‹ Lettres de Gui Patin (volume 2)Chapitre 16 sur 48 · III. r>o · texte numérisé non relu

III. r>o

>8iî LETTRES DE GHI PATIN

mo$<^; peat-être que cela servira à nous aider à quelque entreprise du côté du Rhin et de rAUemagne, car c'ost aux lloilandois quel*on en veut; ces nouveaux républicains sont trop glorieux , it Taut qu*i1 arrive quelque grande chose qui les humilie. On lève pour nous dés soldats en Hibernie , en Angleterre , en Ecosse et ailleurs aussi : on parle aussi de nouvelles levées de deniers en France , et de mettre quarante sous d'entrée à Paris sur chaque muid de vin. Le roi continue ses grandes dépenses en bâtiments, tant à Paris qu*à Saint-Germain et à Versailles. Dieu soit béni, si le vin devient si cher, au moins nous avons la rivière de Seine qui ne nous peut nianquer, et qui est fort bonne. Je vous baise les ftiains, et suis de toute mon àme votre , etc.

De Paris, le 14 août 1671.

LETtRE DCCCXXIX. - An mAme.

Je vous ai écrit le 18 d'août. Aujourd'hui je vous dirai que le père Lemoine, jésuite, historien du cardinal de Richelieu, flux dépens et aux gages de madame d'Aiguillon , est ici mort Fe 22 aott, âgé de soixante-neuf ans. On n'a pas encore pourvu a la charge de premier médecin. Le roi a dit qu'il se porte bien, qu'il n'a que faire de médecin, qu'il en prendra un lorsqu'il sera malade, et que le meilleur de Paris ne lui est pas trop bon , en quoi je trouve qu'il a bien raison. M. le président de Maisons quitte le palais et cède sa place à son fils, maître des requêtes. On dit que le roi l'a ainsi ordonné à cause de sa dureté d'oreille. V Histoire PthiopiqueA'^èYxodore dit que la vieillesse est une maladie des oreilles.

M. P. Petit y qui a écrit ci-devant de Laeriinis , et depuis peu contre les cartésiens, Diss» de nom Ren. Cartem phUosuphia, n'est que bactielter en médecine et en a quitté l'étude. Il de- :neui*e chez M. de Nicolas , premier président de la chambre

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des compter CeluiOà ne songe pas à devenir premier roéflecin ; il n*a jamais vu de malades ; mais celui qui voudroit bien Vétre, est un certain Guillaume Petit, âgé de cinquantequatre ans, Normand, savant, doucet,fin, rusé et qui n*a qu'un fils qui le fait enrager. C'est un Tartufe parfait, à qui tout est bon pourvu qu'il gagne; mélancolique brûlé, qui ne parle que de Vierge Marie et de conscience, et qui par toutes voies ne eherehe que de la pratique et de Taisent. Pour cet huguenot dont vous me parlez , c'est M. Bellay de Blois. On dit que c'est H. Valot qui l'a nommé dans un billet , qui est tombé entre les mains du roi; mais on dit aussi que ce billet est faux, et qu'il ne vient que de quelques ennemis de H. Brayer, qui a de grandes prétentions. M. Valot n'est pas mort si riche qu'on pense. Il laisse une femme qui joue, et sept enfants , trois filles à marier et quatre fils. L'aîné est évéque de Nevers , qui n'a besoin que de science, d'esprit et d'argent. Son frère est conseiller au grand conseil , qui n'a jamais rapporté prooès et qui a bon appétit ; l'autre est chanoine de Noire-Dame, et le quatrième capitaine aux gardes. Ces deux mariés n'ont point d'enfants, les deux derniers sont honnêtes gens. Les deux prêtres n'en auront jamais. Les trois filles apparemment auront bien des écus, et cela leur servira à trouver des maris ; mais le père qui avoit du crédit n'y est plus , il est en plomb à VAve-Maria. Donnez-vous patience , du reste, les honunes font tous les jours des procès , mais c'est Dieu qui les juge.

