PRÉFACE DE LUTHER
Jean Hus avilit apportée de Bohême avec lui ; car Zacharie, comme beaucoup d'autres, avait souvent visité Hus, dans le but de le convaincre, et il était tombé par hasard sur ce passage. La Bible fut donc apportée au milieu de l'assemblée, et elle donna raison à Zacharie. Jean Hus soutint néanmoins que cette Bible n'était pas correcte, et que les autres versions ne confirmaient pas celle-ci ; mais, accablé par les clameurs de ses adversaires, il pecdit sa cause, et Zacharie reçut une rose du concile en perpétuelle mémoire de ce fait. Et pourtant, dit Proies, il est certain que ces mots ne se trouvent dans aucune Bible correcte, soit manuscrite, soit imprimée, et qu'elles témoignent toutes contre Zacharie. Ainsi parla Proies au docteur Staupitz.
Ce verset se lit dans toutes les Bibles allemandes, latines, grecques ou hébraïques, comme il fut cité par Jean Hus; mais à Constance on ne voulut pas l'admettre autrement que l'avait cité Zacharie, qui ne mérita ni de recevoir la rose, ni de la porter.
Les adversaires des opinions de Jean Hus témoignent eux-mêmes de sa science. Il y a trente ans, j'en ai entendu plusieurs, habiles théologiens, qui disaient : « Jean Hus fut un très-grand docteur, et
il surpassait en érudition et en science tous ceux
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du concile. » Ses écrits, et entre autres son Timié de V Église et ses Seimom^ confirment cet éloge.
Lorsque j'étais étudiant en théologie à Erfurt, ma main tomba un jour dans la bibliothèque du monastère sur un livre desi sermons de Jean Hus« Ayant lu sur ce livre les mots : Sermons det Jf^n Hus^ je fus aussitôt enflammé du désir de connaUre quelles hérésies il avait répandues, en parcourant ce livre échappé au feu et conservé dans une bibliothèque publique* Je fus saisi de stupeur dans ma lecture^ et rempli d'un étpunement difficile à dé*çrire en recherchant pour quelle cause on avait brûlé up si grand homme, un docteur si grave et si habile à ei^pliquer et à eominenter les Écritures. Mais le nom de Sus était alors en exécration : je crus, si j'en parlais avec éloge, que le ciel tomberait sur moi et que le soleil voilerait sa lumière, Ayant donc fermé le livre, je m'éloignai le cœur triste, et je me disais en mpi-môme, pour me consoler « ; PeuMtre a^t-il écrit ces choses avant d'être tombé dans l'hérésie, » J'ignorais encore ce qui s'était passé dans le concile de Constance.
Tout ce que je dirais encore ne pourrait qu'ajouter infiniment aux louanges de Jean Bus. Ses adversaires lui rendent un tén^oignage éclatant et
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peu réfléobi ; car si lears yeux aveuglés pouvaient s'ouvrir à la lumière, ils rougiraient au souvenir des choses qu'ils certifient eux-mêmes. L auteur d'un recueil des actes des conciles, écrit en allemand et enrichi de beaucoup de particularités re^ marquables, met le plus grand soin à rendre odieuse la cause de Jean Hus, et il écrit cependant qu'en se voyant dépouillé des dignités de son ordre Hus sourit avec une fermeté intrépide. D'après ce mémo auteur^ Hus, conduit au bûcher^ répétait toujours : « Jésus, Fils de Dieu, ayez pitié de moi !» A la vue du poteau fatal où il fut enchaîné pour élre brûlé, tombant à genoux il s'écria : « Jésus, Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour nous^ ayez pitié de nous ! » Voyant un paysan qui apportait du bois, il sourit encore avec douceur et prononça ces paroles de saint Jérôme : « simplicité sainte (t)! » Un prêtre s'étant approché, et lui demandant s'il voulait se confesser, Hus répondit qu'il y consentait; et le prêtre .ayant insisté sur l'obligation d'abjurer, Jean Hus refusa, disant qu'il ne se reconnaissait coupable d'aucun péché mortel.
(1) Luther ici confond : la parole touchante qu*il rappelle est attribuée à tort à Jean Hus ; elle fut dite par Jérôme de Prague. (Voyez U$ Réformateurs avant la ré former t. II, liv. ni) chap. 12«