LETTUliS DE GUI l'A IIN
je dirois hepar et lien. Enfin le roi est parti, Dieu le veuille bien conduire et ramener triomphant et en bonne santé! Pour le conclave, c'est chose étrange que ces MM. les cardinaux ne puissent s'accorder de faire un pape; pourtant, qu'ils en tassent un s'ils veulent ; je ne m'en soucie guère, et ne suis pas des plus pressés. Vale.
De Paris , le 30 avrill670.
LETTRE DCCCVII. — Au même.
11 y a ici quantité de fièvres intermittentes et doubles tierces, mais je vois bien souvent, s^t presque tous les jours, de la vérole, dans la curation de laquelle nos chirurgiens sont peu intelligents, bien qu'il n'y en ait pas deux qui n'aient envie de s'y faire appeler maître Jean. On pourroit accuser ces hallebardiers de Saint-Côme d'être cause de la fréquence de ce mal , prfjpler maie curatas tmn multas (jonorrha'as et bubones ve- )iereos , qui hic çjrassantiir.
Il m'est aujourd'hui tombé entre les mains un livre imprimé à Lyon, \x\ûin\é Jacoln Primerosii , de vidgi errorihus in mediciiw (l). Il y a là-dedan.s de fort bonnes choses et bien curieuses , et fort peu de mauvaises ,, sinon qu'il est trop hardi dans l'usage ou plutôt dans l'abus des remèdes chimiques, comme antimoine, laudanum, etc. Cet auteur étoit natif de Bordeaux, fils d'un ministre écossois, et qui avoit étudié à Paris sous M. Séguin, avec une pension que lui donnoit le roi d'Angleterre Jacques, le roi du savoir.
Il y a du bruit entre l'électeur et les bourgeois de Cologne, qui pourra bien allumer la guerre entre eux , dont le roi se pourroit bien mêler en se déclarant pour un parti ; mais il y a apparence que les ennemis de la France, et entre autres le,s
(1) Voyez 1. 1, p. 240.
A FALCU.NLi. "^^^
Hollandois, prendront l'autre. Si l'on en vient jusque la, Vcvéque de Munster, les Anglois et quelques prinees d'Allemagne ije. manqueront point de se déclarer et de s'intéresser pour la raison d'État qui gouverne aujourd'hui le monde, qui est toujours l'intérêt de cha(|ue particulier, et la chemise de l'àme du genre humain. Pour un pape, ce sera quand il plaira k Dieu; j'attendrai cette élection le plus patiemment cju'il me sera possible. M. le Maréchal est mort le 5 mai , âgé de quatre-vingt-dix-sept ans , d'autres disent cent deux. On tient faux le bruit que le cardinal Facliinetti étoit pape, d'autres nomment le cardinal Altieri, à (|uoi il y a plus d'apparence Vole.
De faris,lel2raail670.
LETTRE DCCCVin. — Au même.
Je vous mandai tout ce (jue je savois par ma lettre du 12. Madame la duchesse d'Orléans n'est point encore partie pour aller en Angleterre, et il n'y a encore rien de certain sur l'élection d'un nouveau pape. Pour le roi, il est constant que son voyage ne durera pas si longtemps que l'on disoit il y a un mois. Ils ont trouvé en ce pays-là beaucoup d'empêchements en leur passage à cause des eaux. Sa Majesté a aujourd'hui couché dans Arras.
Enfin le bonhomme cardinal Altieri est pape, âgé de 82 ans. On dit qu'il est romain, de flumiae magno, et que celui qui le suivra est marqué sous l'épithète de be/lua vora.c. Oh ! que ce titre conviendra au Grand Turc ! s'il vient en Italie pour y faire la guerre, comme elle en est bien menacée ; et si cela arrive , que deviendront tant de colonies de gens' oiseux, de ventres paresseux, tant de troupes de moines qui sont en ce pays-là , et cjui vivent sans rien faire à l'ombre^ d'un crucifix, qui per aliquam religionis simulcUiouem alimenta inertiœ quœrunt ? .
744 LtlIKhS Dt <j| I l'All.N
Ou parle ici d'une nouvelle assemblée du clergé qui sera composée de plusieurs archevêques, évéques, députés du second ordre et des agents qui sont déjà retenus. Les lettres de la cour portent que le roi sera de retour de son grand voyage de Flandre le 16 juin prochain à Saint-Germain. Dieu veuille bien les ramener tous en bonne santé; mais nous ne savons pas encore si madame la duchesse d'Orléans est en état d'aller à Douvres pour y voir le roi d'Angleterre son frère.
Je vous remercie de votre dernière lettre du 9 mai. Depuis que le roi est parti , je n'ai rien entendu dire de comité archiatron , ni de l'autre qui est ici , sub prœtextu calculi; ad cujus extractionem si deveniatur , je ne sais lequel des deux Colot sera choisi, il ne m'importe ; mais ce gascon est bien atrabilaire et me semble de mauvaise chair. Je vous trouve bien heureux d'être aux bonnes grâces de M. Denyau le fils, puisqu'il vous a envoyé sa harangue. N'est-ce pas un chef-d'œuvre de l'art oratoire? Notre Collège Royal voudroit pourtant bien qu'il ne l'eût jamais fait imprimer ; plusieurs autres ont été faites à même dessein, qui n'ont pas vu le jour. Ces impressions appartiennent à Turnèbe , à Lambin , à Passerai , à Criton, à M. Bourbon, à MM. Valens et Granger, à MM. Duval et Moreau , du Chevreuil, Padet et autres illustres, avec lesquels ce petit mirmidon n'entrera jamais en parallèle , si ce n'est comme un petit lumignon de chandelle, ont tanquam titio fumigans, avec le soleil; mais que faire? Les aveugles enragent de voir clair , les boiteux veulent courir ; il n'y a point de corps qui n'ait sa partie honteuse. Il nous faut prendre patience, peut-être qu'il s'amendera et qu'il deviendra plus sage. 11 est encore bien ignorant , bien sottelet et bien innocent : aussi est-il encore jeune et bien badin.
J'ai entre mes mains deux de nos compagnons bien malades qui languissent en attendant que le beau temps vienne. Les rhumatismes de l'hiver passé ont de la peine à s'en aller, t'onim rcliquiŒ odhuc nos exercent, mais il n'y a point d'hydro-
A KAl.l.OiNLl. 745
pisie , ni auciui dangereux reste; pour le scorbut, il n'y en a tantôt plus, il n'a point été malin cette aimée.
Quelques uns parlent du roi d'Angleterre qui a épousé la princesse de Portugal , il la veut répudier à cause de sa stérilité, comme eût fait Henri II à sa femme Catherine de Médicis , si Fernel ne s'en fût heureusement mêlé, de laquelle, par une insigne libéralité , il recevoit chaque fois qu'elle accouchoit 10,000 écus, à ce que dit Louis d'Orléans, en sa Plante hiunaine , et qu'il m'a dit autrefois lui-même ; je l'ai connu l'an 1626 , et je me souviens bien de diverses choses qu'il m'a dites (l). L'année suivante il tomba en une pleurésie, pour laquelle il fut saigné deux fois et en guérit, âgé de quatre-vingt-cinq ans, et ne mourut que deux ans après. M. le commandeur de Souvré, qui est aujourd'hui grand-prieur de France , est mort âgé de soixante-dix ans.
On me vient d'assurer que M. Colbert, le capitaine des mousquetaires, a été disgracié du roi pour quelque plainte faite contre lui , et que M. de Louvois n'est plus général des postes, et alla quoque dicunfur, et c/ani ciiTiDiiferuntw' per exigus , quo' tiito non possunt nec clebent chartœ eom/nitti (2).
On dit qu'il y a un code criminel nouveau que le roi a envoyé chez M. le premier président , et qui sera envoyé au parlement après le retour du roi. Mon fils aîné étoit allé à Lagny, où il a quelque bien du côté de sa femme, à la fin du carême, pour y prendre du lait d'ànesse ; ce qu'il a fait et n'a guère servi ; la saison a été contraire jusqu'à présent, cela l'a obligé de revenir à Paris , où je le trouve bien mal fait, avec ujie fièvre lente et de mauvais crachats qui me font grand'peur. Nous n'avons encore eu depuis Pâques de beau temps que deux beaux jours , hiterea fmgefur viorbus ijliscitque medendu ,
(1) C'est le seul auteur qui aflirmc ce fait , que l'on peut regarder comme apocryphe. (R. P.)
(2) Celte réflexion prouverait-elle que le cabinet itoir ou Tou décachetait les leUres , existât déjà? Cet infâme abus de confiance semble avoir existé de tout temps et sous tous les gouvernements. (R. P )
4um vires in/in/umtur. 0 tue miserum in /iliis tueis! Si Dieu veut, il aura pitié de nous. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc. De Paris, le 23 mai 1670.
LETTRE DGCCIX. — Au même.
Je suis toujours en peine de l'issue de la maladie de mon fils aîné , Robert Patin ; nos remèdes font merveille partout, mais il n'en reçoit guère de soulagement. Mon Dieu! que de malheurs en la vie(l) ! On dit que le roi paroît tout réformé,et (pi'il s'en va vivre dans une grande sainteté ; cela sera fort bon pour les paysans, si, en même temps, il diminue la taille et les impôts. Dieu lui en fasse la grâce , et de vivre encore quatre-vingts ans en ce bon état ! Depuis Hugues Capet , qui a été le chef de la troisième race de nos rois , il n'y en a qu'un qui ait atteint l'an soixante de son âge, qui véritablement étoit un habile homme , mais dangereux et méchant prince : c'étoit Louis XI , par la faute de qui nous avons perdu les Pays-Ras; s'il n'eût fait par son maudit caprice cette signalée faute , il auroit épargné la vie à plusieurs millions d'hommes , et la maison d'Autriche ne seroit pas si élevée. Tous les autres rois ont été malheureux ou débauchés. Louis XII et •François l" ont mérité d'être loués par la po.stérité ; mais Henri IV a sauvé la France et l'a retirée des mains des huguenots et des ligueurs, qui étoient devenus furieux, inebrinti poculo et zelo cruento relUjionis; à quoi ils étoient portés par l'ambition du pape et les pistoles d'Espagne , a qua duplici causa taui undti fatui fuerunt misère decepti . La famille des oiseaux niais étoit alors très grande; il n'y en a plus tant aujourd'hui, le monde est bien débèté. Dieu merci, et les moines qui ont raffiné bien des gens.
(1) Voyez la lettre suivante.
■ A lAI.CONKl. ^47
Oii (lit (|u<' Cliarlcs, duc de Lon'aiiio, est iiiorl. Voila un prince ([ui a bien t'ait du mal à ses propres sujets, et qui a bien ruiné du monde })ar sa faute, et même son pays et sa maison ; peisonne ne perd à sa mort tant que lui. M. le cardinal de Retz est parti de Rome, après la création du pape , pour revenir à Commercy , où dans trois jours il est attendu: mais la mort du duc de Lorraine ne causera-t-elle point quelques troubles ? il y a longtemps que ce pauvre pays-là est affligé par le mauvais conseil de ce dernier duc , qui n'a pas été plus sage <|ue Charles, dernier duc de Bourgogne, ({ui lut tué l'an 1477, à Nancy, sous Louis XL
Mon tîls aîijé vient de partir, ce mercredi 28 mai , à six heures du matin , avec sa femme et sa mère, dans deux carrosses , pour s'en aller en notre maison à Cormeilles y prendre du lait d'ànesse tant qu'il voudra. L'air y est fort bon et rien ne lui man(|uera, mais néanmoins j'ai bien peur du reste; plût à Dieu (|ue j'en fusse mauvais prophète : nos anciens n'ont point trouvé de meilleur remède que celui-là , je prie Dieu qu'il lui profite. Il est embarrassé d'un pernicieux mal qui a trop fortement attaqué son poumon par sa faute. Son obstination et le grand hiver passé , qui a duré trop longtemps , en ont augmenté le danger et retardé sa guérisoir. Nos docteurs qui l'ont vu à ma prière, ne peuvent espéi-er son salut (pie par ce remède, Galemis luisfcr lih. 5, talcs (('(iras primo vere nmandofmt ad mont cm Stahianuiit , ande postca sa ai revertehantur liotnaiii , quod utinam sic laihis coittimjat. Je le recommande aux bonnes grâces et aux prières de madame Falconet. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 30 mai i67U.
748 LtriKEs DE GLl l'AlIN
LETTRE DCCCX. — Au même.
Je vous ai écrit , le 30 mai, le mauvais état où étoit réduit jnon tils aine , il est chez nous à Cormeilles avec sa femme et sa mère. Il y prend du lait d'àiiesse quatre fois le jour et dans un grand repos, si peryutn'i dextra defeadi passent, etiam hoc defensa fuissent. L'air y est fort bon, bien pur, frais et sec, au pied d'une belle montagne ; mais le mal est grand et dangereux , puisqu'il est dans le poumon , partie nécessaire à chaque moment de notre vie. Je prie Dieu qu'il nous assiste de ses grâces , et qu'il veuille entin avoir pitié de nous. C'est un méchant métier que d'être père.
On parle fort ici de la langueur dans laquelle se trouve M. le chancelier ; mais senectus ipsa morbus est. Si cette belle place vient à vaquer, il y en a qui la désignent à M. le grand Colbert , à M. Pussort son oncle , à MM. d'Aligre ou le Tellier ; pour moi, je la souhaite k celui des quatre qui la méritera le mieux ; c'est le solstice d'honneur de nos hommes d'État, de nos politiques et savants jurisconsultes.
Madame la duchesse d'Orléans a passé la mer , et elle est présentement en Angleterre.
Le Code criminel est entre les mains de quelques messieurs de la grand'chambre , qui le doivent examiner avant que de le vérifier en parlement. Les avocats et les procureurs en grondent déjà, car il dimiimera leur gain. L'intérêt est aujourd'hui le premier mobile qui entraîne avec soi tous les hommes. Je dirai avec Tertulien : Ad Iwc scoinma Deus nos produxit. Il n'y a ((ue bonheur et malheur en ce monde.
Les Hollandois ont empêché quelque dessein que le roi avoit en soji voyage; peut-être qu'enfin ils s'en repentiront: ces nouveaux républicains font les entendus pour avoir heureusement secoué le joug de la sourcilleuse , superbe et presque marâtre maison d'Autriche, sed sequitur a tergo Deus in eorum vicinio. Dieu a fait d'autres miracles et plus grands que
celui-là. Dans les histoires de Taeite on décrie les Balaves ,
propter innafain goifi g/oriam ; ce sont les mêmes qu'aujourd'hui , les llollandois.
Les marchands se plaignent fort ici , disant que le négoce ne va point et que l'argent ne roule point , sed ejimnodi Ik,mines Me/on'io dédit i semper conqmruntur. On dit qu'il y a eu cette semaine trois banqueroutes dans la rue Saint-Denis, d'un nommé Boileau , Neveu , etc.
Enfin , monsieur, je suis désolé, o uie miser um! mon i\\'> aîné est mort le premier juin (1) , Dieu veuille avoir son âme! il est mort bon chrétien avec grand regret de ses fautes, et eum maxima in Christmn fiducia. Je prie Dieu de bon cœur qu'il vous conserve et tous ceux qui vous appartiennent ; il ne faut point aller si vite , on meurt assez tôt : Immodicis brevis est œtas et mra senectm. Le poumon se gâte trop aisément par trop de sang. Il est mort à Cormeilles où il avoit été mené pour y avoir im air plus pur qu'à Paris. Il est enterré auprès de sa grand'mère maternelle et son frère François dans la chapelle de Notre-Dame près du chœur. (Juiesmt in pace. Je suis si fort abattu de douleur de cette mort, et si fort fatigué des voyages que cette maladie m'a fait faire, que je ne suis capable de rien ; je vous prie d'en témoigner ma douleur à notre bon ami M. Spon, auquel je n'écris rien de ce malheur tant que je suis affligé, et dont même je ne demande point de consolation ; il faut que je pleure toute ma vie un fils si savant , et que je puisse dire après cet ancien qui ne pouvoit plus pleurer , plorando fessm emm. Il laisse trois garçons et une petite fille , dont l'aîné passe neuf ans et duquel j'espère quelque consolation , d'autant qu'il a bien de l'esprit , qu'il apprend bien , et qu'il est fort gentil ; nous en ferons ce qu'il plaira à Dieu , qui tient en sa main la bonne et la mauvaise fortune des hommes.
