‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 28 sur 44 · AUX CINQ PRISONNŒRS DE LYON · texte numérisé non relu

AUX CINQ PRISONNŒRS DE LYON

MÀBTIÀL ALBÀ, PIIBBS ESGBIVÀIlf , CHARLES PAURE , PISBES NÀVIHiRES , BERNARD SEGUIN *

Inprimée. Histoire de» Martyre^ L. IV, p. 22S.

Mes très chers frères , j'ay différé de vous escrire

^ Ce passage semble indiquer une édition desPsaumes, traduits en vers français par Théodore de Bèze, antérieure à celle dont il est fait mention par Senebier, Histoire littéraire de Genève y t. I, p. 289 : Septante-net^f pseaulmes mis en rithme française ^ quarante-neuf par Clément Marot, avec le cantique de Siméonet tes dix commandements, in-SI, Genève , chez Simon de Bosc, 4556. M. Picot, Hist, de Genève, t. II, p. 7, mentionne une édition des Psaumes, publiée en 1551. On sait que la première édition complète, à l'usage des églises réformées, parut à Lyon, en 1562, avec privilège du roi.

* Au mois d'avril 1 552, cinq jeunes Français, Instruite à l'école de

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jusqnes icy, craignant que si les lettres avaient quelque mauvaise rencontre , ce ne fust occasion nouveile aux ennemys de vous affliger plus durement. Et aussi j'estoys bien adverty que Dieu besongnoit tellement en vous par sa grâce, que vous n^aviez pas grande nécessité de mes lettres. Cependant nous ne vous avons point oublié, ne moy ne tous les frères de par deçà, en tout ce que nous avons peu faire pour vous. Si tost que vous fustes prins, nous en eusmes les nouvelles, et sceusmes comment et par quel moyen cela estoit advenu. Nous avons procuré qu^en diligence on envoyast au secours; maintenant nous attendons response de ce qu'on aura impétré. Ceux qui peuvent quelque chose envers le prince es mains duquel Dieu a mis vostre vie, s'y sont fidèlement employez, mais nous ne sçavons encore combien la poursuite aura profité. Cependant tous les enfants de Dieu prient pour vous, comme ils y sont

théologie de Lausanne et voués aux fonctions du ministère, se disposaient à retourner dans leur patrie. C'étaient Martial Alba, de Montauban, Pierre Ecrivain, de Gascogne, Cbaries Faure, de Blanzac en Angoumois, Pierre Navibëres, du Limousin, et Bernard Seguin, de la Réole. Après avoir passé quelques jours à Genève, ils prirent le cbemin de Lyon et rencontrèrent au bourg de ColongeS, près de L'Ecluse, un étranger qui s'offrit à faire route avec eux. Ds y consentirent sans concevoir aucun soupçon. Arrivés à Lyon, ils se séparèrent de leur compagnon de voyage, qui les pressa de le visiter dans son logis d'Ainay. Ils s'y rendirent sans défiance, furent arrêtés et conduits dans les prisons de l'ofBcialité. Telle fut l'origine d'un long et douloureux procès, qui tint longtemps les Eglises de la France et de la Suisse en suspens, et durant lequel l'acbamement des juges ne fut égalé que par la constance des victimes. Au premier bruit de l'arrestation des cinq étudiants, l'Eglise de Genève 6'émut et prodigua aux captifs, par la voix de Calvin, les témoignages de la plus vive sympathie.

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tenuSi tant pour la compassioD mutuelle qui doit étire entre les membres du corps, que pource qu^ils savent bien que vous travaillez pour eux, maintenant la canae de leur salut. Nous espérons quoy qu'il en soit, que ce bon Dieu donnera heureuse issue à vostre captivité, en sorte que nous aurons de quoy nous resjouir. Vous voyez à quoy il vous a appelés ; ne doutez pas , selon qu'il vous employera, qu'il ne vous donne force d'accomplir son œuvre , car il Ta promis , et nous avons assez d'expérience, comme il n'a jamais deffailli à ceux qui se sont laissé gouverner par luy. Mesme vous en avez desjà approbation en vous, car il a déclaré sa vertu en ce qu'il vous a donné une telle constance pour r&* sister aux premiers assauts. Confiez-vous donc qu'il ne laissera point l'ouvrage de sa main imparfait. Vous savez ce que l'Ecriture nous met au-devant, pour nous donner courage de batailler pour la querelle du Fils de Dieu ; méditez ce que vous en avez ouy et vu par cy* devant pour le mettre en pratique. Car tout ce que je vous en sçauroys dire, ne vous pourroit guères servir, s'il n'estoit puysé de ceste fontaine. Et de faict il faut bien un plus ferme appuy que les hommes, pour nous ^udre victorieux par-dessus des ennemis si robustes, comme sont le diable, la mort et le monde; mais la fermeté qui est en Jésus-Christ est assez suffisante à cela, et tout ce qui nous pourroit esbranler, si nous n'estions fondez en luy. Sachans donc à qui vous avez cru , montrez quelle authorité il mérite qu'on luy donne,

