‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 3 sur 49 · I.KTïnK CCCCIX. ~ AniHi-nir · texte numérisé non relu

I.KTïnK CCCCIX. ~ AniHi-nir

Je ne suis [)its encore déchai'yé toul-ii-fail tie niuii decaiiat ; j(^ travaille tous les jours à mes comptes et à mes rej;istres, mais, f)iea aidant, j'en sortiiai bientôt. Je vous remercie dv votre belle lettre, et M. (liraut i)aieillement de ses bonnes pràces; il e.-t Ibrt bon oj)érateur, et réussit en la taille fort lieureusement. Vous n'avez pas besoin (pie je vous avertisse que le rossolis n'est ^uèi'e bon aux népbrétitpies; mais trouvez bon seulenient (pie je vous en tasse souvenir, de peur (|ue vous-même vous ne vous en souveniez que trop ci-après , /// nipf/i/s (lolofibiis. Celte liqueur, nommée /*'o.s salis , )iiliil Ikihcl f^nlufc , H'fl i(/ne>(i/i (/>a(l puff'iiti.isimuiii , iKiii/jor/iiN rrii/'i/i- (jiir (Idlui'ilnis adfcrsissuiiinii , dont Dieu vous j^ardera et préservera s'il veut par sa bonté. Le |)ape a dit à notre ambassadeiH' (jui est à Rome (pi'il \eut (jue l'on remette en libellé le cardinal de Hetz , et qu'il ne sen prendra (pi'au cardinal 3Jazarin,K:e([u'il a réj)éîé }>ar liuil t'ois. Cette répétition a f'ori déplu à la leinc. J'attends encore (piel([ue cliose pour mettre dans notre pa<juet . lc(piel ne peut partir (pie le mois prochain poui" Lyon. Le manuscrit que .AL Sp(»i) a entre ses mains n'est pas si petit; j'espère (jue ce sera un in-(piarto de plus de soi.vante feuilles : c'est le papier qui a manqué à cause de la bassesse des eaux (pii a empêché M. Hipmt de commencer jus(prii présent.

Je vous envoie ma médaille , ipie j'ai toujours eu dessein de vous piésenter ; elle est plus belle (|ue celle (pie vous avez vise enti'e les mains de 3L Gontier, à (jui mon lils aîné en a envoyé une. Le coin de la Faculté, (jui étoit usé, a été refait, et au lieu de 16-18 j'y ai fait mettre iGÔ-i. Si vous en désirez de cuivre, je vous en enverrai ce([u"il ^•ous [)laira.

II se pourra(piel([uejour rencontrer quekpie bonne occasion (pii me fera aller devers Lyon , mais il faudroit (pie la paix fût (Ml France; en ce cas-la jeseroisravi de vous aller embrasser.

'10 LETIKES DE (.11 FAUX

Ou dit (jue le |)ape a député dix cardinaux pour cxauiiner le fait du cardinal de Retz , et pour trouver les moyens de le faire remettre en liberté. On dit que Bordeaux est en si mauvais état , qu'il seroit de besoin que le roi y lit un voyage pour empêcher que les Espagnols ne s'en emparent; mais, d'un autre côté, il est besoin qu'il soit aussi de deçà, à cause du prince de Condé , qui est le plus fort sur la frontière de Picardie et de Champagne, et qui pourroit venn* jusqu'ici , où il a encore quelques amis et où il y a plusieurs ennemis du Mazarin; il feroitbien du mal, étaut secouru de l'Espagnol, comme apparemment il le sera. On parle ici de la mort du pape : c'est peut-être d'autant qu'il est fort vieux. On nous promet le grand jubilé pour la fin du carême; je voudrois qu'il fût déjà passé et le carême pareillement. Les partisans du Mazarin disent qu'il viendra bientôt ; les plus fins disent que non, et qu'il ne peut ni ne doit venir. Le prince de Condé H pris Vervins; on y fait passer nos troupes, afin d'y remettre le siège et de le reprendre. On s'en va ici imprimer un traité de Balzac , intitulé VAristijjjK', ou (//• la Cour ; je me persuade que ce sera une paraphrase de ce vers du bon Horace :

Oinniis Arislipinnn dtcuil color cl 5/f//».< il rvs.

Je me recommande à vos bonnes grâces , cl suis de toute mon âme, monsieur, votre, etc.

De Taris, le dernier janvier 16o3.

LETTRE CCCCX. — Au iiuhnr.

l*ernicllez-moi de v(jus reconimantler un jeune honnnc lyonnois, aspirant à la maîtrise de chirurgie, nommé Cardon. I! avoit un frère aîn('' à Paris, l'an 1626, qui étoit honnête

lioiiiuic vi (le mes amis, ses pareiils viemieiil tic iiolic pays (le Beauvais ; j'ai même connu celui-ci, que je vous recommande, à l*ai"is , pour un gentil gar(;()n. AV /)/ili/j\ nisi tihi molestum fuerif , ut seutiat metim cominendafioHemtibl (j/nUoit , sibi utilcm /'(fisse. Je vous ai déjà tant d'obligations que j'en suis tout lionteux.

Je pense que vous aurez bient('»t deux livrets nouveaux du père Théophile Ilaynaud, iMaJa c bonis ecclesiœ, etc., Disscrtatio de sohrid alterius sexus fi-ef/itentatione per socros cl relig. Imnines, que vos libraires impriment à Lyon. On ne l'ait rien ici à cause de la guerre , et faute de papier.

Le prince de Contiestle plus fort dans Kordeaux; il en chasse qui bon lui semble. Les Hollandois o?it traité avec le 3lazarin , (pii leur a promis du support, dont les Anglois sont indignés, et menacent de ravager nos C()tes. Le prince de Condé a mis le siège devant Jamets. Le Mazarin a été traité superbement à Soissons par M. le maréchal d'Estrées, (pii en (^st le gouverneur, et en revenant beaucoup de [)ersounes sont allées au-devant de lui, entre anti'(^s 3L le chancelier; le 'roi même y a été jusqu'à trois lieues d'ici, et l'a amené dans son carrosse. Ils sont enti'(''s (l;nis Paris lundi , 3 lévrier, à deux heures après midi ; le roi lui a donné ce même soir à souper en grand et superbe festin. IHeu sait si ce n'ont point été des viandes bien succulentes , pour r(''parer et restaurer les forces de ce yrand ((i/^iffiiite . (pii revient de la guerre si harassé, eAqu'i rentre au cabinet , ou il y a de reste tant de conquêtes à faire.

Le roi a (Hé au-devant du Mazarin , et le^lazarin , à ce (pie disent les courtisans, ira au-devant de la reine. .Sic vivilur /icssiii/is isi'/s fcinijuribus, ad qini' nos resercavif iJmninus. Je nio l'econunande à vos bonnes gi'àccs, et suis de tout mon ccur voir(; , etc.

De l'aris. ce '» do (cMior l(»o3.

12 I Kl iKK> i)t (.1 I ru IN

li:tti\k ccccxi, — Ah ,„n,i('.

J ai iv(,'U la vùtfe des mains de M. Paquet, pour ia(|iielle je vous remercie ; ledit sieur se porte assez bien , Uieu mnci : nous parlons très souvent de vous, et il vous aime cordialement.

Je suis bien aise que nous ayez reçu le petit {)resent que je vous avois destiné il y a longtemps, et ipii a demeuié céans beaucoup plus que je ne pensois ; mais la guerre est cause de ce retardement. Je vous enverrai quelque chose de meilleiu' ci-après, si l'occasion se présente. Je me souviens tort bien de toutes les obligations que je vous ai ; mais avec ce regret que je ne m'en puis acquitter sitôt que je voudrois bien. On dit ici (pic (iuel([u"un a taillé sa plume pour réfuter M. Cl. (icrmain en sou Oiihudox-e , un de IWbm de ('(nihinoinc , mais je pense que ce ne sera qu'un galimatias de gazette : i-unsfaf f'/iitii sti/ji'iitii f'sst^ ot'iiciKilniii ; les tourbes qui se vantent de sa bonté ne sont point si traîtres que d'(,'n prendre lors- (pi ils sont malades. Vautier en prit 1 an passé, mais il en trépassa aussi. Sic/jiie pcr slibinm sti/fjiiaii fruHsnovif fret uni , ijui jii'r didhoUcdni istiid cencniini ( sic iiuiniiiofnr n Mercuriidi fut insi)iitf'!i nccoverat.

Je vous ai mandé touchant le Uui(|ueran, d<' Liiudilius judviiiriii' ^ ce (jue j'en savois. Je m'ent|uerrai de celui qui l'a imprimé autrefois à J^yon et en quelle aimée ; mais, je vous prie , 'uifcn'ii dormi sfcurv.

i\I. de J^iergues est un fort honnête homme, et a cpii j'ai l)eauconp d'obligation ; mais il vous a dit trop de bien de moi dans sa lettre; c'est une marque de son affection, et il n'ose vous (If'ilire de tant de bien (|ue vous lui avez écrit de moi ; il m'a rendu mes médailles. Le roi , la reine, leMazarin et toute la cour st)nt a Saint-(ierinain encore pour quelques jours. Le .Vlazarin traite avec le chevalier de (iiiauliies , pour avoir le gouvernement d'.\mien> ; dès (pi'il en sera le maître, il a

A KAl.CDNRT. 13

(nSSi'iii d'y (Mivoynr If canliiial de \\<[/ (laii-; ht ritadt'lle, soiis la iianle do M. df Har. (jiii a i,^ardé les princes dans le Havrede-lii'àce: et rela t'ait, ou dit que le roi ira demeurer pour (juelque temps dans le liois deVinceunes. Le prince de Condte-<l encore à Bruxelles. Ceux de Bordeaux espèrent du secours et des Anglois et ries Espagnols : aussi en ont-ils grand l)e- M);n. Les Anglois ont eu derechef un grand avantage sur le^ Hollandois, qui y ont fait perte de plus rie (juatre millions d oi'. Notre grande armée est en (vliampagne; on dit (]u"elle s'en va a liethel. ('a'trin falsa. qnrr iifciniifpriiiifiir, hpc )itiiriir, ii.-r .•<€/' ihn , (//n'a fa/su stnif. Il est seulement vrai que je suis et serai toute ma vie. monsieur, votre, etc. De Paris, le -27 juin Ifi.ï3.

LETTRE CCCCX il. — An mr-uw.

Je suis bien aise que M. Huguetan l'avocat soit arrivé chez Vous en bonne santé. C'est moi (pii lui avois donné Y Ech/iJliiiiii de AL p. Petit, pour vous le remettre. Cet auteur est un petit jeune homme parisien, de vingt-([uatre ans, que je ne connois que depuis qu'il me fit |>résent de son livre. Il est fils du greffier de Saint-Victor, il étudie en médecine; je lui <lonnai conseil sur ses études , dont on m"a rapporté qu'il étoit fort content , et qu'il vouloit faire des vers pour moi. J'aime mieux qu'il les fasse pendant ma vie qu'après ma mort . alin que je les puisse lire et en juger ; cardés que je serai mori , je ne verrai plus goutte. Le soleil se couche et se relève le lendemain ; mais dès (pie notre lumière se couche, c'est une nuit «''ternelle; et sans l'espérance ipie nous avons par la f(»i . nous .serions bien malheureux. Enfin, je suis tout résolu, (pielijiie chose qui me puisse arriver.

.M. '^ellisson, tout habile homme (|u'il est, s'est bien l'ail de- cniit'Uiis par son Uisinirt' ihl' Araihhnii'. M. Corneille,

illustre faiseur de comédies, écrit contre lui , de même que M. Charles Sorel (l). Je n'y ai encore guère lu de choses; mais il s'est trompé en de certains éloges , entre autres ceux de M. de Bourbon et de M. de Méziriac, que j'ai connus particulièrement.

M. Perrot d'Ablancourt est un habile lionime. On le blâme pourtant de s'être trop donné de licence à son Tacite : et de fait je ne l'entends pas si bien que le latin. Je ne .suis point de votre avis touchant ces traductions : pas une ne me plaît. Il n'y en a point qui vaille le tiers de son original , si ce n'est peut-être les Métamorphoses d'Ovide , traduites par Renouard , et encore tout cela n'est bon qu'à ceux qui n'entendent pas le latin. Pour M. l'abbé de Marolles, c'est un fort honnête homme , qui est mon ami depuis l'an 1620. Ses traductions ne lui font pas honneur; ses meilleurs amis s'en plaignent aussi bien que moi. Je voudrois qu'il n'y eût jamais pensé, car c'est d'ailleurs un excellent homme.

On a eu nouvelle de la mort du grand et incomparable -M. Saumaise (-2).. H est mort aux eaux de Spa, qu'il étoit allé prendre. Quelle perte pour la république des lettres ! 11 avoit soixante-cinq ans passés, étant né au mois de mai de l'an l')8S.

Il y a ici un avocat nommé M. Lescornai , homme d'étude et de travail, qui a fait une histoire entière de la maison de Longueville , depuis Jean , comte de Dunois, bâtard du duc d'Orléans, tué à Paris, rueTiarbette , en IJOT, et qui a été le

(1) Il esl étonnant que Gui Fiiiiii ne parle pas plus .souvcnl et avec admiration de cel illustre faiseur de comédies. Pourlant le Cid avait paru en 1030, Cinna en 1039, etc. I outefois il faut remarquer qu'à ceUe époque le.s mœurs médicales avaient quelque chose de la sévérité ecclésiastique et parlementaire. Pascal dit ' « Qui pourrait avoir confiance dans un médecin qui ne porte pas de rabat? » Mais si le langage et le costume avaient alors quelque chose d'austère et de pédant . il faut a\()uer que Molière a bien guéri les médecins de ce travers; j)euî-étre onl-ils outrepassé la limile. \]\. V.^

;2} Voyez tome [ . |iage !(»*).

A l' AL (lu ni: T. 15

premier chef et le l'oiulateur de cette maison. Il l'a présentée manuscrite à M. de Longueville, qui l'a trouvée si belle, (pi'il est résolu de la taire imprimer à ses dépens , et d'y ajouter tous les portraits de ses ancêtres (jue l'on lait graver exprès.

Le cardinal de Ketz est malade d'une lièvre lente pour la (pielle il ne bouge guère du lit. Il a son médecin enfermé avec lui (pii ne le sauroit si bien guérir, comme feroit le cardinal Mazarin s'il le mettoit en liberté.

On a exécuté ici plusieurs faux monnoyeurs, voleuis et assassins, et il y en a encore d'autres (|ue l'on cherche avec beaucoup de diligence. Aussi est-il vrai que cette grande ville est une vraie l'etraite de larrons, d'imposteurs et dec()U|)eurs (le boui'se. sans faire mention de ceux (|ui domienl de l'antiinoine aux malades et de tant de précliî^nrs et faux i^roplièles <(ui s'assemblent ici. le suis. etc.

De P;iri>;. ii--2l uoloinf Kî.'i:!.

LETTRE CCCCXIll. -- \i< mnur.

Depuis celle ([ue je vous écrivis le 21 octobre, nous avons reçu la nouvelle de la mort d'un de nos collègues, nommé M. Prévôt , qui est allé de vie à trépas, chez son père, à Vire en Normandie , d'un abcès ulcéré dans le pylore qui lui causoit \\\\ vomissement perpétuel.

Je rencontrai dernièrement .>[. Ogier l'avocat, qui m'a dit (|u'il ne voyoit antre chose par tous les carrefours que l'aftiche du livre nouveau du lils du gazetier, en grande j)age et <'n gros.ses lettres , avec ces mots : l' Antiniowc irinmplKmf cl Jitstifu' , etc. Je lui répondis (|u"il n'y avoit pas de quoi s'étoimer du triomplui; (pièce poison en avoit tant et tant tué depuis sept ans par l'entremise de Vautier , Guénaut, Valot , Kainssaiit , et quelques autres qui se jouent impunément de la peau des hommes, qu'il avoit bien raison de triompher ; (piautrefois à Unnic l'on ne piTUieitoil le tiionq»he (pTa ccltii (pii

16 I.ETTUKS DE (ill PaTI.N

avoil «iiigiié une jiiMiiiic balaille, où tout au nioiii'; ius'^êiit demeurés sur la place cinq ou six mille hommes, k ce (jue dit Tile-Live. Aussitôt il me dit : Voilà de quoi faire une belle épijframme , que peut-être ferai-je dès la nuit procliaine. Ce (|u"il fit et me l'envoya le lendemain matin dès les cinq lieui'cs. En voici une copie que je vous envoie, parce qu'on dit (juVII.' est l)ien faite. Vous qui êtes savant en tout, jugiez en :

.Xiinc Uni aiiralo a^ccDdal ('(ijiUaUti atmi , IS'iiii'^ allji.< sh/biuni jure Ir'niwpJxl cqitis :

Vlaudile ^ fttmoxi balai ronrs , pUnitlilp ^ agi/rlœ; Inicr qui ccdal , crédite , nnllus oit :

Virlurix laïUi luerilix ohsiarc Iriuwphix , Tôt r(rsix hnminiini nv'llil)u^. invidi'i exi.

il ajouta à ces vei's : /iide, tiidrln Pafinf , untiqaœ medicino' rindpj: acprrltiic^ alibi)/ m fritnnp/ians : xerl flifu! non lihct tccnm ridrrc : ni/Sfn/if r/iiui lo.ricitiii niliid ferai c cniuifpui Ai'ùu.cinui , liipuyn pncixqnc patmiimn , r.nilfnnfr A/as/urt' , qat-ni onrins, nc.^rio niajnrp nflin , nu i/fiinr/n , l'.n-rrai/inr cl jinlnmir. Je Suis ,

monsieni', voire, etc.

De Pari», le 10 ii.^vcinhro Ifi.'i:}.

LETTRK CCCCXIV. — Aa n>Hnc.

Je Vous confirme la nouvelle de la mort de M. Saumaise dans le mois de seplond^rc, aux eaux de Spa. On me dit (|ue la veuve est en chemin pour revenir à Paris ; je la verrai alors et vous en manderai les particularités (ju'elle m'apprendra. J'ai seulement su (jue ce grand héros des belles-lettres mourut en deux jours. Je sais bien le passage de Pline des eaux de Spa. Je le montrai à feu M. Piètre l'an 163'f , lorsqu'il fit sa thèse contre l'abus des eaux minérales (T. I.i'x ruh-idca.r, dit Pline,

'1) \ oyoz, sur ce.' eaii\. It'ctioundiic unir, dp nuit pi p mediruli'. par MM. .Mér;a el l>eieiis. Paris. 1S3'». t. \ I, p. iS7.

