A FAI.<:U.\£T
coulera beaucoup, ol même à lu tin le pourra perdre. Quand
il auroit \e crédit de faire ce que fit votre cbirai^ien Lombard',
el de se faire exaiamer ici , il n'est pas assuré de s'y faire re*
cevoir, k moins que d'avoir des médecins députés pour juges ,
{NMir ses amis , ce qui n'artnve guère. /
M. le comte de Rebé a reçu votre letti*e, et dit que vous ne
lui avez |K>int écrit qu'il ne vous ait fait réponse. Mes deuK iils
vous saluent et sont vos très humbles serviteurs. lis ont ions
deux présidé cet hiver avec honneur, et ils sont à Paris en fort
bonne réputation .
On dit ici que la ducliesse de Savoie se porte mieux , et que M. Guillemîn y est allé. La reine d'Angleterre est malade ici. Le duc d'Orléans a été ici environ dix jours , et en est parti aujourd'hui à midi, pour aller coucher à Ltmours,et demain à Orléans. On dit que dans deux joui*s M. le prince de Conti partira d'ici , et qu'il ira jusqu'à Turin , et que H. de l'Estrade sera son lieulenant-général en Italie. M. le maréchal de Tu-irenne partira dans trois joui*8, et le roi six jours après. Il a couru un bruit de la mort de l'empereur, que l'on dit avoir été confirmée par un second courrier, et néanmoins tous en doutent ici , et disent que c'est une des ruses du Mazarin , afin de faire passer les édits que l'on a envoyés au parlement, dont les deux principaux ont déjà échoué et ne peuvent pas> ser. Notre querelle avec les Hollandois continue, et l'on dit qu'il faudra qu'ils s'accordent avec nous d'autant qu'ils ne s'en peuvent passer , Paris étant un gouffre qui absorbe et dévore plus de la moitié de leurs denrées.
M. le duc d'Orléans a gagné aujourd'hui son pi'ocès contre madame d'Éguillon et M. le duc de Richelieu , pour la (erre de Champigny , que mademoiselle d'Orléans, sa fille atnée, veut retirer. M. Talon, avocat-général, y a fait miracle ; il a parlé sobrement, mais fort à propos, de la tyrannie du cardinal de Richelieu ; tout le monde est bien aise de l'arrêt qui y est intervenu. Si l'empereur est mort, on dit que le roi ira jusqu'à Metz, pour être près de l'Allemagne.
70 LEl lUtS DE GUI PATIN
Nous ne savons ce (|uc deviendront les livres et papiers de M. Riolan, n*ayant lait ni testament ni aucune autre dispo* sition par écrit. Il m'a voit dit quelquefois qu'il me feroit exécuteur de son testament , et qu'il vouloit que la postérité sût que j*avois été son meilleur ami ; mais il est mort sans Tavoir prévu et sans avoir donné ordre à ses affaires. Les vieilles gens sont d'ordinaire oublieux et négligents. M.Guillemeau en a fait de même , et M. Moreau aussi.
M. Cil. Bouvard, premier médecin du roi Louis XIII, est malade d'une fièvre continue, d'une fluxion sur la poitrine, et de quatre-vingt-trois ans. La douceur de la vie qu'on mène à la cour l'a tait vivre i^i longtemps , ayant d'ailleurs la poitrine fort délicate. Il avoit un fils conseiller de la cour, et lui avoit fait donner une bonne abbaye, qui est celle de Saint-Florent de Saumur , mais il est mort, et à ce qu'on dit de trop de dévotion. Il en a encore un autre qui est aussi conseiller, et qui plus est marié fort richement.
Le mardi '27 mars 1657. M. de Chenailles, conseiller de la cour, a eu la vie sauve, et n'a été que banni par l'arrêt qui en a été donné. Je vous baise les mains, et suis de tout mon
De l'arÏB , le 24 «vril KNS?* Jour de Panniversairc du maréchal d^Ancre, qui a eu d'étrange» successeurs depui 1617.
LETTUK CCCCLl. - Au mêmr.
11 cM mort ici un honnête homme de votre ville de Lyon , nommé M. du (lue de Bagnols, jadis maître des requêtes. Il éloit un des chefs du parti des jansénistes; homme fort sage , fort dévot et fort réglé. H a tant jeûné, tant fait d'austérités , qu'il en est mort ; et de peur qu'il n'en échappât, Guénautet xm des gazetiers lui ont donné du vin émétique, dont il est mort dans ro|)ération Quelle sottise de prendre ce [joison dan^) une inflanunation du iK>umon , et de jeûner si rudement
A FALCONKT. 77
i|inl e^ faille mourir! (Vest une ospèce de folie de se traiter
si cruellement pour mourir jeune. Tmitum rtiigio prUnU ma-
ânt mo/oria/i, (lu Lucrèce. Mais nos plaintes ne servent de rien
contre la mori ; il nous faut tous passer par là. Les honnêtes
gens meurent tous les jours, el il semble qu'il n*y ait que
leurs bourreaux qui ne meurent jamais : du moins il en reste
toujours ftS8ez ))our maintenir leur crédit dans Tesprît des
peuples et des princes. Pour ce qui est de M. le Gagneur, Dieu
le console. Vous voyez bien que c'est un malhonnête homme
et peu reconnoissant des obligations qu'il vous a ; si jamais il
revient à vous, ne vous fiez pas à lui. Il a la mine d'uif
ladre ; Tingratitude est toujours une marque ou un symptôme
lie lailrerie.
