A MADAME LA DUCHESSE DE FERRAHE
Minute autografibe. Btbl. de Genève. Vol. 196
Madame, je vous supplie humblement de vouloir prendre en bonne part la hardiesse que j'ay eu de vous
* Renée de France , fllie de Louis XII et d'Anne de Bretagne, née an château de Blois, le 29 octobre 4540, et morte au château de Montargis, le 4^ juin 4575. Unie par les calculs de la politique à un petit prince d'Italie, vassal du saint siège, cette princesse douée d'une âme forte et d'un esprit distingué, quitta la France, en 4538, pour suivre son époux, Hercule d'Esté, à Ferrare, et elle porta dans cette cour le. goût des lettres, avec les croyances libres et généreuses qu'elle avait puisées dans l'intimité de Marguerite de Navarre. Elle y reçut Clément Marot qui lui consacra quelques-uns de ses vers, et Calvin qui l'initia aux croyances de la Réforme, pour lesqu^les elle eut l'honneur de souffrir, et qu'elle professa courageusement jusqu'à sa mort. Ce fut là l'origine de la longue correspondance qu'elle entretint avec le Réformateur, dont les lettres venaient tour à tour l'encourager et la raffermir. Celle que nous insérons ici est sans doute une des premières en date. On y lit au dernier feuillet 0^ mots écrits d'une main étrangère :
ti Contre ung certain aumosnier, maistre François, qui faisoit aller (Madame) à la messe, et l'incitoit contre ceulx qui ne vouloyent pas aller, comme contre scandaleux. Il y est amplement traicté des choses licites et non licites, et comment il faut fuir les sciindales. »
escripre ces présentes, estimant que sMl y a en cela trop grande simplicité, elle ne procède pas tant de témérité ne oultrecuidance que de pure et vraye affection de TOUS faire service en nostre Seigneur. Car combien que je me recognoisse fort inutile serviteur de TEsglise, toutes fois il m'a esté advis expédient de me employer en cest endroict, selon la grâce que le Seigneur m'a faicte, et mesme ay pensé quUl m'estoit nécessaire d'ainsi faire, si je me vouloys acquiter de mon debvoir, non-seulement pource que je me sens obligé envers vous de procurer en ce qu'il m'est possible, et en ce qui est de mon office vostre bien et profict, combien que cela seul est assez suffisant pour me mouveoir, mais pource que considérant Pestât et prééminence où le Seigneur vous a constitué, il nous semble que nous tous, lesquels le Seigneur par sa bonté a appelez pour estre ministres de sa saincte parole, devons avoir en singulière recommandation de nous employer envers vous, d'autant que beaucoup plus que personnes princières, vous pouvez promouvoir et advancer le règne de Jésus-Christ. D'advantaige j'ai congneu en vous une telle crainte de Dieu et fidelle affection à luy obéyr, que mesme la haultesse ostée qu'il vous a donnée entre les hommes, j'ay en estime les grâces qu'il a mises en vous, jusques-là que je me penseroys mauldit, si je omectoys les occasions de vous servir et profiter, quant elles me seroient présentes, ce que certes je dys sans aulcune flaterie ne fainctise, mais en sincérité de cueur, et parlant comme devant celuy qui congnoit toutes nos secrètes pen-
sees.
