LUE
Jeudi 13 octobre 76, hôtel Grandval.
Maître Bloy,
« Un mot suffit au sage. » Vous êtes un sage et même un saint, — il vous suffira !
Mon article part. Le Mamelouk l'aura donc demain.
J'ai la tête abasourdie par cet article fait de verve et d'enfilée, aujourd'hui même.
11 sera agréable aux de Broglie, allez!
Corrigez, corrigez, corrigez. Il y avait encore des fautes dans le dernier; mais je ne vous les reproche que pour vous dire de les éviter ! — aujourd'hui.
Prenez pour adjutorium le Frédégondien.
Je lui écrirai demain.
Votre
J. Barbey d'Aurevilly.
188 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Valognes, hôtel Grand val, Jeudi 1" novembre 76.
Mon ami Bloy,
Je vous aime pourlalettre que vous m'avez écrite à Saint-Sauveur. Je vous aime pour chaque expression de cette lettre, que j'ai envoyée à M"^ de B... pour lui montrer combien et comment vous m'aimez. Je vous aime enfin pour les prières que vous avez fait dire à Notre-Dame-des- Victoires et qui ont sauvé mon frère (encore de cette fois).
C'est à partir des six heures du jour que vous l'avez recommandé, qu'il a repris connaissance et que sa main a serré la mienne.
C'est à partir de cette heure que le mieux s'est produit, — qu'il s'est affermi, — et qu'il s'est accru.
M. le curé de Saint-Sauveur, qui venait de l'administrer, ne croyait pas avoir le temps d'achever la cérémonie. C'est la troisième attaque de paralysie, presque toujours mortelle, celle-là; mais Léon est d'une telle vitalité que les sinapismes lui ont dégagé la tête par la force de la douleur qu'ils ont causée à cette organisation puissante, — capable, sans la paralysie, de résister à tout et de durer.
Mes impressions ont été telles que je ne veux pas vous les dire. A quoi bon?... On s'amollit toujours en racontant ses douleurs.
J'ai passé quelques jours à Saint-Sauveur, et j'en aurais passé davantage, si le mieux n'était pas allé toujours en s'affermissant.
Je suis revenu ici, un peu défait par l'émotion, mais je suis comme Antée : quand je touché la terre, je rebondis.
Cependant, malgré mon rebondissement, je n'ai ni le temps, ni la possibilité de faire l'article que je devrais envoyer aujourd'hui au Mamelouck. C'est pour cela que je vous prie de le voir.
490 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Allez à lui, au reçu de cette lettre. Dites-lui que mon frère a failli mourirj — qu'il n'est pas à Valogneset que j'ai passé tous ces jours à son chevet, que je croyais son chevet d'agonie. Revenu ici, depuis bien peu de temps, je n'ai pu que lire le volume des Mémoires de Chasles et écrire deux feuillets de mon article. Je vais faire les autres sans désemparer et, dès qu'ils seront prêts, je les lui expédie.
Voyez mon ami Azambre au Constitutionnel.
Mettez-le au courant de la situation par laquelle j'ai passé et dites-lui que je lui écrirai prochainement, — avant de rentrer à Paris.
Ajoutez au Mamelouck que je serais bien aise qu'il fît paraître mon article dès qu'il le pourra, quand il l'aura reçu. Qu'il le fasse passer dans la semaine prochaine, fut-ce fiors tour. Je vous prie de vous informer de l'arrivée de cet article, à partir de samedi prochain. Je pense que, ce jour-là, il sera fini et arrivé. Vous pourrez corriger.
Voilà tout, mon cher Bloy. Je n'ai pas le cœur à la causerie. Je n'ai pas encore ce cœur
désentortillé du linceul dans lequel j'ai failli envelopper mon frère.
Si vous voyez Nicolardot, à qui j'enverrai prochainement ce qu'il me demande, diteslui le coup qui m'a frappé et à M""^ Lebr...
aussi.
Je compte aller encore une fois à Saint- Sauveur voir cette tête qui fut si éloquente et si poétique et qui ne l'est plus que par sa souffrance et par l'auréole de sainteté qui y brillait déjà, avant celle du martyre, qu'y voici !
Bien des choses à tous les amis.
Votre cœur triste, J. Barbey d'Aurevilly.
192 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Valognes, samedi, 3 novembre 76.
Mon très-cher Monsieur Bloy,
Vous avez dû recevoir ma lettre hier et être allé voir le Mamelouck. Eh bien, — ainsi que je l'avais prévu, l'article était fini hier à quatre heures et mis à la poste pour le Constitutionnel. Vous l'y trouverez aujourd'hui.
Corrigez aussi bien que la dernière fois.
L'article ne me fait pas l'effet d'être mauvais. Je l'ai fait avec assez d'entrain. La pensée de mon pauvre abbé dont le mieux, heureusement (on me mande cela), s'accentue chaque jour un peu, n'a pas trop plané sur mon esprit en l'écrivant. J'ai pu me transposer dans une autre idée que la sienne, et prendre intérêt à ce que je faisais, — la seule [ chose sans laquelle tout ce qu'on écrit n*est
f jamais bon !
