‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 37 sur 44 · A UNE DAME CAPTIVE · texte numérisé non relu

A UNE DAME CAPTIVE

Copie. Bibl. i\c GenèTc. Vol. lOT.

Mademoiselle et très chère sœur, il me faict bien mal de raffliction où vous estes, non-seullement pource que les enfans de Dieu doibvent porter les fascheries les uns des aultres , mais d'aultant que la jcausc pour laquelle TOUS endurez m'est commune avec vous. Car, à ce que j^entenSy on vous afflige et vous tient-on comme captive pour avoir vouUu suyvre Jésus-Christ. Cependant vous avez à vous resjouir pour le bon tesmoignage que vous rend vostre conscience devant Dieu. C'est que vous ne souffrez point pour vos maléfices, mais pource que Sathan ne peult souffrir que vous sortiez des liens de la servitude en laquelle vous avec langui jusques icy. Cependant vous avez à invoquer Dieu , le priant qu'il luy plaise avoir pitié de vous , et vous remettre du tout en sa main , pour espérer telle délivrance qu'il luy plaira de vous envoyer. Toutesfois s'il y avoit remède bon et licite pour eschapper des mains de celuy qui vous tient,

* En note de la main de Charles de Jonvillers : < 11 escrivit ceste lettre à une bonne demoiselle laquelle il ne cognoissoit, qui estant en chemin pour venir à Genève fut accostée par un sien parent, lequel ne la vouloit point laisser en sa liberté. Deux des frères d'icelle vindrent icy pour avoir ses lettres. Mais craignant qu'ils la demandassent à leur advantage, et pour leur en servir au dommage de la demoiselle, il Tescrivit et usa de ce stile tout expressément. >

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il fauldra demander conseil à Dieu, affin que par son Esprit il vous enseigne d'en bien user. Pource que je ne suis pas informé du faict, piesmes que je ne coognoîs ne vostre personne ne voslre qualité, j'en escriray selon le rapport des gentilshommes présens porteurs. lis m'ont dit, comme vous estes en train de venir par deçà, voire mesmes en chemin , que la chose estant descoaverte , quelque prestre , qui est de vos parens , yous a saisie et vous tient comme en prison, dont il n'y a moien de sortir que vous ne faciez semblant d*babiter encores quelque peji de temps par delà. Qr il promect de yoas retirer en leur maisoii où vous aurez liberté de servir purement à Dieu, sans vous fne§ler pariny les idolastries qui régnent au pays. Devant que vous donner conseil là-dessus , je proteste que je ne vouldroys nullement vous donnef* occasjon de fleschir, ou cliercher quelqQe voie oblique qui fust pour vous destourner du droit chemin, lequel Pieu vous monstre par sa parolle. Combien que j'aye entendu que Dieu vous a donné une CQnstance admirable, dont je bénis et magnifie son nom, tqutesfois je me vouldroys plus tost efforcer à vous augmenter de plus en plus un tel courage et vertu , que d'en rien amoindrir. Car quant nous sommes en ces|e extrémité-là de n'avoir moien de nous desliyrer de la tyrannie des ennemys de vérité, sinon par subterfuges qui nous recullent et esloignent du bon chemin, il n'y a nul double que Dieu ne nous appelle à signer de nostre sang la confession de foy que nous luy devons. Parquoy s'il estoit question de vous faire décliner ne çà ne là, plus tost mourir. Et affin de ne point estre esbranié ny par menaces, ny par rien qui soit, regardez

au Fils de Diei), lequel n'a point espargné sa yie pour Dpstre salut , afûn que nous ne tenions point la nostre trop prélieuse, quand il est besoing de servir à sa gloire. Regardez à ceste courppne céleste laquelle est apprestée à ceux qqi aurqp^ vertueusement bataillé. Et spriout gardez de ne reculler, au lieu que nous devons faire tous nos efforts pour pous avancer au but que Dieu qpus propose. ]\{^is si ce moien vous est offert de vous retirer avec yos frèreç qui désirent de servir à Dieu d'uif fiiesnie accord avec vous, je ne suis point d'advis q^e vpps le refusiez. Au reste vous avez à prier Dieu , ce que je feray ^vec vous, qu'il vous donne esprit de copseil et prudence pour juger ce qui sera bon et expédient de faire, esprit de discrétion pour ne vous point trooiper en prenant le mal pour le bien , esprit de vertu pour estre constante à suy vre du tout sa vo)unté. D^ Genesyç ce 13 de septembre 1553.

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