M. de Lionne(l), ^rétaire d'État, est mort le 1'' septembre avec plusieurs doses de vin émétique. C'est le passe-port de ceux qui ont hâte d'allar en l'autre monde , parmi plu« sieurs grands de la cour. J'ai consulté ce matin avec M. Brayer, qui m'a aemblé fort triste. N'est-ce point qu^il s'ennuie d'attendre ce brevet tant espéré de premier médecin? Le roi a dit

(1) Hugoes de LUmn^j inîaî»tre-«ecrétaire d'Ktat, né à tireBoble «n 161 1 . It est connu dans rhistoîre do fion (erops comme un très habîAe et très fin négociateur. (R. P. ^

qu'il ne voudmit point avoir un médecin si avare et si importun que le défunt, qiii étoil insatiable. Il y en a pourtant plusieurs qui se trémoussent pour cette charge qui semble étro au pillage (l). Le roi a donné la place de M. de Lionne à H. de Pomponne, fils de M. Arnauld d*Andilly, âgé de quatre vingts ans. Ce M. de Pomponne est aujourd'hui notre ambassadeur en Hollande , et neveu de M. A. Arnauld , docteur en Sorbonne, et de M. l'évéque d'Angers. Il a cet avantage que tout le monde Taime et qu'il le mérite. Peut*étre quelque jésuite le hait, mais il n'oseroit le dire. M. Jonquet, professeur de botanique au Jardin-<lu- Roi , vient de mourir. En voilà six des nôtres depuis neuf mois. Vale.

De Paris , le 7 seplembre 1671.

LETTRE DCCCXXX. - Au mêtne.

Je viens de voir un oflBcier de l'armée qui dit que les Es* pagnols offrent au roi Aire, Saint-Omer, le Gambresis et queU ques autres villes ; et que nous leur rendions tout ce que nous avons pris sur eux cette campagne dernière. Toutes ces conditions sont au-dessous de nos conquêtes et de la majesté de notre conquérant ; c'est pourquoi il faudra que les Espagnols cherchent de nouveaux moyens de pacification , ou qu'ils fassent naître de nouveaux soldats pour se défendre l'année prochaine contre nos attaques ; car ces offres-là ne méritent point qu'on y ait égard. Les Espagnols se piquoient autrefois de finesse, mais la mine est éventée, il y en a encore aujourd'hui en France de plus fins qu'eux : Jam pridem Syms in Tiberim defluxit (hwites.

J'ai vu aujourd'hui passer près de Saint-Eustache , ou de

(1) Elle ne fui donnée qu'à Fagon, en 1693 ; Louis XIV ne I avait approché que graduellemenl de ce poste éminenl , car il fut médecin delà dauphine, puis de la reine et des cnfanls de France 'voyci son éloye par Fonlcncllc . (K. V. )

sa paroisse , le corps de feu M. Maillef , riche et ancien bourgeois de Paris , qui étoit un des directeurs et administrateurs de plusieurs maisons de communaut(^s de Paris , comme de THôpital Général, de la Trinité, et des Enfants-Bleus , des Enfants Rouges , etc. Il étoit presque octogénaire. Le voilà mort , il n'y a plus de différence entre son corps et celui d'un gueux : oifinis caro fœnmn.

On prépare de belles comédies à la cour pour l'hiver prochain ; et je ne doute pas qu'il ne nous vienne dès le mois de décembre prochain , en vertu de toutes nos conquêtes en Flandre, de beaux almanachs. On dit que le cardinal Visconti est arrivé ce soir à Paris , qui vient apporter au roi de la part du pape des articles de pacification avec l'Espagne , sed me pudet tôt {neptiarum. Je voua baise très humblement les mains , et suis de toute mon àme votre, etc.

De Paris, le 27 septembre 1671.