Je reçois à l'instant même une double lettre des Laconibe. Voyez-les et dites-leur combien leurs témoignages d'amitié m'ont pénétré, dans l'affliction du danger de mon frère. J'ai la bonne intention de leur écrire, mais je suis terriblement occupé de bien des choses, même en dehors du travail.
Demain, je pars dès six heures du matin pour Morsalines et pour Saint-Wast. Je me rends ces côtes-ci familières pour mieux les peindre, quand je ne les verrai plus. Le passé, le souvenir, la distance étant pour moi la palette flamboyante.
S'éloigner^ — n avoir plus, — exaspérations qui montent mon esprit et mon cœur à leurs plus hautes puissances ! Quand quelque chose baisse dans mes sensations, en présence de qui me les donne, — je n'ai qu'à m'éloigner, elles réaffluent toutes avec furie. J'aime plus dans l'éloignement que de près.
Jolie nature! me disait, ironiquement, l'autre jour, une femme à qui je contais cette manière d'aimer. Mes amis (dites-le aux La-
194 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
combe) ne perdent pas à ce que je les quitte. Le souvenir est ce qu'il y a de plus grand en moi. Je n'ai jamais W^n oublié, — ni personne.
Je compte envoyer mes premiers équipages à M"* Lebr..., cette semaine, et partir comme samedi. Je vous préviendrai du départ.
Je suis accablé de besogne, car j'ai plus de cent pages à faire pour mes Bas Bleus.
Le caractère de Monnoyer n'étant pas le même que celui des Œuvres et des Hommes^ et dévorant quelque chose comme sept lignes de plus à la page, je me trouve obligé de remplir ce gouffre. Il aurait fallu envoyer un volume des Œuvres et des Hommes^ comme modèle, et je n'y ai point pensé.
Adieu. Corrigez avec un microscope. Aidezvous du Frédégondien. Le temps est gris; mon âme aussi. Il fait bien triste dans la galerie de Lara !
Valognes, 9 novembre 1876, hôtel Grandval-Galigny.
Monsieur Léon Bloy, mon ami,
Voici une lettre, sans article. Le volume de Balzac est trop gros, et il m'est arrivé trop tard pour que je pusse faire un article; de lundi, jour de son arrivée, à jeudi, quatre heures d'après-midi. D'autant que je veux faire un article digne du sujet et plus long que mes autres articles.
J'aurais pu commencer par le Fréron, mais le moyen, quand on a du Balzac incomiu sous la main, de rester là, sans y toucher! L'esprit a ses démangeaisons autrement cuisantes que celles du corps I
J'ai donc lu, avalé, ruminé, et je rumine
196 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
encore un article, quand, pour ce volume, il en faudrait plusieurs ! Il est neuf heures du matin, et je viens de finir cette masse de lettres où l'homme se montre aussi étonnant que l'écrivain .
Je me demande, moi qui fais des articles uns et régis par une conception qui domine tout l'article, quelle est la face que je dois choisir, pour la montrer, dans cette force multiface qui s'appelle Balzac? Je vais y penser en voiture sur la route de Saint-Sauveur, où je vais voir mon frère (sauvé par vos prières et celles de l'Archiconfrérie), avant mon départ pour Paris.
Arrivé à Saint-Sauveur, j'écrirai mon article, que j'enverrai au Constitutionnel^ dès que je serai revenu à Valognes. Prévenez, je vous en prie,. Ali. J'ai le temps de faire le Fréron aussi, dans le mois, et ce sera mes deux.
Mon cher dévot à Dieu et à Moi, prévenez aussi M"* Lebr... Je crois que dimanche (d'après-demain en huit), je serai rue Rous-
A LÉON DLOY 197
selet, à me roussir au feu, s'il fait à Paris le temps qu'il fait ici depuis hier. Froid sabrant, neige, papillons blancs grands comme des éventails ! V^oilà la journée d'hier !
Celle d'aujourd'hui aussi sabrante, mais le sabre est bleu, damasquiné d'or parle soleil. Un terrible beau temps ! Mes gazons sont des tapis de diamants, sous la plus luxueuse des blanches gelées. Je n'aurai pas chaud, en passant au pont de Colomby I
Je reviens pour travailler avec la fuyHe balzacienne. Ce Titan de travail me fait honte du temps que j'ai perdu à boutonner des culottes et à les déboutonner. Il me fait repentir de mon dandysme, — de ce dandysme dont votre Austérité rit !
Je crois vous avoir écrit qu'il me fallait, grâce au caractère dévorant employé par Monnoyer, cent pages en plus que ma copie de Landry. C'est là une charge à la baïonnette qu'il va falloir exécuter avec l'impétuosité de Murât ou de Ney.
En avant donc! Je ne muserai pas beau-
coup avec les amis que cela ne soit fait...