\ FMXONKT. i7

doivent s'aL^fen//- <li's i-aux iiiofnllifpo-s. l'iiiie .s\;>l tri>mi)é la aussi bien qu'ailleurs , quand il s'est mêlé du métier d'autrui. Les eaux de Spa sont légèrement diurétiques ; mais elles ne sont guère ordonnées que contre les chaleurs d'entrailles, qui est fort souvent la vraie et première cause de la pierre Si bien que ces eaux métalliques peuvent être bonnes à la cause du mal , mais non pas au mal quelle a |)roduit. Je suis pourtant d'accord avec Pline, qui est un auteur que j honore fort, lorsqu'il dit qu'elles clîassent la fièvre tierce : vu que, sur la tin de telles maladies , ces eaux peuvent servir après que le malade est très bien purgé et vidé. Un s'en peut néanmoins passer très aisément : aussi arrive-t-il souvent (lue ce remf?do n'est (pi'une amnsette pour occuper les convalescents cpii se plaisent a Va nouveauté et diversité des remèdes. Pline l'a fuit bien dit, lorsqu'il parle des médecins qui charlatanenl leurs malades : qui di.vcrficuli>> nquanim faUunt œqrolosi i). Des eaux mal prises, les conséquences en sont fort mauvaises. Ce sont de fortes lessives qui échauffent et dessèchent les entrailles au lieu de les nettoyer sim?;»lemefit et doucement.

.l'ai reçu nouvelles que notre ancien ami, M. Sorbière, directeur du collège d'Orange, a tourné sa jacquette, en se faisant catholique romain à la sollicitation de l'évéque de Vaison , des cardinaux de Bichi et Barberin, (jui lui en a luimême écrit de Rome. C'est lui-même qui me l'a mandé, et qu'il s'en alloit à Rome tout exprès, d'où il m'écriroit. Voilà des miracles de nos jours, mais qui sont plutôt politiques et économiques que métaphysiijues. Il est veuf et bien adroit; mais . tout fin qu'il est, je ne sais si , avec sa nouvelle chemise, il pourra réussir à faire fortune à Rome, qui est un lieu plein d'altérés et d'affamés : au moins sins-je l)ien assuré (pi'il n'y deviendra jamais pape.

Je puis bien vous dire des n(juv('lles de M. Sorel . puis(|u d

(1) On voit (lue in coutume de charlataner les malades au iiio\ eu îles eaux minérale^ n'e»! pas nouvelle : aussi pouvons-nous lépéier, sic ollm )iiinc hoilie. ^\\. \\

18 LETTRES DE r,L| PATIN

y a Ireiite-cinq ans (ju'il est mon bon ami. C'est un petit homme jivasset, avec un grand nez aigu, qui regarde de près, âgé de cinquante-quatre ans , qui paroit fort mélancolique et ne l'est point. 11 est fils d'un procureur en parlement. Sa mère est morte hydropique , et son père d'une fièvre quarte continue, qui est la plupart du temps fatale aux vieillards. Il n'est point marié, et demeure avec une sienne sœur, femme de M. Parmentier, avocat en parlement, substitut de iM. le procureur général. Ce 31. Ch. Sorel a fait beaucoup de livres trançois, et entre autres Francion, le Berger extravagant , VOphire de (Jtnjmntlie , V Histoire de France et une P/iilosrjj)/iie universelle. 11 a encore plus de vingt volumes à faire, et voudroit bien que tout cela fût t'ait avant que de mourir; mais il ne peut venir à bout tles imprimeurs. Il est fort déli- ^cal, et je l'ai souvent vu malade; néanmoins il vit commo- Xdément, parce qu'il est fort sobre. Il est homme de fort bon l^sens et taciturne, point bigot ni mazarin. Si vous en voulez davantage, expliquez votre demande plus particulièrement. Pour le livre de M. de la Chambre , Traité de la conyioissance des animaux, c'est un ouvrage où je ne me connois guère; on n'en fait pas ici grand cas. L'auteur parle fort bien françois; mais, outre la pureté du style, il n'y a guère ■ que du babil. Vo.r, [rrceterea niltil ; la voix et rien autre, c'est le caractère du rossignol ; mais notre siècle ne laisse pas d'admirer ces bagatelles. Je suis, etc.

l»e l'aris, le ào novembre 1653.

LETTRE CCCCXV. — At( mèwe.

La secte anlimoniale est ici fort élunnée <lu libelle intitule /</ /.''(jendf , (lue je vous ai envoyée. Ceux ([ui sont le.s plus méchants et les plus elTrontt's disent que cette pièce mérite des coups de bâton , mais 1 auteur n'en est pas découvert [['• ;

Ij Voyez la note I. Il , paj;. UG.

A FAlA'.ONET. 19

les uns s'altaqueiil à celui-ci, les autres ii celui-là. Guéuaul dit que j'y ai travaillé, ce qui est très Taux; uiais si les tuuis Notre-Dame tomboieut, cet lionime diroit (|ue ce seroit moi qui en aurois procuré la chute, afin de me charger d'envie et me faire des ennemis.

Pour le livre de M. Chiftlet, je vous en enverrai un à la première occasion. Cette poudre de quinquina n'a par deçà aucun crédit. Les fous y ont couru, parce qu'on la vendoit bien cher; mais l'efl'et ayant manqué, on s'en moque aujourd'hui (l). J'avois traité une iille de la fièvre quarte si heureusement, que l'accès étoit réduit à deux heures seulement. Sa mère, impatiente, ayant entendu le bruit que faisoit cette poudre des jésuites, en acheta une prise quar(iiit(j francs, dont elle a voit grande espérance à cause du grand prix. Le premier accès , après cette prise, fut de dix-sept heures, et beaucoup plus violent qu'aucun autre qu elle eût eu auparavant. Aujourd'hui , cette mère a peur de la fièvre de sa fille, et a grand regret de son argent. Voilà comment va le monde, qui n'est qu'un sot et veut être trompé. Cette poudre est fort chaude et ne purge en aucune façon. Ils disent qu'elle est diaphorétique ; ce sont des fictions , aussi bien que tout ce qu'on dit de la chair des vipères, dont peu de nos gens se servent, si ce n'est les suppôts des apothicaires ; néanmoins je pense que pour la garder, à telles fins que de raison , l'esprit de sel y est fort bon , ou même linfusion en eau-de-vie , et la sécher à l'ombre.

.l'ai vu ces jours passés deux petits livrets d'Arnuldus Boë- (ius, qui sont des observations de médecine de maladies omises par les anciens. Tl y est qualifié ci-devant médecin

(1) La médecine de nos jours ne ^aurail au conlraire se passer de ceUe salutaire substance ; c'esl véritablement un médicament héroïque. Mais que de laits , de temps , de recherches il a fallu pour bien connaître les effets du quinquina et son mode d'administration ! La découverte des sels de quinine est éjjaiemenl précieuse dans une inKnilé de cas pathologiques. (R. p.j

âO I.ETTUES l)K (il!l PATIN

du vice-roi des Etats d'Irlande, et présentement médecin très fameux de Paris, Par/s/'oriim medico darissimo. Sur quoi je vous donne avis que ce clorissime ne vit jamais guère clair. C'étoit un grand HoUandois, qui avoitles yeux fort enfoncés et le nez aigu, qui, faute de pratiques, après avoir tué ici sa femme, ses deux enfants et avec l'antimoine, s'en est retournéen Angleterre, n'ayant rien pu trouver, ni dans Paris, ni au faubourg St-Germain, qui le put arrêter. J'ai vu plusieurs malades qu'il avoit servis, mais il ne prenoit point le chemin de les guérir. Il est médecin comme je suis capitaine : voilà comment il a été ici darimme ; mais le papier souffre tout, aussi bien que la Gazette ont i moniale de M." Eusèbe Renaudot. Me voici parvenu à la fin de ma lettre , aussi bien que de cette aimée. Je vous demande très instamment la continuation de votre amitié et de vos ixtunes grâces, et vous supplie de me croire votre , etc.

De Paris, le 30 doiembro 1(>.ï3.

LETTRE CCCCXVI. — Au même.

Voici des vers extraits d'une lettre qui vient de Flandre, sur la mort de M. Saumaise :

Ingens exigua jacet hac snh mole scpulltis Assrrlor reqinn, numinis alqiie pugil.

Finicit Spadœ vliam Salmasiua hospex , Trajeclum cineres ossaque triste tcnet;

Qiind mort aie fxdt periit: pars attira cœlis Red dit a ; fil major, doctior esse neqnit.

La Légende an timon iaie a véritablement bien touché nos docteurs antimoniaux, (|ui menacent de grosses peines celui qui en sera découvert l'auteur. Pour ceux dont il est parlé, et que vous souhaitez de connoître plus particulièrement, je

k FAKJOMir. 21

vous dirai que le sieur de Gorris a toute sa vie été du mauvais parti des cliiniistes, des charlatans, du gazetier, des étrangers, gens de secrets contre la goutte, lepilepsie et la fièvre quarte; très malheureux praticien, qui en a bien tué avec les expériences qu'il a voulu taire; qui sait véritablement bien du grec et du latin, mais qui l'applique tort mal ; qui n'a jamais eu le courage de résister à la tentation de l'or, pour quelque coïonnerie ou corruption du métier L'an 1647. un marchand d'orviétan, pour mieux débiter sa drogue, s'adressa à un homme d'honneur, alors doyen de notre Faculté, nommé M. Perreau , pour obtenir de lui , moyennant une bonne sonniie d'argent qu'il ofiVoit, approbation de la Faculté pour son opiat. Il en fut refusé de belle hauteur. Ce charlatan s'adressa ensuite à de Gorris , qui reçut de lui un présent cou sidérable, et lui promit de faire signer à plusieurs docteurs l'approbation de ce médicament qu'il vend sur le Pont-Neuf; ce qu'il fit faire par une douzaine d'autres aifamés d'argent, qui furent les deuxChartier , Guénaut, le Soubs, Rainssant. Beaurains, Pijart, du Glédat, des Fougerais, Renaudot et Mauvillain (J ). Cet imposteur italien, non content de telles signatures, tâcha d'avoir l'approbation entière de la Faculté , et pressa le nouveau doyen, (juiétoit 31. Piètre, mon prédécesseur, de laluifaire donner, moyennant 4uo écus qu'il offroit, sur l'espérance qu'il avoitde mieux débiter sa drogue, s'il pouvoit obtenir ce qu'il désiroit. Ge nouveau doyen ayant appris de la propre bouche du charlatan tout ce que de Gorris lui avoit fait, lui demanda cette approbation; et dès qu'il l'eut, il fit assembler toute la Faculté , où il se rendit délateur contre ces douze messieurs, (pii, ayant avoué leur foiblesse et leur mauvaise action , furent chassés de la compagnie par un décret solennel. On les a pourtant rétablis avec de certaines conditions, et notamment celle de d'.'Hinvder pardon à la com-

(1) Ce Mauvillaiii était ami de Molière; c'est lui qui, dit-on , a fourni tous les termes de l'art dont rimniorte! comique s'est servi pour bafouer les médecins. 'H. p.)

pa^niie en pleine assemblée. Quelque chose qu'ils aient pVi faire depuis , la tache leur en est demeurée. Voilà la prouesse de J. de Gorris avec ce vendeur d'orviétan; mais ce n'est pas sa faute, ce n'est que sa coutume. C'est un homme affamé d'argent et de secrets; c'est un pauvre homme qui n'a tantôt plus d'esprit qu'une bête, quoiqu'il ait republié un gros livre Defimiiomnu inedirnrimi. Pour M. J. Bourgeois, c'est un boiteux (pii met son nez partout et un esprit foible , qui , pour couvrir sa foiblesse, a tâché de se faire passer pour janséniste, dont il se trémousse fort, pour s'attirer de la pratique avec ses nouveaux frères. L'homme est un misérable animal et le véritable jouet de la fortune, auquel un peu d'intérêt fait changer de parti quand il veut.

M. de Valois , ffenricus Vaicsias , vint encore hier me visitei" 11 est tils d'un secrétaire du roi. Il est rousseau , âgé d'environ quarante-sept ans, écolier de feu père Petau. Il travaille aujourd'hui à la traduction de quelques pères grecs, par ordre du clergé de France, auquel il a pension. Il a un autre frère appelé //(((friimus \ a/csius , qui est encore fort savant, et (jui travaille à l'histoire de France en latin. Je vous baise très humblement les mains, et suis , etc.

De Paris, le 6 janvier 1634.

LETTRE CCCCXVII. — Au même.

Je vous remercie de votre belle lettre du 3 de février. Je suis ravi de ce que vous êtes en bonne santé , et bien content de ce que l'aifaire de M. J. Lombard a réussi. Je n'y ai pas fait grand'chose, mais pourtant ce que j'y ai pu ; peut-être ([u'il se présentera quelque jour quelque affaire où j'aurai plus de crédit, et où je m'emploierai plus que très volontiers pour votre service. Les deux petits livi'cs que je vous ai fait tenir, de la poudre contre la fièvre quarte, et celui de M. Riolan , n(> valent j)as l'intérêt de ce cpie je vous dois : aussi n'est-ce

V FAI.CONKT. 2;^

qiif pour VOUS faire coniioifro (|ue vous avez eu uioi uu débitpur l'econnoissant ot de bonne volonté ; je ferai ce (|ue je l)ourrai pour m'acqnitter quelque jour de tant de bienfaits pour lesquels je vous suis redevable. J'ai reçu ci devant le livre du père Théophile Raynaud , Tractutus de priiua missa , et vous en remercie derechef, aussi bien que de tous ceux que vous m'offrez du même auteur, lesquels j'ai céans. La licence courante est fort petite , et par conséquent peu de thèses : la prochaine sera meilleure ; j'aurai soin de vous garder toutes les bonnes qui en proviendront. Le bonhomme , M. Rlolan , n'a fait que traîner depuis tantôt trois mois , à cause du grand froid, qui est son ennemi juré et le mien aussi; il se tient le plus qu'il peut clos et couvert dans son étude, avec un poêle qui le réchauffe à la mode d'Allemagne, où il travaille contre l'antimoine, lequel a de deçà si malencontreusement tué tant de monde, que ceux qui se sont voulu mêler d'en donner ci-devant en sont aujourd'hui tout honteux et dans une extrême confusion; et je vous puis jurer que jamais on n'en a donné si peu que l'on fait aujourd'hui. On n'en veut plus entendre parler dans les familles , tant ce funeste poison est si heureusement décrié ; la résistance forte et généreuse des gens de bien n'y a pas de peu servi. Vautier en mourut lui-même , l'an 1652. Guénaut l'a voulu maintenir, mais il y a perdu son escrime , et s'est chargé de la haine de plus de soixante-dix de ses compagnons, qui ne le veulent voir ni recevoir nulle part en consultation. On dit ici en raillant que les médecins ne s'en servent plus que pour leurs femmes lorsqu'ils s'en veulent défaire. Les uns appellent ce vin stibial, vin émétique, ab enecando , ou hérétique , pour le schisme qu'il a causé dans la médecine. Il y a encore trois autres de nos docteurs qui travaillent sur le même sujet , aussi bien que M. Riolan ; je vous en ferai part en tenqjs et lieu. Quand est-ce que votre Espagnol, G. Rravo, /iesolutiones medicœ , in-folio, sera achevé? On ne fait ici rien de nouveau que des romans et des livres cafards, de dévotion h la mode, et quelques ti-aductions assez

ft4 . LETIUES Ut (.Ll l'ATIN

chiitives: c est le mauvais temps qui en est cause: Diimeliora! En attendant, croyez que je serai toute ma vie , monsieur, votre, etc.

De l'aris. le 1(5 février Kîo'i.

IjEii T,0 -o/.iTîuuaToc , iiUtH Itabeù certi , itaque niliil scribo. L'Éiniiienlissitne CLst vraiment tel, et aussi puissant que Dieu le père au conimencement du monde : omnia quccuinque valuit f'(;rit. Le prince du sang sera bien heureux si on lui donne une nièce; bref il est de lui conmie d'Auguste, miserio. nostra magnus est. Le prince de Conti est arrivé, et a vu le même jour la nièce mazarine, dite Martinozi , savoir, le 26 de février. On dit aussi ([ue M. de Candale en épousera une autre avant la lin du carême. Le prince de Conti sera demain fiancé, et marié dimanche prochain. M. de Balzac est mort à Angoulême le 8 de ce mois. Plura non scribam , quia vêtant et r/iihir et piif/or sec/tli .

LETTUH: GCCCXVIIL — Au même.

Vous saïuez que le -23 du mois passé, comme j'étois dans mon étude, je vis entrer un gros homme tout réformé, qui me salua de très grande affection. J'eus d'abord de la peine à le connoitre, mais je lui dis après : Moaffibur, nêtes-vous pas iiKYosieiir de Snrhihe (l)? et c'étoit lui-même. Aussitôt il me

(1; Samuel Sorbière, né à Sainl-Ainbroise, arrondisseraenl d'Alais '.Gard;, le 17 lévrier 1610, étudia la médecine à Paris, à Lcyde; puisre- \inl en France ; fut professeur de TUnivcrsilé d'Orange en 1630, passa on Angleterre en 1669, devint membre de la Société royale de Londres. Ayant déplu au roi d'Angleterre par sa Belalion d'un voynfjeen Angleterre. Paris, 16G0 . in-12. ou !c força de quitter la Grande-Bretagne; il revint en France et moiirul à Nantes le 9 avril 1670. 11 a publié pluy.ieurs ouvra;;o- complètement oubliés. (F». P.;

\ I \l <;ti\i;i . 2.1

lit un nouveau cuiuplinienl tout plein de cliaiite, tle loi, et <reï.péraiice clirétienne. 11 me dit (|u'il s'etoit fait catholique; <|ii"il avoit des lettres du cartlinal Karberin , lesquelles il me vouloil montrer; qu'il avoit j)ensé allei'ii Rome, mais (ju'une allaire l'avoit amené à Paris; qu'il y venoit chercher del'em- [doi; (|n il y étoit assuré d'une pension de la libéralité de MM. du clergé; cpTil eût bien voulu avoir quelque emploi à la cour pour obtenir cjuelque bénétice. Enfin, après plusieurs discours, étant pressé de sortir, nous nous séparâmes. Je vois bien qu'il y a du changement à son aftaire, mais néanmoin,"^ je doute s'il a bien tonde sa cuisine; car, quoique le l'eu du purgatoire soit bien chaud et bien grand, tout saint et sacré qu'il est, néaimioins tous ceux ipu s'y chaull'ent n'en mangent pas les chapons. Quinze jours après je le rencontrai par la ville, gros et gras, avec un petit collet. Il me dit qu'il avoit eu le bonheur de saluer son Eminence, qui lui avoit promis un bénétice , et en attendant (|u'il s'étoit obligé à une pension âo lUO écus de rente. Je lui dis que c'étoit bien peu. Il me répliqua qu'il avoit d'une autre part 400 livres de MM. du clergé , laquelle somme il espéroit de faire augmenter l'année prochaine, (jue ces messieurs feront leur grande assemblée, en attendant quelque bon et gras morceau qui puisse soilir de la marujite du purgatoire. Il y a environ quinze ans ([u'unde nos médecins, nommé L. Renouant , se tit prêtre et quitta la médecine, pensant attraper un bon bénétice qui ne lui vint j»as. Sur ce changement inoi)iné , je lis les vers suivants :

I. (in (Jim II tes animir . qua^ pavijaloi tm^ if/nis Eoccoquit . alque suo carroe lc'ii(ii.< habet .

Viilpis iam caiilœ iristem ridclc /iguram: Missifiruf: niinr i-sl , qui inedicasier erat.