On dit que le roi sera de retour à Saint-Germain le 8 juin ;
(1) Robeii Patin . né à Paris le 11 août 1629.
750 LETTRES DE Ctll PATIN
que le grand-duc (le Toscane est mort asthmatique, âgé de soixante-un ans, et que M. de Chaulnes revient avec M le cardinal de Bouillon On parle aussi d'un ambassadeur extraordinaire de Hollande qui doit bientôt arriver. Le roi sera le 5 juin dans Beau vais , où il célébrera la Fête-Dieu. Je vous baise les mains , et suis de tout mon coeur votre, etc.
De Paris, le 4 juin 1670.
LETTRE DCCCXL— .4?/ même.
On dit que le roi ira prendre l'air au bois de Vincennés, et qu'il enverra son Gode criminel nouveau , qui est aujourd'hui chez M, le premier président, en la grand'chambre, pour être vérifié avec diverses suppressions , n quitus alii mulfi sihi metuiint.
On dit aussi que M. le chancelier est si vieux, qu'il n'en peut plus, et que la mémoire lui manque.
On dit que tout va à la guerre pour l'an prochain en Flandre ou en Hollande, et que ces nouveaux républicains sont menacés pour leur superbe et leur vanité batavique. Beaucoup (le gens veulent me consoler de la mort de mon aîné, mais cela n'apaise pas ma douleur qui ne se peut guérir par de tels liniments ; Aiint vcrha et races , prd'fcreoqiie niliil : rien ne me guérira que la mort ; ou si elle n'arrive, comme je n'en ai point hâte, si post fata venit gloria , non propero , j'attendrai de la consolation et du secours des trois grands juges dont a fait mention Apollonius dans Philostrate, qui sont des dieux , du temps et de la philosophie ; ces trois-là ont bien apaisé de la douleur depuis le commencement du monde; ce sont trois puissants anodins, tout autrement plus certains que la pilule de la reine d'Angleterre.
Christine, reine de Suède, quitte Rome, à ce qu'on dit ,
A FALt.dNEr 751
.parce que le pape ne veut plus lui coiitinner la pension que le t'en pape lui donnoit.
31. Esprit a tous les signes de la pierre en la vessie , et en est enfin convaincu ; il songe à se la faire tirer ; c'est une résolution qui ne se doit pas prendre légèrement.
Le roi a envoyé au Cliàtelet un acte pour séparer de corps et de biens 31. et madame de 3Iontespan , et alio mulfa de yenere hoc dicuntur , quœ scribere non est onimiis. Entîn , après avoir bien marchandé, le père Lemoine, jésuite, a mis sous la presse V Histoire do eardinnl de Richelieu ; on dit quil y en aura trois tomes in-folio ; voila bien du papier mal employé si cet Af-iyaius n'a pas écrit la vérité. Je vous baise les jnains, et suis de toute mon àme votre, etc.
l)e Paris, le 11 juillet 1(570.
- '■ ' LETTRE DGCCXU. — Au même.
Entin le père Annat , jésuite et confesseur du roi, est mort ici le 14 de juin (l). Il avoit quatre-vingt-trois ans. M. le chancelier, ([ui est de cet àge-là,est aussi dangereusement malade d'une maladie incurable à cause des années. Nous avons aussi 3L le lieutenant civil d'Aubrai fort malade de vomissements et dégotJts, qui se plaint fort d'un médecin qu'il a eu par ci-devant; c'est Eusèbe Renaudot, qui ne valut jamais rien. Ce qui est encore pis , on dit que 3I3L Esprit et Braver lui veulent donner du vin émétique ou énétique , c'est ainsi qu'il le faut nommer ab enecandu. C'est pour aller encore plus tôt en paradis, où Dieu le conduise par sa sainte grâce 1 Enhn , il est mort uccablé de symptômes et de charlatans.il est tombé dans la fosse qu'il avoit creusée. C'étoitdesa charge de chasser les charlatans de la ville , et néaimioins il leur a commis
(1) 'Voyez tome lî, page 392. -
752 LETTRES DE CVl PATIN
sa santé. Si les gens de qualité étoient sages, ils ne se fieroieot pointa eux; mais ils ne veulent point mourir méthodiquement et selon les règles. Je suis , etc. De Paris, le 18 juin 1670.
LETTRE DCCCXIII. — An même.
M. Valot est bien malade et en danger de mourir bientôt. Il a de la fièvre, il est asthmatique et il a soixante-quatorze ans. Il avoit été porté au Jardin-Royal ; mais ayant entendu que sa présence étoit requise à la cour, où il s'agit de lui choisir un successeur, il a aussitôt quitté le bel air de son beau jardin , et est revenu au Louvre. Ainsi , il n'est pas permis à Paris non plus qu'à Athènes , de mourir à son aise ni à bon marché. Cette belle charge ne se vendra pas dorénavant comme l'on ht du temps de Mazarin , l'an 1646 et l'an 1652 ; M. Colbert a aujourd'hui bien plus soin de l'honneur et de la santé du roi , que l'on ne faisoit en ce temps-là, où l'avarice des ministres emportoit et ravageoit tout. On parle de MM. de la Chambre et Daquin le jeune; mais le cœur du roi est en la main du Seigneur. M. Valot est pourtant retourné à son jardin pour sa commodité.
Il y a eu du désordre dans la famille de M. Valot. Sa grande fortune n'est pas exempte de tristesse et de calamité. Sa fille aînée, ennuyée peut-être de n'être pas mariée et poussée d'un saint désespoir , s'est réfugiée dans les Carmélites , dont l'on dit que la mère est fort affligée. La prospérité des affaires de ce monde est bien passagère. Erasme a dit dans ses Colloques que le désespoir faisoit un soldat ou un moine. L'évêque de Nevers, fils dudit Valot, y est allé pour parler à elle et tâcher de la ramener à la maison ; mais il ne l'a pas pu voir , si entière elle est dans cette sainte résolution. Tout cela n'est, selon le langage des cagots , comme dit Scarron , que quitter la
terre pour {^a^ner le ciel. 0 heureux éclianj^e, pourvu que l'ou y arrive au gîte et qu'il n'y ait point de fausse inonnoie dans le paiement !
Vous savez que notre ville est pleine de gens curieux et affamés de nouvelles. On y parle tort du roi d'Espagne sur une lettre qui portttit que ce prince étoit malade d'une lièvre double tierce continue. Il est vrai cpie s'il niouroit , ce seroil une étrange pomme de discorde dans l'Europe. Pour tout ce qui s'en dit , je ne m'en étonne pas ; car tout le monde em-age de mentir quand il parle de ces grandes nouvelles. Je crois (jue vous savez mieux que nous s'il est vrai d'une espèce de petite vérole que l'on dit ici être arrivée en Vivarais par les marchands de vin, à cause d'un impôt qu'on vouloit mettre sur les cabarets de huit livres par an, et dont quelques maltôtiers ont été maltraités. Mh/hIks oitinis oxerccl /lisfrirniiatn.
De Paris, le 20 juin 1670.
LETTRE DCCCXIV. — Au ,whne.
La fille de Valot est retournée aux (îarmélites de la rue du Bouloi. Il a quatre fils , dont l'aîné est conseiller au grand conseil sans enfants; le second est évèque de Nevers; le troisième, chanoine de Notre-Dame ; le quatrième, capitaine aux gardes , sans enfants ; trois filles en religion , sic transit (jloria mnndi. Mais à qui passera tant d'argent acquis Dieu sait comment? Que deviendront tant de secrets chimiques et végétaux , tant de tartre vitriolé , tant de préparations de laudanum et de vin émétique ? Que deviendra la fortune de ce géant? onmin pulvis erunt.
Le roi se va baigner durant quinze jours à Versailles avec une agréable compagnie. Madame la duchesse d'Orléans est revenue de près du roi son i'rère.
751 l.F.TTUF.S DE (.11 PATIN
Oii (lit (liic M. le chaiicfilier empire , rix drit iJiDiitci nnniiiidiit ciiiiiiii iiiihecilliliitcm rt citif'diit ruIc-lndiiiHin. .Al. Pelletier est homme de grand mérite, et ([ui est dans l'approbation de toutes les honnêtes gens; il est même cousin de 31. le Tellier, secrétaire d'Etat.
J'ai eu aujourd'hui des nouvelles de mon Garolus ; il est bien. Dieu merci , et en bonne santé k Strasbourg , où il voit souvent le fils de M. Spon , superanda omnis fortuna ferendo est.
On examine chez M. le chancelier les articles du code criminel, où M. Pussort, qui l'a dressé, se défend follement contre les objections que ces MM. les députés ne veulent point approuver. On croit qu'il est bien assuré de la faveur, et que niiitur jure suo : aussi veut-il que tout passe comme il est écrit.
M le lieutenant civil n'avoit que trente-sept ans, notm ^xirente podayrico , et ipse jam podagricus. 11 avait été débauché : il est mort, ox vomitu ahomiuahUi composito cum f'ebre lentu, et d'une extrême avarice par laquelle il vouloit tout faire dans leChàtelet. Il étoit fort riche; il pouvoitne se point tuer, ttoii dcest ava/'u qwid liahet quoin quod non liobet, et lioc focit fioiestuin jjecivniœ desideriion ejusmodi hominibtis , et minus /unir (i/jtot qui non liohet. Dieu soit loué de ce qu'il y a encore au monde d'honnêtes gens, qui ne sont pas affamés , et qui supportent plus facilement une douce pauvreté, et même qui soit fort éloignée de celle de Sénèque, qui avoit plus de revenu que l'électeur de Saxe, qui est le plus riche prince de l'Allemagne , ille ponan in ij/tilosop/iia ///'oferit , qui non audet paupertdtem profiteri.
Je traite malade un des nôtres âgé de soixante-treize ans , c'est M. Metitel , fort malade. Il a de l'eau dans la poitrine ; il faillit a mourir l'an passé d'une cruelle dysenterie atrabilaire ; il est fort mélancolique et abattu. Le cardinal Mazarin mourut de cette même maladie; M. Blondel et moi sommes les deux consultants ordinaires de M. Mentel. Il y vient pourtant d'autres médecins comme ses amis.
A KAI.CONKT. 755
Uiidit (jue madame Colberla un frère conseil lei- de la cour, nommé M. Charoii de JMenard , (jui pouiioit bien venir lieutenant-civil , mais je ne le crois pas. La fortune de M. Colbert va bien par-dessus toutes ces dignités populaires.
M. le chancelier a eu depuis peu des douleurs néphrétiques , et a vidé de petites pierres. On dit aujourd'hui qu'il est mieux, sed constare de calcula latente in vesica , quod milii videtur esse pessimwn . M. le chancelier a été soudé; on a senti la pierre , qui n'est pas aisée à tirei' ; à tel âge tout y est a craindre, multus ubique puvor , et pluriinu mortls imayo.
AI. le duc d'Enghien a eu deux lils qui sont deux princes du sang, deux beaux et précieux rejetons de saint Louis, dont l'aîné , qui est 31. le duc de Bourbon , est ici Tort malade , ardeiitibus cafis exopto ut féliciter concalescat ; mais je le tiens eu danger, dupiici noinine, nempe ratione luorhi, qui est [rravu diathesis viscerum cura febre , et ratione medici , qui non supit quantum satis ^/.«-L J'entends M. Bourbelot, qui est extravagantet grand hâbleur. Ces gens-là sont ordinairemeut trop bien reçus chez les [jriuces , et bien souvent non sans regret, imo non sine Ijumitentiu, pour me servir ici d'un terme que Cicérou n'a jamais employé Jii prononcé, et cui nec nomen Tullius ipse dédit , à ce qu'en a dit un des beaux esprits du siècle passé, (|ui a été Alciat , in Emblemata^ qui méritoit bien un chapeau de cardinal , mais un vieux renard le trompa. iVous n'avons ici pour toutes maladies que quelques lièvres tierces et des fluxions sur la poitrine , qui sont de deçà eu usage dès le mois de décembre passé, exquo niorbi génère multi perierunt; mais la plupart de nos malades ont les jambes enllées et les pieds œdémateux , ce qui me fait appréhendei' l'hydropisie, ex ijrnca diathesi viscerum , pour l'automne prochaine et l'hiver suivant les doubles tierces, et les quartes ne manqueront pas aussj , car tout le monde est ici fort mélancolique.
Je viens de voir, ce -lA juin , notre M. Mentel ; son mal le presse et le menace trop souvent , outre les mauvaises nuits qui lui sont troj» ordinaires. Il a toujours les jandies et les
756 I.ETTnKS DE CLI l'ATIN
pieds enflés, et ^^(Vpc liuilalnr ruiiiUn . prt'Ufrlivi irritalu rcn- U'icnlfi a medirw)ieii/is pu/'f/onti/jus, q)((jnni/ ns.ii cliant frnpi'^iiti tarnen levalur.
Il est ici mort un vieux médecin nommé M. Dupuy, âgé de quatre-vingt-six ans ; il l'étoit de madame la princesse Palatine. Il n'étoit point de notre faculté. Il avoit autrefois demeuré à Nevers ; c'étoit un homme sage , tin , déniaisé , fort savant et bon philosophe. Il raisonnoit bien en notre métier en bon françois , arteni vitw intellexif , et pourtant il est mort aussi bien que Patrocle. J'ai vu quelque chose du manuscrit qu'il avoit fait qui partoit du bon endroit; il pouvoit avec raison dire après Martial : Hominern pagina nostra mpi(.
On ne parle ici que de M. le chancelier, qui fait souvent des pierres. Lapis temphmi Doinini déatruil , lapis (ahtruit ; sit novten Domini benedictvai. Le roi fait bâtir à Versailles , où il y a quantité de bons ouvriers en toutes sortes de bâtiments et d'ornements de maisons royales.
On purge, ce 25 juin , M. le chancelier avec soulagement , calor aafirus iii/innior in scniOas aatyinoit facit ejcrean'iilarinn pniofatioa, i la/i' majar freipientis pi/rgafionis nécessitas. Je vous baise très hund)lement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
Ue Paris, le :ia juin 1070.
LETTRE DCGCXV. —An mrme.
-M. le premier président est de retour de Compiègne, où il étoit allé saluer le roi avec quelques députés de ce corps, pour se réjouir avec lui de ses victoires , et le prier de ne plus hasarder sa personne, comme il a fait ci-devant en diverses occasions en Flandre. Courtrai est rendu. On dit que les Espagnols y avoient voulu envoyer du secours, mais il a été rep(.tnssé par nos gens, (pii en ont mis 1,500 en déroule. Une
V I \i.r,(iM:i . /O,
(iiiliv, nouvelle ixtile que Mtirsin y a atta(iii(> nos gens, et que jioiis y avons perdu quelques hommes. On ditfiue le roi est venu à Sahit-Cloud dire adieu à madame la duchesse d'Orléans, et ([u'il s'en retourne bientôt à Arras, oi^i il emmènera la reine pour lui faire l'aire par après son entrée dans Douai et dans Tournai.
Le rhume a ici tué depuis |)eu (piehpies honnêtes gens, tels que sont 31. de Bancjuemarre , président en la seconde des enquêtes; M. de Samson le géographe, M. de Brosses Guenegaud , maître des re([uètcs, M. I)(»ul)let l'aîné, jadis partisan, et autres.
On dit ici que le roi a pardonné au comte de (luiche, j'en suis bien aise, et ([ue l'on va l'aire partir des troupes pour l'aire la guerre en Catalogne.
Nous avons ici une espèce de lièvre continue, maligne et mortelle, et (pii emporte nos malades en sept ou huit jours , habet suoni urraoÇiv in corriqitcla subatantiœ pidmimis , et tous leurs crachats , sunt omenta purulenta , tahuin et necrosim redolenf.
On a fait commandement de faire aujourd'hui dans tous les (piartiers de la ville des feux de joie pour la création du pape. On dit qu'il est ennemi des jansénistes, je crois pourtant (]u'il ne nous fera pas grand mal.
On me vient de dire que le roi a fait assiéger Lille en Flandre, .le vous baise les mains, et suis de tout mou cœur votre, etc.
De Paris, le 1«J juillet 1670,
LETTRE DCCCXVL - 1// même.
