AD ROI D'ANGLETERRE
Orig. autographe* Britiah Umeum. Fonds Harley, n« e989, art. 83.
Sire , combien que je doibs craindre d'importuner vostre majesté , et que pour cela aussi je m'abstiens de vous escrire plus souvent, toutesfois j'ay prins la hardiesse
* Calvin écrivit cette lettre au roi Edouard YI en lui dédiant
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de vous eoToier arec mes lettres une briesTe exposition quefay faicte sur le psaolme 78', espérant que tous y prendriez plaisir, et que la lecture aussi vous en profi* tera beaucoup. Gomme je Texposois quelque jour an peuple en sermon , l'argument me sembla tant propre pour TOUS , que je feuz incontinent esmeu d'escrire la somme telle que tous Terrez , quand il plaira à Tostre majesté d'y employer seulement une beure de temps. Vray est que je traicte la matière en général , sans Ta* dresser à Tostre personne. Mais si n'ay-je eu esgard qu'à TOUS en l'escnTant, comme de faict en l'appropriant selon TOStre prudence à Tostre usaige, tous trouTerez qu'il contient une leçon et doctrine bien utile à Tostre majesté.
Vous sçaTez, Sire, combien il est dangereux aux Roys et aux princes que la haultesse en laquelle ils sont eslcTéz ne leur esbloisse les yeux et ne les amuse icy-bas, en leur faisant oublier le royaulme des cieux , et je ne double pas que Dieu ne tous ayt tellement adTerty de ce mal pour TOUS en préserrer , que tous le considérez cent fois mieux que ceux qui en font l'expérience sans le sentir. Or au pseaulme présent, il est parlé de la noblesse
l'opuscule suivant s Quatre $emum$ de M, Jehan CcUvin traitons des matières fort utiles pour nostre temps^ avec briesce exposition du psaume LXXXFIL Genève, 4552, in-8<*; inséré au Recueil des Opuscules^ p. %%k. Ces quatre sermons ont été traduits à plusieurs reprises en anglais. Dans le premier, Cal\1n exhorte les fidèles à fuir l'idolâtrie ; dans le deuxième, il les encourage à tout souffHr pour Jésus-Christ; dans le troisième, il leur représente combien ils doivent s'estimer heureux de sorir Dieu parement; dans le dernier, il leur montre que cette liberté ne peut s'acheter à un trop haut prix.
^ Erreur dans l'original : c'est 87 qu'il font lire.
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et dignité de FEglise , laquelle doibt tellement ravir à soy et grans et petits, que tous les biens et honneurs de la terre ne les retiennent, ny empescbent qu'ils ne prétendent à ce but d^estre enrôliez au peuple de Dieu. C'est grand chose d'estre Roy, mesme d'un tel pals ; toutefois je ne doubte pas que vous n'estimiez sans comparaison mieux d'estre chrestien. C'est doncq un privilège inestimable que Dieu vous a faict, Sire, que vous soyez Roy chrestien , voire que vous luy serviez de lieutenant, pour ordonner et maintenir le royaulme de Jésus-Christ en Angleterre. Voilà comme en recongnoissant le bien tant singulier que vous avez receu de sa bonté infinie, vous debvez bien estre incité à emploier toutes vos forces à ce qu'il soit honoré et servy, donnant exemple à vos subjects de faire hommage à ce grand Roy , auquel vostre majesté n'a point honte de s'assubjectir en toute humilité et révérence, soubz le sceptre spirituel de son Evangile. Si JQsques icy vous l'avez faict tellement que nous avons de quoy en glorifier ce bon Dieu, le pseaulme présent vous servira tousjours de confirmation et déboucher. Cependant je vous supplie. Sire, que ce peu d'escrit me serve de protestation et tesmoignage envers vostre majesté, du bon désir que j'aurois à m'emploier à faire mieux, quant le moien m'en seroit donné.
Sire, après m'estre très humblement recommandé à Tostre bonne grftce , je supplie nostre bon Dieu de vous remplir des dons de son Sainct-Esprit , vous guider en toute prudence et vertu, vous faire prospérer et fleurir à la gloire de son nom. DeGenesve, ce 4 de Juliet 1552.
Vostre très humble et obéissant serviteur ,
JiHAjf Galtiii.