Le mot de \H//iis est une allusion a son nom de /ienouard . qui Jipproche tort de /»V//'''/v/. ■ .

Ou parle tort des noces des nièces de l'Eniinence avec M.M. de Caudale et de la Meillerave fils, et de celles des deux

sœurs de rÉmiuence avec d'autres grands seigneurs, qui veulent entrer dans le temple de la fortune et avoir leur part du pain bénit de cette confrérie ; mais pour vous dire la vérité de toutes ces nouvelles, il faut que je vous dise comme un ancien historien , je vous, en écris plus que je nen crois.

Dos Fougerais donna depuis peu , dans le faubourg Saint- Germain , (le Tantimoine à un prélat italien, qu'on nomme arclievèque de Sniyrne. Le pauvre homme en mourut le lendemain. Cette mort a encore fait crier haro à bien du monde contre ce maudit poison. Voilà de quoi augmenter mon marfyrologe de l'antimoine. Un homme de bien après tant de malheurs s'en abstiendroit à bon escient. Mais c'est un article fondamental du chef de leur secte, qu'il faut plumer l'oison tandis qu'on le tient; et quand on tient son argent, que le diable l'emporte s'il veut : ces gens-là ont-ils de la con- .science?

On dit tju'il y a une des nièces du cardinal d'une beauté singulière, que l'on espère faire monter sur le trône delà Fortune , bien qu'elle ne soit que nièce d'un Jupiter cramoisi, ou , pour parler avec Scaliger, d'un champignon du Vatican. Je me recommande à vos bonnes grâces, et je suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , ce 20 mars 1634.

LETTRE CCCCXIX. — .4?/ même.

Ce nest point d'aujourd'hui que je vous suis obligé ; mais le livre ipie je reçus dès la semaine passée par votre libéralité m'oblige de nouveau de vous écrire ce mot, pour vous remercier d'un si beau présent et de la diligence avec laquelle vous me l'avez envoyé. J'ai grand regret de n'avoir rien (le deçà pour vous envoyer et opposer à tant de présents que vous me faites de temps en temps. On commence ici quelques

A I Al.CONET. 27

niivi'ages rontrp VAn/wtoiiie triitniiihant du gazetier; nous avons quatre de nos collègues (jui le veulent relancer d'une belle sorte, en quoi ils ont beau jeu , savoir, i\IM, Perreau et Merlel . des livres desquels on commence l'impression , ef MM. Riulaii et (ierniain, (jui travadient sérieusement pour réfuter ce poison qui est ici fort décrié, et pour démontrer l'imp\idence , l'effronterie et les impostures de ce maraud de gazetier. M. Riolan , tout vieux (ju'il est, par la vivacité de son esprit , eût paru le premier des (|uatre; mais le grand froid , qui est fort contraire a son poumon , l'a empêché tout cet hiver de travailler; il ne laissera pas de venir en son temps. Nous aurons aussi bientôt un docte coiumentaire pratique : In epidf'inicas Instorias Hipjjucrofis , d'un habile homme, et qui a été un des plus employés de Paris depuis l'an 1614 , et d'un autre un commentaire , /// Jusjurandinn Hippocrafis, que je tâcherai de vous faire voir des premiers, alin que vous sachiez que , hdhes in nie dchitorem mm innneunireiii toi accepta runi benc/iciorui/t. Usp; toù xoXiteÙjUixtoî, /////// /m/jco quodrlicam; régnât et triunijj/ntf , où -o y' (Z. Je me recommande très fort k vos boimes grâces , et suis de toute mon àme , monsieur, votre, etc

De Paris, ce 10 avril l(5o4.

LETTRE GCCCXX. — Au même.

Je vous ai tant d'obligations de toutes sortes (jue je ne saurois les particulariser : vous m'envoyez des livres, vous n)e donnez des connoissances et des pratiques d'honnêtes gens, de si bonne grâce, (|ue je ne sais que faire, /vro retaliatione.r avoue la dette, mais je ne sais quand je la paierai ; peut-être que je n'aurai jamais moyen de m'en ac(|uittor; mais au moins jp ne mourrai pas ingivit, puisque j'ai bonne envie d'y safisfaiiT d'une façon ou d'autre. M. Choulier a été' un peu malade de (piehpie accès de lièvre tierce.quiavoit été précé(1éed'uii(légoù(

28 LETTKbS DE GUI l'ATI.N

et entresuivie d'une colujue; mais, Dieu merci, il'esten bon état. Peu de remèdes l'ont soulagé : je pense que tout cela lie lui étoit venu que pour avoir changé d'air, et que son estomac n'est pas encore bien accoutumé à nos eaux, (/uasjmn pridem vi'teres noslri obserrariinf provincial ibun pêne sinfpdis Uevitatcm intest inorwn inferre. Mais, Dieu merci, tout cela est passé : il fut hier heureusement purgé par mon conseil . et le sera encore demain, Dieu aidant, pour la seconde et dernière fois ; ce que j'ai fait exj)rès , atin de le garantir d'une récidive , et je tiens qu'il sera eijtièrement guéri avant que la présente vous soit rendue, d'autant que je fais état de lui dire demain adieu Vous en pouvez assurer MM. ses parents. Le changement d air est bien souvent cause de maladie , principalement à tous ceux (pii sont délicats , et rarœ texturœ; c'est ce qui a fait écrire à notre Hippocrate son beau livre de Aère, Ar/uis et Locis (l), que vous trt/uverez encore plus beau si vous y joignez le commentaire de feu M. J. Martin, que je m'offre de vous envoyer si vous ne l'avez. On dit que le roi s'en va à Fontainebleau dans quelques jours, et de là à Reims , et le prince de Conti en Catalogne avec le marquis de Hocquincourt, qui sera son lieutenant-général. Notre bonhomme, M. Riolan , cherche avidement le beau temjts, pour achever son beau recueil contra stiOi>nn. De riieiu'c que je vous parle, la plupai't du monde rit ici, bourgeois de boutique, chicaneurs, partisans et banqueroutiers,rienquedejoied'allerauballetquise danse au Louvre à ce soir : jxu.-i major lucriaias ridet, et intus hoiel : ridi'ant igifitr, quando(piidi m lua/ji saa. non //(/(V//^«?//. Messieurs du parlement y sont invités, et ceux des autres cours souveraines : ut tandem rernm sic iliud l'etronii , vmndus omnis aç/it histrioniani. On dit (pie de Reims le roi ira à Chàlons-sur- Mai-ne ; (|ue le piince de Condé a eu un échec dans le Luxembourg. Mais il n y a rien de si certain, sinon que totus swn

(1) Voyez OEuvrcs complèles d' Hiiiponate . Irad. par E. LiUrc, Paris. IS'iO, I. IF, pag. H 2 et suiv (R. P.)

A FAI-CO.NEl'. -i'J

(uiis (fre et libra. Je iiit- l'ecniiimaiidfi à vus bonnes grâces , et suis, fie toute monàine, monsieur, votre, etc. De Paris, le •28.H^^il UWi.

LETTRE CCCCXXl. — Ax nu-m,-.

l.e -28 (kl passé, (^hai'les . mon second tils, ci-devant avocat, fut fait bachelier en médecine. Si bien que. Dieu merci, voilà notre famille délivrée de la chicane du palais et de l'iniquité du siècle. Au lieu de plaider devant des juges tels qu'il plaît à Dieu . il jugera lui-même des procès touchant les maladies et la mort des hommes, et j'espère qu'il y réussira avec les bons fondements qu'il a à son âge de vingt un ans et un mois.

On parle fort ici de la reine de Suède, qui se démet de la royauté, en se réservant une pension n()tal)le. Elle met en sa place un pri/ice de Suède son cousin, de la maison palatine. On ne sait point la véritable cause de cette abdication. Les historiens n'en ont jamais dit une bonne |30ur Dioclétien , qui en ht de même. On dit qu'un des Andronics en fit autant, épouvanté d'un spectre qu'il vit dans son cabinet et qui lui commanda de le faire, Ghavles-Quint étoit vieux et cassé, et avoit beaucoup de péchés sur le dos. Les moines disent ([u'il vouloit faire pénitence. Tout cela est bon à dire; mais beau- (îoup de gens croient qu'il ht une folie de se dépouiller avant (jue de se coucher: aussi ne tarda-t-il guère a sen repentii'. La curiosité de notre siècle aura bien de la peine à découvrir la vraie cause de celle-ci, et quand on la sauroif , peu de gens la diroient. Le résident de France à Stockholm, nommé Picques , a près de soi un jésuite, nommé le père Langlois , (|ui est un honnne d'esprit . q\ii en écrit ici à un de ses compagnons assez particulièrement. Il e^l delà travesti et habille

en cavalier, et se fait nommer M. de Saint-Hubert. On dit que la reine s'est mise entre les mains d'un ambassadeur du roi d'Espagne, nommé Pimentel, (jui l'emmène en Italie pour lui taire voir le pays; qu'elle se veut faire catholique; qu'elle veut aller voir la Grèce , la Thrace, l'Euphrate et le Pont-Euxin , ce que je ne crois point. Néanmoins nous sommes dans un siècle plein de prodiges.

Voici des nouvelles de Paris. Le curé de Saint-Paul a reçu ordre du roi de se retirer en sa maison des champs pour avoir troublé le sermon du P. Lingendes , qui prêchoit dans Saint- Paul. Les curés de Paris commencent à s'assembler pour procurer la liberté de leur confrère, ce qui pourroit enfin arriver après quelques jours de pénitence. Voilà, le commencement dune guerre de geus désarmés , et qui n'ont pour tout canon <l que celui de la messe , et pour épée que le bâton et la croix. ' Cette controverse ne tuera personne , mais engendrera seulement quelques livres à l'avenir, dont nous nous divertirons. Si j'étois arbitre de ce diftérend , je sais bien ce que j'ordonnerois là-dessus. J'ai un secret infaillible pour les accorder , mais je ne le révélerai point, si on ne m'appelle à l'assemblée où il se doit juger.

M. Moreau m'a dit qu'il travailloit à la vie de iM. Naudé. Je suis ravi qu'il s'en veuille donner la peine. Il se porte mieux qu'il n'a pas fait; mais vous savez bien que tout est à craindre à un vieillard, et vous n'ignorez pas non plus le vieux proverbe hébreu : Les Jeunes peuvent mourir, et les vieux ne peuvent pas vivre longtemps. Je viens d'apprendre que la bibliothèque dudit M. Naudéaélé vendue pour dix mille francs au cardinal >Iazarin. Elle valoit deux fois plus, et il y avoil quantité de livres qui ne se sauroient plus trouver. A propos de livres, voulez-vous bien me faire la grâce de m'acheter a Lyon les livres dont je vous envoie la note? Ma bibliomanie^^l '

l N'oyez la nuit' I. 1 1, paj^o 144.

V KAI-CONEI. 31

vuus l'ail ôouveiil de la peine; peiittHie ([ue je serai plus sage et plus supportable l'année qui vient Je suis de toute mon àme votie, etc.

De Paris, le 1=' mai l6o4.

LETTRE CCCfAXli. - .1// y/^^m.-.

Je dois réponse à deux des vôtres, pour les(|uelles je vous rends très humbles grâces. Le livre de M. Merlet est setis la presse, aussi bien que celui de M. Perreau: mais cela ne va guère vite, tante d'ouvriers, et même de papier (jui nian(pie ici. Dès qu'il y aura quelque cho.se de fait, je vous t-n enverrai. J'ai plusieurs l'ois ici vu sortir des vers des veines paila saignée tlu bras; mais (piaiid ils ont été grands et morts, je n'ai vu per.sonne qui en soit échappé. Votre malade est bien heureu.v de l'être. M. le cardinal de Retz est à Nantes, où ses amis le vont voir et l'entretiennent. On ne sait pas encore qui sera son successeur en l'archevêché de Paris. Le .Mazarin n'a point la pierre , mais il a martel en tête du prince de Condé et de plusieurs autres choses qui regardent sa fortune. Un parle du voyage de Reims pour le sacre avec beaucoup d'incertitude. LesAnglois nous menacent toujours. C'est une chose certaine que la reine de Suéde quitte la royauté ; elle y est un peu poussée par les Etals du pays, qui n'approuvent pas ses profusions, mais elle ne parle pas de se faire catholique, ni de venir en France. Les princes ne changent jamais de religion que lorsqu'il y a du gain. J'ai vu sa lettre à M. Ghanut, lequel je connois fort bien, et (jui est de présent eu Hollande. Le mois prochain nous en apprendra davantage. Je suis ici médecin île >L Bidal, riche marchand de soie, (pii est caissier de la reine de Suède, et qui en reçuil toutes les semaines des nouvelles.

.M. (>houlier est , Dieu merci, guéri; il na plus (ju a se

32 I.ETTKKS DE (iPI PATIN

conserver; il est di^licat et tliiet. Dans le preiniei' paiiuet (jue j'enverrai à Lyon j'y mettrai pour vous l^riplcctidne^ in lihrinn Hippocrnt/K do Ai'i'(\ Aqcis cf Ijyis, auct. J. Martinus. .l'ai t'ait vos recommandations à M. Clioulier, qui vous en remercie; mais je ne saurois trouver ladresse de la lettre à M. votre frère, que j'ai aujourd'hui tV>rt cherchée. Je ne sais comment je ferai pour la trouver.

Depuis peu a ici paru un livre fort impertinent et très satirique, intitulé : Seratuli- Ajjoloffie jxjti/- /a facu/fo rie tm'dei-i'iif de }Joiif/ic//ier. etc.; il est tout plein d'injures contre M. Riolan , contre moi , contre M. Guillemeau , MM. Moreau et de la Yi^ne «hMiint. Le livret a été imprimé in-quarto, et même peut-être fait à Paris. Un de nos charlatans antimoniaux en est fort soupçonné. On parloit de faire saisir le livre et d'en empêcher la vente par autorité de justice. Je me suis opposé il cet avis; il le faut laisser débiter en toute liberté: c'est procurer l'infamie à ces écrivains , de faire que tout le monde voie leurs sottises et leur ignorance. Un homme de bien , infee/fr cifœ seelerisr/ue pi>ri(s, ne doit point s'émouvoir jiour des iujm'es, eonritia, ai irnscâyi' ^ ngnifn vide.ntitr, siii-eta exùleHChnt ^ j'>''it que tout ce qu'ils nous reprochent est faux et inepte. H reproche lànerie à M. Riolan, (jui est un des savants hommes du monde ; il appelle M. (iuillemeau scélérat rousseau, tjui ne le fut jamais, etc., et ne répond rien aux raisons et aux objections de M. Hiolan. 11 me veut faire passer là-dedans pour l'auteur de la légende, à laquelle j'ai contribué comme vous. Il y a là-dedans sept ou huit marauds de charlatans que j'eusse bien autrement traités qu'ils n'y sont : je les connois trop bien , et suis trop bien informé de leurs fiipoimeries. Bref, tout ce livre n'est composé que de faussetés , injures et sottises : l'ignorance de l'auteur y est toute visible, et il n'y a aucun fruit pour le lecteiu' qui s'y amusera ; mais on n'en connoît pas le véritable auteur, diiffar iynoratur. (\e n'est point M. ('ourtaud de Montpellier qui 1 a faite, au moins ne l'a-t-il |)ns faite tout seul, cdii nehu-

A r\[.C()NF.T. 33

liyncs muliKts iiijcrus coiifu/erui// ad (■oiifccluin ■m tam htirr'nli lilii'lli. Le seigneur Pietro, père ilii Mazariii , est mort ;i lîoiue. Le ct mite de Harcourt est eiifin rentré en son devoir et a l'ait sa paix avec le roi , nonobstant les offres des Espagnols ; et tant mieux pour vous, d'autant (jue la Bourgogne éloit nuMiacée de cette guerre. Le l'oi s'en va à Reims pour le sacre dans huit jours. Je me recommande à vos bonnes grâces , et suis de toute mon allection , monsieur, voire, etc. De Paris . le 19 mai 1<)o4.

LETTRE CCCCXXIIL — Au môme

Ne vous mettez pas en peine de M. Clioulier; il est, Dieu merci, en bonne santé ; vous en pouvez assurer MM. ses parents. Il est vrai (ju'il a eu une rechute, de hupielle l'ayant traité, aprèscpi'il a été bien purgé, je lui ai conseillé une chose (piil a bien envie défaire, qui étoit de changerd'air: et comme il étoit eu peine du lieu, je lui ai doimé ma maison , qui est à trois lieues d'ici, savoir, à Cormeille en Parisis (i), une petite lieue par-delà Argenteuil , où il peut respirer un air très pur, et où il a une vue de plus de cinquante lieues à la ronde; le jardin et les allées y sont belles, qui vont jusque sur la montagne. Nous y avons aussi force cerisiers, descpiels il peut cueillir les cerises à mesure (lu'elles mûriront, et les fraises pareillement. Il y a beaucoup d'autres fruits, mais la saison n'en est pas encore venue. Sa rechute ne lui est arrivée que par sa foiblesse naturelle (car il n'est pas si fort que la pluj)art de vos autres Lyonnois qui viennent ici tous les ans] , et déplus, sot (s cault' sibi non lirospexit. Vous savez comment les jeunes gens se laissent emporter faute de prudence, et n'ob-

{i) Commune (l'A rgenleuil, arr()ndi.s>einetil de \ ersaillcs. Celle propriclé de ("lui Pa'.iii a élé , depuis j^o» éjjoque , divisée en plusieurs portions ; il ne resle rien aujourd'hui de la maison du célèbre auteur de ces lettres. (R. P.'

servent pas exaclement l'aphorisme d'Hippocralt; , du G' des Kpid. : Ldbor, c Unis, palus, fiomnus, etc., Tcâvra •.izpia. Scis quid velim : suppriniif (irator qud' nisficus edit inepte. Mais je vous assure qu'il est de présent Fort bien ; je l'y ai été voir moi-même une fois , afni de le confirmer, bien que je n'aie point le loisir de m'écliapper d'ici , et je ne fus que demi-heure avec lui ; je lui ai envoyé des livres tels qu'il a désiré pour se divertir, et, depuis quatre jours, ma femme y est allée avec deux de mes iils, qui lui feront en quelt[ue façon compagnie, avec un mien beau-frère. Bref, n'en soyez pas en peine, il est fort bien ; mais il faut qu'il soit sage à l'avenir, de peur de retomber malade. Le roi va à Cliàlons sur-Marne. On fait un parlement nouveau à Limoges. L'Espagnol et le prince de Gondé ne font rien. On dit aussi que le roi va assiéger Clermont. Je me recommande à vos bonnes grâces, et suis, monsieur, votre, etc.