La disgrâce de M. Foucaut fait ici parler le monde, mais riéanmoins on croit (ju'il sera rétabli, et <iu'il rentrera dans
75S LETTllES DE OUI l'ATl.N
les bonnes grâces du roi par le moyen de M. Colbert. Uni, tout est fait , M. le chancelier lui a fait grâce.
Hier ( ce 4 août ] , il arriva une chose bien étrange dans Notre-Dame. Un prêtre disoit la messe dans la nef à un autel célèbre, un homme s'en approcha pour lui aider ; mais quand il vint à l'élévation de la sainte hostie , ce malheureux se leva, mit la main àl'épée, et voulut en escrimer. On dit qu'il vouloit percer cette hostie que le prêtre tenait ; il blessa le prêtre , qui étoit encore jeune, de deux coups. Ce malheureux assassin a été aussitôt mené en prison dans l'archevêché, puis fut emmené dans le grand Chàtelet. 11 est huguenot, natif de Caen en Normandie, et s'appelle Pierre Sarrazin; il a été quelquefois huguenot et quelquefois catholique; il étoit fou, ce me sera- )le. G. Naudé disoit qu'il falloit demeurer comme l'on étoit, et que c'étoit la manjue d'un esprit mal tourné de changer si souvent de religion, que le tout n'en valoitpas la peine ; nota , ^qu'il avoit demeuré treize ans en Italie auprès du cardinal Bagni, et qu'il avoit été intime ami de Cremonin, qui n'étoit point meilleur chrétien que Pomponace , que Machiavel , que Cardan et telles autres âmes moutonnières dont le pays abonde, j'entends l'Italie, oîi il y a bien plus de rusés et fins politiques que de bons chrétiens, excepté les jésuites et les moines, qui sont fort gens de bien, gens d'honneur et de probité , grands servitein-s de Dieu , gens de charité et de conscience , qui aiment et servent Dieu , et ne veulent que votre bien (l). Ce misérable Normand a été jugé ce matin par
(1) On reconnaîtra facilement dans ce passage les idées de l'ami tant regretté de Gui Patin , G. Naudé , qui , en effet , habita l'Italie près de douze ans. Ce dernier se plaisait à citer des anecdotes prouvant tantôt le scepticisme des gens instruits, lanlôt la superstition des habitants d'audelà des Alpes. « Les uns, dit-il, n'y croient pas assez , les autres y croient trop ; à toute heure , sans raison et sans vérité , on y suppose des miracles. » II assure qu'un pauvre homme ayant manqué de se noyer, on attribua son salut à une médaille de saint Philippe de Néri qu'on trouva sur lui. Naudé prétend qu'il dit à la foule que si saint
A KALi;i).\Ll. 7Ô'.)
M. le lieutt.'iiaiit criiiiiiicl ti faire aiiiciide lidiiorabh,' devant Notre-Dame (h; Paris, puis d'être mein'; en Grève, où il aura le poing coupé, et sera hrùlé tout vit'; mais il y aura appel au parlement , où peut-être dès demain le procès sera jugé. Les juges ont envoyé à Caen faire saisir les livres et les papiers de ce misérable Pierre Sarrazin , et prendre ses deux frères, desquels il a parlé en son interrogatoire. Il n'a pas encore vingt-deux ans: c'est un fou calviniste, percé du divin trait d'une sotte superstition ou folle opinion : (■rucvid ndigionc imbiifns animuA nmi ps^t sni juris , ii'scif f/N/cscc/'f. Ces gens-là S(jnt bien (lang(;rt;ux ; tel étoitRavaillac, qui tua si iiiallieureusement notre bon grand roi Henri IV, l'an 1(51 o ; il avoit été maître d'école et moine feuillant , d'oii il etuit sorti dcjjuis quelque temps; il avoit la nuit des visions cpii lui faisoient faire du bruit dans le couvent, et réveilloient les autres moines; ses méditations étoient trop noires et trop criminelles. Ces genslà devroient être mis en bonne garde , et étroitement enfermés au pain et à l'eau ; les fous se promènent par le monde avec trop de liberté, uini/s viultn licent iuiprohix et im^auls. Enfin la sentence du Cliàtelet a été contirmée au parlement (ce 5 août), et ce misérable fou a été' tiré de la Conciergerie , et mené à
t'hilippe eût voulu faim un inirac'e . il eùl trouvé l'occasion beaucoup plus belle , il y a trois mois . quand sa propre c;',lise s'écroula k Trapani , en Sicile, et écrasa plus de douze cents personnes qui y priaient Dieu. C'était bii n là le cas à ce saint de prouver sa vertu miraculeuse , dès lors attestée par une multitude de témoins. Voici ce que Naudé raconte encore : « Un certain Hieronymus lîozzo . professeur de philosophie à Pise, était fort chéri du grand-duc. C'était un athée parfait ; il n'a pas été brûlé , mais il le méritait bien. 11 avait dit un jour que supraoctavam splupram nihil est. L'inquisition le voulut obliger de se dédire. Il monta en chaire le lendemain et dit à ses auditeurs : Messieurs, je vous ai maintenu et prouvé (pie supra octavnm spliœram nihil est; ou veut que je me dédise. Je vous assure que s'il y a autre chose , ce ne peut être cprun plat de macaroni pour ALTiiupiisiteur. <Jui) (licto,se ftiffa proripiens , saluli consuluit. Il eût été brûlé | lusieur- fois .-ans le grand-duc (pii l'aimait. Il est pourtant mort eu hiile. • K. P.)
7(i'J \.\A rKh> DE i.LI l'All.N
Notre-Danif , où il a fait aiueiide honorable, et de là mené à la Grève en belle compagnie, oii il a été brûlé sans qu'il ait jamais témoigné aucun sentiment de piété, ni de religion, ni de regret de mourir. Tout le monde est d'accord que ce jeune homme étoit un esprit perdu , enragé et désespéré. On dit que quand on lui demanda de quelle religion il étoit, il dit qu'il étoit Israélite; mais les Israélites suivent le Décalogue de Moïse , par lequel il est précisément défendu de tuer (jui que ce soit , et beaucoup moins un prêtre qui dit la messe dans Notre Dame ; d"où je conclus que ce misérable fou avoit perdu l'esprit , et qu'il méritoit d'être mis dans les Petites- Maisons, huit jours avant qu'entrer dans l'église de Notre- Dame de Paris, où il a fait ce misérable assassinat.
M. de Louvois est allé à Pignerol, par ordre du roi, en poste. Pour M. Foucaut, secrétaire du conseil , qui est rétabli dans les bonnes grâces de M. le chancelier et en ses charges, c'est une affaire cachée, que l'on soupçonne avoir été préméditée , et qui a seulement failli de réussir au gré de ceux qui (ucranf orti fic('!< fohuUp. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le fi aoùl 1670.
LETTRE DCCCXVII. - \u même.
Nous n'avons rien de nouveau ni de certain des affaires du Vivarais. Les Espagnols ne disent mot, non plus que les Hollandois; mais l'on parle ici d'un certain duc de Buckingham , ambassadeur d'Angleterre, qui est venu pour traiter d'une affaire de grande importance, et faire une belle alliance pour l'avantage des deux couronnes. Oh! que je serois ravi de voir cela bien achevé et bien entreleim ! Peut-être que les Bataves n'en seroient pas si fiers ni si orgueilleux.
Hier, sur les six heures du matin , est mort M. le président
A KAI.Cd.Nbl . 761
Miroii , coiisoiiiiiK' (l'itiH! liévi'o leiili; et d\\\\i' iiiHiivaise flispositioii (les viscères, (lu'iui vieux et o])iniàtre rliiinmtisme lui avoit laissé, et qui n'a pas pu être corrig*'» par le régime de vivre, les purgations, ni les eaux minérales. Encore faut-il que je vous dise que depuis son retour des eaux que je n'ai jamais approuvées , je ne l'ai point vu comme médecin ; mais il a été visité par M. Brayer, et après par Renaudot, (]ui l'a achevé. Ce pauvre homme , atténué et desséché dedans et dehors, n'avoit pas besoin de vin émétique, qui lui a coupé la gorge sans épée. Il n'avoit que quarante-six ans. Il ne laisse que deux fils fort délicats avec peu de bien, hormis de sa femme, qui est riche; car de son côté il prend beaucoup sur ses deux charges de conseiller de la cour et de président au mortier. Mais si vous voulez savoir pourquoi M. Brayer l'a vu, c'est que sa fille, avec 100,000 écus, a été mariée à M. l'Échassier, conseiller de la cour, fils de Marguerite Miron , sœur du défunt président, laquelle mourut pulmonique l'an 1663. Leur père a été M. Robert Miron , ambassadeur en Suisse, frère de M. François Miron , lieutenant civil, qui mourut ici l'an 1609. La mémoire de ces messieurs est ici en fort bonne odeur pour leur vertu et intégrité. Ces deux derniers frères étoient de fort habiles gens, qui tous deux avoient passé par les belles charges avec grande réputation. Ils étoient sortis d'un vieux médecin de Paris, nommé François Miron , médecin de Charles VIII , et qui avoit eu le premier lieu de sa licence l'an 1514 , sous le bon roi Louis XII , père du peuple. Mais voilà toute cette bonne famille presque éteinte, hormis ces deux petits qui restent aujourd'hui. Dieu les veuille bien conserver, l'aie.
Uc Taris, le 19 aoiil 1670.
7G2 LtrTKE> UE Ul[ l'AlIN
LETTRE DCCCXVIII. — Au même.
Depuis ma dernière, je vous dirai que les Hollandois sont sur le bureau , et (|ue l'on parle d'eux comme s'ils étoient tout-à-fait déclarés nos ennemis : même il y en a qui supposent que le roi d'Angleterre sera de notre côté.
Le premier médecin , M. Valot, est toujours bien malade. Je viens d'apprendre qu'il a été saigné trois fois depuis liuit jours, pour des redoublements, des frissons et des oppressions. C'est une hydropisie de poumon, selon mon sentiment, qui l'étouffera. 11 a vendu tout ce qu'il a pu |)our faire de l'argent, et il est en danger de voir bientôt le moment de sa vie auquel son argent ne lui servira plus de rien. Stulff^ h>ir aorte répètent animam tuam , et quœ parasti , eujus erunt? Le cardinal Mazarin étoit sujet à des douleurs néphrétiques et podagriques qui l'atioiblirent fort, mais son dernier mal fut cette hydropisie de poumon. L'eau qu'il avoit dans la poitrine l'étouffa à la fin, par un grand bonheur pour la France, et l'emporta en l'autre monde , d'où personne ne revient : aussi u'est-il pas revenu ; mais son esprit a régné et règne encore er> quelque façon. Les soldats d'Alexandre-le-Grand disoient de lui après sa mort, en voyant son portrait. (|u'il coinmandoit encore (pioiqu'il fût mort. Je ne veux pas les mettre en comparaison lunavec l'autre, car toutes les comparaisons sont odieuses. Ils étoient tous deux grauils larrons et néanmoins fort dissemblables. Sénèque appeloit Alexandre un jeune év&nté et un voleur de tout le monde, Vesmms adolescens, tnf'elix prwdi) orhis terrurvni , etc.; pour le Mazarin, il n'a fait que ce qu'il devoit, puisqu'on le laissoit faire.
Nous avons ici un médecin fort malade , âgé de soixantedouze ans, c'est M. Jacques Thévart , dit le Camus. Il est un des médecins (jui servent à l'Hôtel-Dieu, et a un eholéra nwrbin, autrement /rousscgo/tnif , dont il manqua hier de mourir; et ijmii qu'il en arrive, il est fort aisé de croire (|n'il n'ira pas
\ I AI.Cd.NLI 7G'5
loin. De iiolie licuncc, il n'y a ])Ilis (jiic lui. Morisset et niui. Je suis, etc.
De Paris, le 10 septembre 1070.
LETTRE DGCCXIX. — Au même.
Le roi a ordonné la dissolution de son (;ani[) ; on en [ji'end 15,000 iionniies (jue l'on envoie à Saint-Quentin en Vernian- (lois , d'où ils seront commandés pour le rendez-vous qu'on tient encore secret. Il y a toute apparence que ce sera cou Ire les Hollandois; ils sont devenus si glorieux depuis leur commerce des Indes, (jue ceux (jui traitent avec eux disent qu'ils sont insupportables. I^e roi s'en est cru méprisé, et on croit (|u'il en garde son ressentiment jusqu'à l'occasion de les en faire repentir. On a envoyé encore 6,000 hommes vers Soissons etd'autres ailleurs. Vous voyez que tout cela va du même côté.
La triple alliance va être rompue. Les rois d'Angleterre et de Danemark sont d'accord avec notre roi. V<i' /Hisfil/us.
M. Yvelin , médecin de la duchesse d'Orléans, est ici fort malade; il a soixante ans. et n'a jamais vécu sobrement. 11 buvoit son vin tout pur; il est fort rougeaud. Galien appelle ces gens-là jcu6po'jç , et dit qu'ils ont tous les entrailles trop échauffées.
Je vous prie de me mander si MM. de Toui-nes ont achevé d'imprimer la seconde partie du livre de M. Daillé , /^- n/ijerfo '■iiUus rclifjiosi. Un conseiller de la cour huguenot m'a dit (jue dans leur réformation ils n'ont point eu de plus grand homme que lui depuis Calvin ; il est mort depuis peu. Ces gens là font bien autrement étudier leurs proposants que les moines; c'est presque assez pour ceux-ci quand ils savent lire la messe : cela est honteux. On en fait passer d'autres pour savants quand ils ont fait quelque méchant livre, mais appuyés du crédit de 50,00 ) hommes (pii sont tous tîucapu-
761 LEITRLS DE (ill PATIN
olioiiiiés (le la luéme sorte. Oh ! le bel argument de la plupart d'entre eux; c'est le panégyrique de quelque confrère ou (]uelque commentaire, de anhnabus languentibus in purgatoriu. Cependant cela fait bien bouillir leur marmite, et qui en diroit du mal seroit à peu près excommunié. Laissons ce discours , Stu/tus est labor ineptiarum.
Il est certain (jue le roi d'Angleterre a écrit au roi en faveur de M. Fou((uet ; mais il n'y a pas d'apparence que M. Colbert consente à cette liberté, contre laquelle il a fait tant de machines, hiterea putHiu' Jiisfus.
Madame de Guise, tille de (iaston, duc d"Orléans , est accouchée d'un fils , dont la naissance réjouit fort la famille. Elle alloit en décadence faute de mâles , qui sont, comme vous savez, f'ulcra et columnœ familiarum.
M. de Périgny, président aux enquêtes, précepteur de monseigneur le Dauphin , est mort à Saint-Germain d'une apoplexie , et aussi l'aînée des deux tîUes de M. de Chevreuse , gendre du grand Golbert. La charge de précepteur se donne ici suivant les passions d'un chacun. Les uns veulent le père Mascaron , prêtre de l'Oratoire ; d'autres M. de Bassompierre , évèque de Xaintes , et d'autres l'abbé Hossuet, qui est présentement évèque de Condom. Tous trois sont fort habiles; mais je crois que ce dernier sera préféré . cet emploi est de grande importance (iV
On parle ici fort d'un jeune homme de Lyon , nommé Guinaut, qui a été misérablement tué par des voleurs , dont on ne sait pas encore les particularités. On a trouvé beaucoup d'argent chez lui , mais on croit (jue l'or a été dérobé , Homo homini iupus ont ^atfxwv.
11 y a bien à dire que ce qu'on écrit de la rage ne soit vrai. M. Piètre s'en moquoit et moi aussi ; on n'en guérit point
^1) Bossuet fui en effet préféré, pour l'honneur de la religion, de la France et des lettres. Un an après , il se démit de l'évêché de Condom , '' ne croyant i)as pouvoir p;ardcr une épouse avec lajpielle il ne vivait pas. . (R. P.
A KAI.CONKT. TG.')
pour alItM' il lii iiitT. Oitc maladif, nue lesCirers ont nomiiu'e Hijiirojihohiii , est une espèce de délire causé par une alraltile très pernicieuse qui renverse les fonctions du cerveau. Kernel étoit un très grand homme, mais il a trop donné dans les qualités occultes.
