A F AI. (.ON ET
vienne de Candie, et (|u'il ramène ses troupes , puisque les Vénitiens et le pape n'y l'ont pas leur devoir pour en chasser le Turc. On dit pourtant que le pape avoit envoyé pour cet effet des pardons et des bulles : Qnidquid Rorna dahil , nuyas flnbit , accipit aurum. Les Turcs ne sont-ils pas de méchantes gens , et bien incrédules, de ne rien déférer à ces bulles, inventions italiennes et papalines?
On dit que le roi va faire du changement en la grand'chambre par le retranchement de (}uatre présidents au mortier , qui sont fort obérés, et qui ne paient point leurs dettes ; MM. de Bailleul et de Novion sont les deux premiers , les deux autres ne se nomment pas si haut; pourtant je n'en crois rien, et le prends pour un bruit de ville , et un son (jui n'a pas d'efficace.
Le maréchal de Belfonds va commander en Candie , et il y mène quand et soi quinze cents hommes. Il y en a qui croient que l'accord est fait entre les Vénitiens et les Turcs. D'autres disent que nos troupes revenoient , mais que le roi les a contremandées , et qu'ils ont ordre de s'y en retourner. J'ai ce matin (2] septembre) rencontré près de la porte Saint- Michel M. le cardinal de Bouillon, qui étoit seul dans son carrosse; il est ici en grande estime d'érudition et d'intelligence.
Nous avons ici des dysenteries qui ne sont pourtant pas fort cruelles, et plusieurs fièvres quartes. Je pense que l'hiver sera fécond en maladies , à cause des grandes chaleurs de l'été qui ont bien échauffé les corps , et à cause du vin nouveau qui sera terrible, à ce que disent les bons biberons ; de là viendront les inflammations de poumon , les rhumatismes et les gouttes , sans oublier les doubles tierces et les quartes.
J'ai donné congé à mes auditeurs dès le 12 juillet , et ne recommencerai qu'à la hn de novembre selon la coutume. Nous avons en notre collège deux places vacantes , l'une de philosophie, l'autriMle médecine : plusieurs les ont deman-
fiées, et ce par les plus grands du royaume; le roi n'en a voulu conférer aucune , il veut qu'elles soient mises à la dispute. On commencera par celle de philosophie , en exécution d'un arrêt du conseil donné sous Charles IX, l'an 1566, et qui pourtant n'a jamais été observé. Quoi qu'il en soit , nous obéirons au prince, qui est le grand maître, (jui est le patron de ces chaires royales. Il y a un an que celle-ci vaque par la mort de M. des Auberies, professeur en philosophie au collège d'Harcourt. Celle de médecine vaque par la mort de Philippe Chartier. Un des nôtres, nommé Ruttin, se rendit chartreux l'an passé; il a t'ait profession depuis (|uinze jours en Basse-Bretagne ; et voilà comment le nombre se diminue par la mort ou autrement. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le '26 septembre 1(569.
LETTRE DCCXCIll. — Au mhnc.
La santé de M. le Dauphin va toujours en amendant.
On dit que la gazette de Hollande assure que les Turcs ont levé le siège de Candie ; je n'en lis jamais aucune, pas même des nôtres , mais je soidiaite que celle-là ait dit vrai.
M. le chancelier étoit hier si fort malade, que l'on parloit déjà de son successeur, et même on le nommoit , dies die tniditur , dif;s diem ducet : juvenes mort possunû , senes diii cicere non possunt. On publie (jue M. de Beaufort n'est point mort , qu'il est prisonnier chez les Turcs, qu'il a écrit au roi sa déroute et son désastre ; on dit qu'il est aujourd'hui à Larisse , ville de Grèce , dans laquelle est jadis mort notre grand Hippocrate, idem ipsp memrnit Larisseœ cujimlam Virginis, lib. '}. Epidem., cujns kistorla est admodum memorahilis, utpote quœ judicato fuit sexto die , et tomen féliciter evasit triplicis evacuationis beneficio. Le fait est rare , et merveilleusement re-
\ FALC.ONET. 700
in;ir(|iiablt! ; sur ([uui méritent d'être lus les foiiiiueutaires de C.alieii, Focsius , Mercurial , Valesius et Phrygius ; je vous ])rie de les faire lire k M. votre fils Noël Falconet , (jue je salue de tout mou cœur. Cette histoire vient fort à proi)os , et souvent chez nos malades et eu consultation. Depuis huit jours est ici morte une bonne veuve de plus de quatre-vingt-trois ans, fille de M. Riolan , qui mourut l'an 1606, et sœur de madame Bouvard , comme aussi de feu M. Jean Kiolan mon prédécesseur que vous avez connu. L'automne est appelée par Tertulien : tcnfator valetudimmi.