LETTRE DGCCXXXI. — Au même:

Je vous ai écrit que le roi avoit fait choix de M. de Pomponne pour être secrétaire d'Etat, à la place de M. de Lionne. Il est fort dans les bonnes grâces du roi, et a été préféré à M. Tarchevêque de Toulouse , qui est un fort habile Italien ; à quoi on dit qu'il a été secondé par MM. Colbert et leTellier qui craignoient l'esprit de ce M. de Bonzi.

Je fus mené en carrosse de relais le mois passé en Normandie pour un conseiller qui y éloit demeuré fort malade, et qui en est revenu, Dieu merci, en bonne santé. Et depuis huit jours j*ai été mené en Brie , à dix lieues d'ici , pour un capitaine qui, Dieu aidant, en réchappera; mais ces voyages, auxquels je ne suis pas accoutumé, me déplaisent ; ils me fa* tiguent trop. J'en fis un autre, au commencement de juillet, vers Orléans, qui me désorienta fort. Les barbiers, qui sont fort ignorants et grands ivrognes, se mêlent de donner du viu

émétique, et y tuent impunânent bien des pauvres malades. / Nous avons ici un de nos médecins fort malade» c'est Eusèbe Renaudot, qui a fait autrefois l'Antimoine triomphant. Il a ressemblé à celui qui pensa une fois en sa vie à l'empire, il a pensé à la charge de premier médecin , espérant beaucoup en M. de Montausier, gouverneur de M. le Dauphin. Mais soo épée s'est trouvée trop courte , il n'a pu y atteindre , dont on allègue trois raisons : la première est qu'il est puant de corps et d'Âme, je crois même qu'il est puuais; la deuxième, c'est qu'il a la vue presque perdue ; la troisième qu'il est grand charlatan, et il a eu raison d'intituler son livre, l'Antimoine triomphant; car pour triompher, il falloit en avoir tué pour te moins six mille. Aussi a fait l'antimoine et bien par-delà • avec son écrivain et sa séquelle, qui sont plusieurs faux-firèfes gagnés par les apothicaires, qui enragent que le peuple connoisse la casse , le séné et le sirop de roses pâles» dont il est ort soulagé. Je ne saurois soufirir cette tyrannie , laquelle nous fait passer pour des coupeurs de bourses. Pour souffrir cela il faut avoir une âme vénale et aussi mal faite qu'un apothicaire, qui étoit défini par M. Hautin : Animal fourbissimum^ faciens bene partes et lucram mirabiliter. Vole.

De Paris , le 6 octobre 1071.

LETTRE DCGCXXXII. — Au mèm£.

Le roi de Danemark a fait publier dans tous ses États une liberté de conscience ; n'est-ce point qu'il veut augmenter le nombre de ses sujets en quelque façon? S'il veut des moines, il n'en manquera point pourvu qu'il leur donne bien à dîner et de l'argent de reste, pour ne pas dire autre chose, mais laissons-les faire, ils en trouveront bien.

On parle ici d'une grande révolte des Arabes contre le Turc ; on dit que ces Arabes ont pillé et brûlé la Mecque , et qu'ils ont fait un butin de plus de cinquante millions ; je crois que

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c'est une fable pour amuser le peuple. 11 court un bruit que le roi fait venir d'Afrique un régiment de cavalerie de nègres pour être employés dans son armée ; cela sera bon contre les Hollandois quand nous commencerons la guerre contre eu^ , ils se connoissent déjà.

M. Colbert, qui étoit intendant de justice en Alsace, a été fait par le roi président de Metz, et M. Colbert, évoque de Luçon , est évéque d*Auxerre. Celui-ci est frère du grand Colbert, sur-intendant des finances et secrétaire d'Etat.

