de l'argent. On lui a trouvé le |K>umon gauche pourri et un abcès dans le foie, dont aucun des médecins n*avoit parlé.

Le cardinal Mazarin est fort pâle , il blanchit fort, il est fort sujet à la goutte et à la gravelle ; néanmoins il est encora jeune , il ne passe guère cinquante-cinq ans. Le cardinal de Riclielieu n*eii avoit que cinquante-sept, et n*a vécu que trente ans plus qu'il n*étoit besoin pour le bien de la France, et même de toute TEurope.

Votre religieuse a encore besoin (Vétrc saignée et purgée , et de lotion des pieds trois fois la semaine , et même de Variêriitfomie à la tempe , si cette cruelle douleur de télé lui dure. Fille a aussi* besoin de fréquentes purgations avec le sellé, la rhubarbe et le sirop de roses pâles dans une décoction rafraîchissante pour prévenir Thydropisie. Pour la manne, elle m'est fort suspecte en cette rencontre, et presque toujours ; car nous n'en avons point de véritable , et celle que nous avons qu'on nous apporte d'Italie n'est autre chose que du sucre et du miel mêlés ensemble avec un peu de scaromoiiée. Dans la maniie de Briançon , il y a du suc de titliymale et d'épurge. Il y a de la fourberie partout. Les jansénistes disent que c'est que nous venons de la masse ffe œrrupfion. J'espère pourtant qu'il n'y en aura point en notre amitié et qu'elle sera aussi sincère que fut jadis la manne des enfants d'Israël. VW^.

fV Pariii . le i* mare 1657.

LEÏTHE CCCCL. — Au utème.

Je irai pas encore reçu celle que vous m'avez fait riioinieur de mÏTrire |K>ur le procès de madame votre belle-sœur, fHiur laquelle je ferai tout mon possible, vou:> ireii doutez pas.

Pour le livre de M. de Fontaines , je vous en rends grâces; il est louable de son travail , parce qu'il est tort bien inten*tionné ; il a tâché de servir la postérité en défendant la vérité, conatus eril in laude , ewfitus in fvrtvna^ qui est celle qui gouverne aujourd'hui le monde; je lui sais bon gi*é d'avoir attaqué Van-Helmont, bien que ce n'ait été qu'un coquin et un imposteur fort ignorant.

Défunt M. le premier président est fort, regretté ici ; toute la France avoit encore besoin de sa générosité et de son adresse contre l'avidité des ministres : voilà ce que c'est que d'être bon et sage. Nous pouvons dire de lui ce qu'Horace disoit d'Auguste, encore vivant : Extinctm mnabitur idem. Une \dame qui avoit beaucoup de crédit sur son esprit m'a dit fqu elle lui demanda pourquoi il se servoit de Valot, et qu'il /lui répondit qu'il avoit affaire de lui à cause du Louvre , sic ^ifwptiunt homines, et nuoriuntur. Il est vrai que tout le monde fait le médecin et s'en mêle mal à propos , mais c'est le malheur de ceux qui les cmienl : Vœ victis! vœ fnisetûsl

Je consultois hier avec M. Blondel dans les Filles-Uieu ; il me (lit que son traité, de Pleuritide^ ne pouvoit être achevé que dans trois mois , qu'il en étoit au chapitre de Pturgaiione , qui seroit long; que son livre seroit une méthode générale, et qu'il diroit de belles choses non communes, de Orgas$no Hipp. et sur l'explication de l'aphorisme 22, sect. 1 (1). Je voudrois avoir bien payé ce livre et le tenir déjà. i Votre Basset a l'esprit bien bas, et mérite d'avoir du des- A sous, tant pour son latin que pour ses injures. Je m'étonne de l'extravagance des hommes et de l'impudence du siècle auquel Dieu nous a réservés. Cet homme a mauvaise grâce de cliaiiter des injures à d'honnêtes gens dont il a besoin, et des- (|uels il brigue d'être collègue. S'il est bien sage, il terminera son affaire à Lyon , en vous demandant pardon , et tâchant de regagner vos bonnes grâces ; car autrement un procès lui

(1) >'oyez OEvvres complétée d*Hippocratê trad. par Ë. Littré, r«ri<,184l,t. IV, p. 4«9.

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