On dit que le vin nouveau est fort bouillant; cela fera tàter le pouls aux qxrD'totairi's et aux. dysentéri(]ues , et fera venir ici des rhumatismes et des péi'ipneumonies : le bon ami d'Agrippiue a fort bien dit à ce propos , tjnœis aintus medicis in quœstu csf. 11 y a de la peste en Flandres, et une méchante lièvre épidémique en Hollande qui emporte beaucoup de monde ; ils sont si sots en ce pays-là et si grossiers, iju'ils aiment mieux se laisser mourir que d'être saignés , lyr miscris I
M. le maréchal de Bel fonds est parti pour Candie. Il est allé par Cliambord pour prendre congé du roi ; puisse-t-il être plus heureux ([ue les autres ! Madame la duchesse d'Orléans a écrit au roi de grosses plaintes contre Valot de ce qu'il a tué la reine d'Angleterre sa mère avec sa pilule d'opium , et demande qu'il soit chassé de la cour. M. le duc d'Orléans est dans le même sentiment , et l'a menacé pareille ment ; je ne sais ce qui en arrivera , mais on dit que cela est remis au retour du roi. Voilà le bruit de la cour. Feu M. Merlet disoit que Topium et l'antimoine étoient deux méchantes drogues, qu'il ne vouloit ni de l'un ni de l'autre; il a vécu quatre-vingts ans, et n'en a jamais pris. Il eut en une même année deux grandes maladies, avec fièvre continue, en chacune desquelles il fut saigné dix-huit fois, c'est trente-six fois en un an , et purgé plusieurs fois avec casse et séné, aôsf/ue stiOin , nwHiw. et sci/iitntoidalis.
/ tO LKTTIiES DE iA l l'ATlN
Euliii le roi a voulu (ce ô octobre) ([ue la chaire de philosophie vacante par la mort de M. des Auberies fût disputée. M. l'abbé de Bourzé en a été établi le juge avec six hommes savants, et six professeurs du roi. La dispute a été publiée par affiches ; sept hommes se sont présentés , qui ont demandé à la disputer. Ces MM. les treize juges , établis par le roi , les ont voulu voir, et les ont entendus parler en leurs prétentions; trois d'iceux ont été congédiés doucement, en leur faisant connoître qu'ils n'y étoient pas propres , les quatre autres ont été retenus pour parler publiquement chacun une heure d'horloge ad clepsijdroin , savoir, chacun sur un point différent, tiré de la doctrine d'Aristote, de immortalitate animœ, demotu, de prœstantia philosopkiœ peripateticœ . Le quatrième a été contre la prétendue nouvelle philosophie de M. Descartes , qui dictas est ntcu/is induisisse novitatl , quam verltati (l). Je les ai entendus tous quatre fort attentivement, et tous quatre ont fort bien fait; néanmoins il y en a deux (jui ont plus paiu que les deux autres, savoir, ceuxqui ont agité les deux premiers points : maintenant ils attendent le jugement qui en sera fait par MM. les treize juges députés du roi , mais nous ne savons pas quand ce sera ; peut-être que l'on attendra le retour du roi , qui sera , à ce qu'on dit , le 17 de ce mois.
Le roi de Pologne doit bientôt arriver; il est depuis quelques jours à Chantilly, où M. le prince de Condé est allé le recevoir : l'on dit qu'il n'entrera pas dans Paris en grande cérémonie, d'autant qu'il a désiré que le roi lui donnât la droite, ce qui lui a été refusé ; ainsi il ne fera que passer, et s'en ira passer l'hiver à Avignon.
On ne parle ici que de voleurs, de receleurs et de gens qui
(1) C'est ainsi que bicQ des gens à ceUe époque jugeaient le grand Descartes. Plus tard même ce pfiilosophe et ses disciples les plus illustres ne lurent pas mieux appréciés. Sur un exemplaire de Malebranche, appartenant à Bossuet , ce grand homme avait écrit en note marginale: Pulchra, nova , falsa. (R.P.)
A r.u.coMvr. 71 1
tuent; les exécutions publi(|ues ne manquent jxjint jxiur l'exemple, et néanmoins il y a toujours quekju'un qui y est attrapé; les fréquents supplices m'étonnent et me font connoitre la malice des hommes, et la vigilance des juges (jui travaillent pour le bien public. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc. Ue Paris , le 12 octobre 1609.
LETTRE DCCXCIV. — Au mêwe.
Le bonhomme M. Nicolas Ellain , l'ancien de notre école, qui mourut d'une pleurésie, l'an 1621 , âgé de quatre-vingtsept ans, avoit aussi été taillé deux années avant sa mort. Nous avons ici quelques petites véroles et quantité de rougeoles. A l'une et à l'autre , la saignée , faite dans le commencement, est d'un grand secours pour prévenir l'intlammation érysipélateuse du poumon, qui est mortelle (l).
