‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 26 sur 44 · AU ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

AU ROI D'ANGLETERRE

Copie. BiU. de Genève. Vol. io7.

Sire , si j^avois à m'excuser vers vostre majesté de la hardiesse que j^ay prise en vous desdiant ces livres que

" Edouard YI, fils d'Henri YIII et de Jeanne Seymour, roi d'Angleterre en 4547, mort, dans sa seizième année, le 8 juillet 4553. Doué d'une raison précoce et d'une vive sensibilité, instruit dans les langues anciennes et dans les littératures étrangères, ce jeune prince ne vécut pas assez pour réaliser les espérances que son avènement au trône avait fait naître. — « Ses vertus, dit l'historien Hume, le rendirent l'objet des plus tendres affections de son peuple, n unissait à un caractère plein de douceur, une grande application à rétude et aux affaires, avec une extrême facilité pour apprendre, un esprit très droit et un vif amour de la justice. » — Les lectures pieuses avaient un attrait particulier |K>ur cepriuœ , dévoué de cœur

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je vons fais présenter maintenant^ il me faudroit trouver «dvocat qui |)orta8t la parole pour moy. Car tant s'en bultque mes lettres eussent asses de crédit pour ce faire, qu'elles auroient mesme besoing d'excuse nouvelle. Et de laict comme jamais je ne me fusse ingéré devons adresser )•• Commentaires que j'ai publié en vostre nom» avssy n'oseroy-je pas maintenant vous escrire, n'estoit la confiance que j'avois desjà conceue que tous les deux se* roient bien receus. Car puisque me tenant du nombre de ceux qui mettent peine d'advancer le royaume du Fils de Dieu , vous n'avez point desdaigné de lire ce que je n'avois pas nommément présenté à vostre majesté , j'ay pensé que si en servant à Jésus-Christ mon maistre , je rendoy% pareillement tesmoignage de la révérence et affection singulière que je vous porte , je ne pourrois V faillir de troubler bon accueil et humain.

Qui plus est. Sire, comme me tenant asseuré que mes lettres auront accès tel que je désire envers vous, je ne feray difficulté de vous prier et exhorter au nom de Celuy auquel vous donnez toute authorité et puissance , de prendre couraige à poursuivre ce que vous avei si bien et si heureusement commencé , tant en vostre personne qu'en Testât de vostre royaume. C'est que le tout soit consacré à Dieu et à nostre bon Sauveur qui nous a ai chèrement acquis. Car quant à la réformation corn-

à la cause ds la Réforme. Calvin lui dédia deux de ses Commeataires : Joannis CaltHtU Commentarii in haimm propketmm, Eduardo yi, ^nglim Régi, 8 coi. januarii 4554. — Joatmis Ûahini Commentarii in episMas eanonieas. La dédicace du pre- Bisf de ees Commenuires (S5 décembre 4550J nous foiiniil la date da la lattie de Calvio, écrite au mais de Janvier 4Sa4, et percée an rai par la ministre Nicolas des Gallars.

mune, elle o'^gt pas encore si bi?n establie qu^il qe soit hou mestier de passer ouUre, Et de faicl il seroit bien difficile de purger en uq jour un si grand abisme de su^ perslition qui est en la papaulté* La racine en est trop profonde, et s^est de longue main tant estendue , pour eo Yeair si tost k boutr Mais quelle difficulté ou longueur qu'il y ait , Texcellence de Touvrage est bien digne que jamais on ne se lassq à la poursuite.

Je ne doubte pas , Sire , que Satban ne youç mette beaucoup d'empescbemens au-devant pour vous retarder et refroidir» Vos subjects, pour une grande partie, ne çûgnoissent pas le bien que vous leur procure?. Lef» grans qui sont eslevés en bonneur, sont quelquefois trop naiges pour spéculer au inonde , sans regarder à Dieu* £|t journellement il s'eslève de nouyeaux combats les<quels on n'avoit point prémédités, Or j'espère bien. Sire, que pieu vous « garni d'une telle mPgnauimité et constance que vous ne serez point lassé ni affoibli pour tout cela. Mais la cbose est en soy de si grande importance qu'elle mérite bien qu^on s'y employé par-dessus toutes forces humaines. Et puis quand on s'y sera esvertué jusques au bout, encore y reste-il tousjours besongne taillée.