On ne parle ici que du mariage de M. le duc d'Orléans avec la fille de M. l'électeur Palatin, et les présents qu'on lui envoie de deçà , tant de la part du duc son futur mari, que du roi même. Madame la Palatine, tante de cette princesse nubile , est allée au-devant d'elle. Le premier aumônier de M. le duc d'Orléans, qui est M. l'abbé de Montaigu, a promis à H. de Robineau , notre très cher ami et allié , de s'employer après ce mariage pour le retour de mon cher fils Carolus, et j*espère que cela nous aidera; mais auparavant il faudroit savoir à qui nous avons affaire. Il n'y a que la bonté de Dieu et la justice du roi en qui je me fie : In filiis hominuni non est salus.

On dit ici tout haut que la reine est grosse; plût à Dieu qu'elle nous donnât un petit roi qui vaille quelque jour saint Louis ou le bon roi Louis XII, ou tout au moins Henri IV, qui délivra la France en son temps delà tyrannie des Espagnols et de la Ligue , aussi bien que de la malice de nos mauvais voisins, et surtout des huguenots.

Vous trouverez ici une lettre pour notre bon ami M. Spon. Je vous prie de faire en sorte qu'elle lui soit rendue avec toute assurance à cause d*un papier qui est dedans, et qui importe fort aux affaires de mon Carolus. Quand le verrai-je? Quand le roi aura-t-il le loisir d'y songer ? Je vous baise les mains , et suia de tout mou cœur votre , etc.

De Part» , le 23 octobre 1671.

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LETTRE DCCCXXXm. — Au méttie.

Le roi a accordé la polette à plusieurs officiers , el presque à tous ceux quiavoient affaire.

M. de Puyguilhem (l) a été envoyé au même lieu que M. Fouquet, à Pigncrol, sans que nous sachions la cause de sa disgrâce : on Tappelle à la cour le comte de Lauzun.

M. de Bezon , intendant de justice en Languedoc, a été fait par Je roi premier président de Provence à la place de M. d'Oppède.

Le roi d'Angleterre nous donnera du secours contre les Hollandois , étant fort ami du nôtre.

Il court ici beaucoup de fièvres catarrhales et des rhuroa* tismes ; mais nous les guérissons aisément par la saignée et la boisson d'eau. Le vin nouveau a déjà fait des goutteux et des hydropiques.

Je vous envoie deux de nos thèses , notre dernier catalogue et la dernière affiche de notre collège royal. Au mois de novembre de Tan 16*^2, nous aurons un nouveau doyen et un nouveau catalogue ; mais qui y sera? Pmdens futuri temporis cxfttim caliginosa nocte promit Detts. Les rabins disent que Dieu s'est réservé trois clefs, dont la première est du beau ou du mauvais temps; la seconde de la fertilité ou stérilité; la troisième est la science du futur. Certes voilà trois beaux secrets, mais qui n'appartiennent qu'à ce grand maitre

M. de Puyguilhem a été arrêté le même jour que le fut à Londres le duc de Buckingham. Madame la duchesse d'Orléans est à Saint-Germain, où tout est en réjouissance. Elle trouve la cour fort belle; elle y fait bonne chère et y trouve le vin fort bon. Bientôt on la doit mener promener à Saint-Cloud,

(1) Puyguilliem ; c^est ce cadet de Gascogne, le duc de Lauzun, si célèbre par pon élévation , son faste , ses malheurs , les «iogulières variation!) de sa fortune; La Bruyère a dit de lui : « on ne rêve pas comme il a vécu » ; il n'en mourut pas moins âgé de quatre-vingtdix an». ( R. i>. )

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Jogis de M. le duc son mari, pour lui faire voir les belles cascades elles fontaines qui y sont.

Pour la guerre, on la tient certaine, si les Hollandois ne la préviennent par leur prudence républicaine. Il est vrai que M. le chancelier est bien vieux , et qu'apparemment sa. place sera bientôt remplie par M. le Tellier, père de M. de Louvois, ou par M. Pussort, oncle de M. CWbert.