On avoit lait venir a la cour un capucin qui devoit guérir tout le monde, c'étoit un demi-taiseur de miracles ; il a vu le roi par le crédit d'un grand. Vous savez que les moines en ont toujours quelqu'un, même plus que d'honnêtes gens. On dit qu'il est fort inqjudent , belle qualité pour un capucin , et qu'il est Tort ignorant, passe pour celle-ci.
JM. Valot est plus mal (jue jamais, sa maison est en larmes. On l'a rapporté en litière au jardin royal , et il veut être traité par trois médecins de Paris. N'ayez jjas peur qu'il prenne de l'antimoine, quoiqu'il en ait tant donné. Il diroitqu'd n'en a pas besoin , et je le crois ; mais trois ou quatre mille personnes (ju il a tuées en diroient bien autant, si elles pouvoient }>arler. On dit qu'il est en colère contre M. Brayer , qu'il prévoit être son successeur, (^elui-cien est très digne, mais lin et rusé ; il a iléjà 80,U0() livres de rente; il n'est pourtant pas encore content. Tria iiisn/iahilid ^ i/iarc, ntulicr, ararK^. Les moines diroient infe/nus. .le vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De l'aris, le 17 septembre 1070.
LETTRE DCCCXX. — .1// même.
M. le maréchal de Créqui se rend maître de toute la Lorraine sous l'autorité du roi , et la puissance de ses armes. Epinal est rendu , et entin tout nous viendra, puisque nous sommes les plus forts, et que personne ne se déclare pour ce malheureux duc. Un oflicier du roi m'a dit aujourd'hui , ce 4 iictobre, que le roi fait lever 18,000 hommes de pied et G, (J(Kl chevaux, e( (pu' les Hdllaiiddis lèvent ;iO,U0O honnnes.
766 LKTTKES DR (ill V\J\\
Notre M. Mathimi est mort, ayant passe'' soixaiilf- dix-sept ans. Il avoit été le plus fort et le plus robuste de son temps ; mais la goutte l'a miné , et enfin faute de venir l'a tué. Vous savez, monsieur, juieux que moi , ce qu'a dit Duret sur Hol- 1 ier , est très vrai : Quand vous acez la rjouttc , vous êtes à plaindre ; quand vous ne l'avez pas , vous êtes à craindre , et néanmoins contre toute fortune bon cœur. Je voudrois être obligé d'avoir la goutte à tel âge, je tàcherois de m'en consoler ; je vous la souhaite aussi eji ce temps-là.
M. le Blanc, professeur en droit canon , est ici mort d'une dysenterie atrabilaire , âgé de soixante-treize ans. Je l'ai vu une fois dans le cours de sa maladie, en consultation avec M. Blondel ; il étoit de la connoissancedeM. votre fils aine, à qui je me recommande.
iVI. Valot , quoique fort foible et déjà vieux, est allé à Cliambord à la suite du roi pour y prendre l'air de la cour, ce 9 octobre.
i\f. le chevalier de Bouillon s'est battu en duel à Bellisle, et il y a été blessé.
MM. du clergé, assemblés à Poritoise, ont envoyé à M. de Sainte-Beuve, jadis docteur et professeia- en Sorbomie, que les carabins du père Ignace ont déshonoré, une pension annuelle de 1,000 livres, quoiqu'il n'en ait jamais demandé.
M. iMorus, ministre deOharenton , est mort, et il n'y a encore personne en sa place.
M. Pellisson , qui a fait V Histoire de l' Académie française , in-octavo, livre gentil et fort curieux, étoit né huguenot, et il sest fait catholique. Ce fut lui qui fut arrêté prisonnier avec .M. Fou(|uet, et qui a été (juelques années en piison; c'est un digne lionnne, très savant et qui a de grandes qualités; c'est (Ir lui (pie Lachapelle a dit : t^t Pellisson an Adonis (1). .MM. du clergé ont demandé au roi le rétablissement des
1) En etfel, Pellisson était d'une laideur phjsique remarquable, mai- il avait l'âme aussi belle, le mur aussi noble que son espril était
A FAI.CdNKI. 707
(liK'Ioiirs jan'^t''iiisU'S, <|iii iHoicnl sentis de Sorboiinc. I.c yo] les a l'ciivuyés à M. I'ai'cliev(~'(|iu; di; l'aris , qui a vU] son précepteur, marque du bon naturel et de l'é(iuit(klu roi. Je crois pourtant qu'ils y rentreront, pourvu queUes jésuites ne l'empêchent point, qui n'ont pas aujourdliui tant de crédit qu'au- 1 trelois. Ils n'en ont pourtant encore que trop; car le monde est plein de sots , qui prennent pour lionniies apostoliques aes, moutons d'Ethiopie.
M. le chancelier vit en grand honneur, mais il est bien vieux; on parle déjà de sa mort, de sa dé|)()uille , de sa charge, de sou successeur et du cliangenient (pii an'ivcra en diverses charges; surcpjoi on parle de M. le premier pi'ésid(Mit, de M. Pussort, de M. lioucherat , de M. \e Telliei- et autres.
Charles E^atin a fait deux dilféientes relations , lune de son voyage de Vienne , et l'autre deTyrol, et vous me dites que, vous n'en avez vu quune ; il y a moyen d'y remédier. Tout le monde aime ce lils, et il ne fait que du bien ; cependant au nom du roi on l'a persécuté et on lui a fait quitter son pays, et j'espère toujours que le roi connoitra son innocence et son mérite.
M. Brayer m'a dit ct^ matin que M. le Dauphin n'est pas giKM'i , qu'il craint la récidive de son mal ; c'est de quoi je suis bien marri , car ce petit prince doit être bien cher a toute la France ; aussi est-il bien a craindie que le feu ne s'allume dans l(!S hypochondres, dans quehju'un de ses viscères, toie, rate , ou autres ; et ce qui me touche fort , c'est que l'on dit qu'il est fort aimable et gentil de son esprit , mais qu'il est fort délicat du corps , et d'une santé bien frêle. Ceux (jui l'ont approché m'ont dit qu'ils ont remarqué en lui une très bonne volonté d'apprendre ce qu'on lui propose, et que rien ne le rebute.
disliugué ; il en donna des preuves dan.s le célèbre procès de Foiiquel, ( Voyez le feuilleton du Constitutionnel , 20 septembre 1846, Le dur, ainbilieux, le tiaineux Colbert ne lui pardonna jamais son courageux dévnueinonl. (R. P. )
768 LETTRES DE Ml PATIN
Voici un vestp de liiiie qui est tout pluvieux , et qui nous amène une constitution tout-à-fait (ntstrine , chaude et humide, telle que nous l'a décrite en ses Ajt/iurismes le bon Hippocrate 1). Aussi avons-nous déjà des rhumes, des catarrhes, des toux, des rhumatismes, des gouttes, des lièvres quartes; mais si la saison devient pire , comme il y a grande apparence, nous aurons des doubles tierces, des dysenteries, des hydropisies.
Il y a des gens qui prétendent qu'on a dessein sur la Franche-Comté , sur Dôle et Besançon , et que les électeurs envoient au roi un député sur ces affaires. Ce sont des pensées de gens qui devinent et qui veulent s'ériger en politiques spéculatifs sur les affaires publitiues , genus Iwminum quocl in civitdtc nostra semper vetohitur, et seruper retinebitur , qui est ce qu'a dit Cornélius Tacite des astrologues judiciaires de son temps, quoiqu'il leur fasse l'honneur de les appeler mathématiciens.
Il court un bruit que l'on a découvert eu Béarn un homme de ceux qui ont assassiné le pauvre Grimod , mais je doute de tout ce qu'on en dit; car les uns disent aussi en Savoie, les autres en Suisse, les autres près d'Avignon , et en ce caslà il n'y a rien d'assuré.
Je rends grâces à M. Falconet d'un livre (ju'il m'a envoyé par M. Troisdames , qui est de M. Hon. Bicaise , médecin d'Aix en Provence. Quand je serai guéri de mon rhume , je le parcourrai , et après j'en écrirai pour les remercier tous deux.
Tout ce qu'on dit de ceux qui ont contribué au massacre du pauvre banquier de Lyon , Jean Grimod , se trouve aujourd'hui faux. On parle d'un certain Florin et d'un autre nommé Lebeau , mais qui ne sont point pris, et d'un abbé qu'on dit avoir été premier inventeur de la tragédie. Quoi que c'en soit, on dit qu'ils sont quatre Lyonnois débauchés,
{\) OEuvres d' H'ppocrotP, Irad. par Litlif . Pari'-. 1844, t. IV. pag. 4o8 et suiv.
fripons et très dangereux garnements ; c'est à eux d'y prendre garde ; car, comme le diable a commencé l'aftaire , le bourreau pourra bien l'achever. Dieu ne permettra pas qu'une telle méchanceté demeure impunie; car je n'ai garde de dire avec ce poète ancien ce misérable mot :
Citm rapiant mala faia bonos , ignoitcile fasso , SoUicitor nuUos esse pulare Deos.
J'aime mieux dire avec un autre :
O bone Romule , ista videbh et feres .'
On dit que le roi a donné des gardes au duc tie Mazarin , qui n'a guère d'esprit et qui devient fou de bigotise (l). Cela n'est-il point honteux, et même de voir ce que deviennent aujourd'hui les deux familles de ces deux cardinaux (|ui ont si misérablement pillé la France?
On m'écrit d'Allemagne que le duc de Lorraine a cherché contre nous du secours en divers endroits, et même à la diète de Katisbonne , et qu'il n'en a pu attraper nulle part. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon co'ur votre, etc.
De Paris, le 30 octobre 1670.
LETTRE DGCCXXL — Au mêmf.
M. le Dauphin se porte bien , et M. Valot aussi, hormis que celui-ci est fort mélancolique ; mais on dit qu'il l'a toujours été depuis qu'il donna de l'opium à la reine d'Angleterre dès l'an passé, joint qu'il est vieux , et a pour le moins soixantequatorze ans.
Jérôme Colot vous salue; il vient de sortir de céans , en me parlant d'un enfant qu'il doit tailler un de ces jours pour la pierre qu'il a en la vessie.
1) \ Oyez la lutle prt'nédenlo, page nî6.
M. de Louvois va en Flandre , y visiter nos villes, et peutêtre aussi pour leur demander de l'argent. On dit que depuis deux ans nous y avons perdu deux mille hommes de maladie, de pauvreté, de mauvaise nourriture, et surtout de méchante bière , qui a fait crever nos foldats, qui ne sont pas accoutumés à ce maudit breuvage ; j'aimerois mieux de l'eau bien pure et bien nette de la rivière de Seine que toute la bière du Septentrion. Je suis de l'avis de Buchanan , lorsqu'il a dit : Salve beata Gallia^ etc. Lusitaniœ , valete longum, etc., etdeJoannes Bautivilleasis in Architltrenio , lorsque, parlant de Paris dans celte belle épigramme , il a dit :
Dives agris, fecunda mero , mansuela colonis, etc.
Un grand personnage , qui a été Hugo Grotius , Hollandois , avoil Fait des vers en l'honneur de la bière; M. Gujet , natif d'Angers, en fit contre par une épigramme latine qui commence ainsi :
Triticei latices mensh borealibus apia Munira, std Celtis tetra venena meis , etc.
Je suis très volontiers de son avis, car je n'aime point la bière, ni le vin émétique des chimistes , ni même le vin de cabaret ; et même de celui qui est fort bon, j'en bois peu ; je m'en tiens à notre Fernel, qui a dit que vinum fàcit vitam jucundiorem, sed breviorem, et cela est fort bien et très véritablement dit. Un autre savant du siècle passé a fait un petit traité latin de Vino, qui vaut mieux que tous les livres de chimie et astrologie.
Le gouvernement de Guyenne étoit vacant depuis la mort de M . d'Épernon ; enfin, le roi l'adonné à M. le maréchal d'Albret.
L'hiver nous touche de près , mais il est fort humide , je souhaite qu'il ne soit pas si froid et si rigoureux que nous en eûmes un l'année passée. Paris se remplit de beaucoup de monde ; mais, Dieu merci , il n'y a pas de maladie considérable ; jamais les médecins n'eurent tant de loisir , et même ils s'en étoiment tous tant qu'ils sont : qtionidin initis amvKs
non est in quœstu. Le bon Ovide , ce gentil clievalier romain , a dit bien à propos :
Si valeanl homines, ars tua, Phœbe, jacet.
Je viens d'apprendre une nouvelle qui me console , que l'on a pris un des voleurs qui ont massacré le pauvre Jean Grimod. On dit qu'il s'appelle Lebeau; je dirois volontiers après saint Louis, principalement en tel cas, fiât justitia, vel pereat muadus. Cette nouvelle a aujourd'hui couru dans le Chàtelet , et vient de M. le lieutenant-criminel , qui n'est point homme à dire faux. Quoi qu'il en soit, omnes bonilœtantur, et ulinum sit vcrum , ut adiiiipleantur Scjt'pturœ , que Dieu ne laisse rien d'impuni.
On m'a dit aujourd'hui que le roi fait ôter à MM. de Guénégaut et Janln, jadis trésoriers de l'épargne , les deux charges d'officiers de l'ordre des chevaliers du Saint-Esprit, et qu'il les donne à MM. le premier président et de Louvois, avec le cordon bleu, avec les cérémonies accoutumées. Le bonhomme Mathieu de Morgues, abbé de Saint-Germain , jadis aumônier de la reine-mère , Marie de Médicis , et qui fut le chaud ennemi du cardinal de Richelieu , est si vieux qu'il n'en peut plus; on dit qu'il passe quatre-vingt-sept ans. Cet homme sait une infinité de particularités de la cour depuis soixante ans , et en a vu une partie , y étant auprès de la reine-mère ; l'histoire qu'U a écrite sera fort belle, il y aura divers mémoires qui ont été cachés jusqu'ici qui seront révélés ; il y aura des vérités fort sanglantes du gouvernement de ce cardinal qui a régenté la France trop cruellement, cunt virgn ferrea ; mais Dieu soit loué , je crois que je n'y serai plus. Il y a encore en notre histoire beaucoup de choses que l'on ne sait pas bien : comme le fait de la pucelle d'Orléans ; la mort du roi d'Angleterre, Henri V, dans le bois de Vincennes; la mort (le Charles, duc de Guyenne, frère du roi Louis XI; le règne (le celui qui lui succéda, Charles Vlll , que l'on dit avoir été
7/2 LRTTRRS DR r.Ul PATIN
un entant supposr; la mort du grand roi François l*""" ; la prise et puis la levée du siège de Metz ; la mort d'Anne du Bourg, conseiller de la grand'cliambre, qui fut pendu et brûU'' en Grève; la conspiration d'Araboise; le massacre de la Saint- Bartbélemy; la mort du roi Charles IX; la mort des deux Guisars dans Blois ; la mort du marquis d'Ancre et de sa femme ; la mort du connétable de Luynes , celle de M. de Cbalais, de MM. de Montmorency et de Cinq-Mars, etc.
Madame la duchesse de Saint-Simon est ici morte de la petite vérole, âgée de quarante-deux ans.
Enfin , M. le lieutenant - criminel vengera la mort du pauvre Grimod, puisque par sa vigilance il a découvert et attrapé un des principaux et des plus méchants assassins qui ont commis un si horrible homicide. Il s'appelle Florin, on dit qu'il est Lyonnois; il a été pris le 9 décembre bien tard en soupant, dans le faubourg Saint-Germain où il étoit caché dans une quatrième chambre. On travaille à son procès. Dieu soit loué que les méchants soient punis, et la mort des pauvres innocents exemplairement vengée , ce qui en peut retenir d'autres.
On parle aujourd'hui , ce 12 décembre, d'un ambassadeur des Indes, qui vient saluer notre roi comme le premier et le plus grand roi de l'Europe; on croit que c'est pour établir quelque commerce en ce pays-là , malgré les Hollandois , qui ont tâché de l'empêcher et de le prendre pour eux-mêmes.
On parle à la cour d'un mariage de mademoiselle de Thiange, qui est encore fort jeune, et nièce de madame de Montespan , avec M. le duc de Nevers , qui est neveu du jadis cardinal Mazarin.