Pour ce qui est de l'usage de la glace dont vous me demandez
(1) C'est une grande question que la saignée dans les lièvres éruptives. Du temps de Gui Patin on n'hésitait pas ; plus tard même , Chirac , le médecin du régent, s'écriait : « Petite - vérole , je t'accoutumerai à la saignée. » Et pourtant il n'en lut rien. L'heureuse découverte de la vaccine a singulièrement diminué rinlérêt de la question , sans pourtant la résoudre entièrement. Pendant le règne de Louis XIV, celle question fut vivement controversée , même dans le public. Madame de Sévigué , plus tard victime elle-même de la petite-vérole , nous apprend que le chevalier de Grignan mourut des accidents de la variole et peut-être de la saignée. « Il a été rudement saigné , dit-elle ; il voulut résister à la dernière , qui fut la onzième , mais les médecins l'emportèrent. 11 leur dit qu'il s'abandonnait donc et qu'ils voulaient le tuer par les formes. La mort de M. de Guide , qu'on a cru qui devait être saigné , a bien fait mourir du monde aînés lui. >» ( du 10 féfrier 1672. ) Voyez note t. II, pag. 219, et le remarquable rapport fait sur cet important sujet à l'Académie de médecine, par M. le docteur Bousquet. [Bulletin de l'Académie royale de médecine, t. XI , pag. 369.)
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iiioii avis, je ne le blâme point, ni celui de l'eau rafraîchie , mais je n'en ai jamais approuvé l'excès , qui est dangereux à tous ceux qui n'y sont pas accoutumés. Cette fraîcheur subite est ennemie de l'estomac (1), dont les tuniques doivent être conservées dans leur juste tempérament, qui est toujours accompagné d'une chaleur considérable. Elles ne peuvent sans souffrir porter ce froid extrême. Tôt ou tard on s'en doit ressentir. Philippe Chartier étoit un gros garçon de trente-six ans , qui mangea force melons en un dîner, but rudement à la glace beaucoup de vin , tint table longtemps, mangea quantité de cerneaux, et tomba malade ensuite. Dès le lendemain son compagnon de débauche fut son médecin ; peu saigné , purgé mal à propos dans un flux dysentérique qu'il avoit, il ne tarda pas à mourir. Le père , qui faisoit l'entendu en chicane , est mort gueux avec son Galien grec et latin qu'il avoit commencé de faire imprimer. Le second fils ne valoit pas mieux que son frère, et est mort de faim; ainsi voilà trois Chartier renversés.
On voit ici une relation de Candie, où il est dit qu'il n'a pas tenu à nos gens que tout n'allât bien en ce pays-là contre les Turcs ; mais que quelques troupes n'ont pas voulu seconder de leur côté, comme elles avoient promis. On loue néanmoins les Vénitiens deleur fermeté et de leur conduite. Feu M. Naudé m'a autrefois dit que Constantinople ne fut prise , l'an 1453, par les Turcs , que par la faute des prêtres et des moines de cette ville , qui ne voulurent rien contribuer pour la levée des soldats et pour la défense de la ville; que toute l'Europe étoit alors en fort mauvais état. L'Angleterre brouillée par les factions d'York et de Lancastre ; la France divisée par la foiblesse d'esprit de Charles VIT , outre qu'elle étoit occupée à
(1) M. le docteur Alph. Giiérard a démontré la vérité de ces préceptes dans un bon travail ayant pour titre : Mémoire sur les accidents qui peuvent succéder à l'ingestion des boissons froides, lorsque le corps est échauffé. [Annales d'hygiène publique , Taris, 1842, t. XXVII , p. 43 etsuiv.) (R. P.)
A lAI.Ctl.NET. 71-'^
repouss»'!' U; reste des Aiiylois de Fraiiee , depuis (pu- la l*ucelle d'Orléans cul si bravement réussi à \gs chasser. L'Espagne étoit partagée eu diverses principautés ; les princes d'Italie, ni le pape même, ne firent aucun ellbrt pour repousser au delà du mont Imaùs cet ennemi commun de la chrétienté, Mahomet II , qui fut un vaillant prince et un grand conquérant, et qui avoit bien envie de venir jusqu'en Italie et de pousser sa bonne fortune plus loin. Mais ses débauches l'empêchèrent de passer outre. Ce tyran mourut presque des mêmes causes que ce Philippe Chartier dont je vous ai parlé, de vin, de femmes, de melon et déglace. C'est lui qui ordonna (pi'onmîtsur son tombeau , Mens eral superore Rhodum et cUbell'ire siqicrham Italicun. Mais quoi(|ue toute l'Europe aujourd'hui soit dans un état assez dissemblable, quelque effort qu'on ait fait à repousser les Turcs , ils n'ont pas laissé de s'avancer en leurs desseins, et de se rendre maîtres de toute l'ile de Candie; Dieu veuille qu'ils en puissent demeurer là , et (ju'ils n'approchent pas davantage de la Sicile et de Rome, de peur qu'enfin on n'y dise, s'ils y viennent jamais, notre Saint-Père le Turc , aussi bien que l'on dit aujourd'hui notre Saint-Père le pape. Tels progrès de nos eimemis nous doivent bien épouvanter, vu qu'ils ne se font que par punition divine. \ oie.
De Paris , le 6 novembre 1669.
LETTRE DCCXCV. — Au même.
