AUX PRISONNIERS DE LYON
Impriinéf . Histoire des Martyrs » L« IV, p. 9S2.
Mes frères, je crois qa^avez esté advertis que j'estoye absent de la ville , quand les nouvelles vindrent de vostre prison , et ne suis pas retourné de huit jours après. Ponrqooy il n'est jà besoin que je m'excuse de ce que j'ay tant diGTéré à vous escrire. Or combien que ce nous ait esté un message triste selon la chair , mesme selon le juste amour que nous vous portons en Dieu, comme nous y sommes tenus , si nous faut-il néantmoins renger
* Les aachots où languissait encore Mathieu Dimonet renfermaient plusieurs autres prisonniers, Denis Peloquin, de Blois, Louis de Marsac, gentilhomme du Bourbonnais, et un de ses cousins. C'est à ces deux derniers, récemment arrêtés à Lyon, qu'est adressée la lettre du réformateur.
Les prisonniers entretenaient une pieuse correspondance hors de leurs cachots. Peloquhi écrivait à ses parents : « — Très chers frères
et sœurs ne vous arrêtez point, je vous prie, aux jugemens du
monde, lequel est tant aveugle quUl ne peut trouver vie en la mort, ne bénédiction en malédiction, sachans que le moyen pour nous confermer à Jésus-Christ... c'est que nous portions la croix avec luy, car le serviteur n'est pas plus que le roaistre... » — Louis de Marsac écrivait à Calvin: «—Monsieur et frère... Je ne vous pourrois réciter la grande consolation que j'ay receue... des lettres qu'avez envoyées à mon frère Denis Peloquin, lequel trouva moyen de la bailler à un de nos frères qui estoit en un croton au-dessus de moy, et m'en fit ia leaura, pource que je ne les pouvois lire, d'autant que je ne voyois rien en mon croton. Je vous prie donc de persévérer pour nous assister tousjours de semblable consolation, car icelle nous invite à pleurer et prier. « HlsL des Martyrs,
à la volonté de ce lH)n Père et Seigneur souTerain , et non-seulement trouver juste et raisonnable ce qu'il dispose de nous , mais Taccepter de cœur bénin et amiable, comme bon et propre pour nostre salut, attendant patiemment qu'il monstre par effect qu'ainsy soit. Au reste nous avons au milieu de nostre tristesse de quoy nous esjouyr, en ce qu'il vous a si puissamment assistés, car il a bien esté requis qu'il vous fortifiast par son Esprit y à ce que la confession de sa sacrée vérité tous fust plus précieuse que vostre vie. Nous savons tous , voire par trop, combien il est difficile aux hommes de s'oublier. Ainsy il faut bien que ce bon Dieu desploye son bras fort, quand , pour le glorifier, nous ne craignons point ne tourments, ne honte, ne la mort mesme. Or comme il vous a muny de sa vertu pour soustenir le premier assaut, il reste de le prier qu'il vous renforce de plus en plus selon que vous aurez à combattre. Et puisqu'il nous a promis la victoire finale, ne doutez point que s'il vous a fait sentir une partie de sa vertu , vous aurez plus ample tesmoignage pour effect et expérience à l'advenir, qu'il ne commence pas pour laisser son ouvrage imparfait, comme il est dit au pseaume ; sur tout quand il faict cest honneur aux siens , de les employer pour maintenir sa vérité , et qu'il les amène au martyre comme par la main , il ne les laisse jamais dépourvus des armes qui y sont requises. Hais qu'il vous souvienne cependant de lever les yeux à ce royaume éternel de Jésus-Christ , et de penser pour quelle querelle vous bataillez ; car ce r^rd non-seulement vous fera surmonter toutes tentations qui vous pourront survenir de rinfirmité de vostre chair, mais aussj vous
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rendra inyiDcible contre toutes les câutelles de Sathan , et ce qu'il pourra brasser pour obscurcir la vérité de Dieu. Car je sçay bien que par sa grâce vous estes si bien fondez, que tous n'y allez point à Padventure ; mais que TOUS pouvez dire avec ce vaillant champion de Jésus- Christ : Je sçay de qui je tiens ma foy.
