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aiijminl liiii prciuier capitaiiu' des gardes, a la place de M. le comte deCharost, qui est devenu premier geiitillioinme de la (;hambre. On dit que l'archevêque de Rouen se meurt, pour une altère qui lui a été ouverte au lieu d'une veine.
Je voudrois bien savoir si le père de Bussières , de Lyon , a tait imprimer quelque tome in-folio de V Histoire de France , c'est un de mes amis qui en est en peine , et à qui j'ai promis de m'en informer, et j'en attends réponse de votre bonté; je sais bien que ce père a écrit un abrégé de notre histoire en beau latin, en trois tomes in-douze, mais je voudrois savoir •,'il a fait quelque chose in-folio.
Il V a ici un charlatan prisonnier, se disant médecin du pavs de Languedoc, qui a fait une fausse obligation ; de plus, il est accusé de fausse monnoie et même d'avoir mis le feu en une maison : voilà \\\\ méchant coquin, il en a fait assez pour être pendu ; mais si on pendoit tous les charlatans , il me semble que la corde seroit bien chère , car il est bien de ces gens-là par le monde, lex , (jrej-, inundus omnis facif hisfrioniam : les barbiers et apothicaires font tout ce qu'ils peuvent de notre métier pour s'enrichir et pour tromper le monde; le magistrat les laisse faire, peut-être d'autant qu'il ne les pourroit pas empêcher.
Le procès de M. Cressé est sur le bureau , mais je n'entends point dire qu'il avance : on m'a dit que M. de Molière prétend eu faire une comédie ridicule , sous le titre du Méderin fouetté et du barbier cocu (1).
Nous voilà aux plus courts jours de l'année, c'est pourquoi j'ai donné congé à mes écoliers (dont le nombre es^. près de trois cents) jusiju'après les rois; alors je recommencerai de bon cœur, si Dieu m'en donne la force et le loisir, car je n'en ai "^uère. Le roi a donné le gouvernement de Guyenne à M. de Créqui , ci -devant ambassadeur à Rome Enfin le pape
(1) CeUe comédie n'a point été iaite ; on a cru l'avoir retrouvée dan* ces derniers temps , mais ce n'était qu'un pastiche. ' R- P. }
est tuLit-a- lait iiiuit , \oila un ^raiid Iticii poiii les Ixtns compagnons qui ont trop bu de vin nouveau , puisqu'ils en auront un jubilé tout neuf. M. le Maître de Bellcjame, président à la quatrième des enquêtes, est ici mort en peu de jours de la j)t^tite vérole. C'étoit un excellent homme; voilà une grande perte |)our le parlement. Je salue de tout mon cœur M. Noél Falconet , auquel vous direz, s'il vous plait , que le 23 décembre nous avons ici enterré M. Bourdon , mon beau-frère, procureur de la cour, qui a toujours été malade depuis trois ans ; il est mort ex corruptcla mfn^tant'ur palinonis , a supprcsso (irthritide , qua laboravit 20 aïoiis; erat nnlxs [Kwente urthri- (ico, f'f fuit illc morbus (jentilitius. Qui vircf ii> foliis, venif. a iddicibus huriior, sic patruiu in natos tiheunt cinii semine morbi. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc. De Paris, le 25 décembre \(\W.
LETTRE DCCC. — Mi môme.
Il y a ici un certain jésuite , natif de Bourges en Berri , fils du doyen des conseillers de ce présidial , nommé Bourdaloue , (jui j)rêclie aux jésuites de la rue Saint-Antoine, avec tant d'éloquence et une si grande aftluence de peuple, que leur église est plus que pleine. Son père étoit parti de Bourges, pour le venir entendre prêcher à Paris, mais il est mort en chemin. Ces bons pères de la société le prêchent à Paris comme un ange descendu du ciel. Scaliger le père, en ses Exercitoliom contre Cardan, a dit : Ces prêcheurs ont un grand avantage, de ce qu'avec leur esprit échauffé et leur babil prétendu évangélique, ils mènent le monde où ils veulent, si grand est l'amour qu'on a pour la vie éternelle-
Nous ])erdimes , il y a deux jours, un de nos collègues nommé Antoine de Sarte , qui buvoit son vin tout pur, quoiqu'il fût atrabilaire et assez infirme. En voilà six des nôtres qui ont
y.iO LtTTKh> Ut i.Ll l'All.N
passé la barque de Carori depuis un an. Notre doyen vient de lue dire que M. Séguin, médecin de la téne reine mère, l'a averti qu'il nous quittoit et se retiroit de notre compagnie, et voilà le septième de notre catalogue depuis un an. C'est (pi'il va prier Dieu et compter ses écus qu'il aime tant.
