PAR RAPPORT A LA RELATION
Tout ce qui arrive clans le monde ne dépend pas uniquement des lois naturelles ; l'explication des phénomènes exige , en outre , l'admission d'une cause première et libre.
S'il n'y avait d'autre causalité que celle des lois
KABT. 289
nécessaires de la nature, l'univers serait une série infinie d'événements dans laquelle chaque événement aurait la raison de son existence dans l'événement précédent; mais la série elle même ou l'univers n'aurait aucune raison de son existence. C'est comme si on supposait une chaîne dont chaque anneau aurait besoin d'être soutenu par l'anneau supérieur pour ne pas tomber, tandis que la chaîne entière n'aurait pas besoin d'être soutenue ; supposition qui est absurde.
Il y a donc une cause première existant par soimême.
Cette cause doit opérer librement dans la production des phénomènes ; elle doit se suffire à ellemême et à toutes ses productions, sans qu'aucune chose puisse influer sur elle et la modifier. Sans cette liberté , il y aurait une série infinie d'effets sans aucune cause; ce qui est une contradiction.
Cette liberté étant démontrée, comme cause première, il suit qu'il peut y avoir dans le monde d'autres causes libres et servant de premier anneau à des séries particulières de phénomènes. Telle peut ,être la liberté de notre âme , comme premier terme d'une série de causes dans l'univers.
290 LETTRE IREIZiEME.
ANTITHÈSE
// ii y a pas de liberté, et tout dans le monde arrive en vertu des seules lois de la nature.
Si la production des phénomènes dépend d'un acte libre d'une cause première, il faudra admettre l'une de ces deux choses : ou que cet acte est sans raison suffisante, ou qu'il a une raison suffisante. Dans le premier cas, l'existence de cet acte libre répugne au principe même de causalité, puisqu'il constituerait un effet sans cause. Dans le second cas, cet acte étant une conséquence de ce qui le détermine à être, ne serait pas libre. La liberté est donc impossible. En outre, un acte libre de la cause première supposerait un état antérieur d'inaction, et l'on ne comprend pas comment la cause première aurait pu passer de l'état d'inaction à l'état d'action; d'autant plus que les défenseurs de cette liberté considèrent la cause première comme immuable.