I.ETTRE DCCCIV. - Au mnnr
Ma dernière n'a été qu'un pot-pourri de plusieurs nouvelles mal agencées ; j'espère que celle-ci sera un peu plus régulière. On me vient d'apprendre les deux vers qui suivent sur la fortune du roi de Pologne, qui de jésuite est devenu roi , et de roi abbé de Saint-Germain-des-Prés, où il vit aujourd'iiui avec les moines qui sont bien plus fins f|ue lui.
he Dwnaclto l'egem , monachiim. de rege , Polone. Hcvc annl Caf^iminr fnrt'ui gexia ilomiii^.
Je traite ici un honnête homme de Lyon nommé 31. Remy , qui est dangereusement malade de la double maladie (|ue quelques anatomisles et médecins italiens ont fort proprement appelée Pleuropei-ipnet/iiioiu'ii , inflammation de la plèvre et du poumon. On lui a déjà ouvert la veine plusieuis fois; mais (m ne lui a pas tiré une goutte de sang, mais seulement de la pourriture et de la boue. J'y ai fait encore appeler M. Blondel, qui n'en a pas bonne opinion non plus que moi. Néanmoins Dieu est sur tout. Les prédictions des médecins ne sont pas des arrêts d'un prévôt. Le malade est un homme chaud et
clium puto, genus , humanam fonnam menliens , quamvis diver' sissimmn ab liomine {.ïoannes physiophylns lectori saluteni. )
Definitio. Animal anlltropomorphum : cucullatiim ; noctit ejulans: sitiens.
Desckiptxo. Corpus motiachi bipes , ereclum , dorso incurvalo , capite depresso , semper cuciiUatum et undequàque veslilum , si in speciebux quihusdnin caput , pedes. anum, manitsqne nudas excipias. CcPterum ■ animal avaruin. fœtidum , immundum , siticnlosum , iners. inediam potins tolérons quam laboreui . de.
Viennent ensuite les différences , les espèces , les variétés , etc.
Cet ouvrage , d'ailleurs eiirieuv . porte évidemment le carhel de l'époque où il fut publié. (R. P.)
violent , (\n\ a encore de la vij^uour, sur quoi je l'onde ee que j'en espèn' de reste.
On dit que quelques cardinaux se sont battus dans le conclave. Si cela est vrai , ne peut-on pas appeler cela faire un pape à coups de poing? Va/c.
LETTRE DCCCV. — Ai> mèwe.
Nous avons ici des malades que l'hiver a fort incommodés, et qui s'attendent au lait d'ânesse , duquel je n'ai pas encore osé me servir qu'il n'ait fait un peu plus chaud , et (jue !e soleil n'ait amendé par sa chaleur la crudité du suc des herbes qui sont sur la terre.
On fait ici diverses loteries, tant riches que médiocres; enfin elles ont été défendues , sous ombre qu'il y a trop peu à dire entre loterie et filouterie.
Je viens d'apprendre que l'empereur veut cluisser tous les juifs de ses provinces et dominations , et que cela se fera avant la Saint-Jean. Le parlement de Metz en a fait brûler un tout vif depuis trois mois , dont les juifs en ont fait de grandes plaintes au roi par des députés qu'ils ont tout exprès envoyés ici. On parle ici d'un certain M. de Varillas qui sait beaucoup de choses , qui écrit fort bien , et qui s'en va nous donner l'histoire de quelques uns de nos rois. On dit qu'il commencera par Henri II , François 11 , Charles IX et Henri III ; mais qu'il en demeurera là sans toucher à Henri IV ni aux deux suivants, Louis XIII et Louis XIV, durwn enim est (ic pericitlosœ plénum opus alecf historiuin sui temporis conscr ibère. Feu M. le président de Thou , qui a si bien fait , n'y a réussi qu'aux dépens de la vie de son pauvre fils aîné. Il fait fort dangereux de tomber entre les mains d'un tyran irrité. Après que le premier tome aura été produit, il donnera les autres rois, \\\. 47