Et, à ce propos, dites au Frédégondien que je le remercie de toutes ses courses aux moûtiers où il est allé jouer de la langue pour moi, et de la prunelle.
Dites-lui que je le prie de me copier l'article sur V Appel aux femmes ^ qui est un livre aussi bleu que possible et qui, par conséquent, appartient à mon écrasement d'indigo.
Vous Tavez dans votre collection.
Bonjour,donc, je parsdansdeuxheures. J'enverrai probablement une boîte à M™*' Lebr...
celte semaine.
Si vous voyez le Nicolardot (je serais bien aise que vous le vissiez), dites-lui que, dernièrement, — depuis que mon frère est mieux et que j'ai pu penser à autre chose qu'à son danger, — je lui ai envoyé, — à lui, Nicolardot, — ce qu'il m'avait demandé, et que je suis étonné qu'il ne m'en ait pas accusé réception.
Bien des choses aux Lacombe, d'abord (ces parfaits!), aux Astruc, à Fourcaud et à tous
les Rousseletants ^ c'est-à-dire tous les amis qui sont les vôtres et qui me visitent.
J'écris avec une plume trop fine et qui m'impatiente autant que ma chatte placée et remuant sur mes genoux avec le plus insupportable despotisme, pendant que je vous écris.
Allez, s'il vous plaît, au Constitutionnel demain, prévenir le Mamelouck.
Votre J. Barbey d'Aurevilly.
Saint-Sauveur-le- Vicomte, 16 novembre 1876.
Mon cher ami,
Le coup suprême est porté. Mon frère est mort. Je suis ici pour l'enterrer.
Le coup m'atteint au beau milieu de mon article, qui aurait dû partir aujourd'hui. Prévenez Ali. Dites mon malheur à mon ami Azambre, àqui j'écrirai quand j'aurai fini les tristes choses qui me restent à faire à Saint-Sauveur. Dites-le-lui. Prévenez aussi M^'^Lebr...
Priez Dieu pour moi. Dès que je le pourrai, je me remettrai à la besogne, — c'est une diversion, et il ne faut pas être lâche avec sa sensibilité.
A vous et à tous !
J.Barbey d'Aurevilly.
Valognes, hôtel Grand val- Caligny, Mardi 21 novembre 76.
Mon cher Bloy, — qui avez prié pour moi et pour lui^ — et c'est la plus grande marque d'affection utile que vous puissiez donner à l'un et à l'autre, — me voici revenu à Valognes.
La douleur est toujours et sera, je le crains bien, ioiyot^r^, dans l'intelligence, mais elle est moinsdansles nerfs. . . J'ai repris le fil de la vie. Aujourd'hui, j'ai pu travailler. J'ai repris mon article, rompu par le coup de tonnerre de cette mort, cependant prévue, pressentie, — et demain, mercredi, je croîs qu'il partira pour le ConstitutionneL Vous pouvez donc voir notre bon Ali, après-demain, qui vous dira
202 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
le jour des épreuves. Je voudrais paraître mardi prochain.
Le Constitutionnel de ce matin a parlé de la mort de mon frère, en très-bons termes et dont je suis touché. J'ai cru un instant, et, surtout à la manière dont est relevée la calomnie du Dictionnaire Larousse^ que ces quelques lignes étaient de vous. Mais vous, vous n'eussiez pas écrit Barbey-d'^Aurevilly {sic) avec un trait d'union.
Mon nom de famille est Barbey, qui est un vieux nom du Cotentin (il y a un Barbey, comte de Fécamp^ dans l'histoire de Normandie), et d'Aurevilly est le nom d'une terre seigneuriale, comme on disait quand il y avait des seigneurs.
Il n'y en a plus... Et, du reste, cela importe peu!
Je vous en prie, mon cher ami, corrigez mon article avec soin. Vous me devez celle joie après les cruautés du dernier article qui, était d'incorrection, affreux.
Je ne vous en ai rien dit. A quoi bon vous
affliger et vous reprocher ce qui, d'ailleurs, n'était pas de votre fait et de votre faute... Mais dédommagez-moi par la correction de celui-ci. Songez donc I II est sur Balzac ! I Notre dieu littéraire ! ! !
Vous savez comme il tenait à la correction, lui ! Arcboutez-vous du Frédégondien, à qui j'écrirai, dès que je le pourrai. (Je suis atrocement occupé des détails de la mort de mon frère.) Dites à tous nos amis que je suis sûr d'eux et de leur sympathie pour la peine que j'ai en ce moment.
Je suis trop près de cette mort pour vous en parler. Il a été enterré noblement par les Pères de sa compagnie et par moi, — et il repose, maintenant, parmi les pauvres qu'il a tant aimés, dans le cimetière le plus poétique, le plus digne de lui, puisqu'il était poète, et dans le fossé d'un château féodal de Tan 1000, au pied duquel, plus tard, se sont battus du Guesclin et Chandos, en face de la montagne de Rauville où se trouve la chapelle de la Délivrande, dans laquelle il atanl
204 LETTRES DE BARBEY d'auREVILLY
prié et prêché et comme il Ta dit, dans une de ses poésies :
La Délivrande est là, sur la colline, En face du soleil couchant!