C'est la cause pourquoy je ne vous envoyé point une telle confession de foy que m'avoit requise nostre bon frère Peloquin , car Dieu fera beaucoup mieux profiter celle qu'il vous donnera de faire selon la mesure de vostre esprit qu'il vous a desparty, que tout ce qui vous seroit suggéré d'ailleurs. Mesme estant prié par aucuns de nos frères qui ont naguères espandu leur sang pour la gloire de Dieu , de revoir et corriger leur confession qu'ils avoyent faite , j'ai esté bien aise de la voir pour en estre édifié y mais je n'ay voulu y adjouter, ne y diminuer un seul mot y pensant que ce qui auroit été changé , ne feroit que diminuer l'authorité et efficace que mérite la sagesse et constance qu'on voit clairement estre venue de l'Esprit de Dieu. Soyez donc asseuréque ce bon Dieu qui se monstre au besoin, et accomplit sa vertu en nostre faiblesse , ne vous délaissera point que vous n'ayez de quoy magnifier puissamment son nom. Seulement procédez-y en sobriété et révérence, sachans que Dieu n'acceptera pas moins le sacrifice que vous luy ferez selon vostre portée et faculté que vous avez receuë de luy, que si vous compreniez toutes les révélations des anges , et fera valoir ce qu'il vous aura mis en la bouche , tant pour confermer les siens , que pour confondre les adversaires. Car comme vous estes assez advertis que nous avons ù résister conslaïunient aux ubo-
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mioatioDs de la Papauté y si nous ne voulons renoncer le Fils de Dieu qui nous a tant chèrement acquis à soy , aussy médites ceste gloire et immortalité céleste à laquelle nous sommes conviez et sommes certains de parvenir par la croix , ignominie et mort. G^est chose estrange an sens humain que les enfans de Dien soyent saoulez d^angoisses , cependant que les meschants s'égayent en leurs délices ; mais encore plus que les esclaves de Sathan nous tiennent les pieds sur la gorge , comme on dit , et facent leur triomphe de nous. Si est--ce que nous avons à nous consoler en toutes nos misères, attendans ceste heureuse issue laquelle nous est promise , que non-seulement il nous délivrera par ses Anges, mais aussy luy-mesme torchera les larmes de nos yeux. Et par ce moien à bon droict nous avons de quoy despiler Torgueil de ces pouvres aveugles, qui à leur ruyne eslèvent leur rage contre le ciel. Cependant combien que nous ne soyons pas à présent en pareille condition que vous, si ne laissons-nous à batailler quant et quant, par prière, solicitude et compassion, comme vos membres, puisqu'il a pieu au Père céleste par sa bonté infinie de nous unir en un corps, sous son Fils, nostre chef.
Sur quoy je le supplierai vous Cure (ceste) grâce qu'e^ tans appuyés sur luy , vous ne chanceliez nullement , mais plus tost croissiez en vertu ; qu'il vous tienne en sa protection et vous en donne telle certitude que vous puissiez mespriser tout ce qui est du monde. Mes frères vous saluent très affectueusemisnt, et plusieurs autres. Ce 7°^ de Juillet 4553.
Vostre frère,
Jsiif GlLVIIf.
DB GÀLYIN. Sd9
Pource que ceste lettre , comme j'espère, sera commune à TOUS deux, seulement j'adjousteray ce mot qu'il n'est jà besoin que je tous face longue exhortation , car c'est assez que je prie Dieu qu'il luy plaise de continuer à vous imprimer de mieux en mieux au cœur ce que j'ay coDgneUy par yos lettres, que vous goustez très bien. Combien que ce soit chose fascheuse de languir si longtemps, quand il n'y auroit que le fruict que Dieu vous montre qu'il ne vous a pas réservez jusques icy sans cause 9 vous avez juste occasion de ne vous lasser, ny ennuyer pour la longueur. Et quant à la maladie, c'est prudemment considéré à vous, que Dieu par ce moyen vous veut mieux préparer à plus grand combat, afin que la chair estant bien domptée puisse mieux se résigner. Voilà comme nous devons convertir à nostre profit tout ce que le Père céleste nous envoyé. Si vous pouvez communiquer avec les autres frères, je vous prie les saluer aussi de par moy. Ce bon Dieu vous tienne à tous main forte, vous garde et vous conduise, et face de plus en plus reluyre sa gloire en vous.