Je vis dernièrement M. de Lorme , qui étoit un peu indisposé , mais avec la même vigueur d'esprit qu'en parfaite santé. Tout âgé qu'il est , on dit qu'il veut se remarier, et quelqu'un pousse à lui mettre cette folie dans la tète pour l'amener au triumvirat , qui sera un dangereux joug pour lai et peut-être fatal. Je souhaite que ce soit pour le salut de son àme et pour la chaleur de ses pieds. Vous souvenez - vous des quatre vers que fit Estienne Pasquier sur les trois mal'iages de Théodore de Bèze , ministre a Genève , qui y mourut l'an 160Ô ?
L'xores ego très caria sum tevipurc nactus; Cu)n jncenis , hnii vir, factus et inde senecc. Propler opiis prima eut validix mihi juncta sub annis . Altéra propter opes , tertia propicr opetn.
On dit que M. de Vivonne a par commission la charge de vice-amiral de France pour vingt ans ; mais il y en a encore qui veulent que M. de Beaufort n'est point mort, et qu'il est seulement prisonnier dans une ile de Turquie. Le croie qui voudra, pour moi je le tiens mort, et ne voudrois point l'être aussi certainement que lui, quoique je ne voulusse pas dire comme cet ancien : Je ne voudrois pas mourir, mais je ne me soucicrois point d'être mort. Un autre dit que c'est quelque chose que d'être mort , et que la mort ne linit pas tout. Et en tout cela , je suis de l'avis de notre curé. Vive , vale , et me amii .
De Paris, le 14 janvier 1H70.
\ FAI.COMiT. Toi
LETTRE DCCCI. — l^^ //w«e.
Je vous envoyai , avec ma ilei'iiièi'c du 28 lévrier, une excellente tlièse, De Ihdneo af/Kœ fcpidw in cariolis œçjrf ftruinpcntiijus. M. votre lilsne sauroit mieux faire que de la lire et d'en protiter , il y a longtemps qu'on n'en a fait de meilleure ; la savante famille des Piètre est finie avec tout son mérite, et leurs belles thèses aussi. f*or mo sit eorwn minnurin in Oenedicliunc.
Le cinquième tome de V llisfoirc de l' Université de Pnrix . fait par 3L du Boulay, étoitsous la presse, quelfiues docteurs de Sorbonne, mal contents de cet ouvrage, ont pr(''senté requête au conseil du roi, et lui en ont fait défendre la continuation, jusqu'à ce que sa majesté en ait autrement ordonné. Je ne voudrois pas dire que ces docteurs de Sorbonne aient tort, mais j'en connois quelques uns qui se persuadent que tout ce qu'ils veulent est juste, et qui seroient fâchés de rien déféi-er au sentiment d'autrui ; les prêtres n'aiment pas assez le bien public , j'en suis persuadé, et ils sont plus attachés à leur particulier que nous autres gens du monde et mariés.
Le roi a ordonné cpi»^ le chevalier de Lorraine n'aille [)as plus loin que Marseille, et qu'il ait la ville pour prison. On se loue fort des libéralités que le roi a faites depuis peu à Monsieur et à Madame , d'autant plus ({u'elles sont des marques certaines de la bonne intelligence de la maison royale , et qu'elles confondent certain gazetier napolitain qui avoit injurieusement écrit que le roi étoit Bourbon , et par conséquent avare.
Je viens d'apprendre la mort de M. Tubeuf , président à la chambre des comptes.
J'ai aujourd'hui parlé à notre médecin Cressé , il m'a dit qu'il étoit satisfait entièrement de son barbier Griselle , (ju'il lui avoit pardonné , et qu'il avoit quitté toutes les procédures judiciaires. Oh! le bon chrétien I -
732 i.hiiUE> DL 1,1 1 v\r\\
Je consultai liier pour la sccuiide fuis avec MM.Brayer et Bourgaud pour un jeune homme de Lyon nommé Hervieux : il est fort mal, son poumon souffre cruellement, enfin il est en grand danger ; nous y ferons ce que nous pourrons.