J'écris au galop, et les yeux en larmes. J'aimerais mieux causer avec vous que d'écrire; mais le jour 11' est plus loin où nous causerons. Je vous écrirai quand je devrai partir. Demain je vais à Barfleur. Puis j'expédierai une boîte à M"* Lebr... à qui je vous prie de dire mille choses de ma part, et après, à Paris !
Votre très-triste ami,
Jules Barbey d'Aurevilly.
Écrivez-moi un mot quand vous aurez corrigé pour me dire que vous êtes sûr « qu'il n'y a pas de fautes ».
Paris, 26 septembre.
Mon cher Monsieur Bloy,
Je vous écris parce que vous êtes malheureux et que vous m'avez dit de vous écrire.
Mais, mon très-cher ami, quel conseil voulez-vous que je vous donne? Je n'ai que des conseils humains à vous donner et la chose se débat et se déchire entre Dieu et vous ^
Humainement, je vous dirais : Ne faites que votre retraite ; ne vous laissez pas cloîtrer si vite ; revenez respirer de cette grande épreuve parmi nous et retournez si Dieu vous appelle! Et s'il vous appelle, vous le saurez mieux dans quelques mois,
1. J'étais à la Trappe, et je songeais à me faire trappiste, ce qui eût été un fier débarras.
Voilà tout.
J'ai lu votre lettre à vos amis. Ils sont du môme avis que moi.
Certes! nul de nous ne veut se mettre entre Dieu et vous; mais éprouvez-vous parle temps.
Votre ami pour le temps et pour réternité et qui vous supplie de prier pour lui.
Jules Barbey d'Aurevilly.
Je pars demain soir pour Valognes.
Valognes, 13 octobre 77, samedi.
Mon très-cher ami Bloy,
Vous m'avez pris dans un mauvais moment.
J'ai envoyé 600 francs hier à M""® Lebr... et je suis à sec. Je ne vous envoie donc que la moitié de la somme que vous m'avez demandée. Vous la trouverez ci-incluse, en mandat sur la poste.
J'ai lu votre Mémorandum. Je vous en parlerai quand je vous verrai. Ce sera mieux que de vous en écrire. D'ailleurs, je ne le pourrais aujourd'hui. Je suis haché menu par d'insupportables occupations.
J'attends l'apparition de mon livre pour partir. Valognes n'est plus pour moi, cette
210 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
année, la ville charmeresse. J'y meurs de tristesse et d'ennui.
Votre
Jules Barbey d'Aurevilly.
Souvenir à tous les amis.
Valognes, vendredi 26 octobre 77.
Aux armes ! — mais pas citoyen !
Hier jeudi est parti, et ce matin, — vendredi, — est arrivé au Constitutiomiel un article sur le : Jésuites ! de Paul FévaL
Donc, à la correction ! à la correction !
Vous et le Frédégondien, les quatre yeux de mon front ! Regardez, furetez, prenez garde aux surcharges (en rouge pour qu'on les voie mieux) et à Torthographe et au sens de tous les mots.
Par parenthèse, — met-on un y ou un iau nom de Crétineau-/o/y ou Joli? Je Tai oublié. Vérifiez cela.
Enfin, songez que la Vie inquiète de notre ami Bourget est ma vie, mais moins la poésie et que je suis toujours Lord Anxious !
212 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Corrigez comme un ange; vous qui en êtes presque un. Les anges font la cuisine dans Murillo. Je ne suis pasMurillo, mais faites ma cuisine.
Je compte absolument sur vous. Absolutiste à absolutiste.
Cet article sur Féval m'a beaucoup coûté.
Je l'ai extrait de moi à grand'peine. Depuis que je suis revenu dans ce pays, je suis dominé par des pensées qui n'ont rien de littéraire. Tout ce qui m'y plaisait est parti au loin.
J'y vis dans une solitude évocatrice de fantômes et je m'y ronge le cœur: amèy^c nourriture ! disait lord Byron, qui faisait aussi de ces repas...
D'un autre côté, le sujet était difficile à toucher pour le Constitutionnel, malgré la croix que j'ai plantée sur son vieux bonnet de coton. J'avais toujours peur d'aller trop loin et d'appuyer trop fort sur ce plancher de naphte, d'où le feu était toujours prêt à jaillir.
Enfin, je m'en suis tiré comme j'ai pu.
Vous, corrigez, corrigez avec soin. C'est toujours là le gloria patri de mes Psaumes.
Maintenant, voici un bout de lettre pour le Frédégondien :
A Monsieur Georges Landry ,
Mon cher Georges,
Au reçu de cette lettre, allez chez Palmé, prenez-y, de ma part, un exemplaire de Jésuites ! de Féval, et portez-le à M. Lefèvre au Constitutionnel^ pour M. Gibiat.
