A FA [.(•.( ).\ ET
M. votre lils le médecin vous seconde et vous imite si bien ; il gagnera des combats, marchant ainsi à votre côté. 11 apprendra en vous écoutant et vous voyant faire plus en un mois qu'il n'en feroit à Montpellier en dix ans : c'est pounjuoi je le prie de continuer, et le conjure de vous croire en tout. Je vous prie de lui dire que je le salue très cordialement. On recherche les maîtres des comptes, sur quoi on fait un parti , dont on offre dix millions.
Un conseiller de la grand'chambre , encore jeune , nommé M. Dorât, mourut hier (ce 12 avril) d'apoplexie, etM.Gharon , oncle de madame Golbert.
Le roi a fait son jubilé fort dévotement, et a doimé fort bon exemple de ces dévotions, et a même visité l'Hôtel-Dieu; tout le monde est satisfait de tant de piété. Je prie Dieu qu'il lui prenne envie de soulager son peuple qui souffre ti-op il y a longtemps : DU mcliora pli s !
Mon Carolus est parti de Heidelberg et est allé voir le duc do Virtemberg, qui l'a mandé pour en avoir du secours ukv dicinal ; il y avoit déjà fait un autre voyage, dont il étoit fort content, comme ce prince l'étoit aussi de lui , et il l'a renvoyé avec de beaux présents, à la charge (ju'il le retoiirueroit bientôt voir. Il m'écrit ([ue s'il aimoit l'argent, il auroit là occasion de se satisfaire, et qu'outre sa profession où on l'honore fort ( vous savez ce que c'est que Vhonorariwn des médecins et des avocats ),ces princes aiment fort à jouer au trictrac avec lui , et qu'ils perdent volontiers. Il dit que ce sont les plus honnêtes joueurs et les meilleures gens du monde.
On dit (jue le roi d'Espagne a trois cautères , mais (ui'il se porte bien , et que nonobstant sa santé délicate il pouira vivre encore longtemps. Les Vénitiens ont envoyé au roi de belles armes fort curieuses, et elles ont été fort bien reçues. Ils ont soin par ces marques d'affection de renouveler l'amitié sincère que tous les François orit pour eux , et particulièrement à la cour, depuis qu'ils prêtèrent d(; l'argent à Henri IV dans des conjonctures fâcheuses. Nos trou[)es de Pi'ovenee s'em-
GUG l.tlIUtS DE (.11 l'ATIN
baniLiei'uiit biuiitol avec grande espérance de cliasser les Turcs de Candie. Le pape a envoyé l'étendard de l'Église à M. de Beaufort, qui l'a envoyé au roi.
Je vis hier 31. de Lorme , c'est un merveilleux homme, et toujours lui-même, plura alias. Je vous remercie de vos deux beaux livres que M. de la Fille me vient de rendre. Je vous baise les mains , et suis de toute mon àme votre , etc.
De Taris , le 26 avril 1609.
LETTRE DCCLXXXIV. — Au même.
Le roi a donné à M. de Chaulnes , ci-devant ambassadeur à Home, le gouvernement de Bretagne , il est oncle de M. le duc de Chevreuse , qui est très riche et gendre de M. Colbert. Le roi est toujours à Saint-Germain , à Versailles ou au camp de Saint-Sébastien.
Les Hollandois font ce qu'ils peuvent pour s'opposer à nos desseins , nous les avons autrefois aidés dans leur révolte contre le roi d'Espagne ; aujourd'hui ils s'entendent avec eux contre nous. Voilà la i)olitique de ces nouveaux républicains , qui ne veulent pas se souvenir de leur obligation.
Nous avons ici quantité de rhumes qui étoufïént le poumon en quatre jours par un catarrhe sutlbquant, si on n'en prévient le danger par la tVéiiuente saignée; j'en ai fait saigner un dix t'ois en deux jours, qui est heureusement guéri , et qui ne pouvoit guérir que par là. Tout ce qu'on lui tira n'étoitque du pus au lieu de sang , et une espèce d'huile Fondue (l). Il nous est ici venu depuis peu de Genève un petit livre assez mal imprimé, P/iaros medicorum, auct. Theoijliili lioneti, (jui sont des lieux communs de médecine tirés des œuvres de feu M. Bâillon , qui mourut ici l'an 1616, l'ancien de notre compagnie. M. Spon sait bien ce que c'est que ce livre ; il est
[i) N'crilable exngéralioii d'un phléboloiiiaiie. R. 1'.)