r^ous voyons conomeut du temps du bon roi ^osias qui a singulier tesnioignage du Sainct-Esprit d'avoir faict tout devoir d'un prince excellent en foy, en sèle et en toute saincieté, néantmoins le prophète Zophonie monstre qu'il y avoit encore quelque résidu des superstitions passées, voire en la ville de Jérusalem. Ainsy quoyque vous travaillez avec vostre conseil, à grand peine » Sire , peurres^'Vous jamais déraeiner entièrement

tout le mai qui mériteroit bien d'estre corrigé. Mais ce TOUS doibt estre une grande confirmation à tous animer et inciter , et encore que tous ne vinssiez pas à bout de tout j comme il seroit à désirer, ce vous est une consolation très ample, quand vous oyez que la peine qu'a prinse ce bon Roy est un service agréable à Dieu , teUement que le Sainct Esprit magnifie la réformation faicte par luy , comme s'il n'y avoit que redire. Seulement doncq , Sire , tendez au but qui vous est proposé , en exemple de ce sainct roy, afin que vous ayez le tesmoignage non-seulement d'avoir abatu les impiétés répugnantes à rhonneur et service de Dieu , mais aussi d'avoir aboli et raclé tout ce qui ne sert qu'à nourrir superstition. Car quand Dieu veult louer comme à pleine bouche les princes fidèles qui ont restauré et remis audessus la pureté de son service , notamment il adjouste ce mot qu'ils ont aussy Ta$i 2es haulU lieux afin que la mémoire des folles dévotions s'anéantist.

Vray est, Sire, qu'il y a des choses indifférentes qu'on peult licitement souffrir. Mais si nous fault-il tousjours garder ceste reigle qu'il y ait sobriété et mesure aux cérémonies , en sorte que la clarté de l'Evangile n'en soit obscurcie, comme si nous estions encores soubs les umbres de la loy ; et puis qu'il n'y ait rien sinon accordant et conforme à l'ordre establi par le Fils de Dieu, et que le tout serve et soit propre à l'édification de l'Egli^. Car Dieu ne permect pas qu'on se joue soubs son nom , meslant choses frivoles parmi ses sainctes et sacrées ordonnances. Or il y a des abus manifestes qui ne sont à supporter , comme de prier pour les âmes des trespassés , comme de mectrc en avant à Dieu l'intercession des

saincts en nos prièreSi comme de les adjoindre à Dieu en jurant. Je ne double pas, Sire, que vous ne soyez adverty que ce sont aultant de corruptions de la vraye chrestienté. Je TOUS suplie au nom de Dieu qu'il tous plaise y tenir la main , à ce que le tout soit réduict à sa droicte intégrité.

Il y a un autre poinct , Sire , qui doibt tous estre en singulière recommandation , à sçaToir que les paoures trouppeaux ne soient destitués de pasteurs. L'ignorance et barbarie a esté si lourde en ceste mauldite papaulté , qu'il n'est pas aysé dé recouTrer du premier coup gens propres et idoines à faire cest office. Toutesfois la chose Tault bien qu*on y prengne peine , et que tos officiers , Sire, ayent l'œil dessus, comme il apartient* Sans cela toutes les bonnes et sainctes ordonnances que tous pourrez faire ne profiteront guères pour réformer les cœurs à bon escient.

Au reste d'aultant que les escholes sont la semence des pasteurs , il est bien besoing de les tenir pures et nettes de toutes mauTaises herbes. Je dis cecy. Sire, pource qu'en tos uniTersités, à ce qu'on dit, il y a plusieurs jeunes gens nourris de bourses fondées , lesquels au lieu de donner bon espoir de serTir à l'Eglise, monstrent plus tost signe d'y Touloir nuire et la ruiner, ne dissimulant pas qu'ils ne soyent contraires à la Traye religion. Parquoy, Sire, je tous supplie de rechef au nom de Dieu qu'il tous playse y donner quelque ordre, à ce que le bien qui doibt estre comme sacré ne soit couTerty à usage profane , et tant moins à nourrir besles Tenimeuses qui ne demanderoient qu'à tout infecter à l'ad- Tenir. Car par ce moyen l'ËTangilc seroit tousjours re-

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culé pur le» eicholes qui eo doîbyeat ^Ire wmaie )m pUîen.