De Paris , le !<> juin 105i.

LETTRE CCCCXXIV. — Au même.

Il y a ici grosse guerre entre les jésuites et le curé de Saint- Paul, contre lequel ils ont fait un libelle diffamatoire qui court ici en cachette, et que je n'ai encore pu voir, où ce pauvre curé est rudement accommodé. J'apprends que sa vie y est bien épluchée et lui fort maltraité. Il fait le petit prélat, il a carrosse, maison aux champs, où il traite les dames à quatre services; il a une alcôve, tapisserie de haute lice; il reçoit des dames dans sa chambre à onze heures du soir, lorsqu'il est couché. Vos ministres n'en sauroient tant faire, car le plus riche d'entre eux n'a pas 15,000 livres de rente comme ce curé. Aussi n'avez-vous point de purgatoire qui brûle toujours, et voilà le malheur de vos ministres, qui ont abandoimé le nombre d'or pour la lettre dominicale.

Le livre de M. Merlet contre le gazetier s'achève ; on commence celui de M. Perreau. L'antimoine est de dcY'à tellement

A rAixuNi: [. 35

morfondu et décrié, que l'on n'en parle plus qu'avec exécration , et nos antimoniaux sont fort étourdis du bateau, et voudroient bien que ce tut à recommencer.

M. Kiolan u'a fait que traîner depuis trois mois. Il est maintenant au lit, d'une méchante oplitlialmie qui l'empêche de lire et d'écrire. Il a néamiioins grande espérance de guérir, et dit qu'il auroit grand regret de mourir (pi'il n'ait auparavant répondu à l'apologie de Montpellier, où il traitera le doyen en chien courtaud. Cet homme a réveillé une querelle qu'il devoit laisser assoupir, et par sa médisance il a irrité des gens qui ne lui pardonneront pas. Il falloitse taire ou mieux faire. Au lieu de raisons, il n'a dit (jue des injures fort impertinentes. Je pense pourtant (ju'il n'y a pas travaillé tout seul , t>t qu'il a été aidé par quelques uns de deçà de la secte meurtrière , j'entends de l'antimoniale, enragés de ce (jue leur brigue est décousue , et qu'ds n'osent plus étaler ce diable de poison pour les meurtres qu'ils ont commis.

Mais de grâce, ([uand vous écrirez à ce M. Courtaud , demandez-lui, je vous prie , pourquoi il m'en veut tant ; pourquoi il en a tant dit contre moi; pourquoi même quelquefois il s'est retenu et n'en a pas dit davantage, puisqu'il étoitsi en train, et que les injures coûtent si peu h tels gens que lui, j'entends à des ignorants qui, faute de raisons, ne peuvent rien dire de bon. Pour moi , je ne me sens nullement touché de ses injures, parce que je n'y reconnois rien qui m'appartienne. Vous savez bien ce beau passage de Tacite, que Courtaud n'a jamais lu : Convitia, si irascare, ognito vident m\ apralaexolQi^funt. Pour les autres professeurs de Montpellier, je ne les soupçonne point d'y avoir contribué. ^\. H. de Belleval n'a garde de l'entreprendre; Hivière aime mieux aller piper quelque pistole en Dauphiné ou en i*rovence, et même ce n'est point son fait d'éciire de cette manière, non plus que Soliniac.

J'ai ce matin entreteim un homme de cour qui sait bien des choses. Il m'a dit qu'à la vérité Mazarin a eu des douleurs néphrétiques, avec vomissements et nausées, et qu'à la lin il a vidé une pierre, mais (pic (l('|tui< il ne s'en est jioint

senti; de sorte qu'il est aujourd'hui en parfaite santé et (ju'il n'a point de pierre, si ce n'est la pierre pbilosophale, par le moyen de laquelle il amasse merveilleusement de grands trésors. On dit qu'il ne se soucie plus guère de marier ses deux nièces à MM. deCandale et le grand-maître de l'artillerie, vu que pour de l'argent, dont il a grande provision, il espère d'en donner une au duc de Savoie, et l'autre à ([uelque prince d'Italie. Voilà comment la fortune triomphe quand elle est accompagnée de plusieurs sacs de pistoles. Bon temps pour lui, pouvu qu'il dure. Vole.

De Paris, le ir> juin 1034.

l.ETTRE CCCCXXV. — Au même.

Je vous envoyai dernièrement une grande lettre avec le discours de M. Gassendi , louchant l'éclipsé qui alarmoit beaucoup de gens (1). Elle est néanmoins passée sans tuer personne, hormis que le même jour, 12 août, sur les six heures du soir, un gentilhomme normand , voleur de coches et de grands chemins, lut rompu en Grève; mais ce n'est point l'éclipsé (jui l'a l'ait mourir, ce sont ses crimes et ses cruautés exercées sur de pauvres passants qui ne pensoient point à lui. Le jour précédent étoit mort ici un savant avocat , nommé M. Ogier, frère du prieur, qui lit l'année passée une épigramme sur l'antimoine, que je vous ai envoyée. 11 étoit extrêmement savant en grec et en latin, en droit , en humanités, en histoire, en géographie, es pères de l'Église, et surtout bon poète latin. Il avoit quelque chose de trop qui me serviroit bien; mais il s'en faut passer. Dieu n'a pas fait aux hommes ses présents par une distribution arithmétique.

(1) Personne, aujonrd'luii , n'est alarmé d'une éclipse, parce qu'on sait que ce phénomène n'a rien de surnaturel; niais il a fallu bien du temps pour infuser celte vérité dans les masses, vérité connue dans tous les temps par ce petit nombre d'hommes toujours en avant du siècle où

ils vivent.

A lAl.CitNhT. 37

M. ln'iiuil,(k'Saiiiniir 1), m'a visité ce iiialiii ; a[)iès lescoml>limcnts d'une première entrevue, je lui ai domandé comment se nommoit cet ancien conseiller du parlement qui avoit prédit qu'en 1664 toute l'Europe seroit réformée et l'Italie détruite par le fer et par le feu. Il m'a répondu qu'il s'appcloit Juliers de Chalandcau ; (jue sa famille étoit de Paris, et sa seigneurie en Poitou ; qu'il avoit été averti en songe de changer de religion et d'embrasser la nouvelle, ce (pril fit. Il ajouta qu'il savoit bien qu'il n'y auroit plus de pape, que la messe seroit abolie , qu'il n'y auroit plus de prêtres ni do moines en France. G'étoient des songes de vieillard à qui l'esprit n'étoit pas bien rassis. Je n'ai jamais pu trouver ce nom de Clialandeau dans les listes des conseillers, ce qui me fait soupçonner que ce soit un nom de terre. Je suis, etc.

De l^aris, le 15 d'août 1634.

LETTRE CCCCXXVI. — .Uf même.

Je viens d'apprendre que depuis huit jours M. Rigault(-2), doyen des conseillers du parlement de Metz, est mort à Toul, fort vieux et fort cassé. Il a par ci-devant été bibliothécaire du roi. C'est lui qui nous a donné le Tertullien, le Saint Cyprien, la vie de M. Dupuy et plusieurs autres bons livres. C'étoit un des savants de la grande bande dont l'incomparable M. Saumaise tient le premier rang et 31. Heinsius le père le second ; après lesquels il n'y en a guère de leur force. Les gens de bien s'en vont, et bien des fripons restent pour le malheur du genre humain. Les lettres de Turin portent que l'on y a vu en l'air, par plusieurs fois, des chariots, des hommes à cheval , et des armées. Il y en a ici qui en ont peur ; pour moi , je mo tiens à celui qui a dit que nous n'eussions point peur des signes du ciel. On dit qu'en Hollande le nombre des malades est

(1) Voyez tome II , pages 488 et 489.

(2) Nicolas Rigault, en latin Rigaltius, philologue, né à Paris eu 1577, mort en 16j4. K. F.^

38 I.ETIIIE.^ DE i.ll l'ATlN

clIVoyable. Ils meurent tous nonobstant le fréquent usage des sudorifiques. Où est-ce que ces gens-là ont appris la médecine? Saigner très peu, ou point du tout; purger peu et avec des poudres , des pilules ou de l'antimoine , et puis faire suer des malades qui ont les vaisseaux, le ventre et l'habitude du corps pleins d'ordures et de beaucoup d'impuretés ! N'est-ce pas là être des bourreaux plutcU que des médecins? Je suis , etc. De Paris , le 26 août 1654.

LETTRE CGCCXXVIl. — Au r,mm.

Le roi arriva à Paris le jour que je vous envoyai ma dernière lettre, et le lendemain matin mourut M. Broussel , pour qui en partie on fit les barricades l'an 1648. Il étoit âgé de quatre-vingt-trois ans. Son fils, qui est l'un des plus savants de Paris, est conseiller de la cour. Il étoit reçu en survivance.

On dit que le maréchal de Turenne est d'avis de ne point faire de siège, si on ne lui donne de l'argent, qui est un métier que notre cardinal Mazarin n'entend point. Il court ici un bruit que l'empereur est mort, et le vieux duc de Saxe aussi, et que le jeune duc de Saxe se veut faire catholique romain , afin de parvenir à l'empire. Il est à craindre que cet aigle , (jui a mangé d'autres oiseaux , ne vienne enfin en proie à plusieurs autres. Le roi doit aller vers la frontière , où sa présence est requise, avec le 3Iazarin , et môme on croit qu'ils iront jusqu'à Metz. Il y a apparence, comme celui-ci en a l'évéché , qu'il en veut aussi avoir le gouvernement. Il aura enfin tout ; car on le fait ici le dieu de la terre, et tout lui réussit.

Nous nous assemblerons demain pour notre pauvre collègue iM. Vacherot , qui est prisonnier à Rennes, pour avoir aidé à sauver son maître le cardinal de Retz. M. le maréchal de la Meilleraie le poursuit criminellement. On a déjà pendu {\ii\\\ de ses gardes; mais il n'y a point d'apparence qu'on en

\ lALCONKi. ."59

vciiillt; ia'ivv aiitaul à son médecin (l . On doit pourtant tout craindre de la colère des grands. Pour moi , je ne voudrois point être à leur service, s'il faut mourir pour eux dans les retranchements d'une ville assiégée, comme a fait depuis peu notre autre collègue M. Dupré à Arras, à qui M. le Prince ne voulut point donner congé ; ou être en danger d'être ]iendu , pour aider à sauver son maître, comme M, Vaclierot. Je suis, etc.

De Paris , le 8 septembre 16o4.

LETTRE CCCCXXVIIl. — .1// même.

On vient de me dire que le feu a pris à cinq lieues d'ici, à 3Iarnou près de Lagny, par la faute de la prieure, la([uelle cherclioitdes sourisdans la paillasse, qui l'empêchoient dedormir.Tout y a presque été brûlé hormis leur église. On dit (jue la perte est de près de cent mille livres. Trois religieuses y ont été brûlées toutes vives , dont il y en avoit une folle, pour qui les parents payoient pension : ainsi c'est du ]irolit pour (juelqu'un, tandis que les autres y perdent.

J'ai l'histoire de M. B. Gramond, président de Toulouse, dont vous me parlez [2 . Je l'ai souvent entretenu pendant qu'il étoit en cette ville. C'étoit un bon vieillard, mais d'une àmc foible et bigote. Il se faisoit de fête pour obtenir des mémoires , et pousser son histoire jusqu'à la mort du feu roi ; mais le cardinal Mazarin ne lui a pas voulu donner cet emploi. Il est mort depuis peu à Toulouse. Son livre est peu de

(1) II y plusieurs exemples dans l'iiistoire d'un pareil dévoueiueiil de la pari des médecins. Aujourd'hui même , au moment où j'écris celle note (15 juin 18i6) , le docleur Conneau e?l détenu à Téroniie, poursuivi par le procureur du roi pour avoir favorisé l'évasion du prince Louis Bonaparte, itrisonnier au château de Ham depuis plusieurs années. R. P.)

(2) B. Gramondi hisloriarum GuHio' ab excessu llcnric't IV, lilnl XVJII . Tolosje . 16i3 . in-fol. . K. P.;

40 l,LTn;L.> DE i.LI l'ATI.N

cliosc , et inliiiimeiit au-dessous de l'Iiistoire du [)résideiit de Tliou. Il est rempli de faussetés et de flatteries indignes d'un homme d'honneur. Quand il fut achevé d'imprimer, et prêt d'être mis en vente, M. de Gramond fit refaire quinze demifeuilles pour y tlatter plus fortement le cardinal de Richelieu , qui étoit alors au plus haut point de sa faveur. Ce bonhomme crut qu'il n'y avoit point de termes assez forts pour le louer ; mais il n'y gagna rien, car le cardinal vint à mourir.

On dit que Cromwell a été bien étonné de la levée du siège d'Arras , et (jue cela l'obligera de changer de dessein. La reine de Suède , qu'on dit être toute espagnolisée , en ayant reçu la première nouvelle, fît cesser la comédie qu'on représentoit devant elle , et la fit recommencer aussitôt qu'elle eut appris que l'ai'chiduc et le prince de Condé s'en étoient sauvés , et (pie toute la perte étoit réduite à quehjues prisonniers, environ mille hommes tués, cinquante-quatre canons et quel- (]ues bagages pris. Je suis votre, etc.

[)o l'aris . le 15 septembre 1634.

LETTRE CCCCXXLX. — A" menu:.

H faut que je vous fasse part d'une bonne nouvelle dont vous ne serez pas marri , si ce n'est que vous n'ayez pitié de moi , comme l'on a quelquefois de ceux que l'on aime, voyant que ce que je m'en vais vous dire me fera bien de la peine. C'est que M. Riolan le bonhomme, se sentant fort vieux, et presipie accablé d'un fardeau aussi pesant que le mont Etna, m'a considéré par-dtssus tous les autres pour me faire avoir sa chai'ge de professeur royal, ce qui est heureusement accompli. M. Amory, évêque de Coutances et grand-vicaire de M. le cardinal Antoine , grand-auinônier de France , a reçu et agréé la nomination que M. Riolan lui a faite de moi. De là nous avons été à M. de la Vrillière, secrétaire d'P^tat , qui a signé nos lettres ; ensuite nous les avons portées chez le garde

\ l'M.C.n.NLT. 4l

(les S((;.iu\ M. Kiolaii lui a all(''gU(';st(s ivjisoiis . a ([iim il a répondu (|ii"il coiiiioissoit fort bien M. Riolan et son mérite , et (|i]C [)ouv moi, il me connoissoit aussi, que lundi prochain il y auroit sceau , et (|ue nous y fussions , qu'il nous expédieroit de bon creur. Ainsi, il ne reste plus cpie que'cpies cérémonies et de faire le serment de lidélité entre les mains de M. l'évè- (pie de Coulances. Mon emploi sera pour la botanique, la pharmaceutique et l'anatomie. J'en choisirai divers traités, tantôt de l'une, tantôt de l'autre, et apporterai tous mes soins à faire de bons écoliers , qui soient éloignés de la forfanterie des Arabes et des impostures des chimistes , qui sont les venins ordinaires dont les jeunes médecins sont aujourd'hui empoisonnés J'ai dessein de donner un traité des médicaments purgatifs simples et composés, où je ferai une belle ratle de tant de sortes et inutiles compositions qui se trouvent dans les grandes pharmacopées ; puis après, j'ai envie de donner un traité des altératifs simples , desiiuels je choisirai les principaux pour en dire (juchiue chose de gentil et de particulier. Aj)rès cela je poui'rai venir à un traité fort curieux des poisons, où je n'oublierai pas l'antimoine, et le traiterai comme il mérite . et même ceux (jui en donnent, comme autant d'imposteurs et d'empoi:^omleurs (l). Je suis, etc.

De Paris, le 9 octobre !6oi.

LETTRE CCCCXXX. —Au mr-me.

31. Courtaud, de Montpellier, cherche quelqu'un pour le faire écrire contre M. Guillemeau; mais il a affaire à forte partie. Je ne sais pourquoi ce Courtaud m'a tant fourré dans son livre, moi qui ne l'ai jamais vu ni offensé, et qui ne savois pas même s'il étoit né. Si le livre de M. Merlet contre

(1) Gui Taliti n'a lenu aucune de ses promesses, et , à dire vrai , peutêtre faut-il hVn féliciter. Ses lettres seules ont fait vi\re son nom ; c'e.-t là son monument are pcrennius. Voyez la Notice biographique. (R. V.)

42 ' LETTKES DE (iUl l'ÀTlN

Eusèbc KcuHudot ne vous a pas satisfait, il en viendra bientôt un autre meilleur, savoir, de M. Perreau , qui n'a pu être achevé plus tôt, par la disette des ouvriers, qui est ici fort grande. Eusèbe Renaudot est ici fort malade d'un abcès à la tète, qui a été suivi d'une grande douleur ; il avoit eu des convulsions et des vomissements jusqu'au sang, par une certaine rencontre bien étrange , de cause externe , que M. Spon vous contera. Depuis trente ans je n'ai point vu si peu de malades que depuis trois mois ; hormis quelques dysenteries dont les malades sont réchappes, avec de petits lavements détersifs, la saignée réitérée, et quelques légères purgations avec casse et séné, ou catholicon double , etc. Je vous prie d'assurer M. Huber que je suis son très humble serviteur. Je ne vois point ici de Lyomiois que je ne leur parle de vous.

