AUX FRERES DE WESEL
Copie. Bibl. de Genèyo. Vol. i04«.
La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit tousjours sur vous par la communication du Saint-Esprit.
oeigneur «lesus-i^nnsi sou lousj communication du Saint-Esprit.
Très chers frères, nous avons à louer Dieu de ce que aux troubles qui régnent aujourd'huy par tout le monde,
* Chassés de TAngleterre par rintolénmta politique de la reine Marie , les membres de la Coogrégation étrangère de Londiw st dispersèrent dans les Pays-Bas et en Allemagne. Quelqiies-uns se
il VOUS a donné quelque retraicte où vous le puissiez servir et adorer en liberté. Et non*seulement cela, mais aussy vous a donné le iDoyeo de vous assembler en son nom I vous exercer à ouyr sa paroUe , Tinvocquer d'un commun accord} et faire copfession pure de vostre foy. Ce n'est pas une petite grâce, attendu les horribles confusions qu^on voit par tout II reste que vous en faciez vostre proficty et que vous soyes tant plus ardents à glorifier Geluy qui vous a eslargy un tel don pour le faire fructifier. Quant à la forme d'user des sacremens , ce n'est pas sans cause que vous en avez quelque doubte et scrupule, car il n'y a rien meilleur que de nous tenir à la pure simplicité que nous tenons du Fils de Dieu , duquel l'ordonnance nous doibt estre pour reigle unique, comme aussy l'usaige des apostres, y a esté du tout conforme. Et de faict sitôt qu'on en décline tant. peu que ce soit | le meslange qu'on y apporte du costé des hommes ne peult estre que corruption. Mais il nous semble que vostre condition est diverse de celle des pasteurs du lieu et de tout le corps du peuple. Si les pas-
retirërent à Wesel, où d'autres réfugiés les avaient précédés, mais où l'intolérance luthérienne n'accueillit qu'à regret ces tristes victimes des révolutions religieuses de l'Europe (1554). Sommés, trois ans après, par les magistrats du pays, de signer un formulaire consacrant le dogme de U présence réelle^ ces l)annis préférèrent les douleurs d'un nouvel exil à l'abjuration de leur foi. Quelques-uus se retirèrent à Francfort, dont le sénat les reçut humainement et obUnt de celui de Wesel une tolérance précaire pour le petit nombre de réfugiés qui p'avaîent point encore quitté cet asile. L'Eglise réformée française de Wesel, composée d'éléments divers, s'était organisée en <554, par les soins d'un habile mhiistre, François Péruçel, et sous l'inspiration de Calvin. Voir la correspondance latine du réformateur, et Huchat, Hist. de h RéfcrmatUm en Sitisse^ t.VÏ, p. 157 à 159,
leurs faisoyent leur dehroir, ils mcttroyent peine de retrancher les superfluités qui ne servent rien à édifier, mesroe plus tost obscurcissent la clarté de l'Evangile. Les gouverneurs aussy de leur costé y debvroyent bien ayoir esgard. C'est doncques ung vice à condamner quant à eux, de ce qui nourrissent ces menus fatras qui sont comme un résidu des superstitions papales desquelles nous debvons tascher d'exterminer la mémoire en tant qu'en nous est. Mais pour aultant que vous n'estes qu' ung membre particulier, non-seulement tous pouvez licitement, mais aussy debvez supporter et souffrir telles infirmités qu'il n'est pas en vous de corriger. Nous n'estimons pas que d'avoir des chandelles allumées en la Cène et du pain figuré , soyent choses indifférentes pour y consentir ny les approuver» mais trop bien pour s'accommoder à l'usaige qui en sera desjà receu, quand nous n'aurons pas l!authorité pour y remédier. S'il estoit question de recevoir icy telles cérémonies , nous serions contraints et tenus selon le lieu auquel Dieu nous a constitués d'y résister jusques an bout, et de maintenir constamment la pureté dont l'Eglise qui nous est commise est desjà en possession. Mais quand nous viendrions en quelque lieu où il y auroit forme diverse , il n'y a celuy de nous qui par despit d'une chandelle ou d'une chasuble se voulut séparer du corps de l'Eglise , et par ce moien se priver de l'usaige de la Cène. Il nous fault garder de scandaliser ceulx qui sont encores destenus en telle infirmité , comme si vous les rejectiez par trop légière occasion. Et puis ce nous seroit un grand regret si l'Eglise françoise qui peut là estre dressée , estoit rompue par faulte de nous
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entre voulu accottiinoder à quelques cùiùinouics qui ne uoDcernent point la substance de la foy. Car, comme Dous avons dit , il est bien licite aux enfans de Dieu de li'absubjectir à beaucoup de choses lesquelles ils n'approuvent pas. Or le tout est de sçavoir jusqu'où telle liberté se doibt estendre. En quoy mintenons cest article peur résolu qu'il nous faut accommoder les ungs aux autres en toutes les cérémonies qui n'emportent point de préjudice à la confession de nostre foy, affm que l'unité de l'Eglise ne se dissipe par nostre trop grande rigueur ou chagrin. Vrayest que vous debvez lascber par tous bons moyens de retenir la plus grande sobriété qu'il vous sera possible. Parquoy il sera bon de requérir modestement ceux qui ont la jiuissance de ne vous point estraindre en tout et partout à leurs façons de faire. Mais tant y a que nous ne vous conseillons pas de quicter la condition d'avoir f^lise chrestienne en ce lieu-là, par ce seul différent des cérémonies. Le principal est que vous ne fleschissiez point en la confession de vostre foy, et que vous demouriez en vostre entier quant à la doctrine. Vray est qu'il vous faut fuir contentions, et non-seulement y garder modestie, mais aussi déclairer que vostre intention n'est pas d'amoindrir la vertu des sacrements, mais plus tost de magnifier les biens spirituels que Dieu nous y eslargit. Mais quand vous confesserez qu'en la Cène nous sommes vrayement faits parlicipans du corps et du sang de Jésus-Christ, et que nos âmes en sont repeues , advisez bien d'exclurre les erreurs dont possible aucuns pourroient estre enveloppés par delà. Pour le moins ne devisez pas ce que Dieu uous eu u donné ù congiioisb'c , quauil vous en
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serez requis. Combien que desjà Tung de nos frères en avoit escrit à deux de ?ostre compaignie, toutesfois pourcG que nos très chers frères, les pasteurs et ministres de Lausanne, ont désiré que nostre conseil fust adjousté à celuy qu'ils vous veulent donner, nous n'y avons pas voulu espargner nostre peine, estans prests de vous servir en choses plus grandes quand Dieu nous en donnera la faculté , lequel nous supplions vous tenir en sa saincte garde, tous gouverner par son esprit, et vous augmenter en tout bien, après nous estre recommandés à vos bonnes prières» De Genève, ce 13 de mars 1554.
Vos très humbles frères en nostre Seigneur,
Les Ministres de l'Église de Genève.