‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 2 sur 49 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

Page 91, tu si hic sis, lise/. : tu si hic sis.

Page 258, la note, après le mot d' Alexandrie , lisez : {('•. P.).

LETTHiiS

: GUI PATÎN.

LETTRE CCCCiV. — .1 An'Irr Faknnci .

(l'est pour voU'^ remercieiMu! voire belle lettre du ((liiimeiifpnieiil (le ce moi<. Je vous niaiiderois volontiers quelque bonne nouvelle; niais il n'y a ici rien d'assuré : j'ai pourtant écrit à M. Spon la plupart de ce qui se dit ici. Le Ma/arin a passé toutes les rivières, il n"a plus que le Hubicon à t'rancliir, et apiès il pourra dire : Jnchi "ist nlco. Si qnebjue toriTul de Cédron le pouvoit engloutir, ce nous seroit un grand L-onheur, et à toute la France.

Ad ngiium quifrinh rai il nh (.ri fin.

Trois régiments allemands de cavaltMie ont pris le parti iln duc d'Orléans; on les envoie à Montrond , avee les régiments du même prince qui étoient devers 3Iontargis, pour en chasser le comte de Paluau qui y tient le blocus pour le Mazarin. On venil toujours ici la bibliollièque de ce rouge tyran; seize mille volumes en sont déjà sortis; il n'en reste plus (lue vingt- (juati-e mille. Tout Paris y va comme à la processitui ; jai si peu do loisir que je n'y puis aller; joint que le bibliolliécaire »pii Tavôit dressée, qui est M. Xaiidé. mon ami de lrei;teciuii ans, m'est si cher que je ne puis voir celte dissolution et desiruclion ; jointencoreque, sic plocuit siqjc/-is, (pui'rirc idum Hf/'hy y\j. M. le duc de Nemours est parti hier d'ici , et est aile

1 l'av rarièt (!;■ pio-ciiplion du cartHiia! .Mazniiii du Kî IcMicr l!i4'.>. le pailemeiil avait ordoriiié la \vn\v dc^ nieulilrs du cardinal à l'exle- lion di'-i 'ivrc«- : i;ar un m uvc^! ;iiii"-' « ii ItiMI ■ il tnl oiddiim- ijtic !a

vers Stoiiay, y l'aire siyiier l'aeconl des princes au duc de Lorraine. Si liien (|iio si Dieu n'y met la nniin, le mois d'avril prochain, hello. Inyrrida belld! Quoi (|u il en arrive, je sei'ai toute ma vie, monsieur, votre, etc.

Ue Paris , le S ) janvier 100-2.

LETTRE CCCCV. — .\// mnm'.

Je suis obligé de vous délrompiîr d'une fausseté qui est dans ma dernière lettre. Montaurnu, roi des partisans, n'est point mort (i), mais l)ien un iK-mmé Monlt>rin , (pii avoit autrefois été maître des re(juètes, autrement dit Roclier-Porlail , homme fort riche de Bretagne.

On continue toujours de vendre la bibliothèque mazarine, où l'on dit qu'il y avoit quarante mille volumes. M. Naudé, qui est fort en colère contre le parlement de voir vendre et di.ssiper une si belle bibliothèque, a piis tous les livres de médecine pour .'?,500 livres. 11 y a un maître des rcfjuétes , nommé M. Caumin, savant homme, mais ennemi du parlement, grand mazarin et fort incommodé en ses aft'aires, ((ui , ])ensant flatter le cardinal qu'il voit revenu à la cour, a fait des vers sur les débris de celte bibliotliè(pie, dont voici ht copie (pie je vous envoie, afin (pie vous en puissiez juger :

Jiiliadcs Inio lihiox cluni coUiuH orb'- .

h'A rocal Aouias ad sua tccla Dea^ , Ter la , Deas , libros infami Curia lege

Vindidil iii meiiiit pro.'^l luihjur fnro.

bibliolhèqiio sérail vendue, el que sur le prix // sera't, par j référence , pr.'x ht somme de cenl cinquante mille francs , laquelle sérail donnée a relui ou (i ceux qui représentera' enl ledit cardinal à justice , mort on vif. Kn vain (1. Naudé |)résenta lequète. le parlonieni passa outre, et celU' vente ne cessa (jue lorscpie le roi intervint par une lettre au procureur f'.éiiêral Pouqucl , par laquelle il ordonnait à ce magi.stral de taire ce-seï la veiile, de relirer les livres visidii; ol «Ten re-liUier le prix.

lî.I .;

;l \ (.>./. la noie I. li . pa;. m\\.