Le père Annat quitte la cour, les jésuites ont mis en sa place le père Ferrier de Toulouse. Les jésuites de ce pays y eussent bien voulu mettre le P. Deschamps, mais ils n'ont pas eu assez de crédit.
Notre comes Archiatron est mal, on me vient de dire qu'il n'ira pas loin et tju'il mourra bientôt ; sa charge regarde }\. Brayer ; le Saint-Esprit l'a dit, Iwbenti riohitur. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 8 mars 1670.
LETTRE DCCCIL -- Au même.
Par ordonnance de 3J. le premier président et de messieurs les administrateurs de l'Hôtel-Dieu de Paris, les six médecins de cet hôpital furent assemblés il y a quelques jours chez un des administrateurs, afin d'aviser ensemble ce qui se pourra faire pour empêcher le progrès du scorbut, qui devient si commun dans les hôpitaux. A ces messieurs on y a ajouté les deux médecins de rHô{)ital Général , Florimond Langlois et Robert Patin , et deux autres de notre faculté, M. Brayer et moi. La difficulté n'a été qu'effleurée, bien qu'il y en ait deux qui aiment à pleurer, qui aient bien teim le tapis. Enfin, il a été résolu que l'on nous mènera visiter les lieux et entre autres le château de Bicêtre , oii il y en a grand nombre , et que là nous examinerons les causes de cette propagation du mal , et ferons réflexion sur la nature des eaux qu'on y boit , des vents qui y soufflent et des aliments dont on y est nourri. Pour moi , il me semble que ce mal est niorbus fufius substan-
A FAIXONET. 7 Xi
tue ^ maladie de pauvres gens el mal nourris, une lèj)re septentrionale et marine, qui vient d'une corruption particulière du sang et des parties internes, qui bouleverse l'économie naturelle. Le bon pain, un peu de vin, du linge blanc , un bon air, et au commencement de cette maladie une purgation médiocrement forte, y feroient grand bien , de même que de ne boire jamais de mauvaises eaux. Strabon appelle cette maladie Stomacace. Elle est commune sur la mer , aussi bien qu'en Hollande , Danemark , Suède et Pologne. Les Allemands en ont beaucoup écrit. Je pense en avoir vu en ma vie plus de deux cents thèses ; mais ce mal ne se guérit ni par paroles latines , ni par secrets de chimie. Qui guériroit la pauvreté du peuple guériroit bien le scorbut (l). Il y en a qui disent qu'il y faut trouver un spécifique ; mais c'est comme parlent les charlatans et les chimistes qui se vantent d'avoir des spécifiques contre l'épilepsie , la lièvre quarte, la vérole, lalè])i'e, la goutte , etc. Quand j'entends ces contes (jui sont pires (pie les Fables d' Esope, \\ me semble que je vois un homme qui me veut faire voir la quadrature du cercle , la piei're philosophale, la république de Platon, ou la matière première dans le globe de ce pédant dont a parlé Régnier dans ses Safirrs. Vale.
De Paris, le 13 mars 1670.
F.ETTRE DCCCIll. — .4»/ nohne.
Le testament de M. l'archevêque de Langres ordonne qu'il lui sera fait une épitaphe d'honneur, et trente pistoles pour celui qui en sera l'auteur. Les exécuteurs du lestamenl en ont
'1) Ainsi que beaucoup d'autres maladies; il est remarquable, en elfet. quele peuple de notre époque étant moins misérable que du temps de (ini Patin . le scorbut v e-i\ devenu très rare. R. P. '
734 LETTRES DE (ill PATIN
fait prier M. François Ogier, qui , ayant lu l'article du testament , a aussitôt répondu qu'il ne vouloit point accepter les trente pistoles léguées ; mais plutôt qu'il en offroit trente autres , à la charge que l'épitaphe seroit sans rien changer ni ajouter, c'est-à-dire qu'il se moque de faire une épitaphe à un tel homme, qui avoit laissé 10,000 francs aux Chartreux pour être enterré chez eux , ce qu'ils ont sagement refusé, disant qu'ils ne vouloient ni de l'argent ni du corps d'un tel homme, qui dicitur obiisse ex veteri sjjjjkilide. Je vous envoie un sonnet que M. Ogier a fait sur son refus de faire une épitaphe à ce M. l'évêque de Langres. Tout le monde l'approuve fort. M. le premier président l'a fortement loué, et le roi même Ta vu et l'a trouvé bon.