Madame, par aultres bons personnaiges qui sont icy
passés en divers jours, j'avoys entendu comment maistre Françoys lequel vous avez ordonné pour prescheur en vostre maison, après se estre bien acquité en prédication au prys que on pouvoit attendre de luy, vous avoit persuadé qu'il ne seroit pas maulvais, après avoir ouy la messe, de faire quelque communion laquelle seroyt de la cène de nostre Seigneur ; ce qui ne fut pas trouvé bon de quelqu'une de vos damoiselles, laquelle, selon la congnoissance qu'elle avoit reçeu de Dieu, ne voalsit contre sa conscience attenter ce qu'elle pensoit estre maulvais, et a esté cause, à la poursuite du dit maistre maistre Françoys, avoir aulcunement esté destourné d'elle le bon vouloyr que avez accoustumé de luy porter, dont les choses sont demeurées en ce poinct que vous estes informée tous ceux qui font comme elle ne debvoir estre supportez, d'aultant que par leur importunité ils engendrent scandales sans propos entre les fidelles. Parquoy jugeant que chose de si grande importance n'estoit à dissimuler, voyant que on vousdonnoit les choses à entendre aultrement qu'elles ne sont, selon qu'il a pieu au Seigneur de me révéler de son Escripture, j'avoys pensé de vous en communicquer ce que le Seigneur m'avoyt donné d'intelligence en ceste matière. Mais comme j'estois en suspens et en doubte de ce faire, j'ay esté adverty de la part de madame de Pons ', que désiriez très fort d'en estre plus ample-
* Anne de Partenay, fille de Jean de Partenay, seigneur de Soubise, et de Micbelle de Saubonne, gouvernante de Renée de France. Elle épousa Antoine de Pons, comte de Marennes, fut instruite par Calvin lui-même dans les croyances réformées, et demeura longtemps attachée, comme dame dMionneur, à la duchesse de Ferrare, dont
46 LSTTâlS
ment instruictei d'aultaot que oultre tant de difficultés que TOUS voyez, d'aultre part il tous est bien difficile de vous bien résouldre. Ce messaige m^a encores plus confirmé en mon propos de oser entreprendre de tous en exposer fidèlement ce que j'en congnois, affin que après le jugement soit yostre, et quant vous aurez pleinement entendu la yérité de Dieu, que la suiviez en toute obéyssance, comme vostre zèle n'est pas de rebeller à rencontre, mais de humblement et avec toute bénignité la recepvoir. Toutesfois, Madame, devant que commencer, je vous prie ne vouloir recepvoir de moy quelque suspicion que je face decy estant incité par aulcun de vos domesticques, ou pour favoriser à personne aulcune particulière, car je vous puis certifier devant Dieu que je le fiais sans en estre requis de personne, et mesmes comme je vous ay déjà asseuré Tadvertissement par gens passant qui ne pensoient point que j'eusse moyen de vous escripre. D'aultre part j'aîmerois mieulx estre confondu en abysme, que de destourner la vérité de Dieu pour la faire servir à haine ou faveur de créature quelconque. Mais ce qui me faict parler est que je ne puis tolérer que la parole de Dieu vous soit ainsi caschée, pervertie, corrompue et dépravée en choses tant nécessaires, par ceux auxquels vous avez quelque fiance et donnez authorité.
Touchant de maislre François, quant j'en diray sobrement ce qui m'en est certain pour vous advertir de ne
elle embellit la cour par ses vertus et ses talents, dénient Marot lai adressa plusieurs poésies, et le savant littérateur Lilio Gregorlo Gyraldi lui dédia le second livre de son Histoire de$ Dieux.