ilont il ronimencera l'Iiistoire à Charles \, et ensuite il iloiinera Charles VII, Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François 1'='". Oh ! que l'histoire de ces six rois sera belle , s'il en dit ce qui est vrai , et qui n'est pas conniiun , comme de la maladie de Charles VI , qui fut si longtemps fou , que la France en pensa passera Henri V, roi d'Angleterre, et des amours de Charles Vil , qui tenoit bien de son père du côté de l'esprit , mais qui fut bien plus heureux que lui à chasser les Anglois de son royaume par le moyen d'un bâtard d'Orléans , comte de Dunois, et de cette brave pucelle d'Orléans , dans l'histoire de laquelle il y a bien du roman ! Tout y est incertain ; je m'en rapporte à ce qu'en ont dit Est. Pasquier, M. du Belley, Denis Lambin , Du Haillan , G. Naudé et plusieurs autres qui disent qu'elle ne fut point brûlée à Rouen , et que l'on jeta dans le feu un billot de bois au lieu d'elle, et qu'elle fut renvoyée en son pays de Barrois. Après Charles Vil viendra Louis XI , qui fut un étrange compagnon , habile , mais rude et méchant, qui fit empoisonner son frère , qui supposa un enfant qui régna après lui sous le nom de Charles VIII. Ce Louis XI fut un dangereux maître, qui fit bien des fautes , et surtout qui nous laissa perdre les dix-sept provinces du Pays-Bas , qui étoient le patrimoine de Marie, fille unique de Charles, ce malheureux duc de Bourgogne qui fut tué devant X'anci l'an 1477 (il la falloit marier à un prince du sang), qui fut l'aïeul de François I". Après Louis XI parut sur le théâtre Charles VIII , jeune homme sans science et expérience, qui se laissa trop gouverner, et qui mourut bientôt après. Louis XII suivit, qui fut le père du peuple, optimus bonorum. : je l'appelle ainsi , qvÀa. optirmts il le qui minimis uryefur, duo duntaxof vitio illi ohjiciuntur, quod fuevit mulierosus et avarus , dont l'un suit de près l'humanité et l'autre la nécessité. Pour François I", nous lui devons ceci, (|u'il a rendu la France savante, et qu'il a fait et fondé les professeurs du roi. Dieu veuille leur pardonner à tous tant
A FALCONET. j?i{\
qu'ils sont (I). Toutes les villes frontières de notre Picardie sont pleines de gendarmerie, sans en savoir le pourquoi, non plus que quand le roi partira pour aller en Flandre. Prudens /?/turi temporis exitum caliginosa nocte premit Deus. Il vient de sortir de céans un honnête homme , qui dit que le dessein du roi est si fort caché que personne n'y peut rien connoître.
On s'étonne ici de ce que les cardinaux sont si longtemps dans le conclave sans faire un pape. Je pense que les brigues de ces gens-là , et les iinesses politiques les plus rusées ne manquent pas d'être mises en œuvre pour une atlaire de telle importance, et que la malice des hommes y est autant employée, et aussi bien occupée , que le Saint-Esprit duquel ils se targuent ; et même je crois que ce bon seigneur fera bien • sagement' de ne s'y rencontrer de peur de tomber en mauvaises mains. (2).
Le roi vint hier, ce 9 avril , à Paris de Saint-Ciermain-en- Laye, et le même jour y retourne; il y fait quelques visites, et entre autres, il fut au Louvre, où il prononça sur le dessin (lu bâtiment et sur l'ordre qu'il veut être gardé pour en achever le bâtiment , à quoi on va travailler tout de bon. On dit partout que le voyage est certain, bien que la cause en ' soit inconnue; car de dire que c'est une promenade pour le roi et toute la cour, on répond que ce n'est point encore là Un temps propre pour s'aller promener si loin. Il vaut mieux dire
(1) Ce tableau dune partie de l'histoire de France, fait la gemenl et à grands traits , ne manque pourtant ni de justesse ni de vérité. (R. P.
(2) Ces réflexions de notre auteur, habituellement grondeur, frondeur, querelleur, ne sont pourtant ici que l'expression de ce qui est. Personne n'ignore que souvent dans l'élection des papes , la lulle des
- factions opposées , Tinlrigue , les ruses , les contre-ruses de la politique la plus déliée, font un triste contraste avec l'objet même de ces assemblées de cardinaux. Duclos , dans son Voyage d'Italie , prétend néanmoins que toutes ces ruses .sont souvent inutiles , et que les augustes conclaves terminent et se séparent quelquefois par l'ennui , la chaleur et les punaises : « Car, ajoute-l-il, le Saint-Espril se sert de tout. " - K.P.
que personne ne sait ce grand secret que le roi , et tous ceux à qui il l'a révélé : c'est un mystère et une énigme, duquel U^ temps nous apprendra la vérité.