Hoc scclcris prelium , sœvi cnmmercia pacli , Diraque pronussas auctio monalnil opes.

Nec mirere nefa.<, emptus probal cmpla scnatux^ Vendidit hic liOros , vcndcrc jura soUt.

On dit que le roi revient avec son armée contre les gens de M. de Nemours et de 51. de Beaiifort , et puis qu'il viendra autour de Paris jusqu'à ce que le Mazarin soit bien rétabli. Les princes soulevés contre ce bonnet rouge ont maintenant à aviser à leurs moyens d'opposition pour empêcher re rétablissement. M. le Prince , qui est en Guyenne, ne demeurera pas les bras croisés. Je suis tout à vous . etc.

De Paris , le 5 mars \(ioi.

LKTTI'.E CCCCVl. ^- l //;,/.;////-.

Depuis ma dernière contenant quatre pages de galimatias , je vous dirai que l'on parle toujours de la paix sans l'avoir. IjCs gens de bien l'espèrent et la souhaitent, mais les méchants ne s'y accordent pas. Dieu nous l'enverra (juand il [daira à sa sainte l)onté ; mais elle est nécessaire à bien (hi inonde. On nous apprend ici que l'archevêché de Toulouse a été conféré à M. de Marca , évèque de Consérans , moyennant cinquante mille éc'us qu'il a donnés au cardinal Mazarin. NOila une grande fortune pour cet homme ambitieux. Il étoitdebas lieu : après avoir étudié, il devint ministre du parti des réformés dont il étoit. S'étant changé, il devint jésuite ; puis, ayant quitté la société, il se maria et devint conseiller au parlement de Pau , puis président; ensuite il vint à Paris, et par la faveur de M. le chancelier Séguier il fut fait conseiller d'État ordinaire, après intendant de justice en (Catalogne, puis évèque de Consérans, après avoir longtemps attendu ses bulles qu'il ne pouvoit avoir de Rome à cause de la querelle qu'il avoit avec les jésuites depuis qu'il les avoit quittés, et qu'enliii il n'a eues qu'en se raccommodant avec eux. A la lin le voda archevêipie de Toidoiise. (Juand il ania pave ses dettes

4 [.ETTIIES DE Oi'I PATIN

.si un bonnet rouji;o so pivseiitoil à vendre, il est sur qu'il l'aclièteroit anssi. Je ne saurois mieux comparer M. de Maria (j'.rà défunt M. le ,lai, qui, de très peu de chose, étoit devenu premier président au parlement de Paris, ou à celui qui tsi aujourd'hui premier médecin du roi , après avoir été autrelois valet de Béguin le chimiste, lui avoir fait bouillir sou pot et soutné ses charbons , qui n'a ni femme ni enfants, et qui est le plus avaricieux homme du monde.

Voici le temps de nos licences, auquel, de deux en deux ans , on fait des jetons pour donner à nos docteurs. La coutume étoit d'y mettre les armes du doyen d'un côté et de l'autre celles de la faculté. J'ai retenu les dernières ; mais au lieu d'y mettre celles de ma famille, qui sont de gueules au chevron d'or, accompagné de deux étoiles d'argent en chef et d'une main de même en pointe, j'y ai fait mettre mon portrait (1). Le sculpteur, tout habile qu'il est, n'y a pas fort bien rencontré pour la ressemblance , principalement à l'œil , mais il n'y a point de remède. .le vous en envoie un échantillon que je vous prie de garder à cause de moi. Nous avons trois armées à l'entour de nous, des princes, du Mazarin et du duc de Lorraine. Mais tout cela n'est rien au prix de la dévotion qu'on a par deçà pour sainte Geneviève : on porta sa chasse le 10 de ce mois en procession par les rues. Si la paix se fait ensuite , la bonne sainte ne manquera pas d'en avoir l'honneur ; mais la puissions-nous tenir à cela près, tant j'ai peur qu'elle ne vienne point! Je ne vis jamais tant d'afiluence de peuple par les rues qu'à cette procession. Je ne sais s'il s'y est fait quelque miracle ; mais je tiens que c'en est un , s'il n'y a eu plusieurs personnes d'étoufiées. Tous nos Parisiens,

(J) O vanité des \anhésl (jui se serait doute que (sui Piilin, le lier bourgcoi.s de Paris, le rude ennemi de Mazarin . ce comédien à ronge bonnet, ce lilou teint en érarhtfc , avait des armes dans sa finnille. qu'il en ferait la description . et que probablement il tenait l>eaucoup à cette distinction héraldique ? Cependant , par excès de modestie . il consent à faire mettre son portrait sur les jetons de la Faculté !