Je ne veux pas que mon article soit retardé (lundi est le dernier lundi du mois), et dites à Palmé qu'il le serait s'il ne vous remettait pas le volume.
Montrez ce bout de lettre, s'il le faut. Cela fait, joignez-vous à M. Bloy pour corriger ; moi, je vous joins à lui pour vous aimer.
J. Barbey d'Aurevilly.
Je reviens à vous, monsieur Bloy, mon ami.
J'attends toujours les bonnes feuilles des
214 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Bas Bleus pour vous les envoyer. J'ai adressé à Monnoyer mes dernières corrections. La couverture de Palmé, je Tai acceptée. A toutes les postes, j'attends mon paquet que vous aurez, dès que je l'aurai reçu.
— Voilà!
Je pourrais bien vous écrire sur votre trèsbeau Mémorandum^ — beau par dehors — beau par dedans, — beau de toutes manières, mais j'aime mieux en causer avec vous viva voce^ et nous en causerons le mois prochain, au coin du feu.
11 a eu de l'influence sur moi... et ma vie, ici, s'en est ressentie. J'ai sentiqueyous priiez pour moi, et je me suis mis à porter votre scapulaire. J'expie mes négligences d'église à Paris, en visitant beaucoup celles de Valognes où les bonnes femmes, qui y prient le soir, me connaissent, comme celles des églises de Paris vous connaissent, mais ne me prennent pas pour un saint comme vous.
Mille choses aux amis.
Avons, J. B. d'A.
A LÉON BLOr 215
Valognes, 5 novembre 77.
Monsieur Bloy, mon ami,
Au lieu des bonnes feuilles que j'attendais pour vous les envoyer, je reçois le livre même que je garde.
Palmé doit avoir reçu tous les volumes.
Allez chez lui de ma part et faites-vous donner l'exemplaire dont vous avez besoin pour l'article.
11 s'agit de tambouriner fort et ferme. Je vais écrire à Nicolardot pour qu'il donne à Palmé la liste des journalistes à qui le livre doit être envoyé.
En attendant, vous ne tambourinez guère avec moi, chiens que vous êtes, vous et Landry !
Il y a un roman de par le monde qui s'appelle le Chien muet. Vous êtes tous deux ce chien-là !
Qfte ceci vous soit un coup de fouet.
J. Barbey d'Aurevilly.
En immense hâte.
Valognes, 1 novembre 1877.
(Hôtel Grandval-Galigny.)
Vous êtes insupportables, Messieurs mes amis!
Je vous écris, à vous, monsieur Bloy, — à vous monsieur Landry, — et ni l'un ni Tautre ne répondez !
Cependant mon livre est lancé. Un vieux prêtre de mes amis m'a dit que, dans le Paris-Journal d'hier, il y a une lettre — (une lettre! une leçon pour vous qui me laissez sans lettres !) — et que cette lettre, signée Vindex^ est sur mes Bas-Bleus. Je croyais, ce matin, que vous me l'auriez envoyée. Je n'ai rien reçu, ni journal, ni lettres, ni rien.
Vous êtes des nihilistes, en amitié!
218 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Je pourrais finir là celle imprécation, car je n'ai rien h vous dire de plus. Je vous ai écril ; à vous, monsieur Bloy, pour voir Palmé et lui dire de m'envoyer six exemplaires. Je vous ai écril à vous, monsieur Landry, pour vous envoyer aussi chez Palmé (car le saint bonhomme Bloy peut avoir oublié Palmé, en faisant ses prières), et pour faire partir mes exemplaires et celui de Bachaumont, dont j'ai donné l'adresse.
Je n'ai rien à ajoutera cela. Voilà jusqu'ici toutes les instructions que j'ai avons donner. Le reste ne serait plus qu'une distraction et un bavardage, et vous ne méritez guère, damnés paresseux que vous êtes, que je m'attarde à bavarder avec vous.
Je suis, d'ailleurs, de l'humeur la plus diabolique. Il pleut comme il ne pleut qu'en Normandie, depuis quarante-huit heures^ et mes promenades sur les vieilles routes, — dans les vieux chemins mérovingiens, — me sont interdites par cet abominable temps.
il faut que je reste dans mon grand appar-
tement jaune, n'ayant pour toute figure humaine sous les yeux que le buste jaune de ma tante, M™^ de Chavincourt,que j'embrasse de temps en temps, ne pouvant faire mieux!
J'ai le spleen et je dis, comme Byron, « du gin ! » Mais je dis surtout : des lettres! des lettres ! Que je sache ce que vous faites là-bas!...
Votre ami — furieux, J. Barbey d'Aurevilly.
S'il y a quelque livre nouveau sur lequel je puisse articler, envoyez-le-moi.
220 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Valognes, 21 novembre 77, hôtel Grandval-Galigny.
Écrit debout dans ma main, prêt à sortir!
Monsieur Bloy, mon ami,
Je vous envoie, avec celte lettre, un exemplaire des Bas-Bleus .
J'ai reçu les six que j'avais demandés à Monnoyer.