Je vous envoyai hier, ce 7 novembre , une lettre de quatre pages , en récompense de ce que je ne vous avois écrit depuis longtemps. Je vis hier 31. de Lorme, par visite chez lui ; il me fit grand accueil , nous causâmes ensemble une bonne heure, nous ne fûmes muets ni l'un ni l'autre; il est admirable en son entretien , aussi bien qu'en toute autre chose ; il a une mémoire admirable pour son âge de quatre- vingt-
71 4 (.ETIRES DE (ill PATIN
cinq ans. Je crois qu'il mourra en sa vieille peau, avec son antimoine dans le cœur et dans la tête ; et néanmoins ce qui me console, c'est que j'espère qu'il n'en prendra jamais, aussi n'en a-t-il pas besoin.
On parle fort ici de trois hommes qui sont en prison , savoir d'un marquis et de deux faux témoins qu'il avoit subornés pour perdre certain officier qui avoit une belle femme, et avec laquelle il avoit intelligence secrète ; on dit qu'ils sont condamnés au Châtelet , et qu'il y a appel au parlement. On parle d'un traité de grande importance qui détruiroit la triple alliance , c'est entre nous et le roi d'Espagne , auquel nous vendrions l'Alsace et le Roussillon , et qui nous quitteroit le reste des Pays-Bas. Si cela arrive jamais, Dieu puisse bien garder les bourgmestres de la riche cité d'Amsterdam ; car , comme nous serions en ce cas-là les plus proches voisins des Hollandois , on leur feroit bientôt connoître ce que vaut et ce que peut notre voisinage. Eginard en la vie de Gharlemagne , et Aventinus in Armalibus Bajorum , ont rapporté un proverbe qui est pour le moins aussi vrai qu'il est commun : Gallum habeas amicum, non vici7wm ; mais la science est réservée pour ceux qui s'y trouveront alors : Vifœ summa brevis sjjem nos vetat inc/ioarc longom : il n'y a que le temps qui nous puisse apprendre les secrets d'Etat et de telle conséquence ; et de plus je vous assure que je ne crois rien de tout cet échange, mais il faut laisser parler le monde.
UnHollandois, fort honnête et savant, m'a aujourd'hui parlé de quelques livres françois imprimés en Hollande, qui tous sont contre la cour romaine, du cardinalisme, du népotisme , et des éloges des cardinaux vivants, depuis M. François Barberini jusqu'à Maldachini. On imprime présentement à Genève un livre nouveau de M. Daillé, ministre deCharenton , que les Huguenots disent être le plus grand homme qu'ils aient eu depuis Calvin ; pour moi , je crois que M. A. Arnauld les surpasse de beaucoup.
11 y a ici un procès devant M. le lieutenant-criminel pour
\ FALCONET. 7 lu)
1111 de nos docteurs nommé Cressé , lils d un cliiiurgien fameux. Il a dans son voisinage , vers la rue de la Vénerie, un barbier barbant, iioramé Griselle , qui avoit une femme fort jolie , à ce qu'on dit. Le médecin a été appelé chez le barbier pour y voir quelqu'un malade ; dès qu'il fut entré dans la chambre où il faisoit sombre, quatre hommes se jetènMit sur lui , et lui mirent une corde à l'entour du cou, lui voulurent lier les mains et les pieds ; il se mit en défense et se remua si bien contre ces quatre hommes , qu'ils n'en pouvoient venir à bout. Le bruit et sa résistance vigoureuse firent que les voisins vinrent au secours et frappèrent à la porte; cela obligea ces quatre hommes de le lâcher et de s'enfuir. Le médecin alla aussitôt porter sa plainte chez le commissaire , après quoi le barbier a été mis en prison, où il est et sera ju.squ'à la fin du procès. Quelques uns disent qu'il y a quelques amourettes cachées et quelque intelligence secrète entre le médecin et la femme du barbier, qui en est jaloux. Quoiqu'il en soit, on blâme le barbier de sa violence; il a tout loisir de s'en repentir. Charron, en sa. Sagesse (oh! le beau livre! il vaut mieux que des perles et des diamants), a dit quelque part qu'un avare est plus malheureux qu'un pauvre, et un jaloux qu'un cocu. 11 me semble que ce grand homme a dit vrai là aussi bien qu'ailleurs. Aota que ledit médecin est marié, et de plus qu'il est bien glorieux; mais quoiqu'il en soit, /iic et alibi venditur piper, et kabent alaadœ onines suam cr islam. Quelques uns prétendent que le barbier sera pendu pour avoir voulu ainsi traiter une personne publique : dies diem docebit.