A KAI.Cd.NKI. 6U7
excellent pour tout médecin (jui vent raisonner de son niéliei' avec science et autorité ; je vous prie de rin(li(juer à M. votre lils aîné , afin qu'il s'en serve et (lu'il le lise soigneusement, et le porte dans sa poche comme un veni meciaa ^ ou plutcH comme un petit trésor de belle science et de bonne méthode. Le bon Erasme qui , tout Batave qu'il éloit , étoit très ncnt et très lin, a écrit quelque part: Suadeo ut sacerdotcs et iiiniKirhi liaheant excmplai' Divi l'aal i pt'u ciincuhind : l'aites-en rap[)Ucation vous-même.
M. le cardinal Antoine, grand-aumônier de France, s'en veut retournera Rome, d'autant que l'air de ce pays lui est tort contraire pour sa santé. Le roi a dit que notie secours doit être maintenant arrivé en Candie , où les Vénitiens ont perdu cet excellent général , nommé Cornaro. C'est le noju d'une de leurs meilleures (amilles, (ju'ils l'ont njénje descendre de la l'aniille romaine Counelia : s'il est vrai je m'en rapporte. Je vous baise les mains, et suis de toute mon ànje votre, etc.
De Paris, le 7 juillet 1669.
LETTRE DCCLXXXV. - Au même.
Eniin, Dieu a fait un roi en Pologne, qui est de la Pologne même. J'apprends que la France y a réussi, ne s'en étant mêlée que pour donner l'exclusion au duc de Lorraine , qui étoit porté par la maison d'Autriche. Ce prince qu'ils ont fait roi est de fort boime maison; mais il nétoit pas riche : la feue reine-mère lui faisoit présent tous les ans de 6,000 livres , parce que sa maison avoit été ruinée par les Cosaques. Tl s'appelle Michel Caribon Mitznoviscki ; nous en saurons l'inclination avec le temps.
Plusieurs ont ici belle peur de ce que le roi ira bientôt an parlement pour plusieurs règlements , et entre autres de la chambre de justice , des procès, de grands et de petits commissaires qu'on veut leur ôter; du retranchement des vacances, tant de l'automne que de Paijues , et de plusieurs
098 LETTRES DE Gl l PATIN
suppressions en la chambre des comptes. On dit même que le roi veut faire le parlement de semestre , ce qui fut sous Henri H, l'an 1554, et tous nos conseillers en sont alarmés.
Un prisonnier d'état s'est empoisonné dans la Bastille, épouvanté du supplice qui ne lui pouvoit manquer, pour avoir piarlé fort mal de Domino Priore.
On parle ici d'un chiaoux , capigi ou bâcha du grand seigneur, qui vient de la part de son grand seigneur saluer le roi, en tant qu'il est le plus grand et le plus puissant roi de la chrétienté. On s'enquiert déjà de l'entrée qu'on lui fera, on 'par port ara Sacram ^ art per Conrpnnam ? Ceux qui viennent de Saint-Germain disent que M. le Dauphin est malade. Je prie Dieu qu'il guérisse bientôt ; la France a grand besoin de ce petit prince , (/?// est cohirana familiœ regiœ et firmamentum. On dit qu'il est fort gentil , qu'il a bon esprit et qu'd étudie bien : De nostris annis illi Jupiter augeaf annos. C'est un vers d'un païen à un empereur, dont Tertullien a fait mention (juelque part. Je prie Dieu que M. le Dauphin ait les vertus du bon roi Louis XII et du grand Henri IV, et qu'il soit aussi heureux que Trajan.
Tn jeune provençal , nommé M. de Blain, m'est ici venu consulter. Vous l'avez vu à Lyon , et M. Meyssonier, qui lui a donné son Almanoch in-folio, n'y a-t-ilpas moyen que j'en aie un pareil par votre moyen ? Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc .
De Paris, le 16 juillet 1669.
LETTRE DCCLXXXVI. -Au même.
Nous n'avons rien ici de nouveau depuis l'élection du roi de Pologne, sinon que M. le Dauphin est malade à Saint- Germain; il a été saigné trois fois. J'ai peur pour ce petit prince qui nous est tant nécessaire; car il est à craindre que ce ne soit la petite vérole. J'espère que Dieu le conservera jjour le besoin ([ue nous en avons.
