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il en surviendroit quelque autre; même que le malheur étoit si grand que madame de Bouillon qui s’est sauvée depuis peu, étant parvenue près de son mari, il y a grand danger qu’elle ne lui fasse prendre les armes, et qu'étant révolté il ne fasse de nouveau soulever la Guienne, laquelle est en très grande . disposition pour la haine qu’elle porte à M. d'Espernon, quibus positis, ut sunt verissima; la reine pourroit bientôt remettre les trois princes en liberté, afin d’apaiser par ce moyen-là les guerres civiles qui sont à la veille de s’allumer en France, et d'ôter ce prétexte de guerres aux brouillons d'État qui veulent remuer; qu'il sait bien que la reine y a pensé; que la semaine dernière deux courriers différents sont arrivés au bois de Vincennes, qui ont apporté des lettres à M. le Prince; que M. de Servien a été par deux fois au bois de Vincennes, où il a conféré secrètement deux heures entières avec ledit prince, lequel depuis a dit qu’il voyoit bien qu'il sortiroit de là le mois d'avril prochain. Autrefois la politique étoit : «rs non tam regendi quäm fullendi homines, maintenant nous pouvons dire aujourd'hui de la politique du Mazarin, que ars est qué non solum homines sed ipsi etiam politiei decipiuntur. Si on le prend pour un politique qui n'en mérita jamais le titre et qui n'est qu'un malencontreux étalon de cour que l’on avoit pris pour vrai et fin diamant, mais qui n’est qu’une hapelourde et grand larron de nos finances (1).
M. le chancelier Séguier étoit à Pontoise en repos , tant du corps que de l'esprit, où il étoit visité de ses amis de deçà qui y alloient à toute heure, et avoient dessein de n'en sortir qu'après avoir passé les fêtes, et de là se retirer à Rosny,
(4) Toutes les fois que Gui Patin déverse le trop-plein de sa bile antimazarinesque, on peut être sûr qu’il y a toujours une part à l'injustice : car c'est l'esprit de parli qui l’inspire. Le fait est, qu'avec de grands vices et de grands défauts, le cardinal de Mazarin eut une adresse , une pénétration, une habileté extrême, et qu'il employa au profit de la France; mais il fut souvent ce que dit Sallusle : omninô simulator et dissimulator. (R. P.)
maison de son gendre. Mais comme il a entendu que M. de Châteauneuf, madame de Chevreuse et autres puissants de cette bande, se plaignoient qu'il étoit là trop visité de MM. les maîtres des requêtes, qui alloient là comme en procession, et de ses autres amis qui alloient et venoient jour et nuit, il en est tout sur-le-champ délogé depuis deux jours. Quelques uns disent qu'il a reçu commandement d'en sortir par brevet exprès de la cour, les autres qu'il n’en est point sorti que par la peur qu'il a eu de le recevoir. |
Il est vrai que M. Servien 4 été voir deux fois M. le Prince en sa prison; mais on croit que ce n’étoit que pour le prier de donner une lettre au gouverneur qu'il a mis dans Bellegarde , qui le peut obliger de rendre la place, ce que l’on dit qu’il n’a pas obtenu, et que même ceux qui sont dans Bellegarde ont prévu à cet événement, ayant fait avertir le Mazarin que jamais ils ne se rendroient , ni ne remettroient la place entre les mains du roi durant sa minorité, quelque lettre qu'on leur apportât de la part de M. le Prince, si elle n'étoit pareillement signée de M. le maréthal de Turenne, avec lequel ils ont intellligence.