M. le cardinal de Bouillon est grand aumônier de France. Je me souviens bien de Damascène , ce n'est qu'un fou. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , le 21 décembre 1671.

LETTRE DCCCXXXIV. — Au même.

Le roi est tout-à-fait résolu à la guerre, et il y a toute apparence que nous l'aurons; mais où? je ne sais. Peut-être contre les Hollandois ou ceux de Cologne, apparemment contre tous deux. Quoi qu'il eu soit , le roi a fait faire des magasins sur le Rhin , de blé , de vin , de poudre , etc., pour six mois, et 80,000 hommes. Quelques uns disent que Ton veut faire élire M. le Dauphin , roi des Romains, quoiqu'il n'ait que dix ans , et la loi en requiert dix-sept ; mais Quid facient leges , ubi tanta potentia régnât f Quand le roi aura une puissante armée commandée par M. le Prince, M. de Turenne, M. deCrequi et ses autres foudres de guerre, s*amusera-t-on à observer une loi ancienne qui lui est contraire ? J'aime mieux croire que le roi dira ce que disoit cet ancien capitaine dans Staco, qui , ayant l'épée h la main et la puissance présente , disoit fort hardiment : Virtus mihi nvmen et émis qtiem teneo. On dit que les Hollandois s'offrent de donner au roi toute la satisfaction qu'il voudra : c'est M. l'ambassadeur de Hollande qui nie le dit hier lui-même. Il est iils de M. Hugo Grotius , qui me faisoit l'honneur de m'aimer, et qui mourut l'an 1645

à Rostoc en revenant de Suède , où il étoit ambassadeur de la reine Christine vers notre roi. Il a été le plus savant homme de son temps avec Saumaise. Us u'étoient pas tous deux du même avis en beaucoup de choses , et particulièrement en matière de religion ; car M. Grotius étoit catholique en son âme , et s'alloit déclarer dès qu'il eût été arrivé. Mais , au contraire, M. Saumaise s'étoit fait de romain huguenot» et disoit qu'il s'étonnoit de ce que tous les gens d'esprit ne faisoient pas de môme , vu que c'étoit une religion fort com* mode, qu'on n'y alloit pointa confesse, qu'il n'y avoit point de purgatoire , de prêtres et de moines, grands coupeurs de bourse, in nomine Domini , ni de pape, ni de chapelets , ni de grains bénits et autres bagatelles. Voie.

De Paris, ce 19 décembre 1671.

LETTRE DCCCXXXV. — Au tyiétne.

Depuis le 19 décembre, que je vous écrivis, toutes les villes de Picardie et de Champagne sont extrêmement pleines de soldats qui ne sont bons qu'à la guerre ; mais contre qui? personne n'en sait rien. On dit que H. de Louvois est parti pour quelque affaire, et qu'il est allé en Lorraine, dont on tire différentes conjectures : il vaut mieux n'en rien dire. Le mois de mars viendra qu'on se mettra en campagne, et alors on verra l'effet.

Nous fûmes hier, tout le Collége-Royal , les dix-sept professeurs du roi , chez H. le cardinal de Bouillon lui faire la révérence, comme ayant été depuis peu nommé par le roi à la charge de grand-aumônier de France. Le roi est notre maître et fondateur, et le grand-aumônier est notre directeur. C'est de lui que nous relevons et qui nous donne nos augmentations. M. J.-B.'Moreau, comme notre syndic en l'absence de notre do/en, qui est M. de Flavigny, docteur en Sorbonne. lui fit une petite hai*angue latine, à laquelle M. le cardinal

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de Bouillon répoiidil sur-le-champ, aussi en lutin, fortélé^ gammeni, nous promettanl qu'il auroit grand soin de notre collège.