Enfin M. Riolan m'a donné sa charge de professeur du roi , en survivance. M. l'évéque de Coutances, grand-vicaire de M. le cardinal Antoine, grand-aumùnier, nous en a donné son consentement , et ensuite j'ai obtenu du roi et de M. le garde des sceaux toutes les autres provisions nécessaires, et j'en ai prêté le serment, en vertu de quoi j'espère de commencer mes leçons après Pâques ou environ , s'il plait à Dieu; car le bonhomme souhaite de m'en voir tout-à-fait en possession avant (|uc de mourir; je souhaiterois pourtant très volontiers qu'il ne mourût jamais : à).).à toùto .cra ioûvxrov : noc dafnr in hac misera mortalitate ; il est même si vieux qu'il me l'ait regret et pitié. F^e pape n'est plus mort; on dit qu'il est revenu de maladie en santé, mais que ce n'est point pour longtemps , à cause de sa décrépite vieillesse. Hier, à deux heures après midi , le bonhomme R. Chartier, âgé de quatre-vingt-deux ans(i), tomba de son cheval, et mourut apoplecti(jue. On s'en va rompre deux grands voleurs à la Grève, dont l'un a été valet de pied du cardinal Mazarin. ]'ii/('..

De Paris, ce 30 octobre 1634.

il) Voyez la noie t. 1. p. 214.

A lAI.CO.NEI. . 4:^

LETTKK CCGCXXXI. - .1// ///.7/^r.

Jl o^t ici arrivé des nouvelles (|iic le siguor Pietru iWazariu, père (lu cardinal , est mort à Rome fort âgé. En même teni])s, on nous apprend que le père de Gondy, prêtre de l'Oratoire et père de M. le cardinal de Retz, est mort à Clermont en Auvergne, où il avoit été envoyé en exil. Je ne sais de quel compliment s'y serviront l'un et l'autre de ces pères en l'autre monde, s'ils se rencontrent, à cause des inimitiés entre leurs deux enfants, et tous deux cardinaux de sainte mère Église.

Le 10 de ce mois, mon second lils , Charles, a répondu à sa première (juestion quodlibetaire , dans nos écoles , fort bien , et au grand contentement de tous ses auditeurs , dont je suis fort réjoui.

Je vous renvoie la lettre du sieur Courtaud; c'est un bon garçon. Il fait le prud'homme dans ses lettres, et le fou dans ses livres. Il ressemble aux pharisiens du temps du Messie, qui l'honoroient des lèvres , mais leur cœur étoit éloigné de lui, ou à ceux qui cachent leur bras après avoir jeté la pierre. Il dit qu'il veut être mon ami, après avoir tant dit de mal de moi. Il m'accuse d'avoir fait la LfUji-mle ^ à quoi j'ai aussi peu contribué que vous. C'est M. Merlet qui en est auteur. Il me blâme du livre du Médecin charitable , je n'y ai rien mis du mien. C'est un libraire hollandois, nommé Vlac, qui l'a fait faire , et qui en a payé la façon à 31. Sauvageon. Il faut bien que Courtaud ait la tête mal faite; il veut dire du mal de notre bonhomme, M. Riolan, qui est estimé par toute l'Europe et au-dessus de toutes ses atteintes. Je trouve encore qu'il est bien plaisant de citer 31. Riolan connue un homme qui auroil dit du mal de moi dans ses Recherches, l), lui qui est mon meilleur ami. Ne lui en déplaise, cela e.-l

(1; Curieuses recberclies sur les esclwles de inéderlne de l'aris el de Montpellier, Paris, KioJ, iii-S''. [l\. I'.'

44 LEITIIES DE GVl PATIN

très taux. [\>iir ce ([u'il dit tie ma raillerie, il a toit. Helas ! qui pourroit s'empêcher de rire parmi tant de folies du siècle et de si méchants livres que ceux de Courtaud? 11 feroit Tort bien de se taire et de ne plus rien écrire, mais ce n'est pas à moi à lui donner conseil. J'ai même peur qu'il ne soit pas capable d'en recevoir. Je vous prie d'assurer tous nos bons amis de Lyon que je suis leur très humble serviteur. \'(de. De Paris, le 15 décembre 1634.

LETTRE GCCCXXXIL - Au même.

Je vous rends jjràces de votre dernière. Quand j'aurai fait ma harangue, j'en croirai mes amis, et peut-être que je la ferai imprimer, et, en ce cas-là, je vous en enverrai des copies en tel nombre qu'il vous plaira. C'est bien mon intention d'avoir quelque jour pour auditeur M. votre fils, pour lequel je ferai tout mon possible, c'est-à-dire tout ce qui se doit au fils de son meilleur ami. Je vous remercie de la bonne opiluon que vous avez de mes deux grands garçons ; je souhaite fort qu'ils soient quelque jour dignes de votre amitié. Je ferai tout ce qu'il me sera possible atin qu'ils la méritent.

Pour M. Courtaud , il paroît par ses œuvres qu'il n'est pas bien sage: aussi n'en a-t-il que du déshonneur; lui et M. Guillemeau ne sont pas près de se taire , et je crois que celte controverse ne s'apaisera que par la mort. Il me chante des injures de fripier, indignes d'un homme de lettres, et qui auroit le moindre grain de sagesse. M. Guillemeau ne l'a point vu depuis quarante ans, ne l'a jamais desservi, et reçoit de lui des injures atroces et criminelles : et hœc sunt delirio seculi morientis.

J'ai délivré un petit paquet pour M. Spon , dans lequel il n'y a pour ce coup que la thèse de mon fils Charles, et le Ihibat-Jok (h l'Antimoine triomphoM , de M. J. Perreau. Si par ci-aprèsil nous vient quelque autre chose, je vousen ferai part.

A KALCUNET. 45

M. Guillemoau est un excellent homme, personnage de crédit et d'autorité , et autant homme d'honneur (|iie j'en comioisse; fort lud)ile homuic , grand sens, grand esprit, grand jugement ; heaucoup de biens, beaucoup d'amis. Regardez si M. Courtaud n'est pas fort mal conseillé de s'y prendre comme il tait.

iM. Gassendi est, Dieu merci , en bon état ; il n'a plus qu'à se conserver; vous savez comme il est délicat. M. Riolan est aussi tout autrement mieux , et n'étoit que le froid qui le fait asthmati(pie, il n'y paroitroit point ; il a près de quatre-vingts ans. Je les ai tous tleux traités en même temps fort malades; ils ne le seront jamais davantage sans mourir, mais l'hiver leur est bien contraire à tous deux. Je serai toute ma vie, monsieur, votre, etc.

De Paris, le 13 janvier 1053.

LETTRE CCCCXXXIH. — Au même.

Je viens de recevoir votre lettre , de laquelle je vous remercie et de tout ce que j'y ai trouvé , cpii sont les cahiers de M. Cousinot. Je vous en ai bien de l'obligation, et même de ce que vous aimez la mémoire d'un si honnête homme. J'attendrai patiemment le reste. Pour l'alfaire de mademoiselle voire belle-sœur, je ferai pour elle tout ce qui me sera possible et y emploierai tous mes amis. Je m'étonne de la perfidie de sa partie. Je pense que le compagnon perdra son procès tout du long. Je suis surpris de voir tant de hardis chicaneurs au monde. C'est l'iniquité et l'impudence du siècle qui causent tous ces désordres. J'ai achevé ma harangue de professeur du roi , et suis prêt de la réciter dès demain dans le collège de (Cambrai, pourvu que M. l'éveMpie de Coutances , qui est le grand-vicaire de M. le cardinal Antoine, y puisse assister.

4u LETTRES DE GUI PATIN

On nous apprend ici que le cardinal de Retz est fort malade à Rome, où , s'il mouroit, la collation de l'archevêché appartiendroit au pape, en tant qu'il niourroit sur ses terres. - Un jeune gentilhomme, capitaine aux gardes, nommé M. de Tilladet, qui a encore son père vivant, et qui a été autrefois gouverneur de Bapaume , et depuis de Brissac , neveu de M. le Tellier, secrétaire d'État, a été ici tué misérablement par les pages et laquais de M. d'Espernon. Les deux carrosses de ces deux maîtres s'étoient rencontrés et entre-heurtés. Ces laquais vouloient tuer le cocher de M. de Tilladet. Le maître voulut sortir du carrosse pour l'empêcher, et fut aussitôt accablé de ces coquins, qui le tuèrent brutalement. Le roi veut que justice en soit faite , et a donné une déclaration contre les laquais pour empêcher à l'avenir de tels abus; savoir, qu'ils ne porteront plus d'épées ni aucune arme à feu , sur peine de la vie ; qu'ils seront dorénavant habillés de couleur diverse et non de gris, atin qu'ils soient reconnus. Cette déclaration a été envoyée au parlement pour être vérifiée et publiée. Cela a été fait. Elle est affichée par tous les carrefours et publiée par la ville ; mais je ne sais pas combien de temps elle sera observée. Les jésuites ont quelquefois dit (\uv les décrets de Sorbonne ne passent pas la semaine. Ces ordonnances en seront peut-être de même ; car les Fran(,'ois font de très beaux règlements, mais les observent très mal.

Hier mourut ici un homme très vieux et considérable en sa qualité : c'est M. le Bret, doyen des conseillers d'Etat, âgé de quatre-vingt-quatorze ans. Il a autrefois été avocat-général au parlement de Paris , et étoit un des juges du maréchal de Marillac. Ce fut lui qui donna le coup rie mort ; car, quoi qu'il eût promis aux parents de ce pauvre et infortuné maréchal, il se laissa ensuite gagner de l'autre côté par le cardinal de Richelieu , qui lui donna le brevet de premier président du parlement de Metz; à quoi il ne gagna rien, car tôt après on le lui ôta, et il fut vendu à un autre , qui depuis est UKWt enraiïé.

A FALCONET. Al

Il y il ici une plaisante querelle entre le pi'év(H des wvm'chands et éclievins contre les cordeliers, pour une porte que ceux-ci ont faite au derrière de leur maison , laquelle répond dans le fossé du faubourg Saint-Germain. Gela fera un procès (pii ira en la grand'cliambre. Quand je vais au palais , j'y vois autant de moines que de sortes de gens. Leur avarice ef leur ambition y en conduiront peut-être à l'avenir encore davantage.

Il est tombé une tour dans le bois de Vincennes qui a accablé un des concierges avec sa femme et trois enfants. La servante, qui entendit du bruit, se sauva à la bonne lieure. Le roi a voulu voir ce désastre de ses proj^res yeux. Adieu , je suis votre, etc.

De Paris , le 20 janvier 1653.

i LETTRE GCGCXXXIV. — .4^/ VH'ine.

Je vous envoyai ma dernière le 23 du passé , avec des vers contre un des nôtres, que l'on nomme le beau médecin, qui est le plus laid homme de Paris et le plus camus. Scaliger a autrefois dit que le nez étoit l'ornement du visage ; en ce cas-là, il faut que celui-ci soit bien l.iid, car il en a moins (ju'une noisette.

Avez-vousouï dire que le Paracelse s'imprime à Genève en quatre volumes in-folio? Quelle honte (|u'un si méchant livre trouve des presses et des ouvriers, (|ui ne se peuvent tiouver pour queUjue chose de fort bon ! J"ain)erois mieux (ju'on eut Imprimé l'Alcoran , (pii n'est pas si dangereux , et (jui au moins ne tromperoit pas tant de monde. Lu clninie cd la famse monnuie de uolrc natit'i' (l). ,Ie voudrois ([ue pour le bi(;n

(1) Le mo' esl dur; mais si l'on rcfléchil à l'clal île la chimie au siècle de Gui l'aliii, science i\\i\ ne coiisislail (lu à chercher la i)iene |)hiloso|)hiilc . à Mouver des secrets, des composilions pour p.uérir

public elle tïil aussi Ijien defeiidue que les taux quarts d'écus, pour lesquels ou a autreluis pendu tant de faux uiounoyeurs, Enfin , j'ai lait une harangue le premier de ce mois. Elle a duré une heure entière; mais elle n'a pas été emniyeusc, à cause que c'étoit un 01 perpétuel de l'histoire du collège royal depuis l'an 1529, par son premier instituteur François l""", laiiuelle institution a été entretenue par ses successeurs et gouvernée par les grands aumôniers de France. Après cela, j'ai parlé des anciens professeurs (jui ont illustré ce collège, tels qu'ont été Danesius, Turnebus, Carpeniarius, les deux Duret, le grand Simon Piètre, et ceux ([ui vivent encore, comme M. Riolan, à qui je témoignai ma gratitude de m'avoir choisi pour son successeur. J'y vis quelques moines blancs et même quatre enfants du bienheureux père Ignace; je ne sais comment ils y sont venus sans y être invités. Un de nos médecins me vient de dire ([u'hier il revint du collège de Cambrai avec un de nos compagnons antimoniaux , au(iuel ayant demandé son avis de ma harangue, le docteur répondit que le latin en étoit bon , mais qu'il y avoit trop de fatras ; que je l'avois trompé , qu'il s'attendoitque je parlerois contre l'antimoine, mais que je n'en avois rien dit.

Un conseiller de la grand'chandjre , fort vieux et presque au bord de la fosse, se va remarier à une jeune et belle fille d'un autre conseillei'. Je crois que le bonhomme veut mourir d'une belle épée. Mais voyez si ces bonnes gens sont capables de Itien juger nos procès, eux qui ft)nt telles folies.

M. Guillemeau a fait distribuer son second livre contre M. Courtaud, neveu de feu iM. Héroard, médecin du roi, dont il veut décrire la vie. 11 fera voir que c'étoit un homme très indigne de la place qu'il tenoit, à laquelle il étoit parvenu par des artifices .semblables à ceux de Vautier et de

loule ei^pèoc de maladies, cl favoriser ainsi le plus vil charlatanisme, mi comprendra la liero indignation de PaiiUnir. H. P.'

A FALi;ONF,T. 4y

Valût , qui , quoique des derniers du royaume, ont oAô. élevés sur l'autel comme des ehaiideliers bien luisants. M. Courtaud a lait lort à sou parti, à sa eause et à la mf'^uioire de sou (iiicle, eu disant tant d'injures à des gens qui ne peusoient point à lui et qui ne Tavoient jamais offensé. En traitant si indignement M. Riolan, qui est vraiment homme d'honneur et graniU personnage , et en proférant tant de mensonges conti'e les autres et contre moi, partout où il m'a nommé, et entre autres où il me fait l'auteur de la Lér/ende , ce que tout le monde de deçà sait être très faux , et même ceux (jui y ont le plus d'intérêt. Je vous baise les mains, et suis dt- tout mon <œur votre, etc.

De Paris. le '2 iii.u-; Ki.'S.î.

LETTHK CCCCXXXV. — A» nuhn,:

Je viens d'apprendre par M .Aioreau ([u'il y a nn livre nouvellement imprimé contre MM. Riolan. Bartholin , Pecquet et autres, où l'auteur maintient que la sanguificatioii ne se t'ait ni au foie, ni à la rate, ni au cœur. Nous sommes dans le règne des nouveautés et des choses incroyables; je ne sais même si nos descendants pourront croire toutes nos folies et les souffrances des gens de bien (i).

Aujourd'hui 29 mai, a été l'ompu en Grève un insigne vuleur de grands chemins, nommé Beaut'ort. Bon Dieu, que nous serions heureux si c'étoit U\ dt^rnier larron !

1} Eternelles récriminations tuiles dans tous les tenii)>, et heureuseuicnt très inutiles. Lorsque Jenner lui son niéiiioire sur la vaccine à la Société royale de Londres , on sourit de pilié , et Ton refusa , dit-on , d insérer son travail dans les mémoires de cette illustre Société.. .. Comme si nous n'avions plus rien à apprendre , comme si les sciences avaient dit leur dernier mol 1 Quand l'Iiomme vivrait autant que le soleil, il irait loujour- apprenasil quelque vérité nou\elle. encore nnnrrait-il atfamé de savoii . 1^- J'-

lit. •'»

50 LEÎTKES DE (iUl PATIN

On (lit que si le pape cliicaiic le cardinal Mazaiin, il lui renverra son boiinel rouge, el qu'il se fera connétable de France ou quelque peu davantage; j'entends qu'il prendra la qualité de généralissime des conseils et des armées du roi, et qu'ainsi il demeurera assuré contie les foudres de Rome, daus le bon poste qu'il tient.

Le niois j)assé, est mort à Metz un grand médecin nommé M. Foës , qui étoit fils de François Foés , tîlsd'Ânure Foës , (jui a travaillé si utilement sur Hippocrate.

Un prévôt que nous avons en ce quartier , nommé la Forêt, grand preneur de larrons , en surprit hier un , lequel, pour se dépêtrer des archers, fit merveille de se défendre. Il fut enfin accablé par la multitude et par les coups, dont il eut l'épaule cassée. Dans peu de jours on lui cassera le reste des Os. Je suis, etc.

De Paris, le 8 juin lOoo.

LETTRE GCCCXXXVI. — Au même.

Je vous remercie de votre dernière, et de la continuation de votre amitié. Le livre de M. Riolan contre Pecquet sera bientôt achevé. On dit que Pecquet menace de dire bien des nijures à M. Riolan , c'est signe qu'il n'aura guère de raison de reste. Je montrerai votre lettre à M. Guillemeau. M. Riolan s'en va faire une nouvelle édition de son Encliirldlum anatomicum et pat/iologicnm , in-octavo, augmentée d'une quatrième partie , et même de plus si sa santé le lui permet, et cela sera lort bon. La peste continue d'être bien forte à Leyde.

Connnent se porte M. Choulier le jeune? que vousa-t-il dit de moi? Pulame pervenlurum ad bonmn frugem, tam mollern , adto despondcatein oxlolcscentem ?

Je vous remercie du quatrain de Nostradamus, que plusieurs .m'avoienl ici montré : ce nest pas d'aujourd'hui que les fous prophéti-sent, sans ce qu'ils feront ci-après. Tout ce qu'a fait ce Nostradamus ne sont (jue des rêveries et des rébus de Provence. Je trouve fort bon ce distique que vous m'avez

A l'AlXONfir. .')l

L-itè coiitrc lui ; mais il est un peu aulivnient dans le ri'cufil lies vers du propi'c auteur , el iiieilieur ce me semble.

Miislra (lcimH.<. ciun taha dannci . ii m fnllcrr noftlntiit l'x.' : El <[u\nn rcrijd dannix-, nil 7>isi uosira damus.

Qui pensez-vou.sètiel autruv deeequatiaiii? Les huguenots, et entre autres Fréd. Spanheim, /// dnhiis L'cotif/c/icis,q\\\ est un très bon et curieux livre, lattribuent à Théodore de Bèze; mais cela n'est pas : le vi'ai auteur est un Cnnilm l'tmovius, des poèmes duquel on trouve un petit recueil que j'ai céans ; c'est le même nom de celui à qui le grand Huchanan a dédie son Franciscmus , ei fnilves fraterrn///.