J'ai pris, ignorant si Palmé vous l'avait envoyé, un exemplaire pour votre article- Le voilà !
Il y a dans cet exemplaire une interversion de pages, par exception, et cette exception, qui vient de l'asnerie étourdie du brocheur, m'a fait fulminer de colère.
J'ai mieux aimé vous offrir cet exemplaire
défectueux qu'à une autre personne, parce que vous, qui faites relier mes livres, rétablirez les chiffres intervertis delà pagination. Je suis sûr de vous.
Si Palmé vous a (comme il le devait) envoyé un exemplaire, donnez celui-ci au Frédégondien.
Et, au reçu de ma lettre, écrivez-moi, ne fût-ce que le numéro de l'adresse de Paul Bourget, pour que je puisse aussi lui envoyer un exemplaire d'un livre où Ton parle deux fois de lord Byron.
J'ai écrit à Palmé. Je lui ai mis dans le flanc des éperons longs d'une palme. Mais l'éperon, qui fait bondir les chevaux de race, ne parvient pas même à faire lever les mulets quand ils sont couchés.
Je lui ai enjoint d'envoyer un exemplaire à Fourcaud (au Gaulois)^ à Daniel Bernard (rue Saint-André-des-Arts, 49), et surtout à Bachaumont (rue Chalgrin, 32), qui crie comme un aveugle qui a perdu son bâton, parce qu'il n'a pas encore son volume.
II m'a écrit pour me dire qu'il était prêt à tirer.
Allez, vous ou le Frédégondien, chez Palmé, savoir si ces choses ont été faites, el si Nicolardot a remis la liste ou, pour mieux dire. Ta exécutée.
Mandez-moi cela pour que je puisse, s'il le faut, intervenir avec brutalité !
Et ne faites pas comme l'affreux Frédégondien, qui me jure sur l'Évangile du dimanche qu'il m'écrira et qui ne m'écrit point, et qui se parjure comme tous les coquins à couronne du moyen âge !
Mille choses à tous! Je suis toujours dans l'intention de revenir à la fin du mois à Paris. Mais il se peut que je sois obligé d'allonger de quelques jours (seulement) mon absence.
Je me, par une f..., des considérations que vous faites valoir sur la publication de mon livre. Il a paru! Le reste... est à Dieu ou au diable !
Mais vous savez quel mépris inexprimable
j'ai pour cette salopaillonne de publicité; et les intérêts qui peuvent me fixer ici quelques jours de plus sont plus instants que ceux de mes livres.
Écrivez, c'est mon avant-dernier mot. Le dernier, c'est que je vous aime.
Votre ami, Jules Barbey d'Aurevilly.
J'ai à Paris votre splendeur d'introduction des Diaboliques. Je la donnerai à Gayer quand je reviendrai.
224 LETTRES DE BARBEY d'aUREVILLY
Valognes, 11 décembre 77, hôtel Grand val-Caligny.
Monsieur Bloy, — mon très-cher ami,
Je ne veux pas vous faire attendre, — ce mal du Purgatoire !... Voici votre article !
Je Tai lu hier, et je Tai trouvé très-beau ; je Tai relu aujourd'hui, et je l'ai trouvé plus beau.
Mes idées sur les Bas-bleus, traduites par vous, m'ont paru nouvelles. Ma personnalité avait disparu, et je vous appartenais comme si je n'avais pas pensé sur ce sujet et que vous fussiez l'auteur des Bas-Bleus !
Pour qui pense, — et vous pensez, — c'est l'éloge suprême. Tout le reste serait faible en comparaison de ceci que vous avez produit en moi. Ce que j'avais défeuillé, vous l'avez fait refleurir pour le défeuiller à votre façon, que
je trouve encore plus énergique que la mienne.
Bravo ! mon cher, vous êtes un écrivain !
et je n'en doute pas, vous serez un grand écrivain, et ce serait un meurtre et un vol fait à rÉglise romaine que de la priver de cette forte plume-là I
Il y a là des phrases et des images à donner des spasmes d'admiration à notre trèslittéraire et très-poétique Paul Bourget, — et les images et les phrases, ici, sont les trèshumbles servantes de la pensée qui leur fait l'honneur de se servir d'elles, dans l'intérêt de la plus haute vérité.
Je ne suis pas content, je suis enchanté.
Tout ce qui m'aime et vous aime le sera comme moi.
Faites porter l'article à Palmé, et je ne vois pas pourquoi vous ne le porteriez pas vousmême. Moi, je lui écrirai demain et d'encre rouge, brûlante, pour lui recommander l'article et paraître le 25... Le Sagittaire lui décochera une flèche de longueur, je vous en réponds ! comptez sur moi.
226 LETTRES DE BARBEY d'auREVILLY
Et à présent, que je compte sur vous!
Demain, mercredi, je mets à la poste, pour le Constitutionnel, un article assez long sur le Nabab de Daudet. Il devra paraître lundi.