Nous avons perdu un des ndtresi qui est Florimond Lan* glois, âgé de soixante-cinq ans. Il a fait miracle en mourant; il est mort sans rendre l'esprit, au moins n'en eut^il jamais guère. U étoit devenu béte , et est mort de la poudre émétique d'un moine. Il n'y a guère de maladies ; jamais Paris ne fut si sain ni si sec. Si les médecins ne meurent de faim , au moins il y en a de bien empêchés de leur contenance.

On crie ici la prise de Jérusalem par les Arabes, mais le bruit des coups de canon ne peut pas venir jusqu'à nous. On dit que le roi ira à Chàlonset à Metz. Il y en a qui parlent du siège de Strasbourg ou de Cologne , mais il n'y a rien de certain» Tout ce que je vous puis dire de très assuré est que jp suis tout à vous , etc.

De Pari«, |e 31 décembre 1671.

LETTRE DCCCXXXVI. - Au mèjne.

Je viens d'apprendre du jeune van der Linden , que M. Gronovius est mort k Lcyden. Il restoit presque tout seul du nombre des savants de Hollande. Il n'est plus dans ce payslà de gens faits comme Joseph Scaliger, Baudius, Heinsius , Salmasius et Grotius. Je viens aussi d'apprendre par des lettres de Bruxelles, que II. Plempius, célèbre professeur en médecine, est mort le 12 décembre dernier. Adieu la bonne doctrine en ce pays-là. Descartes et les chimistes ignorants lâchent de tout gâter, tant en philosophie qu'en bonne médecine (i). Ce M. Plempius étoit un savant homme, Hollandois

(1) On ne conçoit pas comment Gui Patin , cet esprit si fier, si élevé, si dégag;é de préjugés , puisse parler ainsi de nilustre Descartes. Ce philosophe Jouissait pourtant alors d^une grande réputation , sa M-éthodê ayant paru en 1637 : il y avait par conséquent trente-cinq ans à

de natioi) . et huguenot, qui se fit catholique pour être professeur à Louvain. Il dit un jour à M. Riolan , qui me le redit : Si MM. les États veulent me donner une de leurs charges de professeur en mèiecine à Leyden , je me referai huguenot , et irai demeurer chez eux. Que ne feroiton pas aujourd'hui pour gagner sa vie? C'est qu'il étoit dès ce temps-là mal payé de ses gages, et je croîs que c'est encore pis à présent à ceux qui restent Le roi a fort bien reçu M. de Pomponne, qui a fait serment de sa charge , qu'il exerce déjà avec beaucoup d'honneur. Le choix que le roi en a fait me semble presque miraculeux , parmi tant de compétiteurs qui s'y présentoient en foule. Je suis , etc.

De Paris , le 22 janvier i672 (1).

Tépoque de cette lettre de Gui Palto. Triste exemple du Jugement des hommes sur les génies contemporains ! (R. P.]

(1) Cette leUre est la dernière que nous connaissions , elle fut écrite quelque temps avant la mort de Tauteur. On Toit aisément que , malgré l'énergie de son caractère , malgré ses vivacités , ses fougues dUndignation et de colère , Gui Patin avait pourtant une âme tendre et alTectueuse ; il en donne souvent des preuves pour les .siens, pour ses amis, ses bienfaiteurs , ses protégés ; et lui aussi aurait pu dire : Personne ne m'a aimé que je ne le lui aie bien rendu. Mais la mort de ses enfants , ringratitude de Tatné , Texil de son clier Carolus , les continuelles attaques de ses ennemis, altérèrent sa santé. Forcé d'approcher de ses lèvres cette coupe d'amertume , fatigué par Page , les travaux et le chagrin , il succomba à la suite d'une pleurésie , au mois d'août suivant. On Pinhuma dans l'église de Saint-Germain-PAuxerrois .«a paroisse. C'est là que sont ses reelee , si , après deux siècles , il reste quelque chose de notre misérable corps.

Pauvre Gui Patin ! qu'il repose en paix dans Pétemité, et que son nom soit longtemps encore illustre parmi les hommes ! (R. P.)

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