On parle ici d'une tragédie célèbre et nouvelle, que les comédiens représentent sur le théâtre : c'est la Béronlce , de laquelle Suétone , 'ui Tito^ a fait mention , qui invitns invitara dimisit, et n'osa l'épouser de peur de déplaire au peuple romain à cause de la diversité de religion. Elle étoïljtu/aicis ritibvs nddicfn ^ si bien qu'elle ne fut pas impératrice, et qu'il
V rA(.(;u.\b.r. 771
lui tMlhit iiiii;j;i'<' soi riitoiinicr en la Judci,'. 1>('U\ divers jK^ctt's y ont travaillé; ou verra ((Mix qui y auront mieux, réussi (Ij.
\ous aurons un livre nouveau en latin , fait [)ar M. Joseph Labarde, ci-devant ambassadeur en Suisse , dont le titre est de Reôus Gallicis /li.'^lon'a. On dit que c'est l'histoire de la régence de notre défunte reine Anne d'Autriche.
M. Anielot, premier président de la cour des aides, est mort d'une pilule que lui a doniiée un charlatan nommé Rivière; l'apothicaire qui l'a préparée s'appelle Beaurains, et est en fuite; ou le poursuit criminellement. Je suis fâché de la mort de 31. Amelot, mais pourquoi des juges commettentils leur vie à des fripons et à des ignorants? c'est à eux k les chasser et à les punir.
Le père Ménétrier parla hier dans l'Académie de M. le premier président, et fit fort bien en parlant de l'éloquence. L'évéque deCondom, M. Bossuet , harangua fortement de léloquence divine, qui est la Bible, surtout dans la Genèse et dans les Prophètes ; il loua fort David , Salomon et l'élofiuencc des patriarches, surtout celle de Moïse. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 15 décembre 1670.
(1) On sait que cette belle tragédie de Racine fut admirée el rudement critiquée à son apparition. Cependant le grand Condc, auquel on en demandait son avis, répondit par ces deux vers où Titus parl.e de sa maîtresse :
Di'piiia cinq ans entiers, cliaque jour je la vois , Et rrois toujours la voir pour la première fois.
Ce jugement est bien différent de celui qu'on lui attribue. In écrivain assure que Racine ayant demandé à ce prince ce qu'il pensait de Bérénice, il se mit à chanter ce refrain de chanson :
■ , Mariou pleure , Marion crie,
Mariou veut (jn'on la marie.
Il passe pour avéré aujourd'hui que celte réponse esl de Chapelle.
774 LETTRES DE (.LT l'ATI.X
LETTRE DCGGXXII. - Aunmue.
Je vous envoyai hier une page de nos nouvelles, avec deux de mes thèses , dont vous en ferez part d'une , s'il vous plaît, à M. S., notre bon ami. Nous avons ici M. son fils, qui est un jeune homme très sage , multorum mores hominum qui vidit et urbes.
Hier fut enterré un de nos médecins nommé Claude Tardy. Si j'étois aussi savant que celui-là pensoit l'être , je passerois Galien, Aristote et Fernel. Notre Faculté lui donnoit tous les ans cent écus pour l'aider à vivre. Il étoit fait comme un gueux , et se consommoit en procès à chicaner tout le monde. Mais il n'avoit obtenu cette somme qu'à la charge qu'il ne feroit plus de livre, et ne feroit plus rien imprimer sans la permission de notre Faculté. Un chirurgien de ses voisins m'a dit aujourd'hui qu'on lui avoit bien trouvé de l'argent dans son coffre. Il passoit soixante-douze ans; il avoit été marié et sans enfants , qu'il eût laissés mourir de faim , s'il en eût eu. Il se vantoit un jour dans nos écoles, mais en colère, parce qu'on se moquoit de lui , qu'il étoit plus savant que Simon Piètre, Nicolas Piètre et M. Riolan. C'étoit enfin un atrabilaire qu'il eût fallu lier, s'il n'eût été assez fou de se laisser mourir de faim et de froid comme il a fait.
M. Mathieu de Morgues , sieur de Saint-Germain , jadis aumônie'r de la reine-mère Marie de Médicis , et qui a tant écrit pour elle contre le cardinal de Richelieu , est mort aux Incurables dans le faubourg Saint-Germain , âgé de quatre-vingthuit ans. Il a fait une histoire de Louis XIII qui pourra dorénavant être imprimée, car il ne l'a jamais voulu permettre de son vivant.
On fait voir ici au sot peuple de Paris le cadavre de feu M. l'archevêque, qui y court comme au feu , ou comme s'il y avoit des pardons à gagner d'avoir vu le visage fort bouffi d'un archevè(jue mort pour avoir pris trois fois du vin émétique. Le roi a donné sa place à M. de Chanvalon, archevêque de
Rouen. Pour M. le cardinal de Bouillon, qui a toutes les belles qualités requises en un honnête homme, on dit qu'il est assez riche, et de plus jeune prince, cardinal , neveu de M. de Turenne; avec tout ce qu'il lui viendra, il peut devenir grand aumônier de France et archevêque de quelque bon revenu , et obtenir aussi quelques bonnes et belles abbayes , qui fassent boudlir la marmite en vertu du saint et sacré feu du purgatoire. Les huguenots disent que Léon X , qui mourut l'an 1521 , disoit ordinairement avec une exclamation admira tive: Oh! combien nous a fait de bien cette fable du purgatoire! iVIais n'en pleurez point , s'il vous plaît ; il n'est peut-être pas vrai qu'il l'ait dit de la sorte ; c'est peut-être quelque charité que ces méchants huguenots lui prêtent , eux qui ont toujours haï les papes.
Le 5 janvier, veille des Rois, la conférence ordinaire fut tenue chez M. le premier président. Ce fut M. Pelisson qui y parla de l'histoire et des historiens, sans faire le procès à aucun d'eux en particulier, ce que j'eusse pourtant bien souhaité. M. le premier président , qui est fort savant, y parla aussi environ demi-heure. Enfin nous nous levâmes pour aller crier le roi boit chacun chez soi ; mais avant que de nous séparer, j'y saluai deux savants jésuites qui me parlèrent de vous, savoir, le père Bertet et le père Ménétrier. L'un d'eux me dit que vous lui aviez montré quelques unes de mes lettres , ce qui me fit rougir, vu qu'elles ne sont écrites que très familièrement, car j'y mets tout ce qui me vient en pensée, sans choisir ou affecter des termes. C'est jXMirquoi je vous prie de m'épargner une autre fois (1).
Nous avons perdu depuis un mois l'ancien de notre Faculté, M. Pierre deBeaurains, âgé de quatre-vingts ans. Il n'y en a plus que six devant moi , à la fin il faudra partir. Sat diusi sot bene (2).
(1) N'oyez ce que nous avons dit à cet égard, et la réflexion de Bayle sur le style de Gui Patin , Notice bioyraphique , p. 41. (R. P.
(2) Le tableau des médecins de la 1- acuité , où leur âge , U date de
Il y a trois semaines qu'un homme, qui a été valet de pied de M. le Prince, donna , dans l'hôtel de Condé, à mademoiselle la Princesse, qu'il trouva à son avantage , un coup d'épée qui n'est pas mortel. On croit qu'd avoit envie de la voler, mais il se sauva et n'est pas pris. Tous les diables ne sont pas en enfer, ni tous les tous dans les Petites-Maisons. Il y a bien des gens las de vivre sur la terre. Enfin il est pris et s'appelle Du val. Il lui demandoit de l'argent qu'il prétendoit lui être dû Son procès est sur le bureau. On parle ici de cette ati'aire à l'oreille et fort diversement. Vole.
De Paris, le 14 janvier 1671.
LETTRE DCCCXXllI. — .1?/ même.
Madame la Vallière s'étoit retirée dans une religion de filles à Chaillot, mais le roi l'a envoyé quérir par trois fois; enfin elle en est sortie, et c'est M. Colbert qui l'a été quérir de la part du roi qui l'a ramenée à la cour : avant lui, c'étoit M. le marquis de Belfonds et M. de Créqui , qui n'avoient pas eu le crédit de la tirer et faire sortir du monastère de la Visitation, elle est donc maintenant à la cour (1).
On m'a dit aujourd'hui que la reine d'Espagne a commandé que l'on rende ce prisonnier, nommé le Beau , Lyonnois , qui
leur réception , leurs thèses , leur degré d'ancienneté , étaient soigneusement relatés , se consultait à chaque instant. Gui Patin a souvent la pensée de la mort, et quand il écrivait cette lettre, la hn de sa carrière approchait ; mais comme il eut toujours l'esprit trempé de bonne et forte philosophie, la vie fut pour lui un enseignement continuel dont il acceptait à propos les cons'eils et les leçons : il faisait récolte de tout, il aurait pu dire aussi comme le poëte Martial, hominem pagina nostru supii. (R. P.)
t Ou sait que cette anecdote a fourni le sujet du beau roman de madame de tienlis , Mademoiselle de la Vallière. (R. P.
A KAL(:(i>Kr. 777
étoit arrèli'! dans Luxembourg. On a envoyé ici des arcliers avec un exempt , (jui le doivent amener à Paris , et l'y rendre dans dix jours, ou environ , pour lui faire son procès, et à Florin , et à deux autres qui sont prisonniers dans le Cliàt(;let , dont l'un s'appelle Seguin.
Le valet de pied, nommé Duval, qui avoit blessé madenjoiselle la Princesse, a été condamné aux galères, et mis k la chaîne avec les autres , mais ils ne sont point encore partis, car il est encore k Paris; mais pour elle, on dit qu'elle partira bientôt pour être menée k Chàteauroux en Berry, par commandement du roi , et ordre du mari ; on n'en sait pas le secret.
M. Valotest au lit bien malade, kce qu'on dit, d'une fièvre continue avec crachement de sang et assoupissement. Je n'ose vous assurer de rien , mais on dit qu'il prit hier (ce 29 février) un grain d'opium; cette drogue pourtant va plutôt k la vie qui est éternelle qu'au salut du corps. Pour son successeur, on parle de M. Braver, M. de la Chambre, et encore d'un autre tiers : sed qnis futums ille sit galliiHP fi/ius olbœ, nulins adliiic novif fam grande secret loii.
Enfin le prisonnier de Luxembourg, nommé le Beau, a été amené k Paris , et est dans le Chàtelet ; ils sont quatre présumés coupables de la mort du pauvre Grimod. M. le lieutenaiit criminel travaille k leur procès. De ces quatre, il y en a eu trois d'expédiés en Grève, et rompus tout vifs le 12 mars, savoir, le Beau , Florin et son valet , en belle et nombreuse compagnie : pour le quatrième, je ne sais ce qu'il deviendra, mais quelques uns disent qu'il aura sa grâce, d'autant qu'il n'a pas tué, et que même il a aid*' k découvrir les autres; il s'appelle Seguin.
M. Valot prend quelquefois des grains narcotiques, c'est ce queGuénaut appeloit des petits grains ex opin pneparato msti' (jdtij , mais le mieux préparé n'est guère bon, s/mitf setuper si/nid., etc. 11 a encore été saigné depuis deux jours pour un étoutiémcnt qui l'a plusieurs fois repris la nuit , ce n'est que
778 LtlTKKS DE oLI PATIN
la huitième t'ois. Vous voyez, monsieur, comme ces gens qui se vantent chez les grands de savoir tant de secrets de chimie, sont enfin obligés, et bien souvent trop tard, de recourir à la saignée, quand ils sont pressés. Le grand M. Colbert s'en va en carrosse de relais faire un voyage de quinze jours à la Rochelle, pour y visiter un nouveau port que l'on y a fait, et que l'on dit avoir coûté une horrible somme d'argent, quelques uns disent quarante millions. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 18 mars 1671.
LETTRE DCCCXXIV. — Au même.
Je présiderai , Dieu aidant, bientôt à une thèse cardinale , laquelle conclura ainsi : Ergn febri pesfilenfi Theriaco reveinim pour réfuter l'erreur commune et populaire d'un tas de barbiers ignorants et autres charlatans qui entendent mal le jnot de peste pour amasser de l'argent , promettent sa guérison par la thériaque qu'ils ne connoissent ni n'entendent. La thériaque des anciens ne fut jamais inventée pour la peste, seulement pour les morsures des animaux venimeux. Encore ne voudrois-je point m'y fier. Andromachus , médecin de Néron, n'étoit qu'un charlatan et fort ignorant , par conséquent digne opérateur de ce tyran , qui fit tant de mal avant que de mourir, et qui entre autres fit empoisonner son frère Britannicus et assommer sa mère Agrippine , qui étoit une méchante chenille, indigne de si bons père et mère. Elle étoit fille de Germanicus, le meilleur de tous les bons princes, et de cette Agrippine , qui étoit si femme de bien qu'elle en étoit glorieuse , au dire de Tacite, qui en a si illustrement parlé dans ses Annales. Je ne veux pas oublier d'ajouter à l'éloge de Néron qu'entre autres crimes, il fit brûler la ville de Rome , (ju'il fit empoisonner son brave gouverneur Burrhuset mourir son précepteur Sénèque, et qu'il fut le premier persécuteur
A KALCONET. 779
des chrétiens , cuiimie assure Tertulien dans son Apologétique, que Scaliger a nommé quelque part le Bouclier de l'ancien christianisme . Mais laissons lace tyran.
M. Boucherat, doyen de la chambre des comptes , est ici mort âgé de quatre-vingt-seize ans. Il savoit par cœur son Homère grec , et étoit père du conseiller d'État. Voie.
De Paris , le 17 mars 1671.
LETTRE DCCCXXV. - Au même.
Il n'y a rien de nouveau à Paris ni morts ni malades ; c'est une espèce de proverbe. Jamais le peuple ne fut si sain par le moyen de la sobriété que la chambre de justice y a introduite. On dit qu'il y a du bruit entre le pape et la république de Gênes. Il menace cette république d'excommunication; mais c'est une marchandise qui n'a plus de crédit. Terricvlomenfum puermmm , hrutum f'ulmen , qui ne fait du mal que lorsqu'on s'en épouvante mal à propos. Si j'en étois en peine, je m'en rapporterois à ce qu'en pense la républicjuede Venise.
Ses sentiments, durant la guerre de son interdit en l'an 1605 , ont ouvert les yeux à bien du monde, et cet exemple devroit bien retenir la cour romaine de semblables attentats.
M. Valot n'est guère bien ; mais il craint si fort que le roi ne fasse prendre sa place à un autre, qu'il a mieux aimé hasarder et entreprendre le voyage de Flandre avec lui, comme il a fait depuis huit jours. Dieu soit loué de tout. Je souhaite cette place à celui qui l'aura , mais à la charge qu'il s'en acquittera en homme de bien et au profit du maître , à qui je souhaite les années de Nestor.
Jamais Paris ne fut si sec ni si avare. Le désordre va jusqu'à la gueuserie. Les marclian Is se plaignent du commerce et des manufactures; les officiers, du peu d'argent et de la polette. Le peuple se plaint toujours, tant il est béte. Onine querulum natura infirmum est.
780 LEITKES DE GLI l'AllN
Lue colique bilieuse a retenu pour quelques jours M. Colbert, comme il était en chemin d'aller trouver le roi à Dunkerque. On en a demandé ici quelques consultes à divers médecins , mais il n'a pas été nommé. Chaque médecin a eu un louis d'or (l). On dit que si M. Colbert vient à mourir, il faut dire adieu à toutes les manufactures qu'il a fait établir en France, tant pour les tapisseries et bas de soie que pour ceux d'estame qui se font en plusieurs lieux de France , ce qui fait travailler beaucoup de petit peuple en diverses provinces. Pour moi, j'ai un intérêt particulier à sa convalescence: outre qu'il a souvent dit du bien de moi , et qu'il a augmenté mes gages de professeur royal , c'est que j'en attends la liberté de mon fils Carolus; car parce que beaucoup de gens ojit cru que c'étoit lui qui l'a fait persécuter, il a dit quelquefois , même de son propre mouvement, que ce n'étoit pas lui. Ainsi nous sommes réduits à n'en savoir ni l'accusation ni l'accusateur. Mais, comme je vous ai dit, jai bonne espérance que ce grand ministre contribuera à notre bonheur, malgré les sollicitations contraires de nos ennemis (2). Voie.
De Paris, le 2 juin 1671.
LETTRE DCCCXXVl. — Au même.
.le vous ai écrit environ le 12 de juin, et je vous mandois connue j'avois vu M. Meyssonier, qui est venu ici pour un procès qu'il a à la grande chambre à cause d'un bénéhce qu'il poursuit, sur quoi je vous dirai que l'auteur françois a dit à propos sur ce sujet : Clmnce pour le demnncleur, chance nusmi pour le défendeur.