Depuis trois jours le plus ancien ministre de Charenlon , nommé M. Drelincourt , qui avoit près de quatre-vingts ans (c'est lui qui avoit nn fils médecin, qui est aujourd'hui professeur à Leyden, à la place de M. Van der Linden, mon bon ami), a été enterré. Notre bon ami, M. Spon , à qui je baise les mains , connoissoit bien ces deux MM. Drelincourt.
il y a encore ici un autre ministre de Charenton, nommé
716 I.LllUES DE ijt I TATIN
M. Daillé , ([ui est fort vieux , et fort savant, et de grande réputation , même chez ceux qui sont du parti contraire.
Au sujet de la Hollande, je vous dirai que ce pays-là est mallieureux , et fort sujet à plusieurs calamités. Vive la France, vive Paris , vive Lyon ! En Hollande , la plupart des malades ne croient point à la médecine et jie se servent point de médecins , en vertu de quoi la plupart des malades meurent aussi. Les médecins n'y saignent que très rarement, parce qu'ils n'en savent pas l'importance : aussi les malades y sont si stupides , ne dicam adeo Batavia et si sots, qu'ils ne veulent point être saignés. Les médecins y purgent d'ordinaire avec des pilules et des poudres chimiques, avec l'antimoine et le vin émétique, dont ils sont fort mauvais marchands. C'est ce qui leur a fort aidé à les décrier ; ils ne croient point à la méthode de Galien, à la place de laquelle ils cherchent des secrets de chimie qui les rendent ridicules et méprisables. Tout le pays est sujet aux écrouelles et au scorbut. Les chirurgiens n'entendent rien à la vérole. 11 n'y a la ni bon pain , ni bon vin, et ce qui est encore bien pis, il n'y a pas même de bonne eau. Joseph Scaliger a dit quelque part de la Hollande à son bon ami Janus Douza , in e/jifj7-fniuiialc, de. admirundis HoUandiœ :
In mediis Itabitainus aquis, qiiis credere possil ? Et tamen hic nulUc , Douza , bibiinlur aquœ.
Ce pays-là est exlrèmement froid , exposé à de mauvais vents méridionaux qui y apportent la peste fort souvent. On n'y boit (pie de la bière, et on n'y mange que du bœuf salé. Vive le pain de Gonesse avec le bon vin de Paris , de Bourgogne , de Champagne , sans oublier celui de Condrieux et le muscat de Languedoc et de Provence , de la Cioutad , de Saint- Laurent , etc. Mais excusez mon babil , jum satis est nuganim , ituque lubeiis desino , ut melioru sequantur , si sors dederit.
A FAI.CONET. 717
Le petit François Colot ;i (l('|)nis peu taillé iri M. le marquis (le Ilaiilerive , IVère de M. le garde des sceaux de Cliâteamieuf, qui s'en porte bien à l'âge de quatre-vingt cinq ans. 11 est allé en Flandre y tailler un riche bourgeois (1).
On parle fort ici d'un olficier turc qui est envoyé ici par son maître, on ne sait pour quelle affaire il vient en France ; il a été quelque temps à Fontainebleau et est maintenant à Issy, à deux lieues de Paris, chez JM. de la Bazinière , cidevant trésorier de l'épargne.
M. l'évêquede Béziers , (jui étoit en Pologne, est ici, où il s'apprête pour s'en aller en Espagne y traiter de l'accord que le pape tâche de faire entre la France et la maison d'Autriche : je prie Dieu que cette affaire réussisse.
Le roi de Pologne, Casimir, est à Saint-Taurin d'Evreux, qui est une des huit abbayes que notre roi lui a doimées; on dit qu'il viendra demeurer à Saint-Germain des Fossés , qui en est une autre, dans Paris même et proche du Louvre.
L'illustre M. A. Arnauld , docteur deSorbonne, travaille à réfuter la Morale des calvinistes, et on m'a dit (|u'elle seroit bientôt faite, ,1e vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 21 novembre 1 69,
(1) La famille des Colol , nous l'avons dit souvent , se rendit illustre pendant plus de deux siècles dans la spécialité de l'opération de la taille parle grand ajjpareil. Ce François Colot, qui mourut le 23 juin 170G et dont parie ici (îui Patin, ne fut pas un des moins remarquables par son talent et par son désintéressement. 11 a laissé un excellent ouvrage, publié après sa mort par Senac, qui l'a enrichi d'une longue et bonne préface. Ce livre est intitulé : Traité de l'opération de la taille , avec des observations sur la formation de la pierre , et la suppression d'urine , e\c. l'aris , 1727. (R. P.
718 LETTRES DE CA'l PATIN
LETTRE DCCXCVI. — Au même.
Les lettres de Hollande portent qu'il y a en tout ce pays-là une méchante fièvre qui emporte quantité de malades. Ces bons Bataves sont bien badauds de n'entendre pas la saignée des galénistes , et de s'amuser cependant à aller à la chasse des secrets chimiques. Les beaux et bons secrets de notre métier sont dans les Aphorhmes et le Pronostic d'Hippocrate , et dans la méthode de Galien , avec le livre de la saignée ; que si cela ne suffit pas , qu'on y ajoute le Botal. Ils se piquent de vanité dans ce pays-là , quand on dit d'un homme qu'il est docteur en médecine , théoricien et non pas praticien , qui est à proprement parler ce que disoit Jules César de la république de Rome : Aonien sine re , un nom sans effet, ou bien , comme Galien a dit dans la méthode de la débilité d'estomac , quec'étoit un simple nom qui ne signifioit rien , si on n'ajoutoit la cause de cette débilité.