V K\i,i;o.\ti'. 59<.i
J'apprends (jue (iuel([u'iiii a fait l'histoire de la régence; je ne doute j)oint (jue ce ne soit quelque lin et rusé écrivain. Mais comme on alloit commencer l'édition de l'imprimerie du Louvre , l'on a changé de dessein , et cela est remis pour une autre fois. Peut-être que notre siècle n'est pas encore capable de tant de vérités qui doivent être révélées là-dedans. Toutes choses ont leur saison. L'Histoire des gue7Tes d'Itolio de Guichardin est un fort beau livre; mais il ne le voulut pas faire imprimer de son vivant, et même ne le fut-elle que longtemps après. L'Histoire miiverselle de M. le président de Thou est belle et plus que belle; mais elle déplut si fort au cardinal de Richelieu , qu'il en fit perdre la vie au tils aîné de l'auteui', qui étoit un fort honnête homme , et cela pour un passage d'Antoine du Plessls de Richelieu , qui est dans le tome I , sous François II , l'an 1560, après qu'il a parlé de la conspiration d'Amboise, où fut tué la Renaudie qui en était le chef, et qui, par sa faute, fut lui-même la cause de son malheur et de plusieurs autres. Ce passage commence ainsi : Antonivs Richelius viiUjo dictus Monac/tus , etr. L'histoire de fiuichardin a été écrite en italien ; mais la meilleure traduction française est en deux tomes in-octavo de Genève. Vive Tite-Live et Corneille Tacite avec Suétone, et pour les modernes l'illustre M. de Thou , Guichardin et Buchanan, Faisons-y le septénaire entier, et y ajoutons V Histoire du concile de Trente de Fra-Paolo Sarpi (1). Je suis à son égard de l'avis
(1) Le célèbre Sarpi, plus connu sous le iioiu de [ra Paolo , naquit il ^ euise en i'ôol. Son Histoire du Concile de Trente lui acquit une grande réputation, mais en même temps beaucoup d'ennemis. Les (pierelles de la République avec le pape Paul V lui suscitèrent des affaires extrêmement lâcheuses , car il était le théologien et le conseil des Vénitiens. Le pape lui ordonna de venir à Rome en 1606 , et , sur son refus , il Texcommunia ; mais fra Paolo ne s'en émut pas autrement, chose extraordinaire pour l'époque. Il fut un jour attaqué, sur le pont St-Marc , par cinq assassins , qui ne lui firent aucune blessure mortelle ; il dit à ce sujet, par allusion , qu'il reconnaissait là le stylo romano. Il mourut en 1623, âgé de soixante-onze ans. Le cardinal Palavicini , dont parle ici Gui Patin , écrivit aussi V Histoire du Concile de Trente ,
700 I.El'lKES DE (iL'l l'ATLN
des Vénitiens , quoi qu'en disent les jésuites et le cardinal Palavicini.
L'on dit ici que M. le duc 3Iazarin n'est plus grand-maître de l'artillerie, que le roi a revêtu de cette charge le comte de Lude , qui étoit grand-maitre de la garde-robe , en la place duquel a été mis M. le marquis de Gesvres, qui étoit premier capitaine des gardes. En sa place, le roi a établi M. de Pé- /quelin. La cour est un pays où l'on joue tous les jours àbou- \teliors (l) , et à prendre la place de son compagnon. On dit que la maladie de M. le Dauphin a rendu le roi fort chagrin , et même la diversité d'opinions de ses médecins les a rendus ridicules. Sidonius ApoUinaris a remarqué la même chose; car il a dit quelque part : Consent ientes et dissentientes medicos, lainutœ coritroversiœ quibiis œgri non indigent , ut pote quœ niliil fuciant ad depulsionem morborwu. 11 y en a un qui proposa au roi la saignée du pied , mais il la refusa et s'en moqua. Il se porte présentement un peu mieux. C'étoit une fièvre continue avec assoupissement , qui faisoit soupçonner quelque malignité. Il a été saigné quatre fois. Dieu lui donne les années de Nestor ! Vale.
De Paris , le 31 juillet 1669.
LETTRE DCCXXXVIl. — Au même.