M. de Harlay, ancien procureur général du parlement, est
^i; Le prix de ceUe consultation peut être estimé relativement à cent francs de notre époque. (R. P.)
2) Voyez la nule tome !11 . p;if,e 419.
A l'ALCONET. 781
mort le 7 juin, ài^-é dn soixante-qiuiti'f! aiis, d'un aboès dans le méseiiti'ic. Il avoit un mois auparavant été taillé |)our la pierre dans la vessie. Il laisse son tils à sa place, (|ui est gendre de M. le premier président, habile liomme, de grand sens, fort exact, sévère , mais un peu trop mélancolique.
Les Hollandois ont tâché d'obtenir du roi, par leur ambassadeur, qui est fils de M. (Irotius, le premier homme de son siècle, la liberté et le rétablissement du commerce ; mais ils n'ont pas pu encore en venir à bout , et je crois qu'cà la fin ils se repentiront de ne s'être pas tenus aux bonnes grâces du roi. Mais qui dit Hollandois dit glorieux , et puis ils sont huguenots et républicains. Ils ont réussi en leur révolte contre le roi d'Espagne et sont gens de mer, qui sont des causes de leur superbe : aussi dit-on qu'ils sont extrêmement riches et très puissants sur mer, et non sur la terre.
La diversité des études de Charles Patin me console en quelque façon de son absence; mais les malices de son frère aîné Robert Patin me confondent. Cet ingrat m'a trompé méchamment et même en mourant, ce que je n'eusse jamais pensé d'un fils aîné à qui je me fiois entièrement (l). Sa veuve en tire ses avantages, et fait tout ce qu'elle peut pour ruiner notre famille à son profit. Le fils de M. Spon parle de son retour bientôt ; c'est un honnête homme, il vous portera de nos thèses.
M. le premier médecin est à Saint-Germain près de M. le duc d'Anjou , qui est malade d'une fièvre hectique et en danger de devenir tabide par une trop grande sécheresse des entrailles , et particulièrement du poumon : c'est la plithoïdes anciens Athéniens, une phthisie sèche et la maladie de consomption des Anglois , que quelqu'un a appelée fort à propos le fléau de l'Angleterre. M. le chancelier, âgé de (juatre-vingt-quatre ans , est encore en vie et se porte bien :
(l) Quoi qu'on en ait dit, on n'a jamais su avec certitude en quoi (îiii Patin avait à se plaindre de son lils aine; lui-même ne s'explique ••ur ce sujet qu'avec beaucoup <lc réseive. (R. P.)
782 LETTRES DE GUI ?^^l^
mais je pense que ce n'est qu'un beau jour d'hiver qui n'a plus guère d'assurance ni de force.
Ou parle k la cour de rappeler mon Carolus. Il y a beaucoup de gens de bien qui l'aiment; mais un ou deux qui le haïssent, sans même qu'on sache pourquoi, lui ont fait plus de mal que ses amis ne lui peuvent faire de bien. Je sais de bonne part que M. de C. a voulu avoir ses manuscrits ; mais il aime mieux demeurer dans son exil que de donner la gloire de son travail à un autre. 11 a trouvé moyen d'achever Vlmperotorum Uomanorwn yumismata (l). Le livre est beau; mais ne doutez pas que ses ennemis n'en disent du mal. Il l'a dédié à l'empereur, auquel il m'écrit qu'il a des obligations insignes pour les honneurs et le bien qu'il lui a faits.
On parle ici d'un grand embrasement de l'Escurial , en Espagne , où l'on dit qu'il y a bien de la perte, et même une grande bibliothèque où il y avoit quantité de manuscrits grecs, hébreux, arabes, et autres orientaux. On dit que c'est un moine qui a été cause de tout ce malheur. Gela pourroit bien être, car les moines ne sont que des animaux malencontreux, comme le dit Rabelais. Le duc d'Anjou est mort à iSaint-Germain le 3 juillet. Dieu conserve son frère monseigneur le dauphin , puisse-t-il devenir aussi vaillant que le bon roi Henri IV, son grand-pèi'e , et plus heureux que lui ! Adieu.
Ue l'aris, le 23 juillet 1671.
LETTRE DGGGXXYII. — Au même.
On parle beaucoup ici de M. de Lionne, qui , avec la permission du roi , a fait enlever sa femme, et l'a fait mettre dans un monastère ; on dit que c'est à cause de son jeu et de .ses profusions. La cour est en tristesse pour M. le duc d'Anjou , et de ce que M. le Dauphin ne se porte guère bien.
iVL de Guise, âgé de vingt-deux ans , est mort d'une tièvre
1) Ar^ienlorali , 1671 , in-fol.
continue, avec une petite vérole et une oppression de poitrine sans avoir été saigné, et sans médecin; il n'a eu pour secours m^/'/^we, qu'un grand charlatan d'apothicaire, nommé Baurains, qui est, à ce qu'il dit, plus savant que tous les médecins, qui lui a donné des remèdes cordiaux et des poudres de perles, et un nommé du Fresne, soi-disant médecin , qui étoit ci -devant valet de chambre de feue madame de Guise; /lis gradibus transeunt princijtes in terrain Amtralèm, radli ruorto.lium adhuc cognitaïu. Les sages ne savent rien de cette géographie que par la grâce des jansénistes, ou par la voie de révélation.
On me vient de dire que Valot est fort malade , et qu'il s'est fait ramener de Saint-Germain à Paris, où il est présentement, il est devenu si gros et si pesant, qu'il ne sauvoit se soutenir , s'il n'est aidé par deux hommes ; enfin il est fortement asthmatique.
Deuxévêques sont morts depuis peu, savoir, celui d'Auxerre et celui du Mans. Un de nos médecins, nommé Fabien Perreau, mourut pareillement hier ici (ce 4 août) âgé de trentetrois ans; il est mort d'une fièvre continue maligne qui lui est venue du mauvais air de 1 Hôtel-Dieu , où il éioit un des médecins. Il a été saigné douze lois, mais ce qui lui a bien aidé à mourir, ont été trois jeunes médecins de ses amis, qui lui ont fait prendre plusieurs verres d'eau de casse , dans lesquels, par une finesse ridicule et même punissable, on faisoit mettre quelque once de vin émétique , pur poison en cette conjoncture, car il étoit fort assoupi, et même avoit des mouvements convulsifs; maise/"«^ in fatis ut ntisere periret ingrat issimus discipulKS D. Francisci Blondel.
Voici un autre malheur d'une autre nature. Un de nos médecins, M. de Launay, âgé de soixante-quatorze ans, est tombé en enfance; son fils unique, avocat célèbre, a été conseillé de faire une assemblée de parents, et par autorité des juges il l'a fait mener à Saint-Lazare, où on a accoutumé de mettre de telles gens ; il y a été gardé queUpie temps, et
enfin, le mal augmentant, on l'a mis où on met les fous, savoir, dans les Petites-Maisons du faubourg Saint-Germain.
Valot est au lit fort pressé de son asthme ; peu s'en fallut qu'il n'étouffât avant-hier au soir, mais il fut délivré par une copieuse saignée ; il a reçu l'extrême-onction , c'est pour lui rendre les genoux plus souples pour le grand voyage qui lui reste à faire. Il n'a été qu'un charlatan en ce monde , mais je ne sais ce qu'il fera en l'autre , s'il n'y vient crieur de noir à noircir, ou de quelque autre métier où on puisse gagner beaucoup d'argent, qu'il a toujours extrêmement aimé. Pour son honneur, il est mort au Jardin-Royal, le 9 août, à six heures après midi ; on ne l'a point vu mourir, et on l'a trouvé mort en son lit. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 10 août 1671.
LETTKE DGGCXXVIII. — Au mêmf^.
On dit que le roi a toujours été fort triste depuis la mort de M. le duc d'Anjou , et si fort mélancolique du rencontre de diverses affaires qui sont aujourd'hui à la cour, qu'on ne l'a pu voir rire depuis ce temps-là; je crois que cela se doit un peu entendre de la querelle qui est entre MM. Colbert et de Louvois.
V\\ de nos médecins me vient de dire qu'il y a une grande brigue à la cour pour mettre M. Daquin le fils à la place de M, Valot, et que cette brigue est si puissante, qu'elle fait peur à celui qui la désire très ardemment, et même on dit que la reine est le chef de cette brigue. Toute la cour n'est guère gouvernée que par intrigues où les dames se mêlent bien avant; mais quand je fais réflexion sur cette brigue, je ne puis croire que la reine donne son médecin au roi , ni même quand elle le voudroit, que le roi s'y laissât emporter, pour des raisons que je pourrois alléguer, et qu'il vaut mieux l.'iirp: elles sdiit de deux sortes, physiques et ])oliti(jues. mais
A FAl.rONET. 785
il faut voii' ce qui arrivera; je crois pourtant ([iie M. Braver y sera le plus puissant , tant i)arcc (pi'il est connu du roi comme liabile homme et savant médecin, (jue d'autant qu'il est très riche, ce qnï fait un beau visaye à la cour, .le vous dirai en passant qu'il a jdus de 30,000 écus de rentes; devinez d'où viennent tant de biens? an ex Mammona ? J'ai vu aujourd'hui (ce 14- août), un homme qui dit que M. Braver espère si fort devenir premier médecin du roi, qu'il en mouira si cela n'arrive; mais je n'en crois rien, car il est si riche qu'il peut bien se passer de rien désirer. Il a environ soixante-cinq ans et bien de l'esprit; il est merveilleusement adroit et bien propre à la cour, omnii< Aristlppuia dfcuit color, et stnfus, ef res (i). On dit que cette place est merveilleusement briguée , et qu'une grande dame en a parlé au roi en faveur d'un médecin qui n'est point à Paris, et qui est huguenot: on parle d'un autre (jui a offert 10,000 écus à une grande dame si elle la pouvoit obtenir pour lui; mais je crois que ni l'un ni l'autre ne l'auront point; mais pour qui sera-ce donc? candidi pectoris verbum ex Julio Cœsare Sccdigero profcrmn , cei'te nescio : je crois qu'il n'y a que le roi qui le sache , et le iutur de ce pays-là est toujours fort incertain.
On parle ici d'une autre affaire bien plus grande, qui est ([ue le roi fait lever des troupes en plusieurs pays pour (aire 10,000 hommes pour la fin de l'hiver prochain, qui seront employés sur mer et sur terre ; on dit aussi 25,000 hommes de cavalerie , et que 31. le tluc d'Orléans s'en va épouser la fille de M. l'électeur Palatin, qui est huguenote, à la charge qu'elle se fera catholique, et qu'elle ira bien dévotement à la
(1) Ce médecin Braver n'était cependant ni un plat i;oiirtisan , ni un sot adorateur du veau d'or. On assure qu après sa mort on décou>ril que pendant plus de vingt-cinq ans , il avait fait reuieltre chaque moi» . et secrètement, au curé de Saint-Eustache, une somme de mille irancs destinée aux pauvres de la paroisse, l'aire le bien et le bien f;iirc, est une chose si rare , si diflicile , que la postérité doit toujours signaler les iiums de ceux qui ont Irouvé ce beau secret. ( R. 1*. '
lU. 50
7So LETTRES DE GUI PATIN
mosse; peut-être que cela servira à nous aider à quelque entreprise (lu côté du Rhin et de l'Allemagne, car c'est aux Hollandois que l'on en veut; ces nouveaux républicains sont trop glorieux , il faut qu'il arrive quehpie grande chose qui les humilie. On lève pour nous des soldats en Hibernie, en Angleterre , en Ecosse et ailleurs aussi : on parle aussi de nouvelles levées de deniers en France , et de mettre quarante sous d'entrée à Paris sur chaque muid de vin. Le roi continue ses grandes dépenses en bâtiments, tant à Paris qu'à Saint-Germain et à Versailles. Dieu soit béni, si le vin devient si cher, au moins nous avons la rivière de Seine qui ne nous peut manquer, et (|ui est fort bonne. Je vous baise les mains, et suis de toute mon âme votre , etc. De l\Tris, le 14 aoiit 1671.
LETTRE DCCCXXIX. — An uinm-.
Je vous ai écrit le 18 d'août. Aujourdliui je vous dirai que le père Lemoine, jésuite, historien du cardinal de Richelieu, aux dépens et aux gages de madame d'Aiguillon , est ici mort le 22 août, âgé de soixante-neuf ans. On n'a pas encore poui'vu à la charge de premier médecin. Le roi a dit (ju'il se porte bien, (pi'il n'a que faire de médecin, qu'il en prendra un lorsqu'il sera malade, et que le meilleur de Paris ne lui est pas trop bon , en quoi je trouve qu'il a bien raison. M. le président de Maisons quitte le palais et cède sa place à son fils, maître des requêtes. On dit que le roi l'a ainsi ordonné à cause de sa dureté d'oreille, h' Histoire rf/iiopiqiied'EéWodore dit que la vieillesse est une maladie des oreilles.
M. P. Petit, qui a écrit ci-devant de Lacrimis, et depuis peu contre les cartésiens, Diss. de nova lien. Cartesii philosophid, n'est que bachelier en médecine et en a quitté l'étude. Il demeure chez M. de Nicolas, premier président de la (diambre
fies comptes. Celui-là ne songe pas à devenir premier médecin ; il n'a jamais vu de malades ; mais celui (|ui voudroit bien l'être , est un certain Guillaume Petit, âgé de cinquantequatre ans, Normand, savant, doucet,fin, rusé et qui n'a qu'un fils qui le fait enrager. C'est un Tartufe parfait, a (\m tout est bon pourvu qu'il gagne; mélancolique brûlé, qui ne parle que de Vierge Marie et de conscience, et qui par toutes voies ne cherche que de la pratique et de l'argent. Pour cet huguenot dont vous me parlez, c'est M. Bellay de Blois. On dit que c'est M. Valot qui l'a nommé dans un bdlet , qui est tombé entre les mains du roi; mais ou dit aussi que ce billet est faux, et qu'il ne vient (pie de quelques ennemis de M. Brayer, qui a de grandes prétentions. M. Valot n'est pas mort si riche qu'on pense. Il laisse une femme qui joue , et sept enfants , trois lilles à marier et quatre fils. L'ainé est évèque de Nevers , qui n'a besoin que de science, d'esprit et d'argent. Son frère est conseiller au grand conseil , qui n'a jamais rapporté procès et qui a bon appétit ; l'autre est chanoine de Notre-Dame, et le quatrième capitaine aux gardes. Ces deux mariésn'ont point d'enfants, les deux derniers sont honnêtes gens. Les deux prêtres n'eu auront jamais. Les trois filles apparemment auront bien des écus, et cela leur servira à trouver des maris; mais le père qui avoit du crédit n'y est plus, il est en plomb à VAve-Moria. Donnez-vous patience, du reste, les hommes font tous les jours des procès , mais c'est Dieu qui les juge.
M. de Lionne(l), secrétaire d'État, est mort le 1" septembre avec plusieurs doses de vin émétique. C'est le passe-port de ceux qui ont hâte d'aller en l'autre monde , parmi plusieurs grands de la cour. J'ai consulté ce matin avec M. Brayer, qui m'a semblé fort triste. N'est-ce point qu'il s'ennuie d'attendre ce brevet tant espéré de premier médecin? Le roi a tlit
11) Hugues (le Lionne , ministre-secrétaire d'Etat, né à Grenoble en IGI 1 . Il est connu dans rhisloirc de son temps comme un très habile et très (in négociateur. ^K. P.;
qu'il ne voiulivfit point avoirun médecin si avare et si impoitun que le défunt, qui étoit insatiable. Il y en a pourtant plusieurs qui se trémoussent pour cette charge qui semble être au pillage (l). Le roi a donné la place de M. de Lionne à Af. de Pomponne, fils de M. Arnauld d'Andilly, âgé de quatre-vingts ans. Ce M. de Pomponne est aujourd' hui notre ambassadeur en Hollande , et neveu de M. A. Arnauld , docteur en Sorbomie, et de M. l'évéque d'Angers. Il a cet avantage que tout le monde l'aime et qu'il le mérite. Peut-être quelque jésuite le hait, mais il n'oseroit le dire. M, Jonquet, professeur de botanique au Jardin~du- Roi , vient de mourir. En voilà six des nôtres depuis neuf mois. Vale.