4e consultai hier avec M. Fr. de la Chambre, notre collègue , fils du médecin de M. le chancelier et médecin ordinaire du roi, qui a acheté cette charge 70,000 liv., et qui est frère de Pierre de la Chambre curé de St-Barthélemy en cette ville. Ce M. de la Chambre me dit tout aflligé que son père se mouroit. C'est un grand homme mélancolique , qui a beaucup écrit , et principalement Les caracthres des passions. J'ai peur qu'il n'aille guère loin à cause de son grand âge de soixante-seize ans. Il est savant, tout ce qu'il a écrit est fort bon. Mais les honnêtes gens meurent comme les autres, et encore quelquefois plus tôt. La mort n'épargne personne , pas même les savants , qui vivent souvent moins que les autres.
Il n'y a encore rien déjugé touchant l'affaire de M. Cressé. Le procès est seulement sur le bureau , mais tout le monde en parle ici, et se raille du médecin qui se devoit contenter de ce qu'il avoit eu, sans s'en plaindre en justice; et même on dit que M. Molière en veut faire une (>omédie. Cela pourra
A FAl.CdNKT. 91&
bien arriver, car dorénavant l'on est las de pleurer, on ne cherche qu'à rire, à l'exemple des dieux de la terre »jui rient tant qu'ils peuvent du malheur d'autrui. Ceux (jui ont bien pleuré en sont las , et ne savent plus quelle mine faire , quoi- (ju'on en eût encore assez de raison. Martial a dit fort à propos , sur ce sujet, une chose qui est aujourd'hui très véritable par toute la France :
Pars major lacrimas riihl , et inius habet.
L'n maître chirurgien de Paris, nommé Pierre Ghenard, sot et glorieux comme un barbier, et d'aUleurs méchant, fripon et fort vicieux , tout marié qu'il étoit , a débauché une lille dévote, et la voyant près d'accoucher, il l'a tuée. 11 s'étoit sauvé , mais il a été trouvé , pris et rais en prison au Chàtelet, où son procès lui a été fait. Il y a été condamné d'être pendu et étranglé pour l'expiation de son crime. Appel à la cour, où il n'a été condamné qu'aux galères perpétuelles. Les juges font leur métier en conscience quand ils veulent, et d'autres fois ils quittent la rigueur de la loi pour gratiher qui il leur plait, et passer à une modération charitable que les anciens Grecs ont nommée ï-Kul/.f.aj.
Ou a fait le service de la feue reine d'Angleterre, dont le corps a été mis dans la cave des Bourbons, qui est dans le chœur de l'église de Saint-Denis. Mais la voila maintenant toute pleine : où mettra- ton tous les autres qui suivront, et qui par ci-après mourront comme les autres, aussi bien que Gyrus et Alexandre-le-Grand? On dit seulement qu'il y a une place retenue et destinéek Saint-Denis, dans laquelle on bâtira luie chapelle pour y mettre les Bourbons, a commencer par Henri IV, Marie de Médicis, le feu roi Louis XllI, Anne d'Autriche sa femme , le duc d'Orléans et cette reine dAngleterre. Dieu pourvoira avec le temps d'une autre chapelle pour les autres princes qui viendront après (1). Je souhaite
1; On voit ijue cette remarque a été faite un an avant le grand
pourtant qu'on n'y joigne pas de longtemps notre bon roi , qui nous est nécessaire. Vale.
De Paris , le 23 novembre 1669.
LETTRE DCCXCVÏI. — Au même.
Je vous ai ci-devant écrit d'un évêque de Vence; il y a en cet endroit de la faute, c'est l'évêque de Valence, en Daupliiné, qui étoit ci-devant abbé de Conac, et premier aumônier de M. le duc d'Orléans. Il fut disgracié i! y a environ deux ans ; il avoit fait quelque brigue pour revenir à la cour, mais ses efforts ne lui ont pas réussi pour ce coup. On dit que le roi l'a envoyé à l'île Jourdain, en Languedoc.
Le procès de M. deCourboyer, gentilhomme normand, de 40,000 livres de rente, est sur le bureau. On dit qu'il est cousin de M. le maréchal de Grancé.
Bossuel, qui ne prononça son oraison funèbre de Madame, duchesse d'Orléans , que le 21 août 1670. Qui ne se rappelle ce célèbre passage: « Elle va descendre à ces sombres lieux , à ces demeures souterraines,
pour y dormir dans la poussière avec les grands de la terre parmi
lesquels à peine peut-on la placer, tant les rangs y sont pressés , tant la mort est prompte à remplir ces places.» Il était d'ailleurs connu que les caveaux de Saint-Denis regorgeaient de cadavres de rois, de reines, de princes , elc Mais sur la fin du siècle suivant, un vent de fureur populaire s'élève sur la France; bientôt ces sépulcres sont brisés , les ossements des rois sont mis au jour, profanés , moqués , dispersés ; à peine sait-on aujourd'hui où existent ces tristes débris et cette poussière des grands de la terre , pour qui la mort n'a pas été le dernier root des choses humaines. Maintenant viennent de nouveaux cadavres de rois , de princes : les caveaux sont vides , les rangs n'y sont plus pressés , et la mort y trouvera de larges places. Qui sait encore si la foudre des révolutions ne viendra pas un jour briser ces tombeaux de nouvelle fabrique et fraîchement recrépits ? Dieu seul est grand , mes frères! (R. p.)