qui sont fieiis de bc'aucou[) de foi . sont l'oii coiitciitr, d'uiie si Ix'lle cérémonie, et moi qui ne suis point Parisien, j'en suis pareillement content; mais plût à Dieu et à sa sainte Mère; , par l'intercession de sainte Geneviève, que nous eussions la paix! Un Romain, voyant un jour tout le peuple de Rome assemblé pour voir un triomphe, appela Viorne l'abrégé du monde. Si vous aviez vu tout cela, vous auriez a{)pelé notre ville de Paris l'abrégé de la dévotion. Puisque tout le njonde eu est bien content, je le suis aussi, quand même la paix ne viendroit point , à laquelle il n'y a pas grande apparence, puisque la reine ne veut point chasser le Mazarin. Je suis de tout mon cœur votre, etc.

Do Paris, le 28 juin iQo2.

LETTRE CCCCVH. — .1/^ N,ém<:.

Nous avons bien eu des desordres dans cette ville le moi*; passé. Le mardi 25 juin, toutes les compagnies ont été en armes par l'ordre du prévôt des marchands, les chaiiies tendues et le palais gardé de tous côtés, tandis que les pères conscrits délibéroient dans la grand'chambre , où ils ont ré>solu que les députés retourneroient vers le roi , lui dire de la part de la cour et des princes que , pourvu que le cardinal Mazarin soit envoyé hors du royaume , lesdits princes sont prêts de mettre les armes bas , et de signer tout ce qu'il plaira à sa majesté. Tandis que tout Paris étoil ici en armes, il y eut diverses querelles en phisieurs endroits, où (juelques uns fui'ent tués et d'autres blessés. Cela ne se peut guère faire autrement : tandis que les fous ont les armes à la main , il faut que les sages soient cachés. Les princes néanmoins , après avoir été trompés par le duc de Lorraine, se trouvent bieii étonnés, et je ne sais point à quel saint ils se voueront.

Hier, i juillet . e.-^t ici mort dans son lit d'une lièvre conti-

fi I.ETTKK> DE (jI 1 l'AllN

miL' iiiali^iie, le sieur Vautier (l), (lui étoit premier iiiédoeiii du roi , et le dernier du royaume en capacité ; et atin que vous sachiez qu'il n'est pas mort sans raison , il a pris de l'anlimoine par trois fois, pour mourir dans sa méthode, par le consentement et le conseil de Guénaut. S il fût mort il y a se|)t ans, il auroit épari^né la vie à plusieurs honnêtes gens qu'il a tués par son antimoine. Enfin, il est mort lui-même âgé d'environ soixante-trois ans. Comme il étoit réputé fort ignorant, et même à la cour, il vouloit avoir la réputation davuir des secrets de chimie, et d'exceller dans la préparation de l'aiitimoine. Quelques courtisans lui applaudissoient ou en faisoient semblant. L'autorité de sa charge l'entretenoit en crédit. Il disoit entre autres que les médecins de Paris avoient raison de dire que l'antimoine étoit un poison; mais qu'après sa préparation il ne l'étoit plus ; néanmoins cette bonne pré- |)aration lui a manqué. C'est une place vacante pour laquelle le cardinal 3Iazarin cherche trois mille pistoles. Voilà un de mes compagnons (jui dit (pion la offerte à Cuénaut ;i ce prixlà, (pii l'a refusée, et qu'il croit (jue Valot les donnera. Ainsi tout est à vendre , jusqu'à la santé du roi , ce qui est d'un très mauvais exemple. Je suis, etc.

De Paris, le o juillet lOol.

LKTTllK tXCCVIIl. — Au nlPlnr.

.le crois que vous aurez reçu mes deux dernières lettres. Maintenant je vous dirai que l'on nous promet ici un jubile pour le commencement du carême. C'est une consolation spirituelle (pie le pape nous veut donner en récompense des mal-

(I Kraticoi- Vaulier. né à Arlc? en laSi) . mort à Paris en lt)o2, reçu docteur en mcidecinc <lc Montpellier en lfi12, devint premier médecin de Marie de Médicis. après avoir été enfermé à la lîastille : puis en Ki'iti premier médecin de Louis XI\' ; enfin il fut promu en 1649 à rabl»ayr de Sainl-Tar.rin d'Evreux. 'L P.',

A iALœ>;Er 7

heurs que le cardinal Mazarin nous l'ait souHVir. Si pourtant l'on ne l'envoie pas, on tâchera h; mieux (}u'oii pourra de s'en passer; mais les médecins y perdroient le plus , car il leur vient toujours en partage (juelque malade (pii s'est morfondu courant d'église en église.

