‹ Lettres de J. Raimond, a ses freres les hommes de couleur. Et comparaison des originaux de sa correspondance, avec les extraits perfides qu'en ont fait MM. Page et Brulley, dans un libelle intitulé: Développement des causes, des troubles, et des désastres des colonies françaises [sic]Chapitre 1 sur 6 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

été nu dans les prisons , je ne puis mettre toute la célérité que je désire , pour rendre ma correspondance publique. Indépendamment qu'elle jettera un grand jour sur les causes des troubles de Saint-Domingue, elle démontrera jusqu'à l'évidence, que j'ai été perfidement calomnié. Mes ennemis , les colons blancs , ne me pardonneront jamais d'avoir sacrifié ma fortune ( 1 ) et ma santé pour défendre les droits de mes frères , les hommes de couleur , et pour conserver à la République la colonie de Saint-Domingue. Ils ont profité des circonstances pour jetter sur moi les soupçons les plus odieux ; d'abord , mes ennemis ont commencé à me calomnier sourdement dans les cafés et dans les groupes , ensuite dans les sociétés populaires , où ma santé cruellement délabrée depuis 1 o mois par le scorbut , me prive d'assister. Puis ils. se sont enhardis et ont eu la perfidie , en altérant , tronquant , transposant , et en changeant même plusieurs mots de deux de mes lettres (2) , de fabriquer un libelle

(1) Mes ennemis ont cherché à faire entendre que j'avois tiré beaucoup d'argent de Saint Domingue. Voici ce qui en est de ma fortune , et ce que confirmera ma correspondance. J'avois une habitation qui me produisoit 5o,ooo à 60,000 livrts argent des colonies , de reverau ; j'ai été contisint de la vendre ici , parce que , d'après une lettre de Blanchelande, les blancs de mon quartier vouloient se la partager ou la dévaster. Je l'ai vendu 326,000 liv. tournois , et de cette somme il ne me reste plus que celle de 260,000 liv. dont 100,000 liv. sont placéesà fonds perdus. Le reste a été consommé pour la révolution , et je défie toute personne de prouver que j'aie un sou de plus. Mas ennemis disent que j'habite un palais. Eh bien, j'ai un loyer d'une maison nationale , qui me revient à 1800 livres. Ils rae reprochent de tenir une grande table -, je les défie de prouver que d'autres personnes que ma famille , mon chirurgien , et deux ou trois amis , qui ne sont pas de l'assemblée , aient mangé chez moi , encore ne les recevois-je qu'un jour delà semaine. D'ailleurs , js produirai mon livre de dépense à qui voudra.

(2) Les deux lettres dont je parle, sont celles qui suivent cet avertissement.

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diffamatoire contre moi ; qu'ils ont fait imprimer et distribuer aux comités de marine et dés colonies , sous îe titre de Développement des causes des troubles de Saint-Domingue. Averti de ce fait , je m'empressai de me faire entendre de ces deux comités y qui ? après ayoir entendu ma justification , e/z présence dénies adversaires J ont été indignés de leur perfidie ; et plusieurs membres de ces comités m'ayant conseillé pour ma complette justification , de faire imprimer et distribuer à la Convention nationale ces lettres j en indiquant les altérations que mes ennemis y ont faites 9 pour me faire paroître coupable.

Je m'empresse donc de les faire précéder toute ma correspondance et les pièces qui y sont jointes. Je supplie la Convention et tous les vrais républicains de suspendre leur jugement jusqu'après la lecture de toutes les pièces que j'annonce ? ils y verront si j'ai écrit et agi en vrai républicain , et en ami de la liberté et de l'égalité.

Ma détention , l'ordre venu depuis deux jours , de ne pas laisser communiquer les détenus avec personne , ont mis ua retard à la publication de ces lettres et à celle de la correspondance que j'annonce.

Hri 1

DE J. R A.IMON-D,

Voici ma lettre du 4 mars 1791 , sur laquelle Mrs. Page et Brulley ont fabriqué leurs calomnies contre moi. Je prie le lecteur de suivre avec attention les moyens perfides qu'ils ont employés dans l'usage qu'ils ont fait de cette lettre , et on aura une idée de la bonne foi de ces messieurs , qui ne cessent de répéter que les colons blancs , qu'ils re- S présentent , sont de bonne foi pour vouloir la loi du 4 avril } et que ce sont les hommes de couleur ; à l'avantage de qui elle est, qui cherchent à l'éluder.

Il est essentiel pour moi de prévenir le lecteur , qu'à l'époque oh cette lettre a été écrite , les hommes dont j'y parle , (et que les colons me font un crime d'avoir connu) , jouissoient alors de la réputation d'être les plus purs patriotes.

Voici l'original de ma lettre.

JViES CHERS FRERES

Je vous avois annoncé par mes dernières dépêches, que vous, auriez reçu, par une voie sûre , tout ce qui vous étoit important de savoir , relativement à mon affaire. Je vous tiens parole aujourd'hui : fasse le ciel , que vous teniez les \ôtres de même , et que je trouve en vous des hommes aussi zélés que moi , et prêts à Paire les sacrifices nécessaires pour votre salut , et que j'ai promis en votre nom , d'après l'ordre exprès que vous m'en aviez donné par plusieurs de vos lettres !

Manière dent MM. Page et Brulley ont tronqué, défiguré, altéré et changé les mots même de ma lettre. Les chiffres qui y sont mis sont fait* pour désigner les endroits de ma lettre choisis et arrangés par ces Messieurs : il faut donc , à chaque chiffre quon trouvera, recourir au chiffre semblable mis dam ma lettre.

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(8) Vous m'aviez demande de vous envoyer quelqu'un de confiance; je l'ai trouvé cet homme qui va nous devenir si utile ; mais il a fallu l'intéresser '■; comme cela était juste, puisque, pour remplir nos vues, il quitte une épouse chérie, des 'en fans, une famille enfin; ce n'est pas tout, il a fallu qu'il fit une pacotille assez considérable, pour avoir une certaine consistence dans ce pays et pour

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