A KALCONEl. 7-21
L'euvoyf' du Turc csl toujours ici près, à Issy, et le roi uc lui veut pas douuer audicuce (ju'on n'ait nouvelle de (^oustaulinoplc, où I on a envoyé un courrier.
M. l'abbé Itossuet est l'ait évèciue de Condoin ; c'est un digne personnage et très savant. Notre M. de Cressé a reçu malgré soi un ajournement pei'sonnel par-devant 31. le lieutenant criminel , sur quoi , par conseil d'avocats , il en a appelé, et a évoqué au parlement; nous verrons dans quelques jours quel train prendra cette ati'aire, (\m t'ait ici bien parler du monde, qui veut que ce luédecin ait été l'ouetté, relis, uolis, jure an injuria., et néanmoins on dit qu'il ne l'a pas été, mais le bruit n'en vaut rien :
fama malum quo non alind velocius lUium . Mobititate viget , viresque acquirit eundo.
Cela est capable de décrier et décréditei- ici un médecin. On dit qu'il est riclie, mais aussi est-U bien glorieux , et ainsi haï de bien du Jiionde qui se motjue de lui , fanfi esf s/i/ji-rt^ et ii/jsdnt'/e.
Le bonhomme, M. de la Chambre, est mort âge de soixanteseize ans (l); il étoit de l'Académie f'rançoise, et un des premiers et des plus éminents, tant à raison de sa doctrine, qui n'étoit point comnmne, que pour le crédit qu'il avoit chez
(l) Marin Cureaii de la Chambre naquit au Mans en 1394 : médecin ordinaire de Louis XIII , membre de l'Académie française et de TAcadéaiie des sciences , il a public : ^l'ouveltes pensées sur la lumière et le débordemenl du Nil, l^iris, 1034, in-4''. — Traité de la connaissance des animaux, Pari>, 1()48, in-4". — Spécimen melliodi pro ex- Ijlanandis H,ppocrale cl Arislotele, Paris, KiGo, \l\-^''. - - Mouvelle» conjectures sur la diyeslion , Paris, Hi'.Hî , in-4". — Les caractères des passions, Paris, lGiO,in-4". - Mouvelles observations sur lais . 1 aris, 1G(»2, in-4". Discours sur les principes de la chiromanc e cl de La inéloscople , Paris, 16o3, iM-4". — Le système de l'âme. Pari». I<}(i4 , in-4". — L^'arl de connt.ilre les t.ommes, Paris, 1639, in-4". Sur l'amitié et la haine qui se troiiie dans les bètes . Paris, 1(»67, in-8°.
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/•>-2 l.KTTliKS DE on PATIX
M. If cliiinreliér, en vertu de (|iioi il étui! ofticieux et bieiil'iiisiiiit à ceux à qui il jionvnit servir, et qui avoient afîaire en ce pays de chancellerie.
Je viens d'apprendre, d'un des nôtres, que le sieur Griselle, barbier, se défend fort bien contre M. Cressé, contre lequel il produit plusieurs pièces qui l'accusent d'incontinence, et de quelques mauvaises rencontres qu'il a eues ci-devant en divers lieux , pour même faute et de même nature, ventura dies cœtera docebit , et fursan pejora : au moins M. Cressé a cet avantage , que personne n'est de son côté , et que par provision on s'en moque partout Paris. Je ne sais pas ce ([ui en arrivera, mais plusieurs des nôtres sont déjà d'avis , par provision . qu'il faudroit le chasser de notre compagnie, ce qui pourtant ne doit être fait qu'après que le procès aura été jugé à son désavantage , aliter eniin sunt ondati judices quam. vulgare>i /lomines : ce n'est point notre métier de faire le procès aux hommes, nous ne sommes que l'avocat du malade, et la mort ou la nature en sont les juges.
Le roi se trouve si bien à Saint-Germain , et il s'y plaU tant, qu'il y veut passer l'hiver, et ne revenir à Paris qu'à la tin du carême.
Dès que les juges, après la Saint-Martin, ont recommencé leurs exercices ordinaires, on a aussi fait plusieurs exécutions criminelles, et entre autres de plusieurs malheureuses femmes receleuses et larronnesses , dont on a fait la dissection en plusieurs endroits ; il y en a eu une en nos écoles qui a duré jusqu'au 2 de ce mois, et dès le lendemain, qui fut hier (ce 3 décembre), j'ai recommencé mes leçons au collège royal, où j'eus près de trois cents auditeurs , et ce de diverses nations , Anglois , Hollandois, Allemands, Flamands, Suisses, et même j'en eus deux Moscovites.