J'ai reçu par M. Troisdames le livret que m'envoieM. votre fils de M. Louis de Serres , que j'ai tout parcouru : c'est un homme qui se plaint , et il y en a bien d'autres que lui qui se plaindroient aussi bien que lui, et encore avec bien plus de raison que lui , si on gagnoit quelque chose à se plaindre,
mais dans un tout autre esprit que Ira Paolo Sarpi ; il trouve, en conséquence, plus de 360 erreurs dans Touvrage de ce dernier. Et puis cherchez la vérité dans les historiens. (R. P.)
(1) Ce mot se trouve souvent dans les anciens auteurs, et notammenl dans Montaigne , mais il a subi des altérations d'orthographe et de sens. Dans le xviii* siècle on disait un couii de boutoir. ( K, P. )
A FALCONF.T. 701
.sW fnisli'fi. Qui est-cn qui fera droit à tant de gens qui se plaignejit? Qui les jugera? Les juges (jui sont la plu paît iils (le marchands, et eux-mêmes marchands de leurs olfices, tant en fonds qu'en détail , qui n'ont étudié que pour acheter et pour revendre, comme ils font tous les jours, qui n'aiment (pour me servir du terme de M Amyot; la chose ijahUijut- (jne pour leur, profit , (jui sont la plupart ignorants, et ne s(jnt pas même assez gens de bien pour régler tant de désordres c|ui sont par le monde; ces messieurs, dis-je, réforment-ils les abus du siècle? Jai vu quelquefois M. le premier président déplorer son malheur de ne pouvoir empêcher tant d'abus qui sont dans le palais, et qui retombent tous les jours sur le public. Je vous dirai , en un mot, ce que j'en pense. Il ne faut parler de ce livre en aucune façon , ni en bien, ni en mal, ut hodio surit res , et ut clvitur. On lui dira tout à l'heure qu'il n'en parle que par envie. Il nen faut donc rien dire du tout, ni même le censurer et le condamner; car il n'en vaut pas la peine, joint que cela lui pourrait donner quelque crédit chez les sols. Que faire donc? Ne dites mot , ce livre ne se peut soutenir. Les médecins , rlit Pétrone, assurent qu'un homme ne peut marcher sans nerf: aussi vous puis-je dire que ce livre n'ira jamais guère loin , faute de bonnes jambes. Mais si l'auteur est jeune, je veux bien espérer de lui qu'il s'amendera à la charge qu'il fera quelque jour une douzième édition de son livre , dans laquelle il nous enseignera (juels sont ces remèdes chimiques et spécifiques qu'il loue avec tant d'emportement. S'il me prouve cette proposition, je me soumets, et lui promets de passer de son parti et de me faire de sa confrérie. Je vous remercie de la bonne affection que vous me témoignez pour mon Carolus , qui , en vérité, la mérite, et de tous les honnêtes gens. J'attends de ses nouvelles , et je ne sais s'il est encore à Vienne. Je ne sais point encore q\iand il reviendra, peut-être que vous le verrez à Lyon plus tôt que moi Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
I)eParis,le 4aoùti6f>i>.
LETTRE DCCLXXXVIII. - Au même.
Je vous remercie de tout mon cœur de celle qu'il vous a plu m'écrire. Il est vrai que j'ai traité M. Remy avec joie et allégresse , et j'en suis fort content. Il m'a fait l'honneur de me croire et s'en est bien trouvé. La plupart des quavtanaires sont ordinairement mélancoliques, obstinés, et ne croient guère volontiers les médecins. C'est la cause qui fait souvent durer ce mal plusieurs mois et même plusieurs aimées. Ils sont contents de moi. Mademoiselle Remy est une brave dame, ses deux filles belles et bien sages , et M. Remy est un maître homme , de la classe de ces gens résolus , dont il n'y en a pas treize à la douzaine.
Il est des esprits des hommes comme des métaux. Il y en a de plus précieux les uns que les autres. Les uns sont d'or ou d'argent, les autres ne sont que de terre ou de cuivre doré. Parmi ces derniers , il y a bien des Tartufes et des hypocrites. Au reste , je vous remercie de votre bon souvenir. Je vous supplie de m'aimer toujours, et de croire que je veux être toute ma vie votre , etc.