Nous attendons ici des nouvelles de Pavie; maison dit (ju'elles ne seront pas à notre avantage. Des Anglois el de la flotte d'Espagne dans l'Amérique septentrionale, il n'y a encore rien de certain. On dit (|ue le roi (l()it aujourd'hui allei' à la Ferlé, y revoir la reine, pour se réjouir de ses nouvelles conquêtes avec elle , et entre autres des prises de Coudé el de Sainl-(iuilain ; (jue de là il ira à Compiègne, où le duc de Mantoue se rendra, et où l'on fera do belles comédies. Le désordre est grand en Pologne, où trois provinces se sont révoltées , et le roi de Suède y est entré avec 50,000 hommes : tûto sœvil Mars inipius orbe. Je vous baise mille l'ois les mains, et suis de toute mon àme, monsieur, votre, etc.

De Paris, le 30 août IGoo.

LETTRE CCCGXXXMl. — Au um.ip.

Je vous ai écrit du 30 d'août , avec trois lettres pour

^IM. F , G et D Nous avons ici un de nos collègues

malade, savoir, S\. Allain. C'est l'esprit leplusjloux (jui soit a Paris dans le corps le plus atrabilaire, il ressemble à Socrate; car il s'est si utilement appli(jué à la philosophie morale, que de tout mauvais qu'il étoit naturellement, elle la t'ait tout bon.

Je viens de voir une dame qui étoit en travad d'entant , que

JRi fait saigner du bras droit, et laquelle, un quiul <rii<-ine a^»rès, en ma présence, est heureusement accouchée.

La sage femme, que je connois il y a longtemps, m'a raconté que, dans la rue Montorgueil, elle avoit accouché depuis trois jours la femme d'un boulanger de petits pains, d'un enfantqui n'avoit nulle marque de sexeet qui étoit tout uni; ce (jue je ne comprends pas , puisque, selon M. Riolan , le fœtus fait son eau par le canal de la vessie. Les yeux étoient fermés et couverts d'une peau; il n'avoit point de nez, mais seulement un petit trou au milieu du visage, et une corne au front, grosse et longue comme le pouce. Il ne vécut que deux heures (1). Si cela se communique dans Paris, voilà de quoi faire parler ceux qui se mêlent de pronostiquer sur i^es prodiges.

Le bonhomme Gassendi traîne son mal et sa vie tout ensemble; mais, à vous dire vrai, c'est une vie misérable. Il râle quelquefois , il ne crache guère bien , il a toujours la fièvre et un méchant flux de ventre, fort ennemi des maladies du poumon. Il est visité de quantité d'honnêtes gens, et entre autres de plusieurs médecins. Comnie j'en sortois, j'ai trouvé M. l'abbé Bourdelot (2), qui marche en très révérendissime prélat, grands et longs habits à longue queue, dans un bon carrosse, suivi de trois estaffiers qui ont bonne mine. La satire des mille vers de l'an 1636, en parlant du père Joseph , capucin , disoit entre autres choses de ce moine :

Il a dos laquais insolenls

Oni jiireiu romme ceux des giMiids.

Représentez- vous la même chose des laquais et autres ofliciers de la basse-cour de M. l'abbé Bourdelot.

i^l; Un graïul nombie de inoiislruosilés aiialo^ïiie.» et des écart> le,-» plus bizarres de la iiaUire onl élc rassemblés dans un ouvrage importaul do ^L Isid, Geoffroy Sain'-llilaire, ayant pour titre : flisioire ciénérale et pnrlicuUère des nno)nalios de rorganisation cite: I homme et les an vniiiœ, Paris, 183-2 183(5. 3 vol. in-8" et allas. R. I'..

1^2 \oje7. la noie ■■iii ce nicdt cin abbé. t. l. page ol3.

\ KM.CONKT. 53

J";ii îippris 1h (|iierell»' (|ne Meyssonier t'ait à votre i-ollégf^. Je m'étonne tort de quoi il s'est avisé, de faire pailerde moi |>ar son avocat; je n'ai nnlle intelligence avec lui . et même, jie souhaitant pas son commerce, je n'ai point répondu h ses deux dernières lettres, vu qu'il me demandoit une chose (pu n'étoit ni raisonnable ni |>ossil)le, ((ui est tout le contraire de ce qu'on doit demander à un ami, au dire d'Aristote. Je me suis toute ma vie tenu au parti où j'ai vu la justice, ht vérit>' et la raison. Il me semble que le votre est de cette nature.

M. Chiftlet, médecin de l'archiduc, cjui écrivit il y a deux ans contre la poudre fébrifuge ou quinquina des jésuites . ayant appris qu'à Rome on avoit fait un petit livret pour cette poutlre contre son livre, il y a fait une réponse que l'on imprime de deçà (1).

M. le nonce me demanda, ces jours passés, si je voudrois aller à Bologne pour y être professeur //* /^r/wo /oco , avec deux mille écus de gages, et apparence d'en gagner autant en pratique. Je l'ai humblement remercié de l'honneur qu'il jue faisoit; mais ni l'ambition ni l'envie de devenir riche ne me feront pas quitter Paris. Il y a cinq ans que je refusai d'aller en Suède à de beaucoup meilleures conditions. Je suis guéri de la péréyrinomanip et de la /j//tlfirf/i//-if . ou plut<)t je n'en ai jamais été malade. Je suis , etc.

De Paris, le 21 septembre KioH.

i>h:rrKK ccccxxxviii. — an ,„>^u>r>.

Je vous remercie de vos deux dernières, et confesse vous avoir de très étroites obligations. Vous êtes un ami admirable et très obligeant. Mes enfants même sont très obligés de vous honorer par le soin que vous avez d'eux. J'espère que Carolus. mon second, ira hii-mème vous remercier pour lui et son frère aîné.

(1) L'oiuiage ilo Jean Cliitllet a pour titre : Pulvis febrifurjus nrbia americani, ouvrage de peu de valeur ; in-4'. Lovaii. , Ki.'il. Voyez la note I. II. p. 112. ,U. p.

^4 l,ETTRES DE 01 I PATIN

Dans 1p couvent de la Visitation . à I.yon , il y a une demoiselle , fille de 31. de Riant, conseiller d'Etat. Sa mère est nièce de M. de Narbonne , et s'appelle Marie des Prez. Cette belle religieuse, qui n'est pas encore professe , est considérable pour sa naissance, entre autres belles qualités (|u'elle possède, étant descendue de notre grand Fernel, (pii a été vraiment uii incomparable médecin. Il laissa deux filles , dont l'aînée fut mariée à M. Barjot, président au grand conseil et maître des requêtes, duquel est descendu aujourd'hui M. d'Auneuil , maître d'hôtel de chez le roi. Auneuil est une terre de 12.0rO livres de rente en notre pays de Picardie, près de Beau vais , à deux lieues de mon pays natal. L'autre fille de Fernel fut mariée à M. Gilles de Riant , président au mortier, cpii mourut l'an 1597. Elle s'appeloit Madeleine ■Fernel, et mourut l'an 16't2, au mois de mars, âgée de quatre-vingt-quatorze ans, e( rjeneratio rectorum benedicetur . J'ai grand regret que je n'ai été autrefois tout exprès à Villerai , au Perche, oîi elle est morte, pour avoir l'honneur de la voir et de lui baiser les mains. On nous fait bien baiser des reliques qui ne valent pas celle-là. Si bien que votre belle religieu.se se peut vanter d'être descendue du plus grand homme qui eût été dans notre profession depuis Galien, puisque le grand Fernel est son trisaïeul. Je suis, etc.

Dr Paris, le 2o >eplembro !6i1o.

LETTRE CCGCAXXIX. - An mknp..

La maladie que vous avez pris la peine de me décrire tient quelque chose de la goutte. Je connois ce malade, qui est d'une complexion délicate. Son père, qui avoit les cheveux noirs , mourut d'un catarrhe sur le poumon , et sa mère d'une iiitlamination de [»oumon. C"éloit la lenune la plus chagrina fl la plus colère ilu monde, el de plus elle étoil fort rousse. Or, il est coiistaiiique riullannuation de pi»uinon est toujours ni.HU'Ile aux rousseaux. Feu M. de l.i Vigne, un de dos m< decins de la Faculté, étoit forl rousseau ; je le fis u.i joui- ap-

A FALCONET. r>Ô

peU-r en consulte chez un secrétaire du roi , nommé Collier. (|ui avoit soixante-quinze ans, et (|ni étoit aussi rousseau . et malade d'une inflamniatioi.» de poumon; ce qui lit que je prédis qu'elle lui seroit mortelle. M. de la Vigne me demanda oii j'avois a|)pris de pronostiquer des rousseaux. Je lui répondis (pie je l'avois remarqué toujours très vrai, outreque je l'avois ouï dire à M. Nicolas Piètre, qui l'avoit appris de son (Vèie, le grand Simon Piètre, et que la raison de cela étoit que les rousseaux abondent en sérosité àci'c et maligne. Il medil(ju'il l'avoit toujours remarqué de même, .le l'ai dcjjuis lu dans les Éjjhémérides de Baillou (1).

Nous avons ici un de nos compagnons bien malade, cpii est !\r ÂUain , savant et habile homme, el un autre nonmi!» M. Chasles. Celui-ci a toujours aimé le bon vin et en boit en (pianlité, ce qui retardera sa convalescence ; l'autre est (brt .sobre, mais bien plus vieux, ef vous savez (pie la vieillesse est une maladie incurable. Ils sont tous deux ibrt savants. L;> saison où nous sommes me tait peur pour eux. !/autormie est appelé par Tertullien le tenlnteur de la saute.

11 est mort un docteur en théologie, nommé Coqueray, en grande réputation. Il étoit principal du collège des Gi'assins, directeur de carmélites par toute la Fi'ance, grand confesseur des religieuses , et <le tous les dt-baucliés de Pa'is et de la cour. On dit qu'il est mort à Marseille, où il éfoil allé, dans mie belle litière aux dépens des carmélites ef du purgatoire, confesser (piehpie moincsse el réf(»rmer f|uei(iue couvent. Cet homme devoit avoir l'haleine très puaiile: car biiMi des p»»chés secrets lui étoient étouffés et pourris dans son estomac : quelques ims Tappeloient un jésuite mitigé. Je suis, de

'! I.n roin;ii(|i!'> piiiiiijuc de (mi i'.iiiu :!!■ inaïKiuc i^i- do jii.-^U'.ssr ; il n'en c^t pas (]<' même de la cause, ba \ciilal)ic . <'"e,>^l (|iie les personnes roii-se^ oui les nieinbiaiirs nim|netis«> dé» ioiis;e>. douée.'* tWme !>,iaiidc \iiaiilc . cl ]iiir coii-éipicul siij( Ue> U d(•^ iidlainiiuilions nés iiileusf». R. I'. j

55 ll-TIliK- DE (.il l'MIN

LETTRE CCCCXL. — .4^/ tui-mf.

Ce mot n'est ([iie puiir vous remercier de votre dernière, et de la belle cofuioissaiiee que vous m'avez doimée de M. le comte de Rebé, qui a pris la peine de m'apporter lui-même votre lettre, et de là m'emmena chez lui, où je dinai avec .M. larclievécjue deNarbonne, 31. Godeau, évèque de Valence, M. de Liugendy, évèque de Màcon , M. l'évêque d'Aire . et quelques abbés ; nous y avons bu a votre santé , et y boirons encoie, Dieu adaiH. Voyez combien je vous ai d'oblitjation. Il tant que je vous i'a>se le c<>uq)iiment de Virgile :

Tu thurajovinique ( OiiiHuti. fil (Uix cpu'is acninibrrc rliriiw.

Je connoi.>sois bien ces Avux premiers evéques , et le bon vin de Condrieu, de M. de Narbonne. ne servit ipi'a nous remettre en train.

.l'espère que vous liouverez beau le livre de il. Riolan , en attendant (ju'il en \ ienne d'autres que je vous puisse envoyer. Si M. Barbier nentreprend l'édition de la philosophie de W, Gassendi, je tâcherai de faire en sorte (jue, si c'est quel([ue libraire de Lyon , il en imprime pour sa part quelques tomes. Puisque i'tjn commence l'édition du livi'e de 31. Rivière, faites en sorte {[u'elle soit bien correcte. Vous avez maintenant à Lyon 3Î. Sauvageon, qui est bien propre à cela. On ne parle ici «[ue du duc de Modène et de la grosse gueri'e (|ue nous ferons l'été prochain en Italie; mais le roi de Suède se fait bie)i craindre en Pologne, et met toute l'Allemagne en une étrange appréhension pour le printemps prochain.

Apprenez-moi qui est le médecin du couvent des filles de la Visitation . ii Lyon , et après je vous manderai pourquoi c'est. Faites-moi la grâce d'assuier 3L Colin que je suis son très bumble serviteur; si j'fusse su son départ d'ici , je vous eusse

\ KAl(.n>K(. n"

ttioliorihii^ iiferr fiif/.i. Je suis . etc. Pc Paris . lo 2i décembre l6o3.

Je viens de consulter avec M. Moreau [tour une dame lorraine (jui a eu trois t'ois la peste, et i|ui ressent des douleurs a touN les chan^^enients de leinps aux endroits où elle a eu de» charbons et des abcès pestilents. Nous l'avons renvoyée a la saijiuée , à la fréquente [jur^ation, au petit-lait, au bain deau tiède, au lait d'ànesse, et à un exact régime de vivre (|ui la rat'raicliissf el i'huinfcte , car elle est toute de soul're. t'oit seclie et presque hectique. A propos de remèdes , j'ai vu un capitaine qui a été en Allemagne , qui m'a fort loué les |)ilules de Franct'oit. Je lui ai dit que je les connoissois ciunnu» un renieile tort usitc- en Allemagne, mais que nous ne nous en servions guère à I*aris , |)arce (pi'etant laites d'aloès, elles donnent le< hemorrhuïdes , au\(|Uflles nos; bourgeois ne sont (pie trop sujets par leur intempérie bilieuse et lt;urs (hl)auches Obligez-moi de m'indiquer quelque auteur qui le> ait bien décrites (i); je Jie les trouve point dans mes livres , pas même dans le Schroderus,qui en a fait le iin, et ne les ose décrire de peur de les rendre communes. C'est une chose [ùtoyable de voir comnient le peu[)le abuse des remèdes. Les propriétés >péciliques , comme celle du hareng contre l.t goutte, sont des brides it veaux et des illusions d'empiri(pies.

.M. Hiolan est fort \ieux. A!. R.Moreause poite mieux, tout casst' ipiii est. Leiu' mort et notre vie sont entre les mains du grand Maitiv. (pii en disposera comme il voudi'a.

;1 Voyez Jourdan . Pliannacojiée unverselU, on Cvnspechis de toutes lea pharmacopées , l'aiiN , 18'»0, 1. I, p. loT. R. P.)

ÔS LETTRtS DE ".Il l'ATlN

Il 11 y a pas longtemps qu'on me fit voir ici un Auverj^nat malade, lequel étoit soupçonné de ladrerie; peut-être que sa famille en avoit ([uelque renom , car pour sa personne il n'y en avoit aucune marrpie. Gela me fit souvenir de quelques familles de Paris qui en sont soupçonnées; mais actuellement nous ne voyons ici aucun ladre, si ce n'est à l'égard de l'esprit ou de la bourse. Autrefois il y avoit un hôpital dédié pour les recevoir au faubourg Saint-Denis. On n'en voit aucun ni en Normandie , ni en Picardie , ni en Champagne , quoicjue dans toutes ces provinces il y ait des maisons qui leur étoient destinées, et qui sont converties en hôpitaux de pestes. Autrefois on prenoit pour ladres des véroles, que l'ignorance des médecins et la barbarie du siècle faisoienl prendre pour tels. Néanmoins il y a encore des ladres eu Provence, en Languedoc ei en Poitou.

M. le Gagneur, notre médecin, est bien lâche d'avoir suivi le prince deConti, auprès duquel R. Belleval lui rend de mauvais offices. La cour est une belle putain qui donne bien snuvt'iit ri ses amoureux des cassades et de belles esj)érances. Pour moi , j'aime mieux mes livres, (pii font ma tranquillité plus sûre , et qui feront peut-être celle de mes enfants. Il est vrai que je n'en serai pas plus riche; niais aussi j'en aurai moins d'inquiétude. Pibrac finit ses qiiatrains avec ce vers qui finii-a aussi ma lettre :

(,H sonl les friiils de iii:i pliii'isophif.

Je suis , etc.

De Paris. le 22 féMier KmH.

LKTTIÎK CCCCXLII. —An mômo.

Pour repondre a votre dernière, que .M. LauclK^uu m"a rendue, je vous dirai que ledit Miousieur m'est très ii eiumiande, et

\ iM'iim;t o'i?

[liir ,><iii |M()|)iv iii.'iilt; (t \r,\v les (tlili^titiuiis i|ue je vous ai t'ii lies iiiaiid nombre, dont je nie lessouviens très bien. Il ne fera ici ifiière de jeinèdes , l'aiite de loisir; j'espèie (]uc si peu (|ii(> nous lui en ferons, le disposera fort à recevoir, par vos lions conseils, la peifeclion de sa yuérison. Il se pur^e (piel- (jnefois et use du demi- bain , mais rarement , faute de loisir ; il a ici d'aufi'es allaiies qui le pressent. Je suis tout ravi <pie vous aimiez tant notre Fernel ; cet homme est un de mes saints avec (ialien et feu M. Piètre, .l'ai dit à madame de Riant, la mère de votre belle religieuse, (jue je tiendrois à plus grande gloire d'être descendu de Fernel (jue d'être roi d'Ecosse, ou parent de l'empereur de Couslaiitinople. Fernel a été bon , sage et savant , (nininiac nostram peue sepu/fam in lucem, ne diratn ad vitaui rf'vocovit. Jamais prince ne fit tant de bien au monde que Fernel en a fait. Obligez-moi de dire à voti'e belle re'igieuse que je me recommande à ses bomies prières. Si jamais mon fils va à Lyon, il ne manquera pas de vf)us aller saluer tout le premier, et elle aussi.

N'y a-t-il pas moyen de recouvrer un livre du |)ère Théophile Raynaud , ou au moins savoir où il a été imprimé, intitulé : JxdtP pos/eri , s/'rr nposfa/d' a fp/igioxis ordint'hifs? Ce livre est un de mes souhaits , et je n'en saurois venir à bout.