TOUS trop fier en sa doctrine, je tie doibs craindre qti'il TOUS puisse Tenir quelque maulvaise opinion comme si par hayne ou envie sur ce personnaige, j'en parlois. Car je n^ay matière ne occasion de avoir envie aulcune surtout ce quMl a, et la hayne (|ue je lui ay jtisques à cette heure potlé, c'est que j'ay toujours tasché de tout mon pouvoir à Pédifier en bien. Mais quant j^appercoys quelqu'un par maulvaise conscience renverser la parolle du Seigneur, et estaindre la lumière de vérité, je ne luy pourrois nullement pardonner, et feust-il cent fois mon propre père. De cest homme-cy j'ay congneu par longue expérience que tant peu que Dieu lui a donné d'intelligence de son Escripture , il Pa toujours faict servir à son profîct et ambition , la preschant quant il voyoit estre expédient à son avarice, la renonceant incontinent qu'elle luy tournoit à fascheries, et pourtant toutesfois etquantes qu'il a eu auditeurs, personnaiges de crédit pour le porter, et riches pour luy remplir son bissac ou sa bourse, lesquels le requéraient de donner gloire à Dieu, il y a mis peine pour leur satisfaire en leur vendant bien tousjours sa parolle. D'aultre part s'il y est advenu quelques troubles et persécutions, il avoit tousjours son renoncement prest pour en eschapper, tellement qu'on ne peult congnoistre en luy sition que la parole saincte et sacrée de Dieu luy est un jeu et mocquerie, d'aultant qu'il la tourne ainsi en farce, jouant maintenant ung personnaige, maintenant l'aultre, selon le passetemps qu'on y prend. De sa vie je ne y touche point, sinon qu'elle seroit à désirer meilleure en ung ministre de la parolle. Je sçay. Madame, que l'oflice d'ung homme chrestien n'est pas de détracter à son
prochain y ce que je n'ay voulu faire, car si je me feusse estudié à mal dire , j'avoye bien aultre chose sur luy que je dissimule. Mais nostre Seigneur ne veult pas quant nous voyons ung loup, soubs apparence et couleur de pasteur, dissipant son trouppeau, (que) nous nous taisions de paour de mal parler de luy. Plustost il nous commande de descouvrir la perversité de ceux qui comme pestes corrumpent et dépravent son Esgiise. Et de moy je ne tenteroys pas ce moyen icy, si je voyois quelque meilleur remède, réputant la mortelle furie de telles gens que je provocque envers moy. Car je n'ay aujourd'huy si grand guerre à personne, que ceux qui soubzumbrede TEvangile caphardent envers les princes, les entretenans tousjours par leurs finesses et cautelles enveloppés en quelque nuée, sans les mener au droict but. Mais que y ferois-je aultre chose? Si je ne me adressé à eux, je voys leur cœur estre tellement desnué de toute crainte de Dieu que ce ne leur est que fable de son jugement. Mais quant je les descrips tels qu'ils sont pour les faire congnoistre à ce qu'ils ne puissent plus abuser, je trouve que par ce moyen ils sont mieulx empeschés de plus séduire et abuser. De cestuy-cy j'ay souventesfoys tasché de le réduire en bonne voye, jusques à luy faire confesser son iniquité , combien que impudemment il la voulust excuser devant les hommes, estant convaincu en sa conscience devant Dieu. Néantmoyns avec une horrible obstination et dureté de cueur, se persévéroit-il de dire qu'il ne laisseroit pas de faire ce qu'il congnoissoit estre maulvais, sinon que une foys après avoir veu quelque mien traicté, avec grosses imprécations il protesta que jamays n'assisleroit à la messe
DK CALVIN. 49
pour la grande abomination que c'estoit. Mais je congnoissois si bien mon homme que je n^estimoys guères plus son jurement que le chant d'une pie. Pourtant , Madame, si je ne le vouloys laisser persévérer à mai faire au grand détriment de vous et du peuple de Dieu, je suis contrainct de vous adresser mon advertissement, voyant que envers luy il ne profiteroit de rien. Ce que je vous ay dit de luy est tant certain que je ne vueuil pas que foy y soit adjoustée, sinon que vous l'ayez premièrement expérimenté. Car si vous y prenez garde, vous congnoistrez à Toeil qu'il ne presche la parole de Dieu sinon en tant qu'il pense vous gratifier pour attraper bénéfices et aultres proyes, et cependant de ne desplaire à aulcun qui luy puisse nuire.