Je vous prie de dire à M. Spon qu'il y a bien deux mois que je lui mandai que M. Sorbière, son ancien ami , étoit hydropique et asthmatique. Je ne l'ai vu qu'une fois depuis ce tempslà. Aujourd'hui je puis vous dire qu'il est mort ; je viens de recevoir son billet d'enterrement , et demain on fera son convoi à Saint-Eustache (l).
Je viens d'apprendre que le voyage du roi est remis au 5 mai à cause du mauvais temps.
M. de la Hoguette, neveu de M. l'archevêque de Paris, a tué de guet-apens un gentilhomme, parent de M. le chancelier. Ce meurtrier est en prison ; son oncle n'en a pu obtenir la grâce.
Il est ici mort depuis peu de jours un grand serviteur de Dieu , nommé M. de Saint-Pavin , grand camarade de Desbarreaux, qui est un autre fort illustre Israélite, si credere fas est .
On parle fort ici d'un sermon que le père Bourdalouea fait ces dernières fêtes touchant un curé d'Angleterre , et un certain adultère à qui on donna absolution. On dit que le sieur Valot est hydropique et asthmatique, et de plus, qu'il a une maladie que Rabelais dit être incurable, à cause des années passées, qui est la vieillesse.
Le curé de Saint-Nicolas n'a pas voulu donner l'absolution à M. de Saint-Pavin, qu'il n'ait auparavant jeté dans le feu son testament, à cause de la vie scandaleuse qu'il a menée, et qu'il n'ait fait des legs pieux du bien (jui lui restoit.
Hier mourut ici le commandeur de Jars , âgé de soixanteseize ans. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 11 avril 1670.
(1) Voyez la note I, II, page 24.
A l-Al.t.O.Nbl . 741
LETTRE DCCCVl. — Au nmm.
J'ai entiii reçu la vôtre et des nouvelles de votre saute. Dieu soit loué que la goutte soit passée. Le roi a bien ri des vers de M. Ogier, qui me semble bien vieillir. Il n'a pourtant que soixante-douze ans; il a toute sa vie étudié, il est devenu fort savant et fort vieux , et puis pour satisfaire la nature il faut mourir. Le cardinal de Richelieu lui avoit promis un évèclié , mais il mourut quinze jours après. La reine-mère , Anne d'Autriche, lui en avoit promis autant , l'an 1643, pour la harangue funèbre du feu roi Louis XIII , (\\x\\ avoit récitée dans Saint-Renoît, avec l'applaudissement et l'admiration de tout Paris, et néanmoins elle ne lui a rien donné ; mais il a été queUiuefois payé d'une pensi(jn que le roi , par gratification , fait tous les ans payer à quelques savants. Il lit, il y a queUjue temps, une oraison funèbre sur la mort de Philippe IV, roi d'Espagne, qui fut fort bien reçue. Ses panégyriques sont imprimés en deux tomes. Rref , il est fort usé, grâce à l'étude et aux veilles qui ruinent ordinairement la santé.
.le vous remercie de votre livre du scorbut , dont plusieurs Allemands ont écrit. On ne voit point ici cette maladie chez les bourgeois , mais seulement chez quelques pauvres gens et dans les hôpitaux, comme dans le château de Ricétre et dans la Savonnerie , où les pauvres gens ne buvoient que de mauvaises eaux ; mais M. le premier président et les autres administrateurs y ont donné ordre , et en ont retranché beaucoup d'abus.
Ce médecin Michar, dont vous me parlez , est celui que je ne vis jamais, .l'apprends qu'il est du pays d'Adiousias , du Dauphiné ou de Provence, bon vivant, qui boit et mange comme un autre , et qui est peu savant , si ce n'est du côté de la bouteille. Le vin pur n'a jamais guéri personne. Ce sont des contes et des chansons des ivrognes. Martial a dit d'un Phrygien : Vinu/n Phryx uculus hibit venemoii. En un hydropique.