La fabrique des lis d'or et d'argent est accouchée , on n'en fait ])Uis ; ce (pii me fait croire que l'édit en sera révocpié. .le vous rends grâces du (jualrain de Nostradamus , je l'avois \u. Il faut prendre ce(pii vient, et se tenir à ce que l'on tient; et [)oin' n'être point trompé , il ne faut faire aucun état des visions, des prophéties, des miracles et des mystères nouveaux. Nous en avons assez du temps passé : Félix qui }><,tnif . etc. Je vous baise mille fois les mains, et suis, monsieiu', etc.

Op l'iiris. le -2» m;irs U\M\.

60 ■ I K I rUK> liK (.11 l'ATI>

LETTHK CCCCXLIH. — Au môme.

Il me semble (|uc c'est im songe, quand je me souviens du voyage que vkus avez fait à Paris; mais puisqu'il n'y a point de remède, il faut l'oublier, .l'espère que cette bonne fortune me reviendra quelquejour.

La reine de Suètle n'a pas été à Paris autant qu'elle eût désiré. Elle n'y a presque rien vu. Néanmoins elle a eu de deçà l'approbation de ceux ([ui outeu l'hoimeur d'approcher d'elle. Elle a l'esprit foit perçant et tort présent. Elle n'est ni bète ni bigote. Elle n'aime ni femmes ni tilles. Elle entend bien le latin , et en sait plus que beaucoup de gens qui en l'ont profession. Je sais de bonne part qu'à viiigt-trois ans elle savoif tout le Martial par cœur. On dit qu'elle fait grand état de Catulle, de Sénè<[ue le tragi(jue, mais encore plus de Eu ■ cain. Jeserois fonde son avis. Feu M. Grotiiis étoit extrêmement passionné pour cet auteur. Il eu avoit toujours un dans sa poche, qu'il baisoit plusieurs fois le jour. Pour Sénè(|ue le tragique, cest un admirable écrivain. Il est beau partout pour bien du monde. H y a /// l'mudc un clueur qui commence : Vtrain est, un tiutidus fahiiUi decepi! , itubras corporibus vivere conditis. Si vous le lisez, vous trouverez que c'e.-^t la leligion de [)lusieurs personnes d'aujourdhui, entre autres des piinces, des grands , îles magistrats, des supérieurs de l'eligion, même de (iuel(|ues médecins cl philosophes. 11 est probable , dit Cict'ion , (pie ceux (jui s'appliquent ;i la philosophie ne croient pas (pi'd y ail des dieux. Il y en a encore plusieurs autits , mais il n'est [)as nécessaire d'en faire la liste Les esprits éveillés , tels (pie celui de la reine de Suède , aiment dt; telles pointesetde ces subtilitésqui passent le commi'i). Pour sa conversion procurée par les jésuites, je ne sais qu'en dire. Feu mon père m'a appris (|ue le gros M. du Maine, chef de la Ligue , disoit ipie les princes n'avoient point de re-

A Fai.conei. 61

lijiioii , (|ir;ipi'ps avoir pass»^ l'àgt- de (|uaraiile ans , quand ilà (leviêiiiietit vit'ux :

rimi itiDniiui iiubi ■

.!/(</. s iii!tta)i< liKijiiia (arit ;

luiM|ii'ils (Ipvieniit'nt ^ayes . oii du luoiiis loixiu ds le devioienl être. Quand je considèic lecliemiii qno cette l'eine a t'ait depuis deux ans, sans celui quelle fera , je me souviens du conte d'un ceilain Italien qui t-\u\[ malade de la /)n'é- (jriiii)iiiiiiiit'. ou maladie de voyager, l'amilière aux Allei7iands. Il vint a Genève, et ayant vu commeid vivoient les ministres, inten'oj;é d'eux ce qu'il pensoil de leur religion . il leur répondit : ////'. iiPsf jKis iiiiiin'iiise , iiiiiis lu nôtre (■••<( jtl IIS cummtidf- jiour ollrr fjnr /en /mi^s Ainsi , dans le dessein qu'elle a m de voyager en différents pays, elle a pu prendre lavis de cet Italien, et sans doute elle ne pouvoit pas aisément voir Koine, le pape et tant de papillons cju'il y a, sans se travestir (•(imme elle a fait, soit qu'elle l'ail fait sérieusement, ou non I).

l'our M. pH)m(leloi , x)!! médecin il s'appelle Miclion en sou sm'nom, et l'a change |)ar ordre testamentaii'e d'un sien oncle i|ui lui laissa une belle hibliotliè(]ue qui valoit bien huit nnlle (rancs. Il veut (pi'on le croie savant . du moins est-il adroit et propre à la cour, il est fils d'im chirurgien de Sens et a été garçon apothicaire. 11 a autrefois voyagé en Italie, puis s'est fait médecin. Tôt après il s'accosta de (iuénaut , qui le mit auprès du prince de Condé. Enfin , après que j'eus refusé, il y a plus de six ans, d'aller en Suède, feu .^^.Saumaise voyant que javois trop de peur du l'rfjid de ce pays la . y noinnui Bourdelot . (|ui a garni ses mains.

On tient ici ipie le cardinal de Hetz est en la Franche Comte

,1 Cr jii-eiiitiit Mil (]!iri>liiie par un oonleiuporaiii au«si spiriUirl que (iui Faliii prou\e que celle reine , liiléle à sa (ie\ise, fntn viam nleinenl , n a\ail i iiii lie li\c ni <lan^ l'i'spi il . ni dans les alteelion^ . ni

ft-i LETTHKS OK (U I i'.VTlV

<4 qu'il veut mettre son arclievèelié (l(^ Paris à l'interdît et cvcoinnuinier bien du monde. 11 nous a déjà fait manger de la viande tout un earèuie sans oilenser Dieu ; peut-être que |iai' ci-après il nous exemptera d'aller à la messe. Pour l'excommunication , c'est une commodité pour quelques uns; car on dit qu'un homme excommunié ne peut pas être noyé, parce qu'il ne va jamais a fond, f^aissons les railleries et m'aimez toujours sérieusemenl coininc je vous ainie. Adieu.

De l'tTiis. le () octobre Kî.")*».

LETTRE CCGCXf.lV. — A» >„ém>'.

Je vous écris ce mot, bien affligé: la uiorl, cette cruelle déesse du monde, nous a ravi cette seniaine deux de nos docdans l;i conduite. Il y «ivail du virayo dans celte femme orgueilleuse, violente 'voyez t. II, p. 3bb , et beaucoup Uop vantée.

A sa jiipp rointc et Icuèrc,

A son poiirpoinl , :i son collet.

Au rliapeati giiniL d'un [)!!;mct;

.\ii riibau poDcran qui pcnd.Tit

Et par devant et par derrière ;

A sa mine galante et fière.

D'amazone et d'aveutiirière;

A ce uez de consul romain ,

A ce front altier d'iicroïne ,

A ce grand œil tendre et hautain ,

Moins beau que le vôtre et nioiiis fin ,

Soudain je reconnus (Christine. Etc. ^Voltaire.)

Madame de Motteville nous peint ainsi V amazone suédoise arrivant à Compiègne « avec sa perruque défrisée , sa chemise d'homme , sa taille un peu bossue , ses mains assez bien faites, mais si crasseuses qu'il olail impossible d'y apercevoir quelque beauté. •> Il faut avouer que le portrait n'est pas flatté. [{ p

A F\l,(,()\Kr. (VA

teins, qui uni elé d excellent liinanits, ihuit I un ot le Ikiîi -M. R. Moreau le | t're, homme (riiomieur et de grand iiK-rite, (lui est luortde vii^illesse et (letro|)de travail, âgé desoixantedduzeaiis, le 17 de ce mois; son inmiodération à l'étude la l'ait [laroitre vieux avant le temps : ii/diindiris. /j/'cris est irlns et rorn scnecfus. L'autre est M. (inillemeau, (\m est moil àgt* de soixante-huit ans , le 21 d'octobre, nta/To/r jif/io ronfhft(s (i). 11 y a deux mois ([u'il se mit au lit; il y a cinquante jours qu'il ne dormoil presque point , et vingt jours qu'U ne buvoit point, par une étrange aversion qu'il a eue contre toute matière potidnifc , et même il avoit de l'horreur pour toute sorte d'aliment, n'ayant pris que des bouillons . et encore rarement , ce (jui étoit trop peu ])our le faire subsister , si bien que je pourrois vous dire du coté des aliments qu'il n'a pas pris, (\we jnirobolnvit fnniiiiiui simm.W avoit, depuis l'an 1032 que j'avois riionneui' de le coiufoitr.' et que nous avions été compagnons de licence, jeté souvent du pus du mésentère, et je ne doute pas (ju'il n'y eût la quelque chose contre nature; de plus, il avoit de grandes douleurs hémorrhoïdales et des douleurs à la vessie, ce (jui nous avoit fait souvent soupçoimer qu'il n'eût la pierre; Avec tout cela, il a fait lui-même de sa tète et sans notre participation un qui pro quo , il y a environ dix-huit jours, (jui l'a fait mourir. Ces deux honunes sunt morts à quatre jours près l'un de l'autre, et ils sont enterrés tous ûe\\\ dans Saint-Jean , assez près l'un de l'autre, auprès du grand Simon Piètre, qui mourut ici l'an 1618. Voilà mon aftliction, vous voyez bien ({u'elle n'est pas sans cause; j'y [)ertls deux bons amis, notre faculté y pertl deux bons et excellents s/i/jijù(s. Me voila donc attristé pour deux différentes raisons; je sais bien (ju'il faudra >e consoler , et que le temps guérit tout ; mais je ne désii'e point de uitnlleure consolation que vus bonnes giàces, et de savuir

{Ij \o\'i la noie loue II . page? :i(JG ol 271.

64 LETTRES DE (iL'l PATIN

(|iu» VOUS me faites I hoiiiit'iii' de inaimer; ^(jyez aussi assuré que je suis de tout mon oteur, votre, etc. De l'ari* . le '24 iic'otire IHoli.

LETTRE CaXXLV. - An même.

J'ai reçu avec giaude joie votre iettrt' , (|ui m'apprend (jue le jeune Lemaître est guôri : il vous a bien de ro])ligation. Il lui faut du temps pour siui rétajilissemfnt . cai' il est naturellement foil)le et délicat , oc rarœ U-xturu' , et principalement en cette saison. Vous m'avez cité fort à propos un beau distique : (Jvj rii-fi 'ntfr>]\h, etc. ; mais, de grâce, savez-vous (pii en est le vrai auteur? Louis Duret les a cités sur la prati(jue de Hollier. Je suis de votre avis à l'égard des rous.seaux ; je n'en ai jamais connu dont je n'aie eu envie de me défier. On dit (pie Judas l'étoit ; pour moi, je croi.s (pi'il étdit |)is <pie lousseau ; puis(iu"il vendit son maitre (pu étoit si bon, il falloit tpi'il eût le diable au C(tri»s. ^1. Spon vous pourra dire (piel- (pie cbo.se des scribes et des pliarisiens, (pie jai mis dans sa lettre; il y a de tpioi en rire, et s/ hfnf te mici, vous en rirez I;. Il vous dira aussi ce <\\\\ en est de >[. (iassendi. Pour votre consultation, je pense avec vous que c Cst un anévrysme; mais pourquoi me soubaiter là pour y être président? Je me tiendrois heureux d'y être à vos c(Més; peiit-(Mre que (pielqiie jour nous nous rencontrerons.

Notre pauvre docteur. M. (Uiasles , s'en va, il n'en [leut plus: il a trop ét('' au cabaret; il n'a (|ue ciiKpiante-sept ans. M. Allaiu est un paralytiiiue cùnfis(pié, (jui ne sauroit passer Ihiver, //' liirs murne.icif ; il mourra tout tabide et bectique; il a environ soixante-cinq ans, et paroit en avoir plus de soixante-dix. Le roi a été malade; mais, grâce à Dieu, il se porte mieux. Valol a voit encouru la disgrâce générale de

I \o>(/ lociu- II, |>. 2i;j.

\ KM C.ONF.T. (),')

toiilfi la cour, et nK'-nit' du roi cl do. la rpiiic; mais le Mazarin l'a maiiilL-iiu par raison d'Klat et la siciiiic |tiirli('iili('ro. La n'iiu'. avoit mandé notre Ciuénaut ( (|ui est une ni<''clianl(î peste aiitinioniale j ; mais dès le letidemain (|nr le A[azarin fut an'ivéde la f'ète à Fontainebleau , on le l'envoya de dcc;). Il n'est pas bien à la eour, tant à raison i]u i)rince dedondt', dixpiel et de feu son père il est créature, (|u'à raison de l'antimoine; joint que c'est un dangereux homme, au(piel on auvoit peine de se fier. Il ny a (|ue trop de médecins à la cour, Valot et la Chandire, Seyuin et Ksprit . Yvelin et Borlineau. L'usage des eaux minéi'ales ('-toit fondé sur la |.()lili(ine de la (îour et du lein()s. l*ersoniie ne sait ici fort bien lu cpialité du mal (lu roi; (iuénaul même n'en fut pas d'acciord avec Valol,

Le pauvre roi de Pologne; est ruiné, et pres({ue dé|)ouillt'' ; le roi de Suède en est le maitre, il tient Varsovie et Cracovie. Le pa]ie a envoyé au roi de Pologne 400,000 (V-ns ; mais on dit que la France est d'intelligence avec le roi de Suède , et qu'il n'est point sorti de Stockholm (pi'après en avoir touché 100,000 écus : voilà des cartes bien brouillées pour l'été i)rochain. Le pape demande la paix des deux couronnes, et dit ipie le roi d'Fspagne lui en laisse plein pouvoir. Le nonce presse qu'on lui fasse réponse; mais quelque chose; (|u'on lui l'f'ponde, je pense (pie ceux de deçà ne veulent point la paix, cl (pi'ils disent comme ce vieux ligueur, pur la (jucnc ddks rient le crrdit et h'b'um.

Notre bonh(jmme,M. (iasseiuli , est mort le dimanche 2-1 octobre, à trois heures après midi , àgt'desoixante-cin(i ans (l). Voila une grande perte pour la république des bonnes lettres; j'aimerois mieux que dix cai'dinanx de Home fussent morts, il n'y auroit |)oinl tant de perte pour le pidilic : au contraire, le pape y gagneroit , car il revendroit leurs boimets vacants à d'autres, (pii oïd bien envie de faire fortune a ce jeu-la.

fr \'o>t'/. I;i Mdl,' tdinc IL I».i;',<s IMS et iO.1.

Je verrai M. le cointc de Relié, puisi^ue vous le souliaitez. Je suis, etc.

De Paris, le 1" novembre 1656.

LETTRE CCCCXIAI. — An wi-mr.

Notre commun ami, M. R. Moreau, mourut ici le 17 octobre (l), Nous apprîmes celte mauvaise nouvelle le lendemain à la messe solennelle que nous faisons célébrer en nos écoles le jour de Saint-Luc, où nous étions quatre-vingt-six médecins. Il l'ut enteiré dans Saint-Jean-en-Grève en belle compagnie. Nous étions plus de trente robes rouges pour honorer sa pompe funèbi-e. 11 fut mis proche du lieu où a éJé enterré, l'an 16 1 8, un de nos grands homines qui aient jamais été, dépuis (ialien, en notre profession, savoir, M. Simon Piètre , (|ui avoit été le Mécénas de M. Moreau le défunt. Il est fort regretté de tous les honnêtes gens de sa connoissance, et particulièrement de notre Faculté. Je crois bien (ju'il y a quelques grimaudsde la nation antimoniale qui n'ont ni humanité ni charité pour personne, qui ne sont point marris de sa moi'l, espérant par ce moyen de faire leur moisson un peu plus dorée; mais tels gens ne sont point capables de faire honneui' à quelqu'un, ni même du déshonneur.

^I. tîuillemeau, un autre de nos illustres, après avoir longtemps combattu avec la mort, lui a enfin cédé. Il est moit trois jours après M. Moreau. Notie Faculté perd beaucoup, tant à l'un qu'à l'autre. Hélas! les méchants, les fourbes A les imposteurs publics ne meurent point, et ces honnêtes gens-la meurent! Néanmoins je n'y sais point de remède , le temps (les autres viendra. Ku attendant, tâchons de vivre, et de ne laisser pas mourir notre connnerce de lettres, non plus (]U(' notre amiîi(''. La mort est bien alt'atuée et seml>le ne pou-

1^ \ oyez la noie loiiie II. pai^je.» 266 el 271.

A FAI.r.ONET. 67

voir se rassasier de médecins (l). A'etaiit pas contente de deux excellents hommes, elle en a pris un troisième, qui étoitiiou médecin et bel esprit, mais grand ivrogne : c'est M. Charles le Clerc, âgé de soixante-treize ans. C'est beaucoup vivre pour un homme déréglé. Si bien (jne voilà trois de nos médecins morts en moins de six jours. Voici encore une mort que j'ai à vous annoncer : c'est celle du sieur Morin , professeur du roi en mathématiques. Si bien que le voilà mort au bout d'un an , aussi bien que M. Cassendi; mais ils n'ont garde de se mordre l'un l'autre, car l'un est à Saint- N'icolas-des-Champs , et l'autre à Saint-Étienne-du-3iûnt. L'un étoit bien sage, et l'autre étoit Cou et demi-enragé; mais, quoi qu'il en soit, c'est chose certaine qu'en l'autre monde ils auront le nez fait l'un comme l'autre , malgré toutes les mathématiques et toute la prétendue judiciaire des astrologues , dont Morin étoit coiffé. Pour M. Gassendi , il étoit homme sage, savant et bon, tempéré et habile homme, en un mot un vrai épicurien mitigé. Comme je lui dis en sa dernière maladie qu'il n'en échapperoit point et ([u'il donnât ordre à .ses affaires , il leva gaiement la tète , et me dit à l'oreille ce beau vers d'un poète qui valoit mieux {[ue Morin, et qui savoit mieux que lui de meilleures mathématiques :

Omnùi pra'i-cpi , citque animo mecnm anlr lurcgi.

Je suis toujours entièrement h vous.

Ue Parts, le 7 novembre 16o5.

LKTTIU: CCCCXLVM. - A» imhiu-.

J'ai parlé à M. le comte de Uebé de la réponse ([ue j'avois faite i)0ur votre religieuse menacée d'hydropisie ; il dit (|u'il

1 C'élail .«ans doute pour .*e venijcr. Le célèbre lîordeu iul frappé d'apoplexie dans la nuit du 23 novembre 1776. Madame Dudeffiiil .