Maintenant, Madame, laissant le personaige, je viens à la matière présente. Il vous^ donne à entendre que la messe n'est pas si meschante ne abominable qu'il ne luy soit loysible de la dire et aux fidèles de l'ouir, tellement que ceux qui en font conscience sont perturbateurs de l'Esglise, suscitans scandales entre les infirmes, lesquels il nous est commandé de supporter. Quant au premier point, je doubte si je me y doibs arrester, d'aultant que j'estime cela vous estre tant résolu, que la messe est ung sacrilège le plus exécrable que l'on puisse penser, que je crains de me faire ridicule envers vous, mectant poine à prouver une chose qui ne vous soit nullement doubteuse. Et aussi la briesveté d'une lettre ne sçauroit comprendre ce qui est suffisant pour remplir un gros libvre. Toutefoys je vous en toucheroy en brief, et comme en passant, affin que n'en puissiez
avoir aulcune doubte. En tant que la messe est ung I. 4
sacrifice y ordonné des hommes pour la rédemption et salut des TÎTants et des morts , comme leur canon le porte, c'est ung blasphème intolérable par lequel la passion de Jésus-Christ est renrersée, comme si elle n'avoil eu nul efficace. Car ce que nous disons les fidèles avoir été rachaptés par le sang de Jésus, avoir obtenu par iceluy rémission de leurs péchés, justice et espérance de vie éternelle, cela se doibt entendre pour tant que ce bon Saulveur en se offrant au Père, et se exposant à estre immolé, s'est offert soy-mesmes en sacrifice éternel, par lequel nos iniquités ont clé purgées et nectoiées, nous receus en la grâce du Père, et en la par^ ticipation de Théritaige céleste, comme Tapostre le déclaire assez amplement en Tespitre aux Hébrieux. Si doncque la mort de Jésus n'est recongneue pour ung sacrifice unicque qui ayt esté une foys pour toutes faicl affin d'avoir une vertu éternelle, que luy reste-il plus sinon estre effacée comme de nulle efficace? Je sçay bien que ces menteurs disent .pour couvrir leur abomination qu'ils font le mesme sacrifice que Jésus a faict, mais de cela s'en suyvent plusieurs blasphèmes. Car il ne pouvoit estre faict sinon que par luy-mesme. Et l'apostre dict que s'il est maintenant sacrifié, qu'il faut qu'il souffre encore. Partant vous pouvez voir qu'il fault l'ung des deux, ou recongnoistre l'horrible blasphème de la messe et le détester, ou en l'approuvant mectre soubs le pied la croix de Jésus. Combien elle est contraire à la cène de Christ, je vous le laisse à considérer en vous-mesmes après que vous aurez leu aux Escriptures l'institution d'icelle. Mays la grande exécration qui se y commect est l'idolâtrie qu'on y faict,
DE CALYlIf. 5t
adorant pour Dieu une créature , ce qui est du tout inexcusable. Ces choses considérées, advîsons comment on ne la peult ne dire ne ouir sans offenser griesvement Dieu en communicant à tant d'abominations. Car que pouvons-nous prétendre^ que nous ne soyons justement argués d'avoir consenty à toutes telles iniquités, puisque nous les recepvons avec plus grand honneur et révérence que la paroUe de Dieu? Si vous voulez entendre comment cela plaist au Seigneur Dieu , Il le déclaire par son prophète Eséchiel au tO^ chapitre, où il dénonce au peuple d'Israël qu'il les ayme mieuk plainement idolâtres comme les gentils, que ils mettent son nom parmy le nom de leurs idoles, comme voulant moyeuner contre ses ordonnances par lesquelles il vouloit estre servy, et leurs folles inventions par lesquelles ils vouloient décliner de sa paroUe ; par l'aultre prophète disant qu'il dissipera tous ceux qui jurent en sou nom, le recongnoissant pour leur Dieu, et d'autre part testifient en avoir aultre que luy, en adorant aultre que luy seulement. Si quelqu'un objecte qu'il ne peult chaloir des choses extérieures, mais que le cœur soit droict par dedans, à cela nostre Seigneur répond qu'il veult estre glorifié en nostre corps lequel il a rachapté par son sang, qu'il requiert de nous confession de bouche, et que toutes les prières de nous soient consacrées à son honneur, n'estans aulcunement contaminés ne pollués par les choses qui lui sont desplaisantes. Mais pource que cecy seroit long à traicter, comme il appartient, vous aurez pour plus ample instruction vostre recours au traiclé où j'espère que vous trouverez assez de raison pour en estre satisfaicte. Reste le scandale
par lequel yostre aulmosnier dict que les consciences infirmes sont troublées, si quelqu'ung estimé fidèle a la messe en tel horreur quMi ne se y yueille ne trouver ne rencontrer \ Mais il ne considère point que aux choses qui nous sont commandées de Dieu ou défendues, quant tout le monde s'en debvroit offenser, qu'il ne fauit neantmoyns oultrepasser ses ordonnances. Ce qui nous est commandé de supporter nos frères infirmes, en ne faisant chose qui les puisse blesser ne offenser, c'est quant aux choses moyennes , lesquelles nous sont indifférentes et permises en nostre liberté, comme toute TEscripture porte. D'advantaige tout ce qui nous est commandé de ne scandaliser nostre prochain tend à ce but de rédiftier en bien, comme sainct Paul monstre au 15 des Romains. Il s'en suit doncques qu'il ne luy &ult complaire es choses qui ne tendent point à son édification, mays à sa ruine. Et de cela nous avons la doctrine de S. Paul en la première aux Corynthiens chap. 8 et 10, où il dict que si par quelque chose extérieure que nous facions nostre prochain est édiffié à mal faire, combien qu'il n'y ait pas quant à nous maulvaise conscience, que en cela nous péchons contre Dieu et perdons nostre frère. Gomme voicy : nous sçavons la messe estre mauldicte et exécrable ; nous y assistons pour contenter les ignorans; ceux qui nous y voient assister concluent que nous l'approuvons et ensuivent nostre exemple. S. Paul répute cela un gros crime, combien que n'en fassions nulle difficulté. Par quoy, Madame, je vous prye ne