Pource que j'espère vous escrire encore cy-après , je ne vous ferai à présent plus longue lettre. Seulement je respondray en bref aux articles, dont le frère Bernard

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m'a demandé résolution. Touchant des vœux, nous a-* ▼ons à tenir caste règle qu'il n'est pas licite de vouer à Dieu y sinon ce qu'il approuve. Or est-il ainsy que les vœux monastiques ne tendent qu'à une corruption du service d'iceluy. Pour le second, nous avons à tenir que c'est présomption diabolique à un homme de vouer outre la mesure de sa vocation. Or l'Escriture nous dé* clare que le dan de continence e$t particulier j tant au dix*neuviesme de saint Matthieu qu'au septiesme de la première aux Corinthiens. Il s'ensuit donc que ceux qui se mettent en lieu et nécessité de renoncer au mariage pour toute leur vie, ne peuvent estre excusés de témérité, et qu'en ce faisant, ils tentent Dieu. La chose se pourroit bien desduire plus au long, en disant qu'il faut considérer qui est celuy auquel on voue, quelle est la chose, et tiercement qui est le vouant. Car Dieu est trop grand Maistre pour se jouer à luy, et l'homme doit regarder sa faculté ; et de présenter sacrifice sans obéissance, ce n'est que toute pollution. Toutesfois ce seul point vous pourra suffire, de leur remontrer que c'est un don spécial de se pouvoir contenir, et tellement spécial qu'il n'est que temporel à beaucoup. Parquoy celuy qui l'aura eu pour trente ans, comme Isaac, ne l'aura point pour le reste de sa vie. De là vous pouvez conclure que les moines s'obligeant à ne se marier jamais, attentent sans foy de promettre ce qui ne leur est point donné. Quant à leur pauvreté, elle est du tout contraire à ce que nostre Seigneur Jésus commande aux siens.

Touchant de la nature d'un corps glorifié, vray est que les qualitez y sont changées, mais non pas toutes. Car il

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coDTient distinguer entre les qnalitéi qui procèdent de la corruption du péché, et celles qui sont propres et inséparables à la nature du corps. Sainct Paul au 3*^ des Philippiens dit : Que noêtre corpi abject au infirme^ $era rendu conforme au corps glorieux de Ckriei. Par ce mot d^humilité ou TapinoM , il marque quelles qualités nous portons aujourd'hui en nos corps, lesquelles seront changées ; assavoir, celles qui seront de Testât corruptible et caduque de ce monde. Et à ce propos S. Augustin dit, In epiflola ad Dardanum^ qui est en nombre, la 57 : Veniuruê est m eadem camis forma altque wubsUmlia ; cui proftctà immortalUatem dédit , tuUwram non abituUt. Secundum hanc formam non p^Uandus cet ubique diffiêius. Il poursuit cest ai^ment plus au long, déclarant que le corps de Christ est contenu en ses dimensions. Et de faict nos corps ne seront poinct glorifiez pour estre par tout, lesquels toutefois auront ceste conformité dont parle sainct Paul. Quant au passage de TApocalypse , les mots sont tels au chapitre cinquième : Audivi omnem creaturam quœ m cmlo eil , ei super ferrom, et eub terra j et quœ sunt inmari, omnes audivi dicentes: Sedenti in throm et Agm benedicUo , honor et gloria. Or, TOUS Toyez que c'est une cavillation puérile d'appliquer cela aux âmes du Pui^toire. Car plus tost sainct Jean entend par figure qui se nomme Prosopopotia , que les poissons mesmes bénissoyent Dieu. Quant aux passages des Docteurs , renvoyez vos gens à l'Epistre vingt-septième de S. Augustin Ad Bonifaeium^ où il traite en h fin : Quôd Sacramenia simUtudinem quamdam habeani earum rerumquas figurant. Que fit^ut, secundum aUquem modum , Sacramenium corporis Christi^ corpus Christi

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sit. Item ce qu'il traita au livre troisième, De Doctrina chmtiana, où il dit entre autres choses au chapitre cinquième : Ea demum miserabilis est animœ sermhu , 9igna pro rébus accipere , et supra creaturam corpaream oculum mentis ad hauriendum œtemum lumen non levare. Item, chapitre neuvième : Agnoseit fidelisquo referantur mystermn Baptismi , et corporis et sanguinis Domini cehbratio , ut ea non camali servitute sed spirituali potius Ubertate veneretur. Ut autem Uteram sequi et signa pro rébus slgnatis accipere , servilis infirmitatis est , ita inutûliter signa interpretarif mah vagantis erroris est. — Je ne TOUS en amasse point d'autres, pource que ceuh-là vous pourront bien suffire. Faisant donc fin , je prye nostre bon Dieu qu'il luy plaise vous faire sentir en toustes manières que vaut sa protection sur les siens, vous remplir de son Sainct-Esprit qui vous donne prudence et vertu, et vous apporte paix, joye et contentement; et que le nom de nostre Seigneur Jésus soit glorifié par vous à Tédification de son Eglise. De Genesve ce 10°^ de Juin 1552.

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