L'envoyé du Grand-Turc n'est plus à Issy, il est aujourd'hui logé dans Paris , derrière la Place-Royale, à l'Hôtel-de Ville : il a été à Saint-Germain en cérémonie , mais on ne sait encore rien de particuliei- de ces affaires.
A FAI.r.ONRT. 7-2'^
Je vib hier M. île Loiiik;, (|iii a encore l'espiil bien vert et une mémoire prodigieuse ; ces deux facultés sont en lui fort vigoureuses, et ne sentent rien du vieillard, mais pour le reste je n'en réponds point , maximus est arefalogus. J'apprends qu'il n'a pas bonne main pour la pratique , nonobstant sa prétendue et assez mystique polypliarmacie; il est d'une puissante conversation ; il sait beaucoup de bonnes choses, et les débite merveilleusement bien , et , qui plus est , il est tort retenu , quand il est question déjuger du mérite de plusieurs savants qui ont vécu en France depuis tantôt cent ans ; il y emploie heureusement son jugement et sa charité, nernini fucit iajuriain , nidli quidquurn detrahii débita' taudis : a tout prendre, c'est un grand homme, (jui, pour ses perfections, a de grandes obligations a Dieu et a la nature. Je voudrois seulement qu'd lut moins hâbleur quand il est question de louer quelqu'un qui le mérite moins; mais il me semble qu'il lait cela tout exprès pour ne point passer pour glorieux et médisant , et à quelque chose cette retenue est tort bonne.
Hier samedi (ce 8 décembre j par tout Paris on ne parle que de ce qui devoit être jugé ce jour-la , le procès de ce gentilhonnne de Normandie, nomme Courvoyé, avec les deux prétendus taux témoins, l'un desquels fut mis à la question ; on envoya des archers en deux maisons ditiérentes pour y piendre quelques dames qui ne se trouvèrent point; le bruit courut tôt après qu'il étoit condamné à être décapité en Grève l'après-dîner, et ensuite toutes les rues d'autour du palais furent remplies de monde, tout le pont Notre-iJame jusqu'à la Grève. L'apparat d'une telle exécution y fut tout entièrement , et ménfie on vit passer et aller au palais deux troupes d'archers qui dévoient assister à ce ministère de mort ; mais il y en eut bien de trompés , car l'heure qu'on le devoit tirer de la Conciergerie pour être mené en Grève un peu devant cinq heures du soir, il survint une nouvelle que le roi vouloit prendre connoissance de cette affaire , et qu'il y avoit surséance, et ainsi chacun s'en retourna chez soi ^sans avoir vu
que quelques archers passer et repasser. On dit que c'est une affaire qui est remise à la semaine qui vient, d'autant qu'il faut délibérer de nouveau sur diverses choses que cet homme a répondues à la question.
M. Olier, grand audiencier de France, est ici mort subitement; on dit aussi que le pape est mort, et on ajoute à ce conte que les moines l'ont fait empoisonner parce qu'il vouloit les réformer.
M. le président de Champlàtreux est ici fort malade. Vous savez bien qu'il est fds de défunt M. le premier président et garde des sceaux, M. Matthieu Mole. Ensuite de la mort du pape, on dit ici que le roi a aussitôt mandé à M. le cardinal de Retz de revenir en cour, pour être envoyé à Rome avec M. le cardinal de Bouillon à l'élection d'un nouveau pape. Nous avons là aussi M. le cardinal Antoine, grand aumônier de France , qui est arrivé il n'y a pas longtemps , si bien (|ue voilà de nouvelles brigues dans Rome qui s'en vont nous donner un nouveau pape , et eAismte pnj jiicwulo ndventu ad jkipatwn , un iiouveau jubilé. Le vin nouveau de l'an présent , qui est un jus tiré de la vigne , produira de plus sensibles effets dans la tête des hommes , que cette nouvelle dévotion qui, en son espèce, ne revient que trop souvent , «è asmetia non affchmir ; il n'en faut pas tant pour être trouvé bon, mais le monde est fait ainsi , jjojjnhfs mit decipi. Feu l'évêque de Bellay, messire Jean Camus, digne et savant prélat s'il en fut jamais, disoit que : Puliticn «/■* e.'*/ udu t<nii rcgoudl, qnam fallcridi homines. Je lui ai ouï dire une fois cela dans sa chambre, en 1632, mais je m'en suis plusieiu's fois .souveiui depuis (1).
1) Gui l'aliii cite souvent ccUe espèce d'axiome qui n'en e^l pas plu? vrai, pris dans un sens absolu. Il y a la politique étroite, vulgaire , vivant d'expédients, s'appuyanl de la nécessité, celte Gorgone de.»» partis et des mauvais gouvernements ; il y a la politique élevée, généreuse , prévoyante , émanant des principes, qui saisit l'occasion ou qui sait atlen«lre. A dire vrai cependant . ceUe dernière est la plu> rare :