On dit que M. de Bouillon a fait mettre en armes toute la vicomté de Turenne, sous ombre qu’il a eu certaines nouvelles qu'il y avoit entreprise sur sa personne. Il y a aussi du bruit en Provence, et principalement à Marseille, contré le comte d’Alais, sous ombre de création des consuls de la ville. I] y avoit en Anjou une demoiselle qui gouvernoit le maréchal de Brezé, et toute la maison, dont elle étoit devenue fort odieuse à toute sa province. Comme elle s’est rencontrée en cette ville, M. le duc d'Orléans l'a fait arrêter prisonnière , et l'a fait mener dans la Bastille. Les Angevins ont encore si peur du maréchal de Brezé et de sa tyrannie, qu'ils ne savent s’ils osent dire qu’il soit véritablement mort, et même semblent en douter. On ne sait pas ici où le roi et la reine passeront les fêtes de Pâques : les uns disent à Lyon, les autres à Paris. Pour moi j'ai opi-
nion que le Mazarin , qui craint Paris, et qui n'aime point les
grandes villes, de peur d'y être enfermé, ou accablé, les amusera et retiendra en Bourgogne, sous ombre de parlementer avec les rebelles qui sont dans Bellegarde, en intention de les amener à la raison, et qu'il traînera ainsi le mauvais temps, lui qui est de son naturel grand temporiseur , jusqu’à ce que la douceur de la saison leur permette d'assiéger Bellegarde , si pendant deux mois, ou tout au moins six semaines cette place ne se remet dans son devoir et dans l’obéissance du roi. Les MM. du parlement avoient cédé six conseillers de la cour pour être syndics des rentiers, et afin de travailler à faire payer les rentes, conjointement avec M. le prévôt des marchands et les échevins dans l’hôtel-de-ville, Le prévôt des marchands n'ayant pas voulu reconnoître ces nouveaux syndics, ils sen sont plaints à la cour, qui s'en alloit décréter contre le prévôt des marchands ; M. le duc d'Orléans, averti de ce désordre, lequel auroit pu exciter vacarme dans Paris, en fiveur des rentiers, a demandé surséance au parlement,
etqu'il vouloitaccommoder cette affaire. Enfin on a changé de
chambre M. le prince de Conti, il est hors d'avec son frère; il est en plus bel air et plus beau lieu, dans l’appartement de M. de Chavigny, qui est un corps de logis qu'il y avoit fait bâtir pour soi et pour les siens, lorsqu'il étoit gouverneur du bois de Vincennes. On dit ici que le capitaine des gardes du comte d’Alais a été tué à Marseille, et que M. Fordé, maître des requêtes, intendant de justice en Limousin, a été révoqué de sa commission par ordre du conseil, à cause des cruautés qu’il exerçoit en ce pays-là, où, s’il ne s’étoit rendu le plus fort, les communes l’auroient assommé; joint que l'on auroit peur que le feu étant là allumé, n'augmentât trop vite dans les provinces voisines, où il y a déjà bien du mécontentement, et même que M. de Bouillon y est en armes. On dit aussi que M. de Villemontré a été en grand danger à Bordeaux, et que son carrosse y a été brisé et mis en pièces. Quand M. de Servien a demandé une lettre pour faire rendre Bellegarde à M. le Prince, il a répondu que la place étoit
bonne et ceux de dedans bien résolus ; mais que si la reine lui vouloit donner Ja conduite de l'armée, qu'il la feroit rendre en deux heures. On a envoyé à M. de la Rivière lui demander de la part du roi son cordon bleu, faute de prouver sa noblesse qu'il n’a jamais obtenue qu'à cette condition, à quoi il a manqué, parce qu'il ne le pouvoit pas faire. Le Mazarin a envoyé une abolition à Marseille, pour ce qui s’y est passé contre le comte d'Alais, en quoi on dit qu'il a fort mal fait ; et néanmoins on croit qu'il le fait exprès, afin d'y faire brouiller les cartes davantage, et que la reine étant obligée d’en retirer le comte d’Alais, s’il n'y est même assommé, ledit Mazarin puisse prendre pour lui ce gouvernement. Les trois princes vivent encore aux dépens de la reine : M. le Prince ne veut pas y vivre à ses dépens , et ne veut pas tenir l’ordre que madame la princesse sa mère y avoit mis. Enfin je finis après vous avoir protesté et assuré que je serai toute ma vie, monsieur, votre très humble, etc.
De Paris, ce vendredi 1:" jour d'avril 1660.