De Paris, le 7 seplenibre 1671,
LETTRE DCCCXXX. - Au même.
.le viens de voir un officier de l'armée (|ui dit que les Espagnols offrent au roi Aire, Saint-Omer, le Cambresis et quelques autres villes ; et que nous leur rendions tout ce que nous avons pris sur eux cette campagne dernière. Toutes ces conditions sont au-dessous de nos conquêtes et de la majesté de notre conquérant ; c'est pourquoi il faudra que les Espagnols cherchent de nouveaux moyens de pacification , ou qu'ils fassent naître de nouveaux soldats pour se défendre l'année prochaine contre nos attaques ; car ces offres-là ne méritent point qu'on y ait égard. Les Espagnols se piquoient autrefois de finesse, mais la mine est éventée, il y en a encore aujourd'hui en France de plus fins qu'eux : Jam pridem Syrus in Tiberim defluxit Orontcs.
,T'ai vu aujourd'hui passer près de Saint-Eustache , ou de
(1) Elle ne lut donnée qu'à Fagon, en 1693; Louis XIV ne 1 avait approché que graduellement de ce poste éminent , car il fut médecin delà dauphine, puis de la reine et des enfiinls de S'"rancc voyez son ùlofje par Fonlenelle . (1\. 1». )
A FAI.CÔ.NET. 789
sii paroissf! , le coi'ps de feu M. >!;i;!lef , lichn et iuicifii l)()uri,^eois (le Paris, ([iii ôtoit un des directeiii's et adniiriistrafeuis de plusieurs maisons de communautés de P.iris , comme de l'Hôpital Général, de la Trinité, et des Enfants-Bleus , des Enfants Rouges , etc. II étoit presque octogénaire. Le voilà mort , il n'y a plus de différence entre son corps et celui d'un gueux : omnis ca.ro fœnwn.
On prépare de belles comédies à la cour pour l'hiver prochain ; et je ne doute pas qu'il ne nous vienne dès le mois de décembre prochain , en vertu de toutes nos conquêtes en Flandre, de beaux almanachs. On dit que le cardinal Yisconti est arrivé ce soir à Paris, qui vient apporter au roi de la part du pape des articles de pacification avec l'Espagne , sed me pHclef tôt ineptianim. Je vous baise très humblement les mains , et suis de toute mon âme voire, etc.
De Paris, le 27 septembre 1671.
LETTRE DCGCXXXI. — Au même.
Je vous ai écrit (jue le roi avoit fait choix de M. de l*omponne pour être secrétaire d'Etat, à la place de M. de Lionne. Il est fort dans les bonnes grâces du roi, et a été préféré à M. l'archevêque de Toulouse , qui est un fort habile Italien ; à quoi on dit qu'il a été secondé par MM. Colbert et leTellier qui craignoient l'esprit de ce M. de Bonzi.
Je fus mené en carrosse de relais le mois passé en Normandie pour un conseiller qui y étoit demeuré fort malade, et qui en est revenu, Dieu merci, en bonne santé. Et depuis huit jours j'ai été mené en Brie , à dix lieues d'ici , pour un capitaine qui. Dieu aidant, en réchappera; mais ces voyages, auxquels je ue suis pas accoutumé, me déplaisent ; ils me iatiguent trop. J'en fis un autre, au commencement de juillet, vers Orléans, qui me désorienta fort. Les barbiers, qui sont fort ignorants et grands ivrognes, se mêlent de donner du vii;
790 LETTUtS DE (.Ul PATIN
émétique, et y tuent impunément bien des pauvres malades. Nous avons ici un de nos médecins fort malade , c'est Eusèbe Renaudot, qui a fait autrefois l' Antimoine triomphant. Il a ressemblé à celui qui pensa une fois en sa vie à l'empire, il a pensé à la charge de premier médecin , espérant beaucoup en M. de Montausier, gouverneur de M. le Dauphin. Mais son épée s'est trouvée trop courte, il n'a pu y atteindre, dont on allègue trois raisons : la première est qu'il est puant de corps et d'àme, je crois même qu'il est punais; la deuxième, c'est qu'il a la vue presque perdue ; la troisième qu'il est grand charlatan, et il a eu raison d'intituler son livre, l'Antimoine triomphant ; car pour triompher, il falloit en avoir tué pour le moins sis mille. Aussi a fait l'antimoine et bien par-delà , avec son écrivain et sa séquelle, qui sont plusieurs faux-frères gagnés par les apothicaires , qui enragent que le peuple connoisse la casse , le séné et le sirop de roses pâles, dont il est ort soulagé. Je ne saurois souffrir cette tyrannie , laquelle nous fait passer pour des coupeurs de bourses. Pour souffrir cela il faut avoir une àrae vénale et aussi mal faite qu'un apothicaire, qui étoit défini par M. Hautin : Animal fourbissimum , faciens bene partes et lucrans mirabiliter. Vale.
De Paris , le 6 octobre 1671.
LETTRE DCCCXXXII. — Au même.
Le roi de Danemark a fait publier dans tous ses Etats une liberté de conscience ; n'est-ce point qu'il veut augmenter le nombre de ses sujets en quelque façon? S'il veut des moines, il n'en manquera point pourvu qu'il leur donne bien à dîner et de l'argent de reste, pour ne pas dire autre chose, mais laissons-les faire, ils eu trouveront bien.
On parle ici d'une grande révolte des Arabes contre le Turc ; on dit que ces Arabes ont pillé et brûlé la Mecque , et qu'ils ont fait un butin de plus de cinquante millions; je crois que
A lALCUMET. 791
c'est une fable pour amuser le peuple. Il court un bruit (jue le roi fait venir d'Afrique un régiment de cavalerie de nègres pour être employés dans son ai'mée ; cela sera bon contre les llollandois quand nous commencerons la guerre contre eux , ils se connoissent déjà.
M. Golbert, qui étoit intendant de justice en Alsace, a été fait par le roi président de Metz, et M. Golbert, évêque de Luçon, est évè(iue d'Auxerre. Celui-ci est frère du grand Golbert, sur-intendant destinances et secrétaire d'État.
On ne parle ici que du mariage de M. le duc d'Orléans avec la lille de M. l'électeur Palatin, et les présents (pi'on lui envoie de deçà, tant de la part du duc son futur mari, que du l'oi même. Madame la Palatine, tante de cette princesse nubile , est allée au-devant d'elle. Le premier aumônier de M. le duc d'Orléans, qui est M. l'abbé de Montaigu, a promis à M. de Robineau , notre très cher ami et allié , de s'employer après ce mariage pour le retour de mon cher fds Garolus, et j'espère que cela nous aidera; mais auparavant il faudroit savoir à qui nous avons affaire. 11 n'y a que la bonté de Dieu et la justice du roi en qui je me fie : In /iliis kominum non est salus.
On dit ici tout haut que la reine est grosse; plût à Dieu qu'elle nous donnât un petit roi qui vaille quelque jour saint Louis ou le bon roi Louis XII, ou tout au moins Henri IV, qui délivra la France en son temps de la tyrannie des Espagnols et de la Ligue , aussi bien ([ue de la malice de nos mauvais voisins, et surtout des huguenots.
Vous trouverez ici une lettre pour notre bon ami M. Spon. Je vous prie de faire en sorte qu'elle lui soit rendue avec touto assurance à cause d'un papier qui est dedans, et qui importe fort aux alfaires de mon Garolus. Quand le verrai-je? Quand le roi aura-t-il le loisir d'y songer? Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le '23 octobre 1671.
792 LETTKES DE Ui:i l'ATL\
LETTKE DCCCXXXm. — Au ,mme.
Le roi a accordé la polettc à plusieurs officiers , et presque à tous ceux quiavoieut afï'aire.
M. de Puyguilhem (l) a été envoyé au même lieu que M. Fouquet , a Pignerol , sans que nous sachions la cause de sa disgrâce : on l'appelle à la cour le comte de Lauzuu.
M. de Bezon , intendant de justice en Languedoc, a été fait par le roi premier président de Provence à la place de M. d'Oppède.
Le roi d'Angletei're nous donnera du secours contre les Hollandois , étant fort ami du nôtre.
Il court ici beaucoup de fièvi'es catarrhales et des rhumatismes; mais nous les guérissons aisément par la saignée et la boisson d'eau. Le vin nouveau a déjcà fait des goutteux et des hydropiques.
Je vous envoie deux de nos thèses, notre dernier catalogue et la dernière aftiche de notre collège royal. Au mois de novembre de l'an 16~^2, nous aurons un nouveau doyen et un nouveau catalogue; mais qui y sera? Prudms futuri teniporis cxitwn coliginosn nocfe promit Dcks. Les rabins disent que Dieu s'est réservé trois clefs, dont la première est du beau ou du mauvais temps; la seconde de la fertilité ou stérilité; la troisième est la science du futur. Certes voilà trois beaux secrets, mais qui n'appartiennent qu'à ce grand maitre.
M. de Puyguilhem a été arrêté le même jour que le fut à Londres le duc dQ.Buckingham. Madame la duchesse d'Orléans est à Saint-Germain, où tout est en réjouissance. Elle trouve la cour fort belle; elle y fait bonne chère et y trouve le vin fort bon. Bientôt on la doit mener promener à Saint-Cloud.
(Ij Puyguilliem : c'est ce cadet de Ga.scogiie , le duc de Lauzun , si célèbre pnr son élévation, son faste, ses mallicurs , les singulières \arialions de sa fortune; J.a Bruyère a dit de lui : « on ne rêve pas comme il a vécu » ; il n'en mourut pas moins âgé de quatre-vingtdix ans. (U. 1». )
A !• \l.( n.NKT. 7'J3
loj^is (II', M. Il' diK' snii iii:iri , [inv.v lui faii'e voir les belles cascades et les fontaines qui y sont.
Pour la guerre, on la tient certaine, si lesHollandois ne la préviennent par leur prudence républicaine. Il est vrai que M. le chancelier est bien vieux , et qu'apparemment sa place sera bientôt remplie par M. le Tellier, père de M. de Louvois, ou par M. Pussort, oncle de M. Colbert.
M. le cardinal de Bouillon est grand aumônier de France. Je me souviens bien de Damascène , ce n'est ([u'un fou. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le -il décembre 1671.
LETTRE DCCGXXXIV. — An mnn>:
Le roi est tout-à-fait l'ésolu a la guerre, et il y a toute a[)parence que nous l'aurons; mais où ? je ne sais. Peut-être contre les Hollandois ou ceux de Cologne, apparemment contre tous deu.K. Quoi qu'il en soit , le roi a fait faire des magasins sur le Rhin, de blé, de vin, de poudre , etc., pour si.K mois, et 80,000 hommes. Quelques uns disent que Ion veut faire élire M. le Dauphin, roi des Romains, quoi([u'il n'ait que dix ans, et la loi en requiert dix-sept; mais {iaid facient Icges , ubi taata pofcntia régnât ? Quand le roi aura une puissante armée commandt'e par M. le Prince, M. de Turenne, M. deCrequi et ses autres foudres de guerre, s'amusera-t-on à observer une loi ancienne qui lui est contraire? J'aime mieux croire que le roi dira ce que disoit cet ancien capitaine dans Stace, qui, ayant l'épée à la main et la puissance présente, disoit fort hardiment : Virtusmilnnumcn et ensisquem teneo. On dit que les Hollandois s'offrent de donner au roi toute la satisfaction qu'il voudra : c'est M. l'ambassadeur tie Hollande (pii me le dit hier lui-même. Il est lils de M. Hugo Grotius . (pii me i'aisoit l'homieur île m'aimer, et (pu mourut l'an 16 i5
794 I.ETTKES DE (.Ul l'ATIN
à Kostoc eu revenant de Suède, où il étoit ambassadeur de la reine Christine vers notre roi. Il a été le plus savant homme de son temps avec Saumaise. Ils n'étoient pas tous deux du môme avis en beaucoup de choses , et particulièrement en matière de religion; car M. Grotius étoit catholique en son àme, et s'alloit déclarer dès qu'il eût été arrivé. Mais, au contraire, M. Saumaise s'étoit fait de romain huguenot, et disoit qu'il s'étonnoit de ce que tous les gens d'esprit ne faisoient pas de même , vu que c'étoit une religion fort commode, qu'on n'y alloit point à confesse, qu'il n'y avoit point de purgatoire , de prêtres et de moines, grands coupeurs de bourse, in nomlne Doitiini , ni de pape, ni de chapelets, ni de grains bénits et autres bagatelles. Vale. De Paris, ce 19 décembre 1671.
LETTRE DCCCXXXV. — Au même.
Depuis le 19 décembre, que je vous écrivis, toutes les villes de Picardie et de Champagne sont extrêmement pleines de soldats qui ne sont bons qu'à la guerre ; mais contre qui? personne n'en sait rien. On dit que M. de Louvois est parti pour quelque affaire, et qu'il est allé en Lorraine, dont on tire différentes conjectures : il vaut mieux n'en rien dire. Le mois de mars viendra qu'on se mettra en campagne, et alors on verra l'effet.
Nous fûmes hier, tout le Collége-Royal , les dix-sept professeurs du roi , chez M. le cardinal de Bouillon lui faire la révérence, comme ayant été depuis peu nommé par le roi à la charge de grand-aumônier de France. Le roi est notre maître et fondateur, et le grand-aumônier est notre directeur. C'est de lui ([ue nous relevons et qui nous donne nos augmentations. M. J.-B. Moi'eau, comme notre syndic en l'absence de notre doyen , qui est M. de Flavigny, docteur en Sorbonne, lui ht une petite harangue latine, à laquelle M. le cardinal
\ 1 AI.CO.M'T. 7!)r)
de lîoiiilloii i'(''pt)ii(lit siii'-k'-cliiiin|), aussi en latin, l'uil éltiganimeiit, nous promettant (ju'il auroit ^u'aïul soin de notre collège.
Nous avons perdu un des nôtres, (pii est Florimond Langlois, âgé de soixante-cinq ans. !1 a fait miracle en mourant; il est mort sans rendre l'esprit, au moins n'en eut-il jamais guère. Il étoit devenu bète , et est mort de la poudre éméti- ([ue d'un moine. Il n'y a guère de maladies; jamais Paris ne fut si sain ni si sec. Si les médecins ne meurent de faim , au moins il y en a de bien empêchés de leur contenance.
On crie ici la prise de Jérusalem par les Arabes, mais le bruit des coups de canon ne peut pas venir jusqu'à nous. On dit que le roi ira à Chàlons et à Metz. Il y en a qui parlent du siège de Strasbourg ou de Cologne , mais d n'y a rien de certain. Tout ce que je vous puis dire de très assuré est que je suis tout à vous , etc.
De Paris, le 31 décembre 1671.
LETTRE DCCCXXXVI. - Au même.
Je viens d'apprendre du jeune van der Linden , que M. Gronovius est mort à Leyden. Il restoit presque tout seul du nombre des savants de Hollande. Il n'est plus dans ce payslà de gens faits comme Joseph Scaliger, Baudius, Heinsius , Salmasius et Grotius. Je viens aussi d'apprendre par des lettres de Bruxelles, que M. Plempius, célèbre professeur en médecine, est mort le i2 décembre dernier. Adieu la bonne doctrine en ce pays-la. Descartes et les chimistes ignorants tâchent de tout gâter, tant en philosophie qu'en boime médecine (i). Ce M. Plempius étoit un savant homme, Hollandois
(1, On ne conçoit pas comment (jiii Piitin , cet esprit si fier, si élevé, .si (]é^;i<ïé de préjugés, puisse parler ainsi de l'illuslre Descartes. Ce pliilosoptie jouissait i)ourlant alors d'une grande réputation , sa Métliode ayant paru en 1637 : il y avait par conséquent trente-cinq ans à
796 LETIKES DE UL'i l'ATlN.
(le Dation , et liiigueiiot , qui se fit catholique pour être professeur à Louvaiii. 11 dit un jour à M. Riolaii , qui me le redit : Si MM. les États veulent me tlonjier une de leurs charges de professeur en médecine à Leyden , je me referai huguenot , et irai demeurer chez eux. Que ne feroit-on pas aujourd'hui pour gagner sa vie? C'est qu'il étoit dès ce temps-là mal payé de ses gages, et je crois que c'est encore pis à présent à ceux qui restent. Le roi a fort bien reçu M. de Pomponne, (jui a fait serment de sa charge , qu'il exerce déjà avec beaucoup d'iionneur. Le choix que le roi en a fait me semble presque miraculeux , parmi tant de compétiteurs qui s'y présentoient en foule. Je suis , etc.
