A LOUIS DU TILLET
Copie. RiUiolhèque impériale de Paris. M», français. Baluie, S069-S.
Monsieur, j'espère que vous n'aurez prins si non en bien que Jehan est allé par devers vous sans mes lettres» car il me faisoit mal de vous escripre aiant tant de afaire à vous communiquer, que ne vous en touchasse une partie. D'autre part il m'estoit difficile de vous toucher à demy tels propos, sans les vous déclarer à plein. La déclaration ne m'estoit pas impossible, mais je craignois qu'elle ne vous feust guères plaisante. Pourtant j'avois mieulx aimé m'en abstenir du tout remettant la charge à Jehan lequel, comme je pense, s'en sera fidèlement acquitté, si non qu'il ne vous aura peu bien descouvrir
* La première lettre de Calvin à du Tillet, ne demeura pas sans réponse : — • Si ma retraicte en ce paîs vous a causé grande faschérie, comme Je l'ay congneu par vostre lettre du dernier de Janvier, aussy n'en avois>]e Jamais moins pensé, estimant que la rompture de nostre conversation et femiliarité accoustumée...., ne pourroit ne vous engendrer point tel ennui. Mais quoy eussé-Je peu faire, si estant par delà au sein de plus de deux années, ma conscience n'a jamais pu s'appaiser de ce que sans certaine vocation. Je me estois reUré du lieu que Je ne devois délaisser sans commandement de Dieu, dont J'ay esté mis en langueur que vous avez veu telle, et pour les grandes et continuelles afTeclions que mon esperit en a eu, j'ay esté faict en ce temps-là inutile à toutes clioses... > — Cette leure, écrite de Paris (40 mars), ne parvint point à Calvin, et ce fut du* rant un voyage à Strasbourg que le réformateur, chassé de Genève (23 avril 4538) et retiré à Bâle, fit part à son ancien ami des événements qui le condamnaient à un nouvel exil.
la source et Torigine du mal qui n'est pas cogneue à beaucoup. J'ay esté tant sollicité par les deux de ceste Tille S que pour les satisfere j'ay faict ici un voiage.
Touchant de nous il a esté résolu quMl y a expédiant de faire encore une assemblée où Zurich, Berne, Basle, ceste ville, Biel ' et l'un du dict lieu se trouvera, où il soit déclaré que deuement et fidèlement nous avons administré nostre charge après en avoir cogneu diligemment, aGn que ce tesmoignage soit comme une sentence légitime pour fermer la bouche aux malings, et aussi en la confusion de ceulx qui ont osé entreprendre un tel acte. Par un mesme moien, ils espèrent que les schismes qui se pourroient dresser et desjà ont commencé, seront amortis. Quand je considère bien Testât, la difficulté me semble surmonter tout ayde humain ; pourtant je n'ay aultre chose que de recommander l'issue au grand médecin, lequel seul y peult provoir et donner ordre.
Les Bernois s'efforcent ou plulost persistent, tant qu'ils peulvent, de faire à croire que tout va bien, mab il n'y a nul qui n'estime le contraire '. Dieu par son juste jugement veuille envoyer un tel bien sur la teste et la famille de ceulx qui se mocquent ainsi iniquement du désordre de son Eglise, et que cela vienne â leur correction, afm qu'ils apprennent d'avoir aultre affection en choses de telle importance. Je me retireré à Basle, attendant ce que le Seigneur vouldra faire de moy. Il ne lient pas à ceulx de ceste ville que je ne
*' Bucer et Capiton déjà nommés.
* Bienne.
' .Adversaires déclarés de la discipline ecclésiastique que Farel et CaWiD avaient voulu établir à Genève, les seigneurs de Berne se montraient peu favorables aux deux ministres bannis.
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sais lear hoste, mais ils ont assez de charge sans moy, et je pourré vivre quelque temps en me aidant de ce que m'avez laissé, avec une partie de mes livres ^ Cependant le Seigneur nous adressera. Je crains sur toutes choses de rentrer en la charge dont je suis délivré, répatant en quelles perplexités j'ay esté du temps que j'y estois enveloppé. Car comme lors je sentois la vocation de Dieu qui me tenoit lié, en laquelle je me consolois, maintenant au contraire je crains de le tenter si je reprens un tel fardeau lequel j'ay cogneu m'estre importable. Il y a autres raisons lesquelles je ne vous puis expliquer que de bouche, desquelles toutesfois je ne puis contenter ceulx auxquels j'ay à faire. Néantmoins je sçay que nostre Seigneur me conduira en ceste délibération tant ambiguë, d'autant que je regarderé plus tost ce qu'il m'en monstrera que mon propre jugement, lequel me tirant au contraire oultre mesure, me doibt estre suspect.
Il se remue pour le présent une afaire de merveilleuse conséquence, nec sine conêcientia Augusti et Cœsaris *, lequel je pense bien que Monsieur Firmin vous touchera ; pourtant je m'en déporte. 11 y a grand double qu'on ne tente le gué, sans intention de procéder, mais on recognoistra ce qu'il en est dedans deux mois.
Après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je prière nostre Seigneur de vous conduire
^ La correspondance latine de Calvin (4538-4539) nous initie à la détresse du réformateur, réduit à faire des emprunts et & vendre ses livres pour subsister.
* Allusion à la trêve conclue, le 48 juin 4538, entre François I«r et Cbarles-Quint, et à l'attente d'une paix générale sur lamelle on fondait beaucoup d'espérances pour la réforme de TEglise.
DE CALVIN. il
tellement en sa voie, que vous soyeas sainct et ineontaminé à son jour. De Strasbourg ce 10 de juillet (1538).
Voslre humble serviteur et entier amy
Charlis d'Espsville.