Je suis bien aise que M. Guillemin, votre collègue, ait réussi à Turin. Gargantua (c'est Valot qu'on appelle ainsi à la cour, depuis qu'il tua Gargant, intendant des finances, avec sou antimoine) ne peut entrer en comparaison avec un si honnête homme , qui est sage et éclairé. S'il parloit à vous, il vous diroit que Van-Helmont étoit un homme qui avoit de grands desseins et de beaux secrets (i). Tout cela est bon à la cour, parmi les courtisans et les femmes, commedisoit Joseph Scaliger du cardinal du Perron, (|ui, pour y paroltre savant , entretenoit les dames du flux et du reflux de la mer, de l'être métaphysique , et du principe de l'individuation.
H y a ici un honnête homme, nomnié M. Bigot, flls d'un président du parlement de Rouen , fort savant en grec, qui travaille sur FI. Josèphe, écrivain hébreu des Antiquités judaïfpies. Joseph Scaliger dit, avant que de mourir, «|ue si Dieu lui eût prolongé la vie de trois ans , il nous eût donné ce bel auteur illustré et enrichi de belles remarques. Il l'appeloit par excellence ç?(>at>.r/0c'7TaTov , très amateur de la vérité ^ et disoit qu'il étoit fort curieux et plus croyable que les historiens romains même dans lesaffaires de l'empire romain (-2). Depuis fa
\) Voyex le» noie* 1. 1 , |>. 355; I. Il , p. 401 . i Voyez la ii<»le lome 1 1 , |». 407.
79 LBTTRBS M om PATIN
mort de Scaliger, cette affaire ayant manqué , M. Petit, ministre fort savant à N!mes , oncle et parrain de M. Sorbière , :>voit en le même dessein , mais la mort le prévint. Je souhaite qne la même chose n'arrive pas à celui-ci , et qu'il le poisse aciiever, tant pour son honneur que pour le bien public.
M. Brusius, Ëcossois, me vint voir dernièrement; nous sortîmes ensemble par tes rues, où nous vîmes quantité de processions pour solenniser la fête du Saint-Sacrement. La pompe en est grande. Cela n'iroit que bien si le dedans y ré* pondoit, et si nous étions aussi gens de bien que nous nous étudions d'en avoir la mine.
On fit ici, il y a unequinzaine de jours, un service solennel à Notre-Dame pour le repos de l'âme du feu roi de Portugal ; eela étoit somptueux et magnifique , et je crois que vous pensez bien que cela lui fera grand bien. Le cardinal de Richelieu , qui aimoit assez à rire lorsqu'il n'étoit point tourmenté de sa bile noire, -demanda un jour au docteur Mulot» son confesseur, combien il falloit de messes pour tirer une âme du purgatoire. Le docteur lui répondit que l'on ne savoit pas cela, et que l'Eglise ne l'avoit pas défini. Le cardinal lui répliqua: c< C'est que tu n'es qu'un ignorant, je le sais bien moi. fi en faut autant qu'il faudrait de j)€iotes de neige ptjur chauffer un fow\ » Ne voilà-t-il pas de bonnes gens qui se moquent ainsi de ce saint et sacré feu qui fait si heureusement bouillir leur marmite (1)! le vous baise très humblement les mains, avec protestation que je serai toute ma vie votre, etc.
lleParî«,le2Jmnie57.
LETTRE CCCCLIL — Au vmup.
J'apprends que ceux de Rotterdam, par honneur qu'ils portent à la mémoire de celui qui a été l'honneur de leur pays,
(1) Gui Patin a déjà moonté cette plaisanterie i son ami Spon ( voy. t. If , p. 297 ). Nous en avons dit noire opinion ; tout est bon à Tesprit
tont faire à leurs dépens une nouvelle impression de toutes leà
œuvres d'Érasme. Voilà une nouvelle qui me réjouit fort. Il
y a encore de la vertu au monde et d'honnêtes gens qui ont
dn courage. Je prie Dieu qu'il soit vrai. M. van der Linden,
professeur à Leyden, m'a mandé depuis peu qu'il y a quinze
feoiUes de faites à son Celse; qu'il est à la fin du sixième