De Paris, le 22 janvier 4672 (1).
Tcpoque de celle lettre de Gui Vixhn. Triste exemple du jugement des liommes sur les génies contemporains ! (R. P.)
(1) Celle lettre est la dernière que nous connaissions , elle fut écrite quelque lemps avant la mort de l'auteur. On voit aisément que , malgré l'énergie de son caractère , malgré ses vivacités , ses fougues d'indignation et de colère , Gui Palin avait pourtant une âme tendre et affectueuse ; il en donne souvent des preuves pour les siens, pour ses amis, SCS bienfaiteurs, ses i)rotégcs ; et lui aussi aurait pu dire : Personne ne m'a aimé que je ne le lui aie bien rendu. Mais la mort de ses enfants , l'ingratitude de l'ainé , l'exil de son cher Carolus , les continuelles attaques de ses ennemis, altérèrent sa santé. Forcé d'approcher de .ses lèvres celle coupe d'amertume , fatigué par l'âge , les travaux cl le chagrin, il succomba à la suite d'une pleurésie , au mois d'août suivant. On l'inhuma dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois ^a paroisse. C'est là que sont ses restes , si , après deux siècles, il reste quelque chose de notre misérable corps.
l'auvre Gui Patin ! qu'il repose en paix dans l'éternité, et que son nom soit longtemps encore illustre parmi les hommes ! (R. P.)
Fl.\ DU TUOISIE.ME ET DERNIER VOLU.ME.
TABLE ALPHABiyriQUE
DES PEnSONNAGES ET DES IHUNCIPAUX EAIÏS
MENTlONMis DANS CET OfVKAGE.
Abeille (Scip. )> chirurgien. III,
Académie française ( P ). — des beaux esprits. II, 382 et note. -^
Adam (le père), jésuite. I, 268. II, i , 16i. ^
Adeu ( Guill. ) , médecin de Toulouse. II , 177, note.
Administrateurs des hôpitaux.
Question de préséance entre eux et .les médecins. II, 538, 539, 540, 541.
V ^GiDius, Cui'bolicnsis (Gilles de /Corbeil), médecin du xiii"' siècle. I, VSO et noie.
Aglesseau (d' ). Sa mort. 1 , 245.
Aiguillon (duchesse d") , Marie de Vignerol, nièce de Richelieu. I, 226, 324,494, 522. II, 22, 23, 26, 214.— Son procès contre le duc d'Orléans , 30 J, 33].
Akakia (Martin), médecin de Paris.
I, 367. II, 155, 168 et note, 228.
Alais (comte d'), gouverneur de Provence. Troubles de Provence. I, 61, 82.
Alce (duc d'). I, 521.111,189.
Albret (maréchal d'). III, 770.
Albret (duc d'), cardinal de Bouillon, m, 703.
ALDr.ovA.NDis. Publication de ses œuvres. II, 401.
Alexandre VI , pape. II, 4SI.
Ai.EX\NDRE VII (C.higi). Pape. H, 169, 239, 394, 395, 414. III, 1C9. 33 'i
Alibocx (d'). II, 509.
Aligke (d'), directeur des finances, II, 310.
Aligre (d'), le capitaine, fds du chancelier. II, 418.
Alincolrt (d'). I, 326.
Allais (D.), médecin de Paris, I, 217, 264, 453. II, 211. III, 51, Ô5.
Allen. I, 57, 58, 59, 63, 66, 67.
Alliot, médecin de Bar-le-Duc.
Maladie de la reine-mère. III, 526.
Almeras (le chevalier). II, 13.
Alstedrs ( J.-H. ). Encyelopadia.
Altieri, cardinal, élu pape sous le nom de Clément X. III , 743.
Ans (des), partisan. II, 326.
Amant (de Saint-), poêle. I, 295. '^
Amelot, premier président de la Cour des aides. I, 471. III, 387, 773.
Amiot, médecin, à Gien. I, 423.
Amolr (de Saint-), janséniste. I,^ 195. II, 488.
Amyot, traducteur de Plutarque.
Amyrailt ( Moïse ) , ministre de Saumur. II, 146, 489, 495. III, 95,
Ancre (le marquis d'). Coiicino Concini, maréchal de l'rarfce. I, 105, 428, 471. II, 135, 203. III, 2S8 H note.
Ange (de Saint-). I, 290. II, IS".
Angenot. I, 22.
Amccllo (Thom.). II, 176.
Anglais (les). Leur caractère. II, 418. il I, I3'i, 148, 287, 6()6.
Anisson, libraire, à Lyon. Fil, 'lOI.
Anc.ollkme (ducd'), fil* naliirel de Charles IX et de Marie Touchet.
I, 322. — Sa mort. II, 50.
Anmol (duc d'). Sa naissance. I, 68, 396, MO. Il, 227, 2i0, 320, i08.— Son mariage avec la sœur du roi d'Angleterre. III, 262, 328.— Sa mort, 782.
Annat (le père), jésuite, confesseur du roi. II, 130, 179, 199, 23i, 268, 392 et note. III, 751.
Aaxed'Al'triche, reine-mère. 1,58 et note, 98, 99, 150. - Ses libéralités envers les courtisans, 291. —Sa puissaiice, 298. — Affaires des barricades, /i05, 407. — Sa retraite à Saint-Germain, 424, 427, 428, 430.— Entrevue avec les députés Ju Parlement à Saint- Germain, 433. — Paix conclue avec le Parlement, dite paix de Revel, 470.
II, 70.— Son inébranlable atlachement pourMazarin, 351 note, 586, 588. III, 307, 316, 345, 440. - Sa maladie, 493, 494, 498, 499,512.
— Sa mort, 579, 580.
Années climat criques. I, 391.
A^TElIL (d'). I, 104.
Antimoine (T). I, 77, 175.- — Décrets de la Faculté et arrêt du Parlement contre, 191 ; et pour l'antimoine. III, 609. —I, 514. II, 139, 192, 198 cl noie, 443 et noie, 459, 475, 550, 563, 564, 572. — Stibii no.rœ vindicice, 577.
III, 12. — L'antimoine triomphant et la légende antimoniale, 18, 20, 23, 27, 86, 88, 89, 90, 257, 258, 600, 601, 609.
Antin (le marquis d'). III, 396.
A^TOixR, cardinal, grand-aumônier de France. I, 192, 198, 227. II, 232.
Apoi hic aires. I, 11, 23, 31,173.— Procès contre Gui Patin , leur condamnation, 136, 208, 214, 218, 219, 228, 229, 356, 453, 454, 455, 506, 516. II, 196, 379, 459, 475,503, 504, 507. — Ils devaient prêter serment aux médecins. III, 174, 186, 191 , 203, 258, 559. — Délinilion de l'apolhicaire par Haulin, 799.
Ar.Ar.r.s (Us). Jngemenl sur la uié- (Iccinc dis — . I, 399.
Arago, membre de l'Inslitut. H, 1 89 note.
ARGRNcorRT (mademoiselle d'). II,
Argenson (d'). I, 155. Tioubles de Bordeaux. II, 521.
Akgoiges ( d' ) , maître (ies requêtes, etc. III, 350.
Akmagxac (comle d'). II, 94, 142.
Arnaud, médecin de ^lontpellier, auteur d'un livre contre G. Patin intitulé : Patinas verberatus. I, 479.
Arnacld (Antoine), docteur en théologie et philosophe, surnommé le grand Arnauid. 1, 112. — Sa lutte contre les jésuites, 119, 332. H, 149, 199 229, 233. - Son portrait, 237, 239.
Arnauld d'Andilly (Robert), frère du précédent, traduct. de FI. Josèphe.
Arts Al LD d'Andilly, seigneur de Pomponne, ne\eu du célèbre Ant. Arnaukl. III, 397.
Artagxan \d'), guerre de Flandre.
A.sserac (marfiiiis d'). Il, 20 J.
AsTRtc (J.), célèbre médecin de Paris. III, 554 note.
Atticiiy (L. Don.), évêque d'Au- ^ tun. Histoire des cardinaux. I, 487. yj
Alberis (des). II, 199.
ArnERY (Ant.), Histoire du cardinal de Richelieu. I, 488. II, 331,
AucETERiiE (marquis d'). I, 404.
AVBERTI\. I, 359.
Albigné (Françoise d'), femme de Scarron, puis madame de Maintenon.
III, 275, note.
Alrigné (Théodore- Agrippa d').
II, 120, 123 et note, 124.
AtBiJOux (comle d'). II, 106.
AiiîRAt (d'), lieutenant civil. III, 613, 751.
Aigri, dil Roberl-le-I)iable, président des comptes. II, 279,
TABLE
AiBriy (l'abbé J. d'), inédccin de Mon Ipel lier, II, 32(5, 327, 332.
AïoiF.i!, piédicaleiir. Il, 98.
AiMALK (l'abhé d'). II, 72.
AiMMj; (iiiadt-iiKiiselIc d' ) , reine de l'oiiuRal. ill, 597. ^
AiMO.NT (le marécbal d' ), gouverneur de Boulogne, Fait prisotmier à Ostende. I, 197. Il, 39'i, 395, h21.
Autriche (la maison d'). III, 599 et. noie.
A\ALX (d'), premier président. I,
Av.Ai'x (d') , surintendant des finances, plénipotentiaire à .Munster.
I, 104, 175, 290, 299, S29, 395, iOl, /i07, i20. II, 21. — Sa mort et son apologie, 60, 61.
Avocats (les). I, 490. III, 178.
A\oGt:oLK (Muiie d'), duchesse de Montbazon. Sa mort. II, 309 et note.
AxTius (J.-C). Notice xliii.
Aykalt (le père). Sa doctrine. I,
Bacciis (And.), médecin de Rome.
Bachot ( Etienne ) , médecin et poêle. iNulice, xlix. Il, 101. III, 687 el note.
Bacox (!'>.), le chancelier. I, 204, 236. — Jugement de Gui Patin. II, 141. III, 189.
Baden (marquis de). II, 1J5.
Bag.nealx (de). III, 186.
Bagw (le cardinal). Sa mort. I, 81.
Bailleul (le président de). I, 72, 290, 2'./9, 309.
Bailli. I, 199.
Bailloc (Guill.). Jugement sur ses ouvrages. J, 27, 28, 31, 63, 65, 139, 143, 144, 314. III, 696.
Bailly, avocat général. I, 384.
Balesdem. I, 69.
Balleste , neveu du père Annat.
Ball^ , chirurgien d'Alençon. 1, 475, 489.
Baltiiazak, maître des ief|uêlcs.
Balzac (de). I, 34, 47, 115, 140, vA^ 142, 181. II, 2.^. — Parallèle entre Balzac et Voiture, 559. III, 95. — Sa mort, I, 203 el noie. II, 115.
Bar (de), gouverneur de Vincenne-.
Bahadas (de), évêque de Noyon.
Baradas. II, 267.
Bahadat (marquis de), gendre de Tarlarin, l'apothicaire. III, 460.
Baraillon (le président). I, 52,
Baualis, médecin de la Cour. I,
Baranci. I, 508.
Baraï, membre du Collège des médecins de Troyes. I, 22, 68, 73 el note, 245.
Bauberi.v (Antoine), le cardinal , archevêque de Reims. I, 193, 339.
Barberin (le préfet). II, 520, 521.
Barberi.ne (la famille). 1 , 71.
Barbel du BoiRG. I, 391 note.
Barbier (A. -A.), biljliolhécaire de Napoléon. III, 161 note.
Barbier, imprimeur de Lyon. I, 331. II, 120, 215.
Barclay (J.). I, 254, 362. II, 318.
III, 213 et note.
Bakeion. I, 113, 114, 116, 118,
Barjot (Philippe), niaitrj des requêtes, gendre de Fernel. III, 85.
Barjot (madame), lille de Fernel.
Barlet (Ann.). 11, 170.
Barloeis (Gaspard), poêle hollandais. I, 374.
B\rmès (le père). I, 255.
Baron (Hyacinthe-Théodore), médecin de Paris. Notice, ix.
Baro.mis (César), cardinal. I, 139.
IT, 197, 523. IJI, 177.
TABLE
^ARRA, de Lyon. II, 2/i5.
^ÎARREAix (des). III, 598.
Barricades ( journées des ). I , de /i03 à !i-2\ et note, /i2().
Barihus (Gaspard). I, 251.
Bartholi-n (Thomas). Notice, m.
I, 190, 20i, 251. II, 75, lil , 488.
Baky. II, J 70.
Basset (B.), médecin de Lyon. II, 299, 336, 350, 435. III, 74. '
Bassigm (comte de), gouverneur de Saint-Omer. II, 122.
Bassompierre (de). I, 104, 293.
Bassompierre (de), évêque de Xainles. III, 764.
Bataille, avocat deRenaudot dans son procès contre la Faculté. I, 324.
Bavdils (D.). I, 246. II, 368, 532.
Baidolis, médecin. II, 159.
Baldoui^ (J.). II, 287.
Baihin (Jérôme). II, 14, 24, 409,
Bavhin (J.-C). I, 377.
Balqleharre (de), président. III,
Baitru (Bernard), avocat du Conseil , auteur d'un libelle contre le prince de Coudé et JM. le premier président. I, 153, 443.
Baitrv , membre de l'Académie française. II, note, 19, 20.
Bavtrv-Sérv (de), fils du vieux Baulru. II, 185.
Bavière (le duc de). I, 72, 385. II, ■;ijÎAYLE (Pierre). Notice, xwi.
Bazix. I, 14.
Bazimèiu; (de la). II, 379. III,
Bazimère (mademoiselle de la). 11,
Bazimère (madame de la). II, 185.
Bezoit (E. ), mathématicien. II, 356, note.
Bé [M. le). I, 48.
Bealfort (duc de), surnommé roi des frondeurs ou roi des halles. 1, 153, 175, 179, 298. — Barricades, 404, 408, 415, 458, 462, 470, 481, 508.
H, 16, 55, 396.— S;i grane, 513, 51 'i.
520, 545, 553, 568. IH, 603. — Défaite des Anglais, 696, 702, 708.
Beailiec , ministre genevois. I, 2.38. II , 439.
Bealmo.nt de Péréfive (H.), précepteur de Louis XIV. I, 335, 447.
Beairai.\s (Pierre), médecin de
Paris. III, 773, 775.
Béai VAIS (madame de), première femme de chambre de la reine. I, 163, 500. II, 331. III, 433.
Becker. I, 457, 466.
Beda DES FoiiGEKAis ( Élie ), méde»
cin de Paris. I, 233, 245, 392, 401. II, 39, 63, 154, 473, 587, 595. III, 43n, 134.— Maladie de Mazarin, 339, 556, eu note 660, 661.
Bégin (L.-J.), membre de l'Acadé' mie royale de médecine. III, 181 note.
Bégii.x, I, 178.
Béjaut (le comédien). III, 138. -^/
Bfjart ( Élisabeth-Armandine-Cré- , ziude-Claire), femme de Molière. 111, 138 et note.
Belaître (Picolé de). II, 227, 322.
Bel A Y (N.), de Blois. II, 247.
Belfo.nds (de), lieutenant-génélal.
Reli.n (père et lils), médecins, à Troyes, correspondants et amis de Gui l*atin ; il leur adresse les Lettres 1 à CLIII. I, 1 à 258.
Bellarmi>, cardinal. II, 364, 478.
Bellay ( Guillaume du ). II, 480. y
Bellay (l'évëque de). I, 273. — , Délinition de la politique. III, 531 et note.
Bellebul.ne ( de ) , gouverneur de Hesdin. II, 378.
Belletille (le père). III, 158.
Belleval (Marlin-Richer, de), professeur et chancelier de la Faculté de .Montpellier. I, 78, 80, 207. Il, 259, 498. m, 35. —Sa mort, 463 et note.
Bellièvue, premier président du Parlement. I, 35,. 192, 223, 224. II, 169, 225, 286. —Sa mort, 32. 111, 72, 73.
TABLE