De Paris, le 28 août 1669,
LETTRE DGCLXXXIX. — Au même.
Il y a ici beaucoup de monde aftligé de la mort de M. de Reaufort : on dit que les prêtres y gagneront , d'autant que plusieurs font prier Dieu pour son âme : ainsi quand l'un perd , l'autre y gagne; mais quoi qu'il en soit, sancta et saluhrlx est coyitafio orare pro defunctis, ut u peccatis solvontur, cela ne sauroit manquer d'être bon pour un prince, pour un général d'armée , pour un courtisan , mais en avoit-il grand besoin , vu qu'il combattoit contre le Turc, et qu'il défendoit la chrétienté, hoc est dubium tlieologu-um., que je laisserai à résoudre à messieurs de la Sorbonne.
Nous avons ici , ce 22 août , un médecin dangereusement
A FALCONET. 70:i
malade^.r fluxu dysenferkn cmu ôtr-^vea hepotis, oulre qu'il est (l(''toiiu d'une maladie incurable à cause des années passées, il a septante-deux ans, c'est M. Jacijues Mentel , meilleur médecin qu'il n'est éloquent.
Nous allons avoir un nouveau cardinal, qui sera M. le dur, d'Albret, neveu de 31. de Turenne, et qui sera nommé le cardinal de Bouillon. Il est docteur de Sorbonne, savant, libéral, agréable, aimé et prisé de tous ceux qui le connoissent; Dieu lui fasse la grâce de faire autant de bien à la France que les deux derniers lui ont fait de mal !
Il y a ici bien du monde qui veut que M. de Beaufort ne soit pas mort, mais seulement blessé et prisonnier à Candie; plût à Dieu que cela fût vrai !
Le 25 de ce mois est mort un des nôtres, nommé M. Pli. Cliartier, âgé d'environ trente-cinq ans ; il avoit heureusement vendu sa charge de médecin par quartier, il n'y a pas six mois; il restoit professeur du roi; la charge est aujourd'hui perdue, au moins est-elle au pillage. Il étoit, à ce que j'entends, fort débauché, inciderat in fluxion di/senlericuni , ensuite la fièvre continue l'attrapa , dont il est mort le neuvième jour, tant faute de son appareil qu'autrement, il n'a été guère saigné; on dit qu'il a été purgé trop tôt , tant-il y a que, malo, imo pessimo suo fato transi it ad plures, imo ilbnn regionern penetravit , unde negunt redire qiiemquam. J'ai vu le père, les deux fils, qui tous trois sont passés; de ces trois on n'auroit su en faire la moitié d'un bon médecin , mais en ce monde, et les ânes et les chevaux meurent aussi bien (jue les mulets et les charretiers. Je vous baise les mains, et sui» de toute mon âme votre, etc.
De Paris , le 28 août 1669.
LETTRE DCCXC. — An même.
V\\ de nos médecins des plus étourdis conseilla a Philippe Chartier, autre jeune fou, de prendre un remède purgatif
flans sa fièvre qui étoit accompagnée d'un flux dysenférique, et ensuite il lui fit avaler du vin émétique, dont il mourut peu d'heures après, cito Stijgias ebrius hausit aquas. Aujourd'hui sa charge est au pillage, plusieurs la demandent, il y a cinq compétiteurs pour lesquels des plus grands de la cour s'emploient ; on a donné avis au roi que ce seroit le plus court de la mettre à la dispute, et la donner à celui qui y montreroit plus de mérite : nous ne sommes pas encore assez sages pour prendre de ces règles-là (1). 3Iademoiselle la princesse de Conti étoit ici près, à l'Isle-Adam, à l'intention d'y passer le reste de l'été ; elle y est tombée malade , et a été ramenée à Paris : tout le monde plaint cette princesse , qui est la fleur des dames de la cour, en sagesse , en piété , en probité, et dont la maison est réglée tout autrement mieux ([ue toutes les autres ; elle est nièce du feu cardinal Mazarin, mais elle vaut mille fois mieux que lui. Cette princesse est une autre sainte Catherine de Sienne. Il y en a qui disent qu'elle est sainte comme saint Charles Borromée , qui fait sprio c/irisfianus, bien qu'il fût neveu d'un méchant homme, savoir, du pape Pie IV, lequel eut pour successeur Pie V, duquel fut fait ce distique :
Papa Plus quintus nwrilur, res mira lot iuter PonHfices , tantum quinque fuisse pios.