1 En marge, de la main de Calvin : Après avoir entendu la vo- Imité de Dieu, donner conseil.
permectre que soubz le nom de scandale on tous abuse. Car il n^y a scandale au monde plus pernitieux que quant nostre frère chrestien par nostre exemple trébusche en ruine et est précipité en erreur. Si nous voulons éviter tout scandale , il fault chasser Jésus-Christ arrière de nous, lequel est la pierre d^offense à laquelle la plus part du monde cboppe et trébusche. £t mesraes a esté ainsi en scandale aux Juifs et Israélites pour lesquels il estoit envoyé y comme tousjours une grande partie de ceste nation-là s'est offensée en son Dieu. 11 nous fault doncques tenir ceste règle, que, quant aux choses commandées ou défendues de Dieu, il est tant nécessaire de les faire ou s'en abstenir, qu'il ne fault estre desmeu de son obéissance pour l'offense de tout le monde. Or puisque ainsy est que Christ et son Evangile est en scandale aux malings , il nous fault attendre que si nous le voulons suivre, ils se scandalisent tousjours en nous. Quant aux choses qui nous sont libres et moyennes , c'est-à-dire que nous pouvons selon l'opportunité faire ou omectre, il nous fault accommoder à nos frères chrestiens, afQn que nostre liberté soit subjecte à détection. Et en cela encores fault-il regarder de tellement supporter leur infirmité qu'ils soyent édifiés en Dieu. Car si par nostre exemple nous les amenons et attirons à faire choses qu'ils pensent estre maulvaises, nous sommes causes de leur perdition. Il y en a bien peu qui aient quelque goust de la vérité de Dieu, qui ne congnoissent en partie l'iniquité de la messe. En la congnoissant, il est impossible qu'ils ne désirent à la fuir. Estans en tel scrupule et doub te, quand ils nous y voient communicquer, ils suivent nostre exemple sans en estre
aultrement résolus. Voilà le pire scandale qui puisse advenir, d'aultint que leurs consciences sont navrées et blessées à mal. S'il est vray, ce que j'ay entendu, quMl veult faire acroire cest affaire estre de si légière importance que les Esglises d'Aliemaigne n'en prennent point de débat, (disant) que les unes laissent et permectent les aullres avoir la messe, en cela il faict un grand tort et injure aux Esglises de Dieu leur imposant une chose que vous congnoistrez estre fausse quant vostre plaisir sera de vous en enquérir. Car non-seulement entre toutes les Eglises lesquelles ont receu TEvangile, mais entre tous les particuliers, cest article est résolu que l'abomination de la messe ne se doibt endurer. Et de cela Capito qui est l'ung de ceux qui taschent fort à modérer les choses, a naguères inscript ung libvre * lequel il desdie au roy d'Angleterre, où il enseigne que c'est l'ofHce des princes chresliens de oster de leur pays une idolâtrie tant exécrable, s'ils veulent faire leur debvoir, comme il appartient. Brief il n'y a aujourd'huy nul homme de renom qui ne soit de cest accord.