A propos de maladies , M. Talon, avocat-général, est en si mauvais état, qu'après quelques mois de langueur il devient hydropique. Vous savez bien qu'il ne peut pas manquer de bons et fidèles médecins ; et néanmoijis, dans rincjuiétude que sa maladie lui donne, il s'est souvenu de moi, et m'a fait l'honneur de m'inviter à l'aller voir : ce que j'ai fait incontinent très volontiers. Mais ayant reconnu son mauvais état, je vous avoue que les larmes m'en sont venues aux yeux, ce que je ne pus si bien cacher qu'il ne le reconnût lui-mémo, et ne m'en fit compliment. Néanmoins, je vous dirai que mes larmes n'ont pas été à cause de lui tout seul, cpiclquc homme de mérite qu'il soit, mais pour le malheur comnmn de tout le jnonde (jui i)erd beaucoup à sa mort. M. Talon est un foi't homme de bien, de grand jugement et d'un esprit fort pénétrant ; le plus beau sens commun qui ait jamais été dans le palais (1) , ([ui a le nneux pris une cause et qui y a le i)lus heureusement rencontré, aux conclusions qu'il y a donnét.'s. Chacun a admiré dans Paris la force et la solidité de son esprit, et néanmoins il faut (pi'il meure aussi bien que tani d'honnêtes gens qui nous ont été malheureusement ravis dcjuiis nu an, tandis que tant de brouillons et de tyrans vivent sur la terre.

L'évêque d'Amiens est mort depuis quei(iues jours ; il rUu\ lils de M. de Caumartin, (jui mourut garde des sceaux Tau 1G22; autrefois fort débauché , jnais réformé depuis quel- (|ues années. On lui donne jxmr comjiagnon de \oyage en l'autre monde un autre [in'lat, (\n\ est M. deFenouillet , évè-

f1; Expression ploiiic <le (orcr . de >ciis cl <lc ;;<)ùl ; un en liouvc plu"^ iriiii exemple <i.T?i> ces leUr<>s. U. \\\

s I.KlTiiKS i)K lUi l-AilN

■ jiu' (!(• jiuiiijteliu'!'. Il ctdit le [dus ancien ('vèiiue (ii; Franco.

Tant dévèqnes (jui se laisseront niuufir seront antant ilo

Ijoiines chape- chutes pour le cardinal Mazarin , qui fera de

nouvelles créatures de ceux (|u'il y fera succéder. En voici

un autre troisième ({ui fera le nombre impair, c'est l'évèque

de Carcassoime, et un quatrième, (jui est celui de Fréjus en

fFrovence.Uuelque mine que l'on fasse et quelque déguisement

/(jue !es hommes apj)ortent dans leur vie, ils ne sauroient pa-

vier ce dernier coup. La niort lève le mas(|ue et fait coniioître

(jiic la vanité de la vie n'est qu'une comédie assez chétive ,

'(|uiine farce assez courte, (|u'une ombre, ou le songe mènic

une onjbre. Juvénal n'a-t-il pas bien dit dans sa dixièni!'

satire , qui est un ouvrage admirable :

Mors sola falclur Quantula sint horninum curpu.yctila.

M. Moreau le i)ère se porte un peu ndeux , mais j'avoue ([u'il ne faut pas grand'chose pour l'a.battre; et puis l'hiver, auquel nous toudions du i»out du doigt, est fort à craindre aux vieillards.

Le 1-2 de ce mois uiourutici le père Petau (1), le plus savant de la surit'lé. il a voit dans la tète divers desseins de livres, (lu'il avoit même conuneucés. On m'a dit qu'il avoit laissé tous ses paj)iers et ses desseins à un de ses disciples , nommé le père Cossard, qui aiu-a ■-oin de continuer le grand travail de son uniitre , de la théologie des pères , dont il y a déjà cinq volumes imprimés; c'est le plus savant jésuite d'aujourd'hui. Je suis de toute mon âme votre, etc.

De l'iuis, le -20 déce^n^^e 1632.

■J) D^Miii Peljui, en !alia l'etaviu». >avani jé;-i!ile, ne à Urlean»; en 1883, proie.-<our de lliéoio;-ie à l'aris, où il esl moi! le 12 décembre 10.')2 ; i! 0 lai->é d'"' om raM-^ (siiiiié^. H. 1'.

A KALlO.NET

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