Vous et Georges, allez le corriger samedi ou dimanche. Dimanche, il faut qu'il soit prêt et pur^ pour deux heures, puisqu'il doit être inséré dans l'édition du soir. C'est cette édition-là Oj^\e je reçois ici.
Qu'elle ne me fasse pas grincer des dents, en m'apportant des fautes. Affolante et insupportable sensation ! ! !
Voilà tout, — mais c'est tout pour moi.
Le capitaine N^emo du Foyer, c'est encore Buet, je suppose. Son article dit assez nettement ce qu'est le livre; mais sa réclame en faveur de M""^ de Blocqueville m'a fait dire : « Va-t-il chez elle? ou veut-il y aller sur mon dos?... »
Dites à Landry que je vais écrire à son père pour lui demander de me faire faire le service de la presse chez Palmé. Que diable ! Palmé a encore plus d'intérêt que moi à ce
que le service de la presse se fasse, puisqu'il est l'éditeur d'un livre qu'il doit me payer dans trois mois et qui lui a coûté des frais.
Je pars demain pour Saint-Sauveur et je reviens samedi à Valognes. Parlez de moi à tous mes et nos amis. Dites à Victor L... de pacifier mon affaire avec Amyot et que je dors sur son habileté comme Turenne dormait sur son canon, qui ne partit pas.
J'espère aussi qu'avec Amyot nous ne tirerons aucun canon, de part ni d'autre...
C'est lui, Victor, le vainqueur diplomatique, qui doit nous empêcher de tirer
Je vous écris dans ma main et en 'proie à ma chatte, qui me cravate et me pousse et dispose de moi, comme le chien de Beaumarchais disposait de lui.
A vous, sans relire, tant je suis pressé!
Jules Barbey d'Aurevilly.
Écriture de chat, causée par un chat.
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Valognes, 18 décembre 1817, hôtel Grand val.
Mon très-affectionné Bloy,
J'ai écrit à Palmé. C'est presque un article sur votre article, que je lui ai envoyé, et je lui ai demandé, — presque impérieusement, de vous faire paraître, le 25 de ce mois.
J'ai insisté beaucoup, pour vous d'abord, pour moi ensuite, enfin pour la Revue, h laquelle j'ai dit que vous faisiez le plus grand honneur, en y écrivant de cette plume, comme, à coup sûr, ils n'en retrouveront pas une seconde !
Je suis très-préoccupé de l'avenir de votre talent d'écrivain, — et ceci me hante surtout depuis ce dernier article. L'expression y est étonnante de force. Vous êtes tout à la fois
éclatant de coloris et sombre. Vous êtes un rubis avec des reflets d'escarboucles ; mais c'est le noir de Tescarboucle qui domine le rouge du rubis : quelque chose comme un morceau de velours noir à feu !
Votre projet d'écrire un livre sur ma littérature inglorieuse, — et c'est sa gloire, — je l'approuve, mais pour Tunique raison que ce projet vous plaît et vous entraîne.
En littérature, ce n'est pas comme en morale. Il faut faire, avant tout et de préférence à tout, CE QUI PLAÎT. En morale, il faut faire ce qui ne plaît pas. C'est précisément le contraire.
Je ne demande pas mieux que d'être l'instrument sur lequel vous allez jouer. Vous voulez recommencer l'air que voulut jouer autrefois sur un chalumeau spirituel, mais un chai umeau , — une guimbarde ! — l'aimable Dussolier, qui s'appelait Alcide et qui aurait dû s'appeler Omphale.
Vous avez, vous, une autre embouchure à votre trompette, et vous devez porter bien
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plus loin... Je n'ai qu'une seule recommandation à vous faire, — vous défier de voU^e admiration "pour moi. J'ai pour vous la coquetterie de l'impartialité. Je sais bien qu'elle n'existe réellement que pour Dieu, mais notre devoir est de nous en approcher le plus que nous pouvons sur la terre.
J'ai la Bague d'Annibal à Paris, et le Mémorandum que Georges doit avoir copié, — et que je publierai chez Lemerre, un de ces jours, — est chez lui. Je le prie de ne le communiquer qu'à vous ; c'est mon miique exemplaire.
Ne rêvez pas, ô homme de désespérance, que je ne suis pas près d'arriver! je serai à Paris, le 31 au soir, et même, je vous prie de le dire à M™^ Lebr... que je me réjouis de savoir mieux. Dites-le-lui encore! ! J'arriverai, le 31, pour le groupe d'amis dont vous êtes le centre, — car ils me sont venus par vous, — ils ont rayonné de vous, — mais je n'y serai qu'après les Rois pour le public indifférent. Dites-le aussi à M"^ Lebr... jusqu'à
nouvel ordre ; pour les visiteurs de loisir ou d'affaires, elle ne sait pas quand je reviens.
Il fait, ici, beau, — relativement au temps que vous avez, m'écrit-on, à Paris. Mais ce n'est pas le temps qui me retient. Je veux assister à la messe de iMinuit dans l'église Saint-Malo de Valognes, où seront peul-être, invisibles pour tous, mais non pour moi, les spectres de ceux et de celles que j'ai aimés dans mon adolescence. Il me semble que, cette nuit-là, je les retrouverai souscesvoûtes.