Puys doncq. Madame, qu'il a pieu à ce bon Seigneur Dieu par sa miséricorde infinie de vous visiter par la congnoissance de son nom, et vous illuminer en la vérité de son sainct Evangile, recongnoissez vostre vocation à laquelle il vous appelle. Car il nous a retiré des abysmes de ténèbres où nous étions détenus captifs , affin que suivions droictement sa lumière sans décliner ne çà ne
* Voici le titre de cet ouvrage : De nUssa, tnatrîmonio ei jure magisiratus in ReligUme, D, fVolfgango CapiUme auctare. La Dédicace à Henri Vlli « Summum in terriê Ecclesix anglicatix caput » est du 45 mars 4537.
là, Gt <|tte 4e plus en pias iio«s cliferchîans d'estrc inslraicts de luy en profitant plus aboudamment eo cesle saincte patience de laquelle il nous a baillé «quelques centTneneemens. Et surtout noue bien ^rder de ms^ trenidre son esperit, comme fontceuh qui ferment k» yeuiiL et les oreilles à k vérité évidente, eetaos contens de ignorer ce que le Seigoesr leur veult faire eon* gnoistre. Ge n'eiA pas ainsi qu'il waus fauh iaire, de paofir que te Seigneur ne punisse «n tel cwitemnement et Ingratitnde en nous. Mais plus tost avons à nous eeto* dier de profiter tousjonrs en Tescfaole de oe bon maistre jusques à tant que serons venus à perfection en sa doctrine, qui sera quant nous serons despouillez de ccste cbair pesante et terrienne, pryans avec ce bon David qu^il nous enseigne à liaire sa volunté. Certes si nous y procédons de ce xèle et affection , il mms conduira teUement que il ne nous laissera esgarer du droict chemin. Et encore qu'il y ayt quelques reliques d^ignorance en nous, ii nous en donnera plus ana^ple révélation, quant il sera de mestier, selon qu'il le oon^noit mieutx qne nous. Le principal est de congnoistre comment sa^ainde doctrine doibt fructifier en nous. C'est qu'elle nous transforme d'esprit et de oueur tellement que sa gloire reluise en nons , laquelle gist en innocence , intégrité et saincteté. Si cela n'y est, nous prenons bien le nom de Dieu en vain, en nous glorifiant de la congnoissance de son Evangile. Cela ne dis-je pas pour vous admonester de faire ce que vou^ ne facicz de présent, mais affin que l'œuvre de Dieu qui est commencé en vous de jour en jour soit confermé. Seulement je vous prye, comme j'ay du commencement faict, de pardonner à ma
simplicité. Si c'est votre plaisir d'estre plus amplement instruicte en ceste matière, principallement comment une personne chrestienne se doibt gouverner quant aux scandalles, je tascheray selon que le Seigneur m'a donné de vous en satisfaire. Cependant je vous envoyé une épistre * laquelle y est propre, comme vous verrez, si vous Testimez tant que de y vouloir employer quelques heures de vostre plaisir. Et d'advantaige ung petit libvret ' que j'ay naguëres faict, lequel, comme j'espère, selon sa briesveté, vous pourra servir de quelque consolation, d'aultant qu'il^contient assez ample doctrine
[Genève 1541 '.]
* C'est la lettre de Calvin à Louis Ducbemin intitulée : De FugiendU impiorum illicitis sacris et puritate christianx religUmis» Genève, 4537. In>8''. Cette lettre traduite en français, a été insérée dans le Recueil des Opuscules y édit de 4566. In-f^, p. 57.
* De la Cène de noslre Seigneur. 4540.
* La fin de cette lettre manque dans l'original français. On ne peut en donner ici que la traduction latine insérée {Calvini Epist. et responsa^ édit. d'Amsterdam, p. 93) : « Dominas te respiciat in istâ tua infirmitate, et Spiritûs sui infirmitatem tanto eflficadus exerat, quse te non minus in domo ipsius conspicuam reddat, quam in praesentis vita; conditione supra roultorum sorlem communem evectam voluit. Genevse. » La date approximative de la lettre nous est fournie par le passage relatif à Capiton : « Et de cela Capito qui est tung de ceux qui taschent fort à modérer les choses , a naguëres inscript ung libvre, v La dédicace de ce livre à Henri VIII est du 45 mars 4537; la mort de Capiton eut lieu en novembre 4544, et la leure de Calvin à la duchesse de Ferrare, écrite de Genève peu avant ce dernier événement, doit sans doute se placer en octobre 4544, après le retour du réformateur dans cette ville.