<)S I.KTTP.F.S DE <.l'l l'ATIX

l'a Piivovt'O à Lyon par l'ordiiiairo. l*oiir ma (hsci'iiiliiiii (h' la iciiie (le SiuhIo , je suis bien aise qu'elle vous ait ])ki. On dit qu'elle a passé Turin et Casai , et qu'elle s'en va à Venise , si elle n'y est déjà. Je ne connois rien au dessein de celte princesse, ni iiuelle fin auront toutes ses aventures; mais je pense qu'elle voyage d'esprit aussi bien que de corps. J'apprends que Bourdelot est à Paris, et qu'il fait lliomme d'Ktat; mais ce n'est qu'un fourbe qui n'en trompera pas tant ({u'il voudroit; il y a ici beaucoup de gens qui leconnoissent bien , et plusieurs autres qui ne le connoissent pas pour co (|u'il est. (Votre bon ami Lucain a dit quelque part : /Jca/is accède (/cisq/ic ^ lu cdIc fclirci^, inhi-m^ ["(I'-' > C c^^ oii l'on délibère de la mort de Ponqiée au liv. 8. M. Bourdelot fu fait état; c'est peut-être à cause qu'il a fait fortune, et qu'il est aujourd'liui abbé en récompense. 11 y a aussi bien des gens ([ui iK! voudroient passe lier à lui ; il a traité M. Dupuy, garde de la bibliothèque du roi , qui fut hier enterré.

J'ai reçu les deux exemplaires du livre nouveau du jésuite; c'est le père Théophile Raynaud (non pas Raimond), qui a merveilleusement écrit. Mais je n'ai pas tout ce qu'il a l'ait; il est l'ami intime de M. Guillemin , votre collègue. Je trouve bien chérie Theafium vifœ liniiianœ^ par L. Beyerlinck, que M. Huguetan vient de publier; je ne sais si avec le temps il ne rabaissera point. Obligez-moi seulement de lui dire ([u'il m'en fasse choisir un beau et bien conditionné, et qu'il me l'adresse; je le paierai de deçà à ((ui il voudra, ou bien je lui enverrai l'argent à Lyon. Je vous remercie des Institutions de M. L. Rivière, que vous voulez envoyer à mon fils aîné ; vous nous faites trop de bien , et plus que je ne mérite.

M. Moreau est mort le mardi 17 d'octobi-e , à (juatre heures (In soir, et âgé de soixante-douze ans (l). M. (inillcmeau, lesa-

(hiMl il étoit le médecin , dit aus>iu>t : « ï.a mort le retloiilail tellement turelle l'a saisi pendant (|ii'i[ dormait. » ' R. 1*.^

', N'oyez la note t. Il, paj'.e» •2(i!t et -271.

A IVI.I.IINI- 1 60

iiK'di 21 (l'ii(tiil)ii', iiquiitre heures trois ijnails di! matin , âgé lie .«(•ixaiite-liuit ans (1;. Et le lendemain dinianclie -l-l d'octobie, à quatre heures du soir, mourut d'une apoplexie M. le Clere , (|ui etoit aussi des nôtres, et âgé de soixante-quatoi'ze ans : c'etuit bien vivre et bien longtemps pour un ivrogne , mais qui avoit bien de l'esprit. Tout Paris regrette les deux premiers, qui étoient exeellentsen leur genre: l'un ne songeoit qu'à faire du bien au publie, l'autre ainioit ses plaisirs et ne voyoit point de malades. Grande ehère et beau jeu ; il se plaisoit en bonnes compagnies, et il avoit des plus belles de Paris, il vouloit que je l'allasse voir deux fois par semaine, et <iue j'y menasse un de mes grands fils: mais il souhaitoit bien plus Cnro/us , avec qui il prenoit plaisir de s'entretenir. Cétoit toujours le soir, et il nousenvoyoit (piéi'iren carrosse; il ne soupoit point, un bouillon de restaurant lui sullisoit ; mais il nous faisoit toujom-s festin, et nous renvoyoit chargés de confitures et de fruits rares; il étoit magnifique en jjrince. Beaucoup de gens croient que le cardinal de Hetz est ici autour de Paris; mais cela est fort incertain . joint (ju'il y seroit en grand danger.

Le quinquina des jésuites tie Home n'a gu(''ri personne ici, et il n'en est plus mention nulle part. lidibnrm ixcc jncet , Ktjc ci'it cum noinine i»il.cls. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 19 novembre 16a().

LETTHt: CCCCXLVlll. — .\o „„:„,<■.

\a\ mort , cette impitoyable déesse, y""' tmii supriOc pcima liuldt orhoïu terroruDi , ot d'qnii pe(h; imlsnf iiinipi-ruin tahcrixia rcfiumquc fio-rt-s , a passé l'eau et ne songe plus aux méde-

(i) Charles (juillemeau . né à Paris en io88, était (ils du oélèl)rc chirurgien Jacques (îuillemean 'né à Orléans en looO. el mort à l'aris le 13 mars 1613 . «lisciplc cl contemporain irAmluuisc Paré. U. P.}

70 LETTRtS DE GUI PATIN

ciiis de notre Faculté ; elle va en égorger d'autres qu'elle pourra rencontrer, mais elle n'en surprendra guère de plus savants que M. Moreau, dont la belle bibliothèque a été vendue à quatre de nos libraires, à ce que je viens d'apprendre ^ 20 ou 24,000 livres, on n'en sait pas encore le prix certain. M. Ph. Colot, ce grand et excellent lithotume fl), est mort à Luçon en Poitou depuis quinze jours; il étoit allé tailler un huguenot près de la Rochelle ; il y est mort d'une dysenterie ; nous avons aussi perdu ici le sieur Morin, professeur du roi en mathématiques, qui étoit natif de Villefranche en Beaujolois. Hier mourut ici un maître des comptes, nommé Guérin de Marcusson , non pas , comme dit Horace , italo perfusvs aceto , mais aulico percussus et intoxicatus stibio. Alii plares pereunt ex gravito.te tonpestatis , et acerbitcUe , ne dicam atrocitate novi fn'goris, quod Virgilius scelerntum appellavit. M. Guillemeau incidit in quundam vitœ desperationern ex doloribus ab abscessu inter pancréas et ventriculum latente , ut et a dysuria, ex suspirione calculi in vesica positi. Se sentant pressé de fortes douleurs en pleine nuit , il envoya quérir chez un apothicaire qui lui étoit aftidé 12 grains d'opium, dont il prit plus de la moitié. Nous le trouvâmes le lendemain fort mal, et il a toujours empiré depuis ce jour-là jusqu'à la mort. H perdit dès lors l'envie de boire (et presque même de manger), hormis de quelque peu de bouillon ; enfin tabuit, et il est mort faute de boire, tandis que tant d'autres meurent de trop boire de vin nouveau , qui leur semble si bon.

J'ai reçu -les deux livres de M. Barbier, et vous ai écrit touchant le Titeotrwn citai huntanœ , que je serai bien aise d'avoir bien conditionné. J'ai vu M. le comte deRebé, auquel j'ai présenté vos reconimandations; il dit qu'il n'a point reçu de vos lettres , et se rit pro more. On dit que le roi de Suède s'en va être plus fort que jamais, à cause que le Moscovite et le petit Tartare se mettent avec lui contre le roi de Pologne:

,1) Tour Ittholomiste , comme on dit aujourd'luii.

V FALCONKT. i I

i(h)U toto M(ir-< inipiiii^ orbe . Je vous embrasse de timtc mon affectioij , et je serai toute ma vie votre , etc.

P. S. Nous avons aujourd'hui fait l'acte de la vesperie de mou second fds Carolus ; il passera docteur dans ce même mois. Nous avons ici festiné avec environ trente de mes meilleurs amis, et nous n'y avons bu (jue du vin de Boauîie et d'Aï, que le bon dom Baudius disoit à l'eu M. le i)résident de Tliou , (|u'il falloit nommer vinimi Iki. J'ai bu à votre santé et à celle de M. Spoii, qui vous rendra la présente. Je souhaite que mes deux fils aient l'honneur de vos bonnes grâces, et l'amour des gens de bien comme vous : r» (ege caque formula que Ociavius Cwscr seiiatui roinavo nepotes suos rommendare solebat , si merueriyit .

M. le président de ïhou d'aujourd'hui est désigné ambassadeur en Hollande. Il y a grand bruit en Saxe pour le nouveau duc-électeur, qui curnanfe hoc fueril lutheratius, hodif., oh excessu porentis , vult fieri catholicus rotnanus. Tant pis pour les protestants, qui n'auront plus que l'électeur de Brandebourg et le palatin de leur côté. \'ale et me ama.

De Paris , le décembre 1656.

LETTRE CCCCXLIX. — .4^/ même.

Nous avons ici perdu le bonhomme M. Biolan , âgé de soixante-dix.-sept ans moins cin(j heures (I). Il ne fut que trois jours malade de la suppression d'urine qui l'emporta. Il étoit trop déréglé en son boire ; il ne pou voit tremper son viji comme il falloit. Tout est scellé en sa maison; ses enfants plaident les uns contre les autres , à cause de son secontl tils, qu'il a déshérité pour ses débauches. Il y avoit sept ans (ju'il plaidoit contre son pauvre père, qui a gagné partout; mais il ne l'a jamais pu ramener à son devoir.

La coqueluche, avec tluxion sur la gorge, a été ici fort com-

(1) Voyez la note t. II, page 281.

72 I 1. 1 ir.i> DL Ml r\iiN

niuiJt' ; luais peu ilc gens en sont morts, a cause (ju'ils ont été saignés de bonne heure. 11 n'y en a plus tantôt ici , ni pres- (jue d'autres malades.

M. de Bellièvre , premier président , est mort par sa tante toute pure et par l'ignorance de ses médecins. C'étoU un honune voluptueux, sanguin, pléthorique, qui haïssoit la saignée et qui ne croyoit guère aux règles de notre profession. Trois mois avant que de mourir, il fut attaqué de la goutte à laquelle il étoit sujet , et ne fut point saigné à cause qu'il faisoit froid. Voyez la belle raison de Valot qui le flattoit ! La saignée lui étoit nécessaire, et encore plus en hiver, que la transpiration des humeurs est arrêtée. Étant échappé de sa goutte sans saignée, il lui vint des érysipèles par le corps, qui étoit une marque que le sang lui bouilloit dans les veines. Cela s'effaça avec quelques topiques. Six jours après, un grand rhume le saisit dans cet état pléthorique où il étoit, et il ne fut point saigné. Il dit seulement qu'à la lin de son rhume il se feroit purger : ce qu'il fit à très mauvaises enseignes, car ce purgatif troubla et bouleversa tout. Dans ce désordre de sa santé, la fièvre continue le saisit avec une fluxion sur la poitrine qui le mirent au lit. Il avoit on sa maison un nommt' Thévenin , neveu de l'oculiste, qui se dit médecin ; je pense que c'est in pfntHjKs iiifidelinm. Il adhéroit à son hérésie de ne pas saigner, parce qu'il faisoit trop froid. Valot y vint incontinent avec deux autres. Ils l'ont fait enfin saigner plusieurs fois , mais il n'étoit plus temps. Les pauvres gens des hôpitaux sont mieux traités. Le huitième jour, ils lui donnèrent quelque purgatif, dont il fut plus mal. Il fallut le resaigner : et parce qu'il se plaignoit do grandes douleurs dans le corps, ils lui donnèrent du laudanum , qui n'est que de l'opium ou plutôt un poison déguisé ; et après enfin qu'il eut tous ses sacrements, ils lui firent prendre du vin ou venin émétique. lise fioit en son bon esprit et en sa bonne fortune , et uK'prisoit tout : mais cela ne l'a pas empoché de mourir, et n'en onqK'cha jamais personne.

\ IMinM.I. 7M

Jl ('tt)il l'xct'llfiit lioiiiiiif poiii' sa cliiti'^t' . et tdiil le |iul)li(; a raison de \c regretter; mais It^ eardiiial Mazariii y ifa^iiie. car il remplira cette place d'un antre dont il prétendra sans doute de l'argent. Ou lui a trouvé le ixiumon gauclie poui'ri et un abcès dans le tbie, dont aucun des médecins n'avoit pavl(\

Le cardinal Mazarin est tort pâle , il blancliit fort, il est Tort sujet à la goutte et à la gravelle ; néanmoins il est encore jeune , il ne passe guère ciur|uante-cin(| ans. Le cardinal de lliclielieu u'ew avoit que cinquante-sept, et n'a vécu (pie lienle ans plus qu'il u'étoit besoin pour le bien de la France, et même de toute l'Europe.

Votre religieuse a encore besoin d'être saignée et purgée , et de lotion des pieds trois fois la semaine , et même de V"rtf'rititttinic il la tempe, si cette cruelle douleur de tète lui dure. Elle a aussi b(>s()in de fréquentes pui'gations avec le s(''né , la rliubarbt; et le sirt)p de roses pâles dans une décoction rafraiclnsiante |)our prévenir l'hydropisie. Pour la manne, elle m'est fort suspecte en cette rencontre, et presque toujoui's : car nous n'en avons point de véritable , et celle (|ue nous avons ipi'on nous apporte d'Italie n'est autre chose que (lu sucre et du miel mêh'S ensemble avec un p«'U de sccMumonce. Dans la manne de llriaiK.-on , il y a du suc de lilliymale et dépuige. 11 y a de la fourberie partout*. Le."^ jansénistes disent que c'est (|ue nous venons de la tncssp (Ir ciH'nip'idii. J'espère pourtant qu'il n'y en aura point en notre amitié et qu'elle sera aussi sincère (juc fut jadis la manne des enfants d'Israël. V'iIp.

Pc Paris . le -US mars IGliT.

Je n'ai pas encore lecu celle (pie vous m'avez fait lliomieui de m'ecrnc ]»iur le pr(»ccs de madame votre bclle'S(eur , piiui la<picll(' je Irr.ii idul mon jtossibic, vous n'en doutez pas.

74 LETTKES DE GLl PATIN

Pour le livre de M. de Fontaines , je vous en rends grâces; il est louable de son travail , parce qu'il est tort bien intentionné ; il a tâché de servir la postérité en défendant la vérité, ronatus eril in lande , cventus in fortuno ., qui est celle qui gouverne aujourd'hui le monde; je lui sais bon gré d'avoir attaqué Van-Helmont, bien que ce n'ait été qu'un coquin et un imposteur fort ignorant.

. Défunt M. le premier président est fort regretté ici ; toute la France avoit encore besoin de sa générosité et de son adresse contre l'avidité des ministres : voilà ce que c'est que d'être bon et sage. Nous pouvons dire de lui ce qu'Horace disoit d'Auguste, encore vivant : Extinctus (unubitur idem. Une dame qui avoit beaucoup de crédit sur son esprit m'a dit qu'elle lui demanda pouniuoi il se servoit de Valot, et t[u'il lui répondit qu'il avoit affaire de lui à cause du Louvre , .sv> inc/ifinnf /lonu'nes , et nioriiintxr. Il est vrai (|ue tout le monde fait le médecin et s'en mêle mal à propos , mais c'est le nialheur de ceux (|ui les croient : Yiv virtis! vtr niisct-is!

Je consultois hier avec M. Blondel dans les Filles-Dieu ; il me (lit que son traité, dePlenrifide, ne pouvoit être achevé que dans trois mois, qu'il en étoit au chapitre de Purrjafione , qui seroit long; que son livre seroit une méthode générale, et (ju'il diroit de belles choses non communes, deOrgosmo Hipp. et sur l'explication de l'aphorisme 22,sect. 1 (l). Je voudrois avoir bien payé ce livre et le tenir déjà.

Votre Basset a l'esprit bien bas, et mérite d'avoii- du dessous , tant pour son latin (jue pour ses injures. Je m'étonne de l'extravagance des hommes et de l'impudence du siècle au- (|uel Dieu nous a réservés. Cet honnne a mauvaise grâce de chanter des injures à d'honnêtes gens dont il a besoin, et des- (piels il brigue d'être collègue. S'il est bien sage, il terminera •soji affaire à Lyon , en vous demandant pardon , et tâchant de legagner vos bonnes grâces ; car autrement un procès lui

(1) \ oyez OEiicres cotnplclcs d'IJipjiocralc Irad. par E. LiUré , l'ari*, lS4'i, t. IV, p. '(69.

A FAI.CO.NKT. 7o

contera beaiicouj), r\ niéiiie a hi lin le pourra perdi'e. Quand il auroit le crédit de faire ce que lit votre chirurgien Lombard, et de se faire examiner ici . il n'est pas assuré de s'y faire recevoir, à moins (pie ti'avoir des médecins députés pour juges , pour ses amis , ce qui n'ai-rive guère.

M. le comte de Rebé a reçu votre lettre , et dit (jue vous ne lui avez point écrit qu'il ne vous ait fait réponse. Mes deux tils vous saluent et sont vos très humbles serviteurs. Ils ont tous deux présidé cet hiver avec honneur, et ils sont à I*aris en fort bonne réputation.

On dit ici que la duchesse de Savoie se porte mieux , et que M. Guillemin y est allé. La reine d'Angleterre est malade ici. Le duc d'Orléans a été ici environ dix jours, et en est parti aujourd'hui h midi, pour aller coucher à Limours,et demain à Orléans. On dit que dans deux jours M. le prince de Conti partira d'ici , et qu'il ira jusqu'à Turin , et que M. de l'Estrade sera son lieutenant-général en Italie. M. le maréchal de Turenne partira dans trois jours, et le roi six jours après. Il a couru un bruit de la mort de l'empereur, que l'on dit avoir été confirmée par un second courrier , et néanmoins tous en doutent ici , et disent que c'est une des ruses du Mazarin . afin de faire passer les édits que l'on a envoyés au parlement, dont les deux principaux ont déjà échoué et ne peuvent passer. Notre querelle avec les Hollandois continue, et l'on dit qu'il faudra qu'ils s'accordent avec nous d'autant qu'ils nt; sien peuvent passer, Paris étant un gouffre qui absorbe et dévore plus de la moitié de leurs denrées.

M. le duc d'Orléans a gagné aujourd'hui son pi'ocès contre madame d'Eguillon et M. le duc de Richelieu , pour la ferrede Champigny, que mademoiselle d'Orléans, sa tille aînée, veut retirer. M. Talon, avocat-général, y a fait miracle ; il a parlé sobrement, mais fort à propos, de la tyrannie du cardinal de Richelieu; tout le monde est bien aise de l'arrêt qui y est intervenu. Si l'einpereur est mort, on dit que le roi ira jusqu'à >retz, pour être près de l'Allemagne. .

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