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A JEAN LINER *
Copie. BibL de Génère. Vol. 107«
Très cher seigneur et frère, nous ayons tous à rendre grâces à Dieu de ce qu^il vous a choisy pour aider à nos pauvres frères qui sont là détenus en prison par les ennemys de la foy, et tous a tellement fortifié par la verto de son Esprit que vous n^y espargnez rien. Je dy que nous avons de quoy luy rendre grâce, car il fault congnoistre que ceste œuvre est sienne et que c'est luy seul qui vous y a conduict et gouverné. Vous avez aussy à vous resjouyr de Phonneur quMl vous a faict en vous emploiant à ung service tant digne et honorable, et vous donnant grâce d'y fournir. Car combien que les pauvres fidelles qui sont persécutez pour TEvangile, soient mesprisez et rejectéz des hommes, si sçavons-nous que Dieu les tient comme des perles ; ainsi qu'il n'y a rien qui luy vienne plus à gré que quant nous mettons peine à
* Lettre sans adresse, mais éildemment relative, comme le fNroovent sa date et son contenu, au procès des cinq étudiants de Lausanne. — Voir la lettre du 40 juin et la note p. 340. — Le personnage auquel écrit Calvin est sans nul doute Jean Uner, ridie marcband de Saint-Gali, fixé à Lyon, qui visita souvent les écoliers dans leur cachot, entreprit peureux plusieurs voyages, et leur prodigua, durant tout leur procès, les témoignages de la plus vive affec- Uon. Histoire des Martyrs y L. IV, p. 230, 234. Jean Liner, retiré dans sa patrie, y vécut jusqu'à un âge très avancé et entretint avec Chartes de Jonvillers, secrétaire de Calvin, une correspondance conservée de nos Jours à la Bibliothèque de SaintrGall.
les soulager et secourir en taut qu'en nous est. Le Seigneur Jésus déclaire que tout ce que Ton aura faict à Tung des plus petits des siens, il Padvoue comme faict à sa propre personne. Que sera-ce doncques quand nous aurons subvenu à ceux qui travaillent pour sa querelle? Car ce sont comme ses procureurs qu'il nomme et ordonne pour la défense de son Evangile. Pourtant il déclaire qu'un verre d'eau qu'on leur aura donné, ne sera point perdu. Si doncques jusques icy vous avez eu courage de faire ung si beau sacrifice à Dieu, efforcez-vous à continuer. Je sçay bien que le diable ne fauldra point à vous souffler dedans i'aureille de beaucoup de costés pour vous en divertir, mais faictes que Dieu soit le plus fort comme il en est bien digne. Il est dit que ceux qui soulagent les enfans de Dieu en leurs persécutions qu'ils endurent pour l'Evangile, sont coadjuteurs pour la vérité. Contentez-vous de ce tesmongnage-là, car ce n'est point peu de chose que Dieu nous tienne et advoue pour ses martyrs, encores que nous ne souffrions point en nos personnes , seulement pource que ses martyrs sont aidez et soulagez de nous. Et ainsy quoy que plusieurs vous disent au contraire, ne désistez point d'une si bonne œuvre, et ne monstrez point que vous soiez las au milieu du chemin. Je me tiens asseuré que vous n'avez point regardé les hommes en commençant ; poursuyvez doncq comme en servant à Celuy auquel il fault tenir bon jusques en la fin. Au reste pensez combien il y auroit de bons frères qui glorifient Dieu en ce que vous faictes , lesquels seroyent scandalisés , s'il vous adressoit de changer propos. Quant aux dangiers qu'on vous propose, je ne crains pas qu'ils adviennent, car les
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bons frères poar lesquels tous avei tantfaicty se senteDt obligés à vous jusqoes là qu^estans ea pleine liberté, ils se Youldroient exposer à la mort pour tous ; tant s'en fouit quUls fussent si lascbes de tous frauder par leur maulvaise foy. Il vous fault aussy considérer que par le support qu'ils ont de tous , ils sont tant mieux confer* méz , car ils ne doubtent point que Dieu ne tous ait adressé à eulx , comme il a iaict. Et en cela ils ont de quoy s'appuyer tant mieulx sur luy, attendu le seing paternel qu'il leur monstre. Prenez doncq bon courage en ceste œuvre tant saincte en laquelle tous servex nonseulement à Dieu et à ses martyrs, mais à toute soa Eglise.
Sur quoy, très cher seigneur et frère, après m^estie de bon cueur recommandé à tous, je supplieray nostre bon Dieu qu'il tous augmente de plus en plus les dons et richesses de son Esprit, et les face Taloir à son heDneur, et cependant qu'il tous maintienne en sa garde. Ce 10 d'aoust 1552.