Adieu et au 31 soir! Vous avez, vous el le Frédégondien, corrigé admirablement mon article. De faute, je n'en ai pas vu. Merci donc, merci.
Prière au Frédégondien de m'envoyer les numéros d'usage. Serrements de mains aux amis. Je dors voluptueusement 5t*r le silence de mon cher négociateur, M. L.
Votre ami (c'est moi).
Vendredi 29 décembre 1877^ hôtel Grand val-Caligny.
Mes chers Intimes et mes chers Unis,
Je suis toujours le même, incorrigible, je l'avais écrit à notre cher Victor, que je devais écrire au Frédégondien, et j'écris à vous deux pour vous recommander la même chose, l'article que j'ai envoyé au Constitutionnel,
Vous voyez, cela ne change pas.
Corrigez-le donc et microscopiquement^ comme le dernier, qui était si bien !
Il paraîtra, j'espère, lundi, et je pourrai le lire et l'emporter dans le wagon que je prendrai à IX heures du malin pour vous revenir.
Que je n'aie pas la sensation d'une faute pendant ma route! Cela me la gâterait et
elle doit m'être agréable puisqu'elle me conduit à vous !
Cet article sur les Malades de rhistoire littéraire^ sur Heine et Aubryet — Scarron et et Voltaire en écharpe — me plaît assez. J'ai du goût pour cette élégie critique. Prenez cela en considération. Ne me faites pas trouver laids mes petits.
Adieu, pourquoi s'en écrire long, quand on va se voir? Bourget a dû recevoir une lettre de moi qui s'est croisée avec la sienne. Dites-lui que je l'attends à mon débotté chez M"^ Coppée, qui n'est pas ma Mademoiselle de J^ontpensier et qui ne m'ôtera aucune botte.
J'ai bien l'honneur de vous saluer.
J. Barbe... d'Aur...
Et Palmé a-t-il fait paraître votre bel article, Maître Bloy?Non, sans doute, puisque je n'ai rien reçu pour ma Ghristmas. Jevais lui tirer les oreilles; mais je ne crois pas qu'il soit possible de les lui allonger.
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Valognes, vendredi, 11 octobre 1878, hôtel Grandval-Caligny.
Bloy-le-Noir,
J'ai écrit à Landry le Frédégondien, non pas le Blanc, mais le Blanche, hier jeudi, pour lui mander que je mettais un article à la poste pour le Constitutionnel et que je le suppliais de veiller à sa correction, — de moitié avec vous.
L'article sera prêt, quand vous recevrez ceci, demain. Vous pouvez donc vous en occuper immédiatement et n'y laisser aucune broussaille. Faites bien attention aux surcharges. Mettez ce fameux pince-nez qui vous fait ressembler à Scholl quand vous le fourrez
sur votre nez, pour voir mieux ces fautes qui me désolent et qui me font l'effet de chiures de mouches sur une glace.
L'anxiété veille toujours sur mes créneaux, la lance au poing, — une lance qu'elle m'enfonce dans le côté. C'est le soldat romain de mon Calvaire.
Je sais qu'Lzanne vous a bien reçu, et j'en suis content. Cullivez-le. Je compte plus sur lui que sur Coppée, malgré sa bonne volonté.
Lemerre est un Monsieur qui rit, et puis c'est tout! C'est le lazzarone du bonheur.
J'attends la copie de mon article sur Saint- Bonnet pour commencer mon travail. Dites-le à Landry. Bien des choses à Victor.
Ma résolution tient d'être à Paris à la fin du mois. Mon caprice est passé pour ce pays!
Votre J. B. D'A.
A l'article ! à l'article !
Vous savez qu'ils veulent que les correc-
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lions soient faites de bonne heure, le dimanche, de midi à une heure au plus tard.
J'espère que vos dévotions vous feront libre à cette heure-là.
Hôtel Grandval, 23 octobre, jeudi.
L'article est bâclé, — et part, — et arrivera demain, et samedi matin pourra passer sous vos caliborgnettes, ô Léon Bloy, dit le Noir !
Avec votre damnée vie, rongée, je m'imagine, par quelque chienne de femme dans un coin, mon cher homme vertueux, et incertain de l'heure où vous rentrerez chez vous pour y trouver ceci, j'écris au Frédégondien.
Corrigez comme la dernière fois.
Le 3, je serai à Paris.
Votre Jules B. d'A.
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Samedi, les Morts, hôtel Grandval.
Deux mots seulement. Je n'ai pas le temp> d'écrire davantage.
Je serai lundi, à VI heures, et peut-être à V, à la gare de l'Ouest, rue Saint-Lazare. où vous m'avez fait partir.
Je serais heureux de vous y trouver, Bloyle-Noir, malgré votre noirceur.
Votre ami, Jules Barbey d'Aurevilly.
J'écrirai demain au Frédégondien,