M. Arnauld écrit un livre ih' la Justification ^ qui sera tout contre la morale des calvinistes Ou le mettra bientôt sous la presse , et d'un autre côté les huguenots font grand bruit et se promettent merveilles du livre que fait leur M. Claude, ministre de Gharenton , pour servir de réponse au gros livre de notre M. Arnauld. M. Ferri , ministre de Metz, y est mort depuis un mois. Il étoit un des plus savants de sa volée. Si le cardinal tle Richelieu ne fût pas mort sitôt , il alloit faire accorder les deux religions. Il y avoit plusieurs ministres gagnés pour cela. Ce M. Ferri étoit de la bande, et en avoit une pension de 500 écus tous les ans : voilà comment les huguenots en parlent ici. J'aurais peine à comprendre comment se fussent accordés les ministres et les moines sur le point du purgatoire. C'est un feu tout miraculeux, un article d'importance, et qui, fjar son mystère multiplié de beaucoup de finesse, fait aujourd'hui bouillir tant de marmites qui servent \ a nourrir tant de ventres oiseux et tant de fainéants , qui, par son moyen , font bonne chère à l'ombre d'un crucifix. Valère Maxime, (jui ne connoissoit point encore de ces gens-là, car il vivoit sous Tibère, a dit quelque part de fort bonne grâce (jue la ville de 3Iarseille jadis étoit si bien policée, qu'elle n'admettoit point dans l'enceinte de ses murailles telles gens
A KM.CONRT. 73')
()iseiix : //> c/mtfias />or/aft liahct ijui jifr nlujiKun iflifinmia siiiinlfitionem alimentn inerfia' qwcrioU. Permettez-moi que je vous décrive par un seul vers de Virgile ceLiinimal encapunhonné qui s'en va de porte en porte chercher des bribes , mendier des miches pour emplir sa besace , et en nourrir des frères frelons, qui, conime des mouches guêpes, sans faire aucun miel , font trop bonne chère de l'aumône , de la chanté et de la simplicité de tant de bons chrétiens (pii leur donnent. Le voici :
lyuavum fucos peciiK a prœ<<fpihiis (irctvt.
Huciianaii, dans son /'/v///c/.syv7////.s , on Fratrcs Fraterrimi, n'a pas mieux rencontré quand il a si n;nvement dépeint ces bonnes gens, que ce brave évèque AI. de Bellay appeloit ordinairement les gens de r<in(re monde. Mais c'est assez sur ce ton; laissons là ces gens avec leur capuchon de peur c[u'ils n'aient froid à la tète, et qu'ils ne nous supposent quehpie miracle qui nous donneroit de la confusion (l). \''iif.
De Paris , le 14 mars 1670.
(1) Celle haine coulre les ordre» uiona.stiques n'a tait que s'accrollre jusqu'à l'explosion de la révolution Irançai'e. Dans le wiii*" siècle , on n'employa pas contre eux des persécutions , mais ils turent Tobjel des railleries perpétuelles des philosophes , des auteurs comiques el des poêles. Une des plus singulières dans ce genre esl le petit ouvrage du comte de Born , savant naturaliste qui vivait à la cour de Joseph II. tJ,et ouvrage parut en 1782 , et depuis il a été souvent réimprimé. Le comte de Born compare les moines des diit< rents Etats à des in- ^ectes, qu'il examine, qu'il classe, qu'il étudie d'après leurs caractères extérieurs et spéciaux. Voici le titre de son ouvrage :
Mo.XACHOLOGiA , fiyuvis lignu incisis illustrata.
On lit dans la préface :
Inopinatmn genus novum detexi , quod hominem entiuin creatorum perfectissimum , cum simUi , stultissiino aniinali , connectât arctius; tantum que liiatinn hominem inter et snniatn repleat. i}Jona-
736 • LETTRES DE Gl I PATL\