Cependant I Sire, tou« boni cueurs louant Dieu et et sentent grandement obligés à youi de ce qu'il yous a pieu de yostre grâce octroyer égliies à vos subjects qui sont de langue française et allemande \ Quant à Tuiagt des sacremens et qe qui concerne Tordre spirituel , j*espère que la permission qu'il tous a pieu leur en faire aura son effect, Toutesfois, Sire, je ne me puis tenir de vQUs en prier encores, sçachant combien cela est nécea* saire, non-seulement pour le repos et contentement dee boni qui désirent de servir à Dieu, et vivr^ paiiiblemeut en YOstre obéissance, mais aussi pour tenir en bride geoe vagabonds et desbauchés, s'il s'en retiroit eu vostre royaume.

Je sçay bien ^ Sire , que vous aves gens de icavoi? exquis à vostre commandement qui vous pourront dé-* clairer ces choses de boucbe beaucoup mieuU que moy par lettres; aussy qu'en vostre conseil vous avez gens de

i f Le privilège octroyé par le roi Edouard VI à l'église des pro* testants étrangers instituée h Londres, 4550. » La patente royale s*exprimait ainsi : — « ...Considérant que c'est l'oflice d'un prince cbrétien, pour bien administrer son royaume, de pour>'oir à la religion et aux malheureui affligés et bannis à cause d'elle, nous vous faisons savoir que, ayant pitié de la condiUon de ceux qui depds assez longtemps demeurent dans notre royaume, et y \1eQnent journellement, de notre grâce spéciale... voulons et ordonnons qu'U y ait dorénavant dans notre cité de Londres un temple appelé le temple du Seigneur Jésus, où l'assemblée des Allemans et des autres étrangers puisse se tenir et se célébrer, dans le but que parles ministres de leur Eglise, le saint Evangile soit interprété purement, et les sacremens administrés selon la parole de Dieu et l'ordonnance apostolique, m

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prudence et de zèle pour adyancer tout ce qui est expé* dient. Entre les aultres, je ne double pas que Monsieur Je duc de Sommerset ne nnecte peiue de pourauyvre ce « quoy il s^esl fidèlement employé jusques icy. Mais je oroy« Sire, que tout cela n'empeacbera pas que ne rec^ vies humainement ce que vous congnoistrea estre pro« cédé d'une mesme source^

Au reste, Sire» pource que je crains de tous avoir desjà ennuyé par ma trop grande prolixité, je vous prie qn^en cest endroit comme au reste il vous plaise m'ex«» cuser et pardonner de vostre bénigne grâce , à laquelle très humblement je supplie estre recommandé , après avoir supplié nostre bon Pieu et Père de vous mainctenir en sa saincte protection^ vous guider par son Esprit et faire que son nom soit de plus en plus glorifié par vous. De Genève (Janvier 1551 ).

À MONSIEUR D£ FÀIAIS *

Orig. autographe. Bil>l« d« Geqm4Vol. 194.

Monseigneur, je vous prye qu^il vous plaise me mander en un mot si je dois consentir à Monsieur de Paray, qu'il retourne en Italie. De sa commission, je le des* pescheray comme impossible. Mais la difficulté est, s'il doit faire le messaige ou non, craignaut qu'il ne s'esgare

* Toir U note de la lettre du %i décembre 45^0, p. M.

par les chemins; toutefois il ne semble pas <piHl veuille faire que bien. Mais je vous prye m'en mander To^stre advis. Quant au passée ayant ouy tout ce qu'il allègue, je n'y trouve pas grant raison, tellement qu'il a besoing d'estre tenu de près , de peur de ses mélancholies. Au reste, s'il vous en souvient, il semble que je feusse devin en disant comme il se porterait à son arrivée. Pource que j'ay haste , après m'estre affectueusement recommandé à la bonne grâce de vous, de Madamoîselle, je supplieray nostre bon Dieu vous avoir en sa protection , et vous faire sentir en toutes sortes qu'il a soing de vous. De Genesve, ce 22 mars 1551.

Vostre serviteur et humble frère,

JÉHAïf Calvim.

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