On parle ici fort diversement du malheur arrivé à M. de Beaufort , quelques uns disent que le roi en a eu grand regret, et qu'il en a écrit en colère à M. de Navailles, avec commandement de tout (juitter et de venir de deçà incontinent; le roi envoie en sa place M. le maréchal de Bel fonds avec 4,000 hommes.
(1) Si Gui Patin eùl vécu de nos jours, il aurait vu son désir accompli ; tout s'y mel à la dispute ou au concours. 11 y a des avantages niaisau.ssi bien des inconvén ents dans l'emploi do ce mode d'élection ; plus d'une fois ce fut un véritable guet-apens pour le mérite et le savoir.
.letiaile, malade, un de nos médecins, qui est M. Mentel, âgé (le s('ptant(! deux ans; il est heureusement échappé d'une dangereuse et sotte dysenterie, et d'un dégoût étrange de toute sorte de liqueurs, mais il a bien de la peine à revenir, tant est vrai ce que Cicéron a dit , Scaoctus ipsu morhus est. Mais l'auteur françois a encore dit autrement : L'an prochain, vieillesse sera maladie incurable à cause des années passées. M. Mentel est ravi d'être saigné, et porte bien ce remède, mais il hait fort toutes sortes de médicaments, et particulièrement tous les purgatifs.
M. le Dauphin est encore malade , il a eu quelques frissons et de mauvaises nuits ; si cela continue, on croit que le roi n'ira point à Chambord. On dit que madame de Vendôme, mère de feu M. de Beaufort, vient de mourir; elle étoit {'.lie de feu M. le duc de Mercœur, qui mourut l'an 1601 , à Nuremberg, à son retour de Hongrie. Je vous baise les mains , et suis de toute mon âme votre, etc.
De Paris , le 8 septembre 1069.
LETTRE DCCXCI. — Au même.
Enfin madame ^le Vendôme est morte, et les médecins ont bon temps , car il n'y a point ici de malades , si ce n'est quelques dysenteries. La reine d'Angleterre est aussi morte à Coulombe d'un médicament narcotique. Dieu nous veuille , par sa sainte grâce, préserver de l'opium et de l'antimoine ! Le roi est en colère contre Valot, de ce qu'il adonné une pilule de laudanum à la feue reine d'Angleterre. Les charlatans tâchent, avec leurs remèdes chimiques , de passer pour habiles gens et plus savants que les autres ; mais ils s'y trompent bien souvent, et , au lieu d'être médecins, ils deviennent empoisonneurs. Ils se vantent de préparations, et ce n'est que de l'imposture. Thaïs étoit anciennement une belle putain qui III. 4;")
7()G I.KTTIiES DE (;i'l PATIN
tàihfiit (lo passoi' pour leniine do bien, et qui se dégnisoit tant qu'elle pouvoit.
Ainsi fait la chimie auprès de la médecine. Il court ici des vers sanglants contre Valot , et entre autres cette épigramnne :
Le croirez-vous, race future, Que la fille du grand Henri Eût en mourant même avenlure Quo feu son père et son mari ?
Tons trois sont morts par assassin , Ravaillac, Cromwell, médecin.
Henri d'un coup de bayonnette , Charles finit sur un billot , Et maintenant meurt Henriette Par l'ignorance de Valot.
On me vient de dire que M. le Dauphin n'est pas encore bien , qu'il est fort maigre et a les jambes bien foibles. Dieu lui redonne bientôt la santé! la France a grand besoin que cet enfant vive. Fiançois I" perdit son Dauphin à dix-huit ans, et en même temps sa boime fortune. Cette déesse aveugle aime les jeunes gens et ne fait point de miracle pour les vieux. Adieu.
De Paris, le 18 septembre 1669.
LETTRE DCCXCII. — Au même.
Je vous ai mandé comme j'avois rencontré sur le Pont au Change votre M. de Belaistre, (jui a pris la peine de s'arrêter et de me saluer de votre part, et de me faire beaucoup de compliments : après un peu de conversation nous nous en allâmes chacun de notre côté; nos chiens n'ont garde de chasser ensemble, Samaritani non coutuntur Judœis.
On dit ici que le roi a mandé à M. de Navailles qu'il re-