‹ Lettres de Gui PatinChapitre 5 sur 56 · SUR LA VIE, LE CARACTÈRE ET LES OUVRAGES · texte numérisé non relu

SUR LA VIE, LE CARACTÈRE ET LES OUVRAGES

Quoique le nom de Gui Patin ne brille pas au premier rang parmi les grands hommes du siècle de Louis XIV, du moins à la plus belle période de cette époque, ce nom ne manque pas de célébrité, surtout dans la première moitié du xvu° siècle. Gui Patin, né dans le même temps, ou à peu de chose près, que Corneille, Molière, Descartes, Gassendi, Ducange, Cureau de La Chambre, Gabriel Naudé, le père Petau, le père Mersène, Saumaise, Saint-Évremont, etc., participa à ce grand mouvement des esprits, dont l'éclat fut à son apogée de 1660 jusqu’à 1696. Toutefois cet illustre médecin eut une réputation bornée à sa carrière particulière et à celle d'érudit, titre alors très recherché. Parvenu aux plus hautes dignités de sa profession, il jouit longtemps de la renommée d'un médecin savant, d'un praticien distingué, d'un professeur éloquent et spirituel ; il fut doyen de la Faculté de médecine et sut faire respecter sa corporation, dont il soutint les droits et les priviléges avec autant de vigueur que de dignité. Artisan de sa fortune comme tous les hommes célèbres,

il y mit pour condition le travail, l'application assidue, L a

tt ‘ NOTICE SUR GUI PATIN.

et 1l se trouva, sans trop se hausser, au niveau des illusrations contemporaines.

Malgré tant d'avantages, comme Gui Patin n'était connu que par 868 Cours, par ses thèses, par quelques écrits satiriques contre l'antimolne, et plusieurs opuscules si peu remarquables qu’il n’y mit pas même son nom, il est douteux que sa réputation eût franchi certaines limites, et surtout qu'elle fût parvenue jusqu’à nous. Mais lorsqu'on eut publié une partie de ses Lettres, il en fut tout autrement ; sa réputation s'éleva subitement à un haut degré: on comprit tout ce qu'il y avait dans cet fllustre médecin de savoir, d'esprit, de sagacité, de pénétration et de force morale. C'est au point que ses jugements, ses opinions, ses disputes, ses vives critiques, ses sarcasmes, sont devenus pour ainsi dire historiques ; et Bayle, dans son Dictionnaire , s'est bien gardé d'oublier le nom de Gui Patin, quoiqu'il donne plus de détails sur la vie et les travaux de Charles Patin que sur l'auteur des célèbres Lettres.

Toutefois, malgré l'éclat mérité de ces dernières, depuis près d'un siècle elles ont été négligées; les éditions en sont devenues rares, incomplètes, imparfaites, peu dignes en un mot de leur célébrité. Serait-ce k cause du mouvement progressif des idées philosophiques? Doit-on attribuer cette sorte d'oubli aux événements politiques qui se sont multipliés et précipités pour ainsi dire dans les derniers temps? Il serait diffcile de résoudre la question. Toujours est-il qu'on parle souvent de Gui Patin et qu'on ne le connaît pas. On cite parfois ses mots satiriques, ses épigrammes, sa po-

NOTICE SUR GUI PATIN. ii

lémique virulente contre l'antimoine, contre le Mazarin, contre les jésuites, contre les grands; mais le savant, mais lé praticien, et surtout le philosophe, l'historien, le peintre de mœurs, l’homme en lui-même, est à peu près inconnu. Or, c’est dans ses lettres, dans cet ouvrage si spirituel, si original, si au-dessus de tout ce qui a été écrit dans ce genre, qu'il faut étudier Gui Patin; c’est là que non seulement on peut le connaître, mais son siècle, ses contemporains, les événements qui ont eu lieu de son temps. C'est là que l'on peut saisir l'origine de ce grand et puissant mouvement social que la postérité ne cessera jamais d'admirer sous le nom de Siècle de Louis XIF. |

Gui Patin a pris soin de nous instruire lui-même de sa biographie. Dans une de ses lettres à Spon , son cher et savant ami, il rappelle en peu de mots le pays où il est né, l'origine de sa famille, et les quelques événements de sa vie, qui fut presque toujours difficile , laborieuse et militante. Toutefois il ne dit que les choses principales, et ee n'est qu’à force de recherches qu'on a pu rassembler quelques traits capables de donner à cette biographie plus de développement et d'ensemble.

Cs médecin naquit le 34 août 1601 à La Place, petit hameau dépendant de la commune de Hodene en Bray (4), non loin de Beauvais, ancienne province de Picardie, faisant aujourd'hui partie du département de

(4) Par arreur, ou par cerruption du mot Hodene , tous les biegraphes font natlre Gyi Patin à Houdan-en-Bray. Il signait toyjoure Bellovacensis, de Beauvais. Quant à son prénom, tantôt il met Guy et tantôt